II.— VUE D'ENSEMBLE SI II LES MÉÛRIES DE LA CONNAISSANCE
En somme, si nous voulons, au-dessus des contingences historiques et des nuances de chaque système, nous faire une idée gêné-
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raie des grandes directions qui ont animé toutes cet théories, nous pouvons dresser a peu près I»' tableau suivant.
A. Dogmatisme. — Une partie dos théories de la connaît s'efforcent de montrer que la connaissance humaine a une valeur absolue el résiste à toutes les critiques. Ce sont [es dogmatiques.
a) Dogmatisme du sens commun. — La doctrine dogmatique la plus absolue est la doctrine dite du sens commun. Elle ne fait qu'ériger en principe philosophique les croyances naïves du vul
le monde existe comme il est perçu. La science ne fait que préciser et dégager les rapports que la perception laisse confus ou cachés : enfin la réflexion au-dessus de la science résout les derniers problèmes que peut se poser notre curiosité. Notre sensibilité, notre raison, nos croyances sont capables d'atteindre la vérité inébranlable. L'erreur ne peut être que passagère, résulter d'un mauvais usage de nos facultés, enlin de l'influence de causes étrangères et particulières sur la connaissance. Mais notre intelligence abandonnée à elle-même, soustraite aux causes étrangères, va à la vérité et la trouve comme la pierre tombe à la surface du sol (Cartésiens, école écossaise, éclectisme, spiritualisme traditionnel).
b) Dogmatisme rationaliste. — De bonne heure la critique fut éveillée au sujet des données de la perception extérieure. Le dogmatisme rationaliste, dont Socrate, Platon et Aristote sont les fondateurs et les grands représentants, laissa de côté toute la connaissance sensible comme illusoire; mais il admit que la raison était capable d'atteindre la vérité absolue. Elle voyait (intueri). comme un sens nouveau, les essences réelles des choses, le monde intelligible dont le monde sensible n'est qu'une altération ou une vue confuse. Par suite, les intuitions rationnelles, les idées que la raison découvre en elle-même et toutes les conséquences qu'on en déduit conformément à la raison sont vraies ; d'après ces philosophes, toutes les idées abstraites générales, les concepts, sont des intuitions rationnelles.
Le dogmatisme rationaliste fut transformé à la Renaissance sous l'effort des savants et des philosophes nominalistes, en particulier des Cartésiens. On considéra que les idées abstraites générales «étaient souvent erronées, confuses et aussi dangereuses à suivre que les données perceptives. On les rattacba à celles-ci et on ne laissa dans le domaine de la raison que les principes qui servaient de base à la science moderne (idée d'étendue, notions mathématiques et mécaniques) el les idées qui formaient l'ossature du sentiment religieux (âme immortelle et Dieu).
La raison élaii donc a la fois la faculté de la science, telle qu'on la concevait àTépoque, et la faculté qui découvrait en nous, par la réflexion, les principes de la métaphysique.
Le dogmatisme rationaliste s'appuie sur l'innéité des princi] de la connaissance et des idées premières de la raison, pour affirmer que notre connaissance, qui est absolument indépendante de toute influence étrangère, est capable d'atteindre la vérité absolue.
c) Dogmatisme moral et mystique. — Mais on a soumis, surtout de nos jours, la science à une critique extrêmement serrée. On a dénoncé en elle une nouvelle cause d'erreur qui proviendrait d que, comme les idées générales de la Bcolastique, elle érige des abstractions en réalité. La véritable nature des choses échappe à la raison comme à la perception, car le concret est toujours défiguré par l'abstrait. La méthode intellectualiste, rationaliste ne peut prétend re à la vérité ; tout au plus a-t-elie une utilité pratique. C'est un système de signes choisis entre beaucoup d'autres également possibles et qui n'a pas plus de rapports avec le réel qu'un signe en a avec la chose signifiée, un mol avec un objet. La science est un discours, et elle a fait faillite en tant que connaissance du réel. Devons-nous conclure à un scepticisme complet? Non, car il nous reste la réflexion sur les données immédiates de la conscience. C'est en nous-mêmes que nous trouvons le concret et le réel, lorsque nous nous débarrassons de toutes nos habitudes rationalistes et intellectualistes, lorsque nous nous débarrassons surtout de l'habitude déconsidérer toutes les choses comme dépourvues en elles-mêmes de leurs nuances concrètes,désindividualisées en quelque sorte et ramenée- à n'être que des morceaux d'une étendue homogène et incolore (telle est la représentation vers laquelle tendent en effet nos 1 tudes scientifiques actuelles).
