‹ Logique et moraleChapitre 198 sur 352 · MOI'.AI.I PR · texte numérisé non relu

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qui leur sont inhérents : la hiérarchie autoritaire chargée de Caire respecter les droits acquis (ni Dieu, ni maître), L'usage de la force, le crime qui suppose toujours la notion de propriété privée.

Cri fhi ne — u Personne n'aura la naïveté de méconnaître que la formule à chacun suivant ses besoins ne fût la plus agréable, si les richesses étaient en quantité illimitée ou du moins surabondante, et s'il n'y avait qu'à prendre au tas, de la même façon que chacun puise à discrétion clans l'air atmosphérique ou dans l'eau des sources. Malheureusement tel n'est point le cas », actuellement du moins et pour longtemps encore. « Cependant nous ne disons pas, comme on l'a fait à tort, que l'organisation communiste est absolument chimérique, puisqu'elle a certainement existé, sinon à l'origine de toutes les sociétés humaines, comme on l'a soutenu d'une façon un peu trop absolue, du moins à l'origine d'un grand nombre d'entre elles. Nous ne prétendons même pas que sa réalisation sur une petite échelle ne soit possible, puisque, sans parler môme des communautés religieuses, nous voyons aux Etats-Unis des sociétés communistes qui comptent déjà un siècle d'existence (Société anarchiste de Clousden Hiet). Si elles n'ont pas donné des résultats très considérables, elles ont cependant démontré par leur existence môme que la communauté des biens n'est pas absolument incompatible avec le travail et la production... Sans doute on ne trouve pas là un stimulant égal à celui de la propriété individuelle, puisque chacun travaille et produit pour le compte de tous, au lieu de travailler et de produire uniquement pour soi ; mais on oublie, quand on fait cette objection au système communiste, que, dans nos sociétés modernes, ce stimulant fait précisément défaut pour la très grande majorité des hommes, à savoir pour tous ceux qui, en qualité de salariés, ont à travailler uniquement pour le compte d'autrui. » [Gide, 420.)

Il n'en resterait pas moins que la société a des étapes nombreuses et longues à traverser, tant au point de vue économique qu'au point de vue des mœurs, avant d'aborder pratiquement la réalisation du communisme intégral, à supposer qu'il soit possible.

B. Les systèmes socialistes utopiques. — 1° Le partage égal. — Au lieu de la prise au tas, une réglementation juridique pourrait être chargée de réaliser le communisme et le bonheur de tous par voie de partage. Les systèmes dits socialistes se distinguent du système anarchique en ce qu'ils font appel à une réglementation sociale et abandonnent l'optimisme anarchiste. — Le partage égal « paraît avoir existé dans un passé très lointain... sinon par tète, du moins par famille... (partages plus ou moins

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adaires de Minos, Lycurgue, Romidus). Et comme, au bout de quelques générations, l'égalité primitive se trouvait nécessairement rompue, on la rétablissail par de nouveaux partages.

u Un tel système était possible dans des sociétés primitive qui ne comptaient qu'un petil nombre de citoyens et une seule catégorie de richesse, la terre (ou les esclaves . Mais, dans des sociétés comme les nôtres, il sérail Insensé, et il n'y a plus aujourd'hui, même parmi les socialistes révolutionnaires, de partageux. »

2° Systèmes reposant sur l'idée de justice, — Nous ne nous attarderons pas à discuter tous les systèmes proposés par 1rs anciens socialistes, les utopistes [Thomas Munis, J.-J. Rousseau , Suint-Simon, Foitrier) : ils tiennent beaucoup plus du rêve <|iie de la réalité. Leur trait commun, c'est de partir de certaines aspirations de la conscience, d'intuitions monde*, en un mot «le la notion de justice (qui, posée tout à fait a priori^ est alors une simple imagination individuelle), et d'en déduire une évolution sociale et un terme final voisin du communisme.

