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ORIGINE ET NATURE DE CES LOIS OU THÉORIE DE LA RAISON

A, Innéisme (Dogmatisme spiritualiste et idéaliste* — a So :ratb et Platon : l'innéisme absolu od réalisme. — Ton! d'aBord ce sont toutes nos connaissances, toutes les lois que nous dégageons sous les phénomènes, aussi bien les plus restreintes que les plus générales, toutes nos idées qui paraissenl données directemenl par l'intuition de la raison, a La science est innée, «lisait Socrate.,. /'/a/on complète et achève la théoriede Socrate. La science consiste à sortir du monde sensible, à entrer dans I" moule des idées, éternelles, immuables, principes de la réalité el de la connaissance, que l'amené peut découvrir qu'en se découvrant pour ainsi dire elle-m eo

se rappelant ce qui lui est inné, ce qu'elle conlenail déjà (théorie de la réminiscence).

b) àristote. — Pour Platon donc, toute connaissance est innée, et se dégage d'elle-même dans la raison. Mais Aristote a un souci plus vifde la réalité. En fait, nousavons hesoin de recourirconstamment à la connaissance par les sens, l\Y expérience sensible. Il faut donc faire une première restriction a l'innéisme universel. L'expérience sensible est un élément primitif et nécessaire. La connaissance vraie doit la dépasser par une force intuitive propre à l'âme, mais s'en servir. L'intelligence humaine est forméede deux intelligences pour ainsi dire : l'une, V intelligence passive (vouç --J)r-. ix6ç), qui n'est qu'un dque de l'expérience sensible, qui comprend tou< les éléments

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inférieurs <l<; La connaissance (sensations et im L'autre, {'intellect

ûc/i/^voOçTCoiYjmàç), qui dégage pdLT&a. vertu propre, innée, ce < j • i ï dans ces éléments est universelet nécessaire. Il ya ainsi dac rit une

partie assimilatrice qui acquiert les éléments et une partie active (jui Les transforme, a priori, en connai > universelles et né

saires, c'est-à-dire rationnelles.

c)Le cartésianisme. — Les vérités ph - Toute La phili

phîetraditionnelleetclassiquejusqu'àD^car/wa \ me.

La science était conçue comme le développementdéductif eta/?nonde conceptions de l'esprit, àl'occasion des choses. Et, parsuite, La méthode déductivepurementsyliogistique étaitsa seule méthode. Les premiers savants qui eurent à la Renaissance une notion claire de, la méthode expérimentale et les philosophes de celte époque, Vinci fialilèe, Bacon surtout, quoique partant de points de vue très opposés, s'accordèrent pour montrer le néant d'une pareille méthode et, parsuite, L'erreur de ses principes métaphysiques : Vinnéisme universelAl fallut faire sa part à Y empirisme. De là de nouvelles restrictions à Vinnéisme, môme pour ceux qui, comme Descartes, y renoncèrent le moins complètement : «Avec les progrès de la science qui, au xvie siècle, s'étend en tous sens, le problème se modifie. D'une façon générale il s'agit de dé/nêler dans les phénomènes complexes (les données de l'expérience sensible) les éléments simples dont ils sont la combinaison, de saisir les lois de cette combinaison et de se mettre ainsi en état de la reproduire... Descartes cherche à ramener l'univers, tel qu'il nous apparaît, à une combinaison d'éléments intelligibles. Les mathématiques sont pour lui le modèle, le type delà science. » (Janet etSéailles, Histoire de la philosophie , 131.) Mais les mathématiques rattachentleurslongueschainesderaisonsadesprincipespremieis.ee sont ces principes premiers qui ne se démontrent pas et que Descartes considère comme a priori et innés, et ceux-là seulement. Ces principes sontLobjet d'une intuition rationnelle; ils constituent les véri tés premières : « Quelles sont maintenant ces idées a priori? ces idées primitives innées? La notion la plus naturelle et la plus importante est la notion de Dieu, de l'Infini, du Parfait » (Id., 132), puis celles de Yâme et de la matière, enfin les principes rationnels qui permettent d'enchaîner Tune à l'autre les natures simples, c'est-à-dire les éléments irréductibles des choses, et ces natures simples ellesmêmes : c'est-à-dire les axiomes et les définitions premières que nous plaçons en tête des sciences.