En résumé, le dogmatisme se trouvait en face de trois sources de connaissances : la perception, la science, la réflexion. Il a abandonné complètement la premier.' comme source de vérité. Quant à la seconde, il l'a fortement critiquée, a exclu les idées abstraites et générales pour ne conserver que les constructions logiques de la sciei Lutin, certains dogmatiques, peu nombreux il est vrai, refusent même à la raison d'être la faculté du vrai. Ils ne conservent comme source de vérité que la rétlexion sur notre conscience, sorte de révélation intérieure de la vie. En ce <ens la croyance, la foi, l'adhésion absolue de notre volonté, l'emporterait sur la raison comme faculté du vrai.
B. Scepticisme. — De tout temps, dès que l'on a réfléi bi sur la connaissance, les critiques, au lieu de préciser et dépurer le dogma-
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tisme, on! entraîné d'autres esprits fa nier que l'esprit fût capable d'atteindre la vérité.
a) Sophistes et sceptiques grecs. — Ce sont d'abord Les sophisj grecs qui, "avec La critique de La perception sensible et La cou talion de la diversité des opinions, concluent à la négation de toute connaissance. Les socratiques leur répondront que, si la perception
et l'opinion sont illusoires, nos idées générales, la raison et la
science sont capables de vérité.
b) Nominalistes du moyen âge. — Vers la fin de la scolastique, les nominalistes, après avoir montré que la science de L'époque i laite que ft idées générales et que dans la nature il n'existe que des individus, concluent à l'impossibilité de la connaissance. Les Cartésiens acceptent cette critique de L'idée générale, mais ils retrouvent dans les intuitions de la raison qui, d'après eux, ne sont pas des idées générales, mais des visions directes de certaines réalités concrètes, des expériences rationnelles, évidentes, uu fondement suffisant pour la vérité de nos connaissances.
c) Subjectivisme. — De nouveaux critiques s'atlacbent à montrer que ces intuitions rationnelles sont tirées de l'expérience sensible comme nos autres idées générales. Toutcequiestdans l'esprit vient de l'expérience (Hobbes, Locke, Hume etStuart Mil/).
Mais, ajoutc-t-on, comme l'expérience n'est que la série de nos sensations individuelles, il semble que nous soyons enfermés dans celles-ci, qu'il ne puisse y avoir de vérité universelle et nécessaire. L'expérience ne peut nous renseigner que sur ce que nous avons expérimenté nous-mêmes. Nous ne pouvons sortir de notre moi (subjectivisme etsolipsisme) . C'est pourquoi un critique de l'empirisme a pu dire, en songeant aux conséquences extrêmes de ceux qui identifient empirisme et subjectivisme : Le scepticisme est le fruit sam cesse renaissant de F empirisme .
d) Pragmatisme. — Enfin la critique anti-intellectualiste exposéi sous le nom de dogmatisme moral et mystique est naturellement sceptique à V égard, de la science, puisqu'elle donne à la vérité scientifique le sens de simple nécessité pratique. A ce pointdevue cett( doctrine pousse à l'extrême les conclusions de l'empirisme subjectif dont nous venons de parler.
C. Relativisme et positivisme. — La doctrine de la relativité de la connaissance est la conséquence des critiques du rationalisme par les sceptiques et d'un effort pour retrouver quand mêm<
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un sons à l'expression : vérité. Il consiste a dire que nous ne pouvons pas atteindre la vérité absolue, le dernier mot de^ chos Nous sommes hommes et nos connaissances ne vaudront que pour le> hommes, pour des esprits faits comme les nôtres. Nousne pouvons pas plus sortir de notre condition humaine '/ne la colombe ne peut voler au-dessus de l'atmosphère. Seulement, pour tous les espritf faits comme nous, nous pouvons et devons arriver à une représentation du monde, l*. représentation scientifique, qui B'iui posée tous d'une façon nécessaire ei universelle comme un corps de vérités intangibles, définitives : vérité humaine c'est vrai, mais vérité.