Pour Saint-Simon^ la justice exige, non le partage égal, la prise au las, mais à chacun selon ses mérites. « Tous les métiers, professions et branches quelconques de l'activité humaine deviendront des fonctions publiques, dans le sens le plus rigoureux du mot, conférées et rétribuées par l'Etat. » L'inégalité qui tient à la naissance et à la fortune sera remplacée par L'inégalité qui tient aux mérites individuels : « A chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres. » Mais l'idée de justice est ellemême assez sacrifiée dans un pareil système, car personne n'est responsable de ses capacités, et c'est un nouveau privilège que l'on propose pour arriver à la justice finale.

Socialisme agraire. — Le communisme de la terre nationalisation du sol) sérail, pour certains [Henri/ George)^ la condition nécessaire el unique du régime économique idéal, et le remède à l'ère des maux actuels. Il serait certainement insu (lisant, car. aujourd'hui, la terre ne joue qu'un rôle secondaire dans la production.

III. - TENDANCES RÉFORMATRICES: LA SOLIDARITÉ SUD LE TERRAIN ÉCO- NOMIQUE, LE SOCIALISME SCIENTIFIQUE ET LES IDÉES DÉMOCRATIQUES

A. Le Socialisme. — Nous sommes en lace de deux tendances opposées :

La première s'appuie uniquement sur les faits; elle croit h L'éternité des formes actuelles; elle considère la société à un point de vue statique, comme un équilibre parfait et immuable ; elle ne voit

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pas que le fait le mieux établi, c'est précisément son incessante évolution.

La deuxième tendance, au contraire, puise dans la conscience les

notions de devoir, de justice, d'idéal : elle construit un système qui tient beaucoup plus du rêve que de la réalité, et qui est incompatible avec révolution économique. Elle croit que L'individu e \ maître de sa destinée et peut transformer à son gré la société.

Il semble qu'une troisième attitude puisse être préférée en ce qui concerne les problèmes de la pratique en général. Nous de> sans doute prendre notre point de départ dans les faits, m ; ; i s dans les laits considérés comme un devenir perpétuel. Nous dégagerons ainsi les lois de révolution aussi nettement que nous le permet l'état bien confus, bien embryonnaire des sciences sociales. Et, à la lumière des aspirations de la conscience, nous essaierons de tracer les grandes lignes de la voie qu'il importe de suivre, pour y satisfaire autant que le permettra la réalité.

Or, il est une école qui veut substituer au régime de la concurrence et de l'accaparement un régime économique plus normal et plus juste, tout en continuant l'évolution naturelle, et en dégageant les germes de développement virtuel contenus dans le régime moderne : cette école est l'école socialiste actuelle, ou école socialiste scientifique. Elle s'oriente par des moyens différents (depuis les réformes les moins accentuées jusqu'aux procédés révolutionnaires) vers toute la justice sociale compatible avec les lois économiques naturelles. Issue des critiques remarquables que contiennent les œuvres de Sismondi, de Buret, de Frédéric List, de Constantin Pecqueur, de Vidal, deProudhon, et surtout de Karl Marx et d'Engels, h travers les nombreuses corrections récentes, elle abandonne les chimériques constructions de sociétés idéales. L'avenir se dégagera du présent, par des lois nécessaires, « comme le papillon de la chrysalide»; nous le voyons dans ses grands traits, car il est contenu à l'état d'embryon dans le sein des sociétés modernes. << Cette école ne conteste nullement, comme on le répète à tort, l'existence des lois naturelles ; elle est au contraire déterministe à outrance. Seulement, tandis que ce mot« loi naturelle » implique pour l'école libérale l'idée de stabilité et d'immutabilité, ce même mot implique pour l'école socialiste contemporaine l'idée de changement et de transformation indéfinie. Au lieu de représenter les sociétés humaines comme Bastiat se représentait le monde planétaire tournant autour d'un point fixe et suspendu dans un équilibre éternel qui ne se trouble jamais, elle se les représente à la façon d'une plante ou d'un animal qui, de la naissance à la mort, se transforme sans cesse — et il faut reconnaître que ce point de

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vue est mieux conforme à l'esprit de la science contemporaine. >*

[Gide, 31.) Si les socialistes parlent de révolution, ce n'est pas, du moins chez certains, dans un sens violent. Ils prennent Le mot dans son sens étymologique : c'est La consécration, le moment décisif de l'évolution, l'étape où les faits, en se transformant, prennent une physionomie nouvelle, bien qu'une série de termes continus relie cet aspect au précédent.