L'expérience nous apprend ensuite les combinaisons particulières réalisées dans notre monde, par ces éléments simples : « Nous avons en nous l'étoffe de nos pensées ; ce que l'expérience nous ap-

prend, c'est la matière dont cette étoffe est taillée.» (Lachelier.) Et en quel sens ces axiomes et ces éléments simples sont-ils innés? «Quand je dis que quelque idée est née avec bous, j'entends seulement que nous avons en nous-mêmes la faculté de les produire », c'est-à-dire que nous en contenons en nous le germe et qu'il se dégage au contact de l'expérience: « L'expérience n'est que l'occasion de cette science qui consiste à ramener le monde sensible à dos notions simples et intelligibles, combinées selon des lois rationnelles qui toutes se rattachent à l'idée de Dieu. » [Janct et Séailks, 135.) On voit combien les idées innées se restreignent en nombre, et les atténuations apportées déjà à l'idée d'innéité.

La philosophie spîritualiste et idéaliste du xvn* el du xvm* siècle maintiendra dans ses grands traits la conception cartési< une. Pour Newton et Cla/ke, les idées de temps et d'espace sont des attributs de la divinité dont nous avons l'intuition directe. ! suct, Fénclon, Malebranche ne font que rattacher plus étroitement à l'idée de Dieu tontes les vérités premières en ramenant k lui les intuitions que nous en avons.

(h. Leibmz. — Lbvirtualisme. — Leibniz atténue l'innéisme cartésien,

en essayant de le concilier avec l'empirisme de Locke ; mais, dans cette conciliation, c'est Locke qui fait à peu près tous les frais : « L prit a quelque chose de propre, des principes innés; mais l'expérience est nécessaire pour que ce qui est ainsi virtuellement en - passe a l'acte. L'innéité ne consiste pas en une connaissance expresse, mais en virtualités et en dispositions. L'âme n'est pas une table rase; elle ressemble plutôt à un bloc de marbre, da juel

circulent des veines qui dessinent d'avance la statue que l'expé rience dégagera... La vie de rame est une marche pr ive dt

perceptions confuses à des perceptions plus distinctes. ' . 1 t2. Or, la perception confuse, c'est précisément Y expérience sensible. Et le progrès de l'âme transforme cette expérience sensible en connaissance rationnelle, en dégageant peu à peu et en appliquant les principes qu'elle enfermait tout en les ignorant ou en les méconnaissant : « On peut donc accorder aux empiriques que rien n'ait «Hé dans l'intellect qui n'ait été dans les sens : nihii est in iniellectu fuod non prias j avril in sensu. Mais, d'autre part, h en un sens tontes uos idées sont acquises, supposent l'expérience, tontes ai viennent de notre propre fond, expriment la spontanéité, la fécondité propre de l'âme. Il faut donc compléter la formule des sensuali>t.'s en disant: nisiipse intellect us », si ce n'est l'intelligence ellemême, puisque aussi bien, ce que nou^ appelons l'expéi ience, ce n'est que l'intelligence confuse, l'intelligence qui s'ignore. 7 !,} La thé

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de Leibniz admet donc que l'acquisition par l'expérience des ventés nécessaires est un moment du développement nécessaire de noire conscience; mais cette acquisition ne fait que dégager, qu'expliciter ces vérités, qui étaient déjà impliquées par notre nature spirituelle.

e) Kant. — L'apriorisme. — ■ L'innéisme avec Leibniz en arriva reconnaître qu'en apparence et forcément tout %e passe comme si notre esprit ne contenait rien d'inné, et tirait toutes ses idée des éléments inférieurs d(i la sensation et de la perception; mais Leibniz

prétend encore qu'au fond cette expérience impliquait déjà dans notre esprit les germes des vérités nécessaires. L'innéisme va être amené à de nouvelles restrictions sous l'influence des critiques empiriques qui, depuis Hobbes et Locke, avec Hume et Condillac, l'attaquent sans trêve. Qu'est-ce que ces prétendues notions nécessaires? Au fond de pures formes, des relations vides sans contenu, des êtres irréels, illusoires que crée notre esprit. Si nous analysons bien ces principes de la raison, nous voyons, dit Hume, que ce sont de simples rapports, de simples associations établies entre les données des sens, et pas du tout des intuitions d'existences réelles, supérieures à celles que nous révèle l'expérience sensible. Cette critique paraît h Kant irréfutable; et, de fait, nous ne voyons pas dans notre esprit de connaissances qui, de près ou de loin, ne reposent pas sur des données sensibles. Une intuition directe de la raison paraît un pur néant. Contre Descartes et Leibniz, et avec Hume, Kant avoue donc que notre raison n'a rien d'intuitif, que ses idées n'atteignent pas directement des vérités primordiales el nécessaires. Mais est-ce à dire qu'elle ne mette rien d'elle dans les connaissances qu'elle a des choses, qu'elle ne les modifie pas par l'introduction d'éléments a priori? Loin de là. Certes toutes nos connaissances viennent des sens, voilà ce qu'il faut accorder à l'empirisme ; mais, si ceux-ci fournissent tout le contenu de notre savoir, toute sa matière, c'est l'esprit qui possède la forme dans laquelle s'organise et s'ordonne cette matière, les lois nécessaires qui lient ensemble ces données sensibles et en composent un système. L'expérience, en effet, ne peut donner que des sensations isolées : les sens perçoivent des choses, et non des rapports entre les choses, car un rapport ne se voit pas, ne se touche pas, ne se perçoit pas. Il peut seulement se penser, il n'existe que dans l'esprit : en ellemême chaque chose existe isolément de toutes les autres. Notre esprit seul peut établir des relations entre elles. De plus, l'expérience est toujours contingente, par suite de l'isolement môme de chacune de ses données. Si notre esprit conçoit pourtant des lois nécessaires et universelles, c'est qu'il est constitué de telle sorte