a) Relativisme de Kant. — Kant admet avec les empiriques que nos connaissances commencent avec l'expérience. Mais, ainsi qu'on l'a vu dans l'étude des- principes directeurs de la connaissance, l'expérience se moule en quelque sorte dans les cadres que contient notre esprit : formes de la sensibilité et catégories de l'entendement. Tous les liens qui unissent entre elles les données de l'expérience leur sont imposés par ces formes a priori. Or ces formes dépendent de la constitution de notre esprit. Klles sont nécessaires el universelles poui' tous les esprits faits comme le uôlre. Les relations que nous établissons entre les doi. le L'expérience en nous appuyant
sur ces catégories seront donc m ires ei universelles ; ce seront
les lois scientifiques. Il y a donc, pour nous y une vérité ; mais cette vérité n'est valable que pour nous, Ellç nous est relative.
D'ailleurs Kant, >ii réduit la science à une valeur relative, s'accorderait dans une certaine mesure avec ceux qui croient que à côté de la science nous avons en nous une source de connais sac plus haute du genre de la croyance etdela foi. haut, en effet, proe que notre conscience non- révèle un impératif moral absolu et que cet impératif moral impose non plus à notre connaissai mais à notre croyance, à l'adhésion de notre volonté, à notre loi, un certain nombre de postulats qui entraînent avec eux une vue particulière de l'univers : « J'ai détruit la science, dit-il, pour faire place à la foi. En réalité, il ne détruit pas la science, mais il détruit la valeur absolue que lui conférait le dogmatisme, la réduit h une valeur relative, atin d'éviter qu'elle puisse entier en conflit avec la certitude morale ,]ui, seule, a pour lui une valeur absolue,
h) La thèse de la contingence des lois de la nature peut Être rapprochée du relativisme, dette thèse prétend que nos connaissance^ ne sont que relative-, mais elle diminue encore cette valeur relative en montrant que les lois se entiliques, à mesure qu'elle rapprochent de plus en plus de la réalité concrète, deviennent
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moins exactes el moins nécessaire □ seulement <l!
qu'approchées (on pourrait espérer alors que les progrès futurs remédieront à leurs incertitudes et à leur grossièreté actuel mais, de plus, il semble qu'il y ait dans la nature réelle quelque chose d'indéterminé qui résiste aux efforts de notre esprit pour établir des lois nécessaires et constantes. Cette contingence, qui vient de la nature elle-même, peut s'entendre de deux façons, avoir deux causes : 1° Ou bien la nature évolue sans ces qui l'ait que les
lois scientifiques qui s'appuient sur des expériences faites à un moment déterminé, ne valent que pour ce moment et sontforcément inexactes. Cette interprétation permet d'espérer qu'on connaîtra un jour les lois de cette évolution et que l'incertitude et le probabilisme actuels feront place à une certitude définitive ; 2° Dans la deuxième interprétation, etc'est là l'idée de Boutroux: l'évolution des lois naturelles doit rester forcément indéterminée, la nature étant par essence contingente et, dans une certaine mesure, douée de liberté. Ce serait la réalité qui alors s'opposerait à ce que nous puissions jamais énoncer des lois exactes et nécessaires, telles que notre esprit les voudrait pour se satisfaire.
Les lois scientifiques ont la valeur de formules-limites. Elles n'expriment pas absolument les relations des phénomènes naturels, puisque celles-ci sont dans une certaine mesure indéterminées. Mais elles fixent les limites entre lesquelles cette indétermination s'exerce, car si la nature est indéterminée, elle ne l'est qu'entre certaines limites, limites assez étroites pour que nous puissions en gros prévoir et diriger notre action à l'aide des lois scientifiques. En d'autres termes, l'adaptation de notre esprit aux choses ne serait jamais parfaite à cause d'une résistance réciproque des choses à l'esprit et de l'esprit à la nature des choses. La connaissance n'aurait alors de valeur qu'en deçà d'une certaine précision. Ce qui fait que cette valeur est relative, c'est qu'elle est toujours, et sera toujours forcément approximative.