Dans toute- Les sociétés, « par suite du développement de la grande industrie, du jrrnnd commerce et de la grande propriété, la production individuelle est en train de disparaître pour faire place a la production collective ». La division du travail, le machinisme, la nécessité de capitaux formidables, L'évolution de la production abolissent graduellement ce mode de production; le mode de répartition doit donc évoluer de môme ; il ne peut pas rester individuel sans devenir, ce qu'il devient en fait par reflet des situations privilégiées et de la force acquise, un accaparement injuste et une expropriation imméritée du plus grand nombre. Le régime capitaliste actuel doit donc se détruire de lui-même pour faire place à un régime économique où la répartition se fera autant que possible au prorata des efforts fournis. (Les société- par actions nous en offrent, par leurs dividendes, un exemple — réservé malheureusement aux seul- possesseurs du capital.) La logique <h l'évolution veut qu'à un mode de production collective corresponde peu à peu un mode de répartition collective. L'harmonie et l'équilibre s'établiront dans ce sens.

Quelles sont les conséquences morales du système ? 1° Par l'abolition A^> classes et de leur lutte, puisque la répartitionne créera plus de privilèges, régneront une égalité et une justice sociales au->i complètes que possible, qui fonderont L'égalité juridique et

politique d'une façon beaucoup plus sûre. 2e Mais, en même temps, <>n aura une liberté économique complète; il ne peuty avoir de liberté que là où il y a entité : toute inégalité est un privili un moyen d'oppression donné au fort contre le faible ; l'injustice viole ;i la fois égalité et liberté'. 3° Une solidarité toujours plus consciente et plus large, une union plu- intime, mai- ;ni--i libre et -ans contrainte, chacun travaillant pour tous : Tous pour chacun et chacun pour tous.

La liberté, Yégalité, et leur conséquence inéluctable, la fraternité ou lu solidarité, régneront donc sur le terrain économique t le

seul moyen certain de le- assurer dans Les autres do s. Plus

d'exploitation de L'homme par L'homme et d'accapai ment aux dépens d'autrui, pins d'oisiveté ni de parasitisme, pin- de labeur excessif, plus de paupéri-me. Enfin, stème, en supprimant les

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privilèges de la répartition el en leur substituant la répari itiou collective selon le travail fourni, rend a chacun le produit intégral de son

travail. Il fonde ainsi la véritable et légitime propriété individuelle, avec droit et possibilité constante de libre consommation, puisque, connue dans le communisme, il n'y a plus aucun intérêt à restreindre sa vie pour accumuler des réserves individuelles.

B. Le démocratisme. — A côté du socialisme se développe une autre grande école qui s'appuie comme elle sur les transformations récentes des relations économiques, sur le développement parallèle et convergent de la libération individuelle et de la solidarité mieux entendue : la liberté, grâce à l'entr'aide et à des liens contractuels de plus en plus nombreux. Cette école comprend tous ceux qui, acceptant sur le terrain politique les idées de la Révolution de 1789, dans l'expression achevée que leur donna la Convention nationale, considèrent en outre que les droits politiques ne sont rien sans la capacité sociale qui permet de les exercer, et se refusent à séparer les droits politiques, la liberté et l'égalité politique, des droits économiques, de la liberté et de l'égalité sociales. Ils veulent étayer la démocratie politique par la démocratie sociale, les réaliser l'une par l'autre, car ils considèrent comme une duperie de vouloir les réaliser l'une indépendamment de l'autre. Qu'est-ce qu'un droit, sans le pouvoir effectif de l'exercer? A quoi sert de déclarer souverain politiquement celui qui, économiquement, est asservi? Qu'est-ce que la liberté et l'égalité pour qui est obligé, afin de vivre, d'accepter les conditions des détenteurs des instruments de travail et se trouve à la merci de l'accident, du chômage, de la vieillesse, des charges de famille, etc.?