qu'il arrange toutes les données sensibles dans un certain ordre. Cet ordre dépend donc de l'esprit et non de l'expérience : il est a priori.

« Pour bien entendre la pensée de Kant, il faut la distinguer de celle des philosophes antérieurs : qu'est-ce qui distingue les idées innées de Descartes et de Leibniz des formes a priori de Kant? C que, dans Descartes comme dans Malebranche el même dans Leibniz, l'entendement est intuitif. Los idées atteignent immédiatement l'être (soit l'ànic, soit Dieu, soit la nature simple). Dans Kant, l'entendement e^t formel. Il n'a aucun objet propre : il fournit simplement des lois pour lier les phénomènes el apporter l'unité à la multiplicité de l'expérience. » (Ici., 150.) C'est en ce sens que la théorie de Kant est une nouvelle concession de l'innéisme à l'empirisme; car, pour Kant : aucune connaissance ne précède en nous, dans le temps, l'expérience, et toutes commencent arec elle, si pourtant elles sont toutes un assemblage composé de. ce que nous recevons par des impressions et de ce que notre propre /acuité de connaître tire d'elle-même à l'occasion de ces impressions.

Notre esprit contient ainsi trois sortes de principes : 1° les formes de la sensibilité qui servent à organiser nos perceptions tant externes qu'internes : ce sont le temps et l'espace, sortes de cadres constitués par notre esprit pour y disposer nos sensations : Kant prétend démontrer <|u'ils sont a priori et dépendent de l'esprit parce qu'ils sont universels, nécessaires et infinis, tandis que l'expérience ne donne que des objets particuliers, contingents et tinis, et parce que les propositions mathématiques qui ne portent que sur le temps et l'espace sont elles-mêmes nécessaires, universelles et peuvent se démontrer a priori. Cette démonstration est faite dans Y Esthétique transcendantale, première partie de la Critique de la raison pure; — 2? les catégories de ^entendement, au nombre de douze, organisent nos jugements comme le temps et l'espace nos perceptions. «Ce n'est pas assez que des objets soient donnés, il faut encore qu'ils soient pensés. L'espace et le temps sont indéterminés, rien ne les limite; les phénomènes y Ûotteraienl comme une poussière dispersée. Il faut que les phénomènes prennent une place lixe, qu'ils soient reliés les uns aux autres par des rapports invariables. » (.'es rapports invariables, n ires, universels et, par suite, a priori, sont ces catégories qui se systématisent selou quatre principes directeurs de l'entendement par : quantité, qualité, relation, modalité. •• Nous saisissons maintenant la pej e Kani nous voyons quelle pari revient à l'esprit dan- la connaissance. La matière seule nous est donnée, la tonne vient de ie n'est pas l'esprit qui 8e soumet aux lois des choses, ce sont les choses qui

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se Boumettent aux lois de l'esprit » [et c'est en ce seni que Kant se distingue radicalement des empiristes). « Les conditions de la pe doivent (Jonc être pour Le monde des lois nécessaires, dont la violation ferait évanouir a la fois et I.'i pensée et le monde qui en est L'objet. » (Id., 153-155.) Tel est L'objet de La deuxième partie de la Critique de la raison pure: Y Analytique transcendantale ; — 3° dans la troisième et la dernière : la Dialectique transcendantale, Kant établit que toute connaissance venant h la fois de L'expérience e'1 <i lois de l'esprit est relative et ne peut nous donner la réalité même. Nous rencontrons dans notre raison trois principes : Dieu, l'dme, la matière, qui prétendent nous faire dépasser cette connaissance relative on phénoménale et nous faire atteindre Yabsolue réalité. G» trois principes ou idées de la raison ne sont encore que des moyens pour la pensée de ramener à une unité dernière les phénomènes, de leur donner une systématisation complète ; ils ne sont nullement des intuitions spirituelles de la réalité. Le philosophe reste donc strictement sur le terrain où il s'est placé entre l'innéisme et l'empirisme.