c) Le probabilisme est encore une forme du relativisme. Il consiste à soutenir que l'exactitude de nos connaissances ne peut jamais être absolue, définitive et complète. Les propositions en apparence les plus évidentes ne sont au fond que très vraisemblables, et il y reste toujours quelque chance d'erreur (cf. les arguments du scepticisme). Notre science n'est donc jamais que probable, et ses résultats doivent toujours être accompagnés dune estimation de leur probabilité. Ne met-on pas en évidence en physique les limites entre lesquelles varient les erreurs possibles en énonçant toujours les résultats à telle quantité près?
d) Positivisme. — Le positivisme est un effort pour fonder la valoir relative Aq la science, non plus comme Kant au nom d'une critique de la raison et sur des principes a priori de la connaissance, mais sur l'expérience, et en se refusant à concevoir un autre domaine d certitude que celui de la science. Il n'y a plus qu'un genre de vérité, les vérités scientifiques. La certitude morale, la croyance, n'ont par elle-même aucune valeur propre. On en fera l'objet d'une étude scientifique el elles auront la valeur que leur conférera cette étude scientifique. Elles ne pourront donc dépasser cette valeur.
Toutes nos connaissances sont le résultat de l'expérience. Mais la méthode expérimentale n'a pas besoin de s'appuyer sur un fondement étranger à elle. Elle pose sa certitude par cela m (jn'elle est. Stuart Mill le fait bien remarquer. Toutes les expériences, qui, si les précautions d'usage sont prises, réussissent à nouveau el nous donnent des lois auxquelles nous n'avons jamais i u d'exception, constituent à leur tour une expérience générale qui nous permet d'affirmer cette induction nécessaire et universelle, hase de toutes 1rs autres : la méthode expérimentale est capable d'établir des vérité; 5t-à-dire des propositions qui ne seront
jamais démenties. L'ensemble des expériences est la garantie de chaque expérience.
Un homme de bon sens ne peut mettre en doute cette induction. On pourrait en tous cas répondre à une critique non convaincue comme ce philosophe devant qui on niait la possibilité du mouvement et (jui se mit à marcher : pour repousser tout doute portant sur la validité de L'expérience, il suffit de montrer que les lois fond sur l'expérience réussissent. Mais, bien entendu, nous ne pouvons donner à l'expérience qu'une valeur humaine. Le fond des ch< nous reste inconnu. Nous ne connai- que les relations que
soutiennent entre elles les données de L'expérience, et ces relations n'existent encore que par rapport à nous. Puisque nous ne sortons pas de l'expérience, il ne peut s'agir d'une vérité dont la valeur dépasse cette expérience. Pratiquement le nom lut1 de- expériei que l'homme a accumulées es1 infini ; ainsi la garantie d'une connaissance quelconque, acquise par la méthode expérimentale, est ellemême aussi grande qu'elle peut être conçue : mais à une condition, c'est qu'il ne s'agisse que d'une vérité relative, qui, pratiquement pour nous, est assurée.
e) Évolutionnisme. — L'Évolutionnisme fonde d'une façon plus
logique le positivisme quand il montre que nos connaissance- ne sont que le résultat de l'adaptation héréditaire de notre organiavec le milieu. Étant donné notre milieu, le monde tel que n
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!<■ connaissons, et nous-mêmes tels que nous nous connal notre connaissance ne pouvait être autre qu'elle ne s'est établie. Elle est Le résultat nécessaire el universel pour toute l'espèce humaine des actions réciproques <1<* noire être et du milieu. Elle est donc certaine pour l'espèce, et nous ne pouvons même songerd'une façon raisonnable à ce qu'elle pourrait être dans des conditions totalement inconnues de nous. Comme tout organisme, notreesprit estime résultante qui offre Les caractères, la constitution, la nature qu'il nous présente, par suite des grandes lois de L'adaptation ;ju milieu, et de la sélection naturelle. Là encore notre connaissance a une valeur assurée, mais une valeur qui n'est valable que pour l'espèce humaine. Elle s'appuie sur des instincts généraux de l'es; humaine qui ne peuvent être autres qu'ils ne sont, tant que l'espèce humaine ne sera pas autre qu'elle n'est.
