‹ Logique et moraleChapitre 22 sur 352 · II. — LA SCIENCE COMMENCE A DEVENIR RATIONNELLE : PÉRIODE MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

II. — LA SCIENCE COMMENCE A DEVENIR RATIONNELLE : PÉRIODE MÉTAPHYSIQUE

C'est dans la civilisation grecque que ce mouvement semble, sinon avoir pris naissance, tout au moins s'être accentué vigoureusement en devenant pleinement conscient de lui-même. Renan a prétendu que l'histoire de la civilisation grecque constituait un véritable miracle. Pour des raisons très complexes et encore mal connues, il est certain que c'est en lonie et ensuite à Athènes que pour la première fois apparaît l'esprit de libre examen et de recherche. Or l'esprit scientifique consiste à chercher l'explication des choses uniquement sur li foi de L'expérience et de la raison, en Laissant complètement de côté l'autorité et la tradition, qui n'ont déplace que dans Le domaine de la croyance ; à côté de ce domaine elle crée un domaine tout s fait nouveau, celui de l'explication rationnelle et humaine.

Cet esprit, avec toutes ses conséquences, se développe d'une façon méthodique dans La géométrie grecque ; analyser brièvement hi> caractères de cette géométrie, c'est commencer à déterminer les caractères nécessaires de la connaissance scientifique. Jusqu'alors dans la mesure de l'étendue on suivait certaines règles empiriques imposées par la tradition et souvent par la tradition religieuse. Les (îrecs avec Thaïes e\ Pythagore refusenl di a tenter des formules

traditionnelles : ils veulent savoir pourquoi ou applique ces formules et non point d'autres. La tradition, L'autorité] ul plus des titres suffisants; l'esprit scientifique se présente donc immédiatement comme un effort pour satisfaire la curiosité aussi complet que

sible, grâce à la recherche des raisons ou des caus is. Ils n'utiliseront la formule que si elle est fondée enraUon à-dire si elle

est aperçue clairement par l'espril comme la conséquence de quelque autre chose que L'esprit ait <J <\j ; • expliquée ou qu'il Irouve suffisamment claire pour être prise comme point de départ de l'explication. En d'autres (croies, l'esprit ne veut pas de mystère, il cherche à co/wprendre, il n'accepte que ce qu'il a compris.

La méthode scientifique apparaît donc à ses origines comme un effort pour comprendre. Cet effort a atteint son but lorsque la chose que l'on veut comprendre se présente comme la conséque tee ou l'effet d'une autre chose qui, ouse comprend d'elle-même ou est ramenée par une série d'opération semblables, à quelque chose qui se comprend de soi.

On appelle analyse l'opération par laquelle on remonte de la conséquence à la raison, synthèse l'opération inverse par laquelle, une fois trouvée la raison, on redescend aux conséquences; la géométrie d'Evclide est un bon exemple de synthèse. Ce qui permit sans doute aux Grecs d'organiser la géométrie d'une façon purement scientifique, et ce qui les empêcha de réussir aussi bien dans les autres domaines de la science, c'est qu'il était particulièrement facile de remonter des conséquences aux raisons dans les choses dont s'occupe la géométrie ; l'application de la méthode scientifique nécessitait simplement une puissance d'abstraction suffisante pour isoler les rapports d'étendue et de situation, de toutes les autres propriétés que nous présentent les objets naturels. Une fois réalisé cet isolement, l'esprit se trouvait en face d'un ensemble de rapports, qu'il était facile d'organiser en partant des plus simples d'entre eux, et où ces rapports les plus simples se comprenaient d'eux-mêmes.

Les Grecs essayèrent pour les autres propriétés de la nature d'appliquer la même méthode; mais comme ils avaient affaire à des faits beaucoup plus complexes, ils furent loin d'avoir un pareil succès. Ils multiplièrent les hypothèses arbitraires, les vues de l'esprit, pressés qu'ils étaient de faire pour les forces de la nature : la mécanique et la physique — et pour les particularités des êtres vivants, ce qu'ils avaient fait pour les grandeurs géométriques. Ils ne comprirent pas qu'une observation patiente, a très longue échéance, devait se substituer, pour débrouiller la complexité des phénomènes, aux intuitions presque immédiates qui leur avaient permis d'appliquer la méthode rationnelle à la géométrie. Mais nous ne leur sommes pas moins redevables de la confiance qu'ils ont eue dans les forces de l'esprit humain, pour résoudre ces nouveaux problèmes : leur grandeur ici a été, par opposition aux civilisations de l'Orient qui n'admettaient dans ces domaines que la tradition religieuse, de multiplier les hypothèses, grâce h une méthode de libre examen absolu : si bien qu'il est peu de théories scientifiques

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