f) Transformations récentes de la doctrine innéiste. — Les doctrines innéistes actuelles ont, en général, accepté la position de Kant. Elles déterminent par la réflexion de la pensée sur elle-même ses premiers principes (espace, temps, identité et causalité), mais maintiennent que ces principes ne sont que des lois organisatrices des phénomènes (Renouvier et le néo-criticisme). Les métaphysiciens n'admettent plus guère une intuition directe de la réalité, par la raison. L'intuition est devenue synonyme de croyance, d'inspiration, et non d'évidence, comme dans Descartes. Les métaphysiques les plus hardies prétendent dépasser la raison et non la suivre.

B. Critique de l'innéisme. — a) On voit aisément que, pour résister aux critiques de ses adversaires, la théorie innéiste et intuitive a été obligée d'abandonner peu à peu ses lignes de combat. D'abord universelle et intégrale avec Platon, elle fait une part — très faible — à l'expérience sensible avec Aristote. La scolastique étend progressivement cette part. Avec Descartes et les cartésiens, les vérités premières seules sont innées. Avec Leibniz, l'expérience devient nécessaire pour les dégager. Avec Y apriorisme kantien, ces vêritéspremières n'ont plus un contenu réel que notre esprit découvrirait en lui-même et par lui-même. Ce sont de simples rapports dans lesquels il fait entrer l'expérience sensible, des manières de considérer les choses. L'évolution même de l'innéisme fait sa propre critique : elle nom amène à nous demander s'il n'y a pas lieu d'abandonner complète-

ment cette théorie et d'admettre que tout ce que nous pensons résulte de L'expérience sensible', o'est-à-dire dea éléments inférieurs de l'esprit, par simple voie de combinaison.

b) C'est que l'innéisme fait toujours appel au mystérieux et à l'inexplicable. Qu'est-ce que ces éléments nécessaires, innés ou a priori que l'esprit humain aurait toujours enfermés? Comprendre, expliquer, c'est rattacher l'inconnu au connu, ramener une combinaison à ses éléments et dans les sciences de la vie ou de la conscience, établir des origines. Invoquer l'innéité, c'est donc tout simplement avouer une ignorance, c'est faire œuvre de philosophie paresseuse : tout comme si la chimie n'avait jamais cherché à décomposer les corps et les considérait tous comme simples.

c) Enfin, l'évolution de l'esprit humain nous montre des transitions insensibles entre toutes les formes de la pensée. Le nécessaire, l'universel n'est que l'achèvement de cette évolution; nous ne le rencontrons pas dans les formes inférieures. Or, s'il étail vraiment l'effet des lois constitutives de l'esprit, comme Loche l'avait déjà remarqué, c'est dans ces formes inférieures et simples que nous devrions l'apercevoir le plus nettement: dans la vie animale, dans la pensée du sauvage ou de l'enfant.

C. L'empirisme. — Ainsi, en face de la théorie innéistese sont toujours dressées, faisant appel aux méthodes scientifiques, à l'expérience, essayant de tirer leurs principes premiers des éléments plus simples de l'activité psychologique, les théories empiriques.

a) Historique : le sensualisme. — La philosophie grecque, avec les sophistes, les épicuriens et, dans une certaine mesure, les stoïciens, nous présente la première forme de l'empirisme, qui a été reprise, sans modification fondamentale, par Hobbes, Condillac et les matérialistes du xviii8 siècle. Notre esprit est, a l'origine, une tablette de cire absolument lisse (tabula rasa). A mesure que des sensations nous sont données, elles impriment sur l'esprit leurs caractères généraux et essentiels. Ces caractères s'abstraient peu à peu, et deviennent les idées générales. Les plus générales de ces idées, celles qui entrent dans la compréhension de toutes les autres, qui sont, par suite, universelles , comme l'espace, le temps, la cause, etc., sont les principes de la raison.

b) L'associationnisme. — La psychologie du sensualisme est sommaire: les travaux récents ont montré que le travail psychologique est, même dans la formation des niées les plus concrètes, beaucoup

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plus compliqué. La conscience manifeste une activité incontestable, qui se traduit par La mémoire, ^attention, et Y association. L'empirisme moderne doit donc expliquer La formation des principes de la

raison en faisant entrer, à côté des impressions que reçoit pa vement la conscience, le travail de cette activité, et c'est ce qne nous voyons déjà confusément (-liez Locke, mais surtout chez