D. Indications relatives aune conclusion proposée (Réalisme positif et expérimental). — Si la vérité scientifique est actuellement approximative, si, limitée et relative, elle laisse hors de ses prises le fond des choses, il ne faudrait pas affirmer hâtivement que, par suite de la structure de notre esprit ou de celle de la nature, nous ne pourrons jamais atteindre sur rien une connaissance complète et exacte. Presque toutes les limites que Comte avait cru pouvoir imposer à la science sont aujourd'hui tombées. Il faut donc élargir le positivisme.
Chaque jour les méthodes scientifiques font leurs preuves, l'expérience paraît être à elle-même une suffisante garantie. Chaque jour la science étend le cercle des vérités, des connaissances universelles et nécessaires, c'est-à-dire sur lesquelles tous les hommes raisonnables s'accordent et ne peuvent pas ne pas s'accorder. Il semble donc que les conclusions données en logique à propos du problème pratique de la vérité puissent être reprises sans changement au point de vue purement théorique (Voir ch. xl, conclusion) et que notre science soit légitimement fondée à approcher toujours de plus près de la vérité absolue. Cette vérité elle l'exprime d'une façon humaine, sans doute. Mais cela signifie seulement : de la seule façon dont nous puissions la comprendre. En quoi cette restriction diminue-t-elle la vérité? L'exprimer n'est pas la déformer, c'est au contraire la faire connaître.
Remarque très importante. — Mais, pour bien comprendre l'esprit dani lequel nous propo: tte idée générale, il importe absolument de faire
attention aux deux points suivants :
1° La science est bien plus une organisation des méthodes qu'un ensemble de résultats. 11 est en effet de l'essence des méthodes scientifiques «le se tenir constamment prêtes à réviser 1rs résultats qu'elles ont déjà obtenus. Ceux-ci ne sont <|ue des pierres d'attente qui jalonnent la route de la vérité, que des étapes vers i< 's plus de vérité. La science est
sans cesse placée sur le terrain de l'esprit critique et du libi nen.
Elle n'est (pie cet esprit critique et, ce libre examen en acte, Ce que nous proposons donc, c'est de prendre toujours et partout, dans toui tions, l'attitude scientifique : s'appliquer à V étude des faits, à leur étude impartiale, sans idée préconçue, ni lin intéressée, et à la critique contrôle rationnel et expérimental en t<»ute liberté, mais aussi san^ aucun parti pris) des conclusions de cette étude.
t" Il ne faut pas oublier ensuit" (pie nous ne faisons que proposer ces conclusions. Comme on vient de le voir , c'est l'essence même des méth scientifiques de laisser les questions toujours ouvertes à i\c> études complémentaires. Si donc c'est notre conviction personnelle que ees méthodes sont les seules qui permettent d'atteindre quelques vérités, cette conviction n'est, il faut le dire bien haut, dans l'état actuel des choses, qu'une conviction. Nous devons donc à l'attitude scientifique elle-même, qui postule lu plus entière liberté de penser, de laisser le champ libre aux autres efforts, pourvu qu'ils soient toujours prêts a s'incliner devant un fait contrôlé. Nous savons trop peu, pour regarder comme nuisible ou inutile <pie des tendances et des sentiments intimes, différents des nôtres, cherchent par d'autres voies leur satisfaction, la science a le droit de critiquer ces voies eu toute indépendance, mais elle a le devoir aussi de se laisser critiquer, si la critique est loyale et sincère. L'absence OU la restriction droits de la critique ou de la pensée serait la plus forte atteinte portée à la méthode scientifique elle-même.
L'origine des idées de temps et d'espace suscite les mêmes théorie* le^ mêmes controverses que les principes de la raison proprement dits cause, substance, etc. , dans la plupart des systèmes, comme on Ta vu à propos de Descartes idée de matière ou d'étendue, de Kant, formes de la sensibilité, de Spi na r, etc. . C'< b1 pourquoi nous ne leur avoi con-
sacre un chapitre spécial. 11 n'y a qu'à leur appliqua r, mutatis mutandis, l'historique général et les conclusions du § ' du présent chapitre.