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II.— ÉVOLUTION DE LA FAMILLE

A. Patriarcat. — Polygamie et monogamie. — ht mariage individuel coexiste quelquefois, comme en Australie, avec le mariage par groupes, mais tout autorise à le considérer comme dérivant peu à peu du mariage par groupes et des forme., polyandriques. Il affecte deux formes différentes: la polygamie et la monogamie; celle dernière, tout au moins dan- sa forme morale et judirique, paraît bien être l'état dernier de l'évolution familiale. « La polygamie est très répandue sur la terre, soit dans sa forme pure [mahbmétans, Australiens, Américains, nègres, etc.), soit dans des formes atténua concubinage légal (dans tout l'Orient)... et mariage temporaire (Perse, Japon). Ce n'est qu'avec le développement de la société que la monogamie, nominale ou réelle, se développe, et avec elle on voit apparaître un peu de respect pour la femme. Celle-ci devienl plus libre, de même que les enfant- qui ont dépassé un certain âge. Le mariage individuel... est le plus souvent lié à une forme nouvelle

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de filiation, celle du patriarcat, qui a ses racines da consti-

tution de la propriété et dans la subordination de La fera m l'homme. Dans le matriarcat, le défenseur naturel de l'enfant dde la famille est le frère de la mère; dans le patriarcat, il est remplacé par le père, qui étend le droit de propriété non seulement sur la mère, mais aussi sur les enfants; il peut les vendre, les louer, etc. Le patriarcal est un régime sous lequel vivent la plupart des peuple* demi-civilisés et un grand nombre d'incultes. » (Deniker, Peuple* de la terre, 271 sq.)

L'apparition durégime patriarcal peut avoir lieu à différents stades de l'évolution sociale. « Le premier pas dans la transition parait être la coutume de se procurer des femmes par la capture. Tant que les maris vivent avec le lignage de leurs femmes, comme dans le mariage beena, les enfants vont naturellement au clan de leur mère et en prennent le nom. Au contraire, les enfants d'une femme capturée appartiennent au clan de leur père aussi longtemps que celui-ci veut les garder, eux et leur mère, et, s'il tient assez à eux pour les retenir jusqu'à leur maturité, ils prennent son nom... Tylor a décrit des communautés dans lesquelles la transition du matronymat ou patronymat s'opère continuellement sous l'influence des rapts... Un pareil état de choses existait autrefois en Arabie... Les premiers mariages des tribus du désert étaient des contrats beena ou mofa. Le mariage mofa était un arrangement temporaire dans lequel la femme nourrissait un homme chez elle tout le temps qu'elle voulait et le renvoyait ensuite pour en prendre un autre... Les mariages beena et mofa furent, par degrés, remplacés par les mariages bdhal, dans lesquels l'homme est le seigneur et le propriétaire de la femme, et la capture fut l'origine du mariage ba'hal. » (Giddings, 261.) L'élevage du bétail et les premières formes de l'industrie, en donnant une grande importance aux enfants, comme aides du père, contribuent encore à la prépondérance du patriarcat.

Celui-ci s'organise définitivement lorsque au mariage par capture succède le mariage par achat. L'achat donne au mari une autorité sur sa femme plus grande que la capture. L'épouse ne peut plus avoir l'espoir de revenir chez elle.

Le contrat transfère au mari la propriété de la femme et des enfants. La convade, cette coutume curieuse que Ton retrouve en tant d'endroits différents et d'après laquelle le père simule les actes de l'enfantement, paraît se rattacher au passage du régime matriarcal au régime patriarcal, ce simulacre ayant pour but de transférer symboliquement au père l'importance juridique et sociale de la mère dans la famille. Cette autorité paternelle se trouve alors augmentée par la religion et s'allie étroitement aux coutumes

religieuses, au culte des sociétés (légende des Amazones et de la victoire des héros sur elles). La famille patriarcale est toujours extrêmement autoritaire. Le chef de famille à l'origine ruse

même des motifs (rapt, achat) qui lui ont donné naissance el de sa forme (polygamie, propriété des femmes), a un pouvoir absolu et discrétionnaire sur tous les membres do la famille.

B. Affranchissement des différents membres de la famille. — La monogamie relève la situation de la femme; mais ce n'est guère qu'en respect que la matrone grecque ou romaine y gagne. Le droit la laisse dans une situation très inférieure. L'organisation romaine primitive, et jusqu'à la fin de la république, nous présente le type patriarcal dans toute sa netteté. La femme et les enfants sont ut manu mariti; le chef de famille a sur eux droit de vie et do mort d'abord, droit de propriété ensuite. La Grèce avait un droit domestique assez analogue; mais des survivances de la famille matriarcale et une culture plus haute le tempéraient pratiquement. Tant que la famille reste religieuse et propriétaire, déterminée nettement par des conditions de caste et de situation économique, la famille subit l'autorité d'un maître, et le mariage ne peut être contracté en vertu du choix individuel. Le consentement du chef de la famille reste nécessaire à tout changement dans la situation de ses membres, car celle-ci a pour but de perpétuer un patrimoine et une foi.

C'est peu à peu qu'un libéralisme croissant fait une place déplus en plus grande, dans nos sociétés modernes, aux choix libres et personnels et aux contrats où la volonté des contractants <'st la seule loi. La famille tend donc à laisser à ses membres plus de liberté, à s'individualiser en s'affranchissant de toute autorité sociale extérieure et de toute autorité intérieure.

Cette heureuse évolution est due d'abord au christianisme, qui, tout en acceptant primitivement le droit romain, puis au moyen la doctrine des Pères de l'Eglise, peu indulgente à la femme, a relevé la situation morale, sinon sociale, de celle-ci, par les idées de bonté, de pitié et d'amour des faibles, contenues dans l'Évangile, bile est due ensuite à l'influence des institutions germaniques introduites par les invasions; celles-ci étaient encore très voisines du matriarcal, où la situation de la femme el son rôle social Boni moins effacés par la raison du plus fort. De là le respect mystique et chevaleresque des dames, les légendes du Rhin et «b' la Bretagne, avant l'organisation définitive de la famille féodale et du droit d'aînesse, sou^ les influences romaines.

C/esi enfin et surtout le grand mouvement rationaliste, égalitaire

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et justicier de la Révolution française, qui aboutit, en 1793, ?» 1 conception d'une société où l^s individus sont enfin majeui peuvenl choisir et contracter librement; tous possèdent la m indépendance, et la loi est la même pour tous; le contrai matrimonial donne «loue à l'homme et à la femme les mêmes droits. Malheureusemenl la réaction napoléonienne, en ramenanl les conceptions autoritaires, alla chercher dans les souvenirs du droit romain une réglementation injuste et inégal itaire, dont la femme et l'enfant subissent encore, malgré d'excellentes réformes, les tristes conséquences.

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