I/wne, Stuart Mill et l'école psychologique expérimentale. Il [""t bien remarquer qu'elle ne fait pas pour cela de L'esprit un principe d'activité originale qui réagit sur ses données. La conscience reste un enregistreur; son activité consiste à reproduire mécaniquement les impressions dans un ordre qui dépend de ces impressions et non délie. Les principes de la raison ne sont que le résultat de cette reproduction, effectuée mécaniquement, grâce à la loi de Y association par contiguïté. Les sensations forment des séries qui se répèlent toujours de la môme manière; le temps, l'espace, la causalité, l'identité sont les modalités qu'affectent toutes ces séries. C'est pourquoi ils finissent par nous apparaître comme les lois universelles et nécessaires de la raison.

Nous avons décrit en psychologie : la genèse de l'espace et de ses trois dimensions (p. 182), celle du temps (p. 204); les idées de cause et d'identité se sont formées comme toutes les idées générales; elles ne sont que les plus générales de toutes. L'associationnisme se borne à reprendre les résul tats de la psychologie expérimentale, mais y ajoute cette interprétation métaphysique que la conscience est un enregistreur mécanique.

c) L'évolutionnisme : H. Spencer. — Avec Spencer et les évolutionnistes, on complète la théorie associationniste par cette heureuse correction, admise à peu près sans conteste par tous : la genèse des notions de la raison ne se fait pas dans chaque conscience individuelle, mais est héritée avec l'organisme physiologique lui-même, à titre & instinct, comme les penchants affectif 's , ce qui explique leur nécessité et leur universalité.

De plus, si la genèse empirique des principes de la raison est la seule théorie acceptable du point de vue psychologique et scientifique, il n'en est pas de môme du postulat métaphysique qu'y ajoute arbitrairement l'empirisme ordinaire, à savoir que la conscience n'est qu'un enregistreur inerte et que l'association est une répétition inflexiblement mécanique. Il y a là une assimilation du point de vue interne et de la synthèse consciente, au point de vue externe et à la composition mécanique, qui peut sembler difficile à admettre.

La raison apparaît non seulement comme la résultante des influences du milieu tant ancestral qu'actuel, mais encore une inter-

prétation de cette expérience, faite pur la conscience pour son upropre et avec ses moyens particuliers. Celte interprétation a Fail des lois de temps, d'espace, d'identité et de causalité les lois detoute l'expérience, parce que ce sont elles qui onl offert à l'être humain le plus de commodité et d 'utilité pratiques , pour représenter le milieu et permettre de réagir sur lui. D'où les caractères de nécessit d'universalité que ces lois ontrevêtus fatalement. Ce que non Ions la vérité d'un raisonnement ou une connaissance exacti alors le symbole le plus pratique, et l'équivalent le mieux adapté, pour traduire à notre conscience les impressions extérieures

La théorie évolutionniste de l'origine des principe- rationnels s'accorde donc 1res bien avec la théorie relativiste de la valeur de la perception et de la science bien quele relativisme soit soutenu par des philosophes qui ne sont nullement empiriques ou évolutionnistes, comme Kant et les t riticistes . Elle s'accorde 1res bien aussi avec une théorie analogue à celle que nous avons proposée comme conclusion du chapitre précédent, et qui, en identifiant réalité e1 expérience, voit danslascience le moyenet ie seul moyen d'atteindre tout le rée\(réalisme scientifique .

Conclusion de la critique des principes directeurs de la connaissance. — Les idées de la raison. — De cette critique il résulte (voir surtout la théorie de Kant) que nous ne possédons pas le moyen d'atteindre des connaissances autres que les perceptions sensibles ou les lois scientifiques. Les principes rationnels n'ont de valeur que dans le domaine de l'expérience. Certains philosophes considèrent bien encore à côté d'eux des intuitions intellectuelles, iesidées de la raison, en particulier les idées dinfini, d'absolu et de parfait, qui sont les attributs ordinaires de la nature divine, et qui nous feraient connaître une réalité supra-sensible. Mais il semble bien, d'après la critique moderne, que ces idées expriment surtout sous une forme abstraite des tendances de Tordre du sentiment et de la croyance. En tout cas, cette critique montre au moins que ces intuitions ne s'imposent pas à tous les esprits d'une façon nécessaire et universelle et qu'on ne peut pas établir logiquement qu'il leur correspond une réalité. 11 est vraisemblable que nous ne pouvons avoir des connaissances véritables en dehors des limites d.' L'expérience. Mais celle-ci ne serait-elle ['«'«s tout le réel?

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