Tout ce qui peut donner au citoyen la sécurité économique sera donc, comme avec les partis socialistes, réclamé par les démocrates. Et la-dessus l'accord sera complet avec les écoles socialistes, surtout avec l'école socialiste réformiste, qui demande aux moyens légaux actuels, c'est-à-dire à la politique républicaine et démocratique, fondée sur la souveraineté nationale, la réalisation de son idéal social.

Seulement l'école démocratique en diffère profondément en ce qu'elle considère que la propriété individuelle, — sous sa forme juridique actuelle, bien qu'en fait elle aura, par sa division et sa plus grande égalisation, une tout autre physionomie — restera la garantie de la liberté et des dioits de l'individu. Le principe en sera, par suite, toujours respecté.

Cette différence capitale en entraîne plusieurs autres : la néga-

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tion non de la lutte de classes, qui est un l'ait, — bien qu'on lui accorde une importance et une netteté beaucoup moins grandes,

— mais de la suppression «le cette lutte par la suppression des classes, c'est-à-dire île la propriété individuelle qui les différencie. La lutte des classes sera progressivement diminuée, au contraire, jusqu'à s'évanouir — avec le régime légal actuel «le la propriété

— par l'entraide, l'accord, el la confusion progressive des classes, grâce à l'évolution démocratique de la législation.

Enfin, malgré tout ce que celle école attend «le la législation, donc <le l'Etat, il faut remarquer en elle — et ici elle rejoindrait, par une tout autre voit», certaines tendances du socialisme révolutionnaire et, à l'autre extrême, du libéralisme doctrinal

— une certaine défiance de l'Etat, et de l'uniformisation étutiste. Elle conserve en effet la propriété individuelle, pour sauvegarder plus énergiquement la liberté individuelle; rien d'étonnant al<>r- ,i

Ce que ce même souci de la liberté tende à lui l'aire adopter des

solutions où l'Etat se réservera un rôle de contrôle plutôt qu'une

intervention effective trop radicale et trop peu nuancée, qui atteindrait rudement certains privilèges acquis et certains individu-. L'école démocratique, au lieu d'une loi uniforme, penche donc, dans le plus grand nombre des cas, vers une libre entente entre partis en cause, el une sorte d'arbitrage, comme elle penche vers la collaborali<»n et l'cntr'aide des classes, plutôt que v l'exaspération de leur conflit.

Etant un parti d'ordre, dé légalité et de conciliation, les démocrates essayent ainsi, en face du socialisme qui, sous touteformes, veut hâter l'évolution, d'apporter aux transformations économique- les transitions les plus nombreuses, et une modération

qui ne va pas toujours sans atermoiements. Enfin, au lieu de •s'appuyer sur le seul prolétariat, il tient à protéger les classes iiio\ ennes.

11- rejoignent par là les écoles libérales et opportunistes, dont le conservatisme prudent n'est point, de parti pris, hostile aux prog nécessaires que semblent réclamer la marche du temps ri les transformations de- relations économiques et social .-. Remarqu encore que certaines écoles catholiques et protestantes, en -'appuyant sur l'évangile et l'esprit religieux, partagent entièrement le programme démocratique socialisme et démocratisme chrétiens).

Sans adopter toujours ) m surtout intégralement ', la so ution

cudiste, on peut donc dire t/ue dr plus en pi US On ace;

sager la plupart des problèmes (/ne le socialisme a p comme

posés à non droit et dune étude urgente.

■Wi Moi', \u-: i-KAi IQUE

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