‹ Logique et moraleChapitre 236 sur 352 · I\. - CONCLUSION PROPOSÉE · texte numérisé non relu

I\. - CONCLUSION PROPOSÉE

L'hypothèse scientifique du déterminisme semble doue remporter sur le terrain scientifique et technique el se vérifier dans tout Le champ de la connaissance. Seulement la science n'a encore analysé qu'une faible partie du donné, et son analyse esl fort incomplète aussi bien en profondeur qu'en étendue. Certes on ne voit pas de raisons pour que L'inconnu se comporte autrement <jue le connu. Mais il e^i encore l'inconnu, «4 on conçoit que, pour certains e L'affirmation immédiate de la conscience, lorsque nous es de la pénétrer dans sou fond — comme s'j efforce un Bergson^ par exemple, — puis ntre-balancerlesaffirmationsconvergentes mais très partielles, de la science. En métaphysique, c'est-à-dire en matière d'hypothèse, il convient d'être prudent el tolérant.

Seulement cette doctrine de prudence el de tolérance exige aussi cette remarque : Sur le terrain des faits il est indifférent, au point de vue moral comme au point de v u • social, qu'on soil métaphysiquement partisan de la liberté ou du d iterminisme. Les objecti faites de ce point de vue au déterminisme n'onl aucun > valeur. Qu'on se reporte <-\{. L, < ,v. B à la the'orie de la responsabi-

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lité, on y verra que des sociologues idéalistes comme Tarde^ des jurisconsultes catholiques comme Saleilles, admettent très bien que Le libre arbitre métaphysique n'a rien à voir avec la responsabilité sociale, morale et pénale. Et là encor< une doctrine positive ne peut-elle considérer a bon droit comme mal posée la question traditionnelle de la liberté?

Remarque très importante. — 11 ne faut pas oublier que nous ne faisons que propose?" ces conclusions. C'est l'essence même de la méthode scientifique de laisser les questions toujours ouvertes à des études complémentaires. Si donc ce que nous avons exposé ici est notre conviction personnelle, ce n'est, il faut le dire bien haut, dans l'état actuel des choses, qu'une conviction. Nous devons donc à la méthode scientifique elle-même, qui postule la plus entière liberté de penser, de laisser le champ libre aux autres efforts, pourvu qu'ils soient toujours prêts à s'incliner devant un fait contrôlé. Nous savons trop peu, pour regarder comme nuisible ou inutile que des tendances et des sentiments intimes, différents des nôtres, cherchent par d'autres voies leur satisfaction. La science a le droit de critiquer ces voies en toute indépendance, mais elle a le devoir aussi de se laisser critiquer, si la critique est loyale et sincère. L'absence ou la restriction des droits de la critique ou de la pensée serait la plus forte atteinte portée à la méthode scientifique elle-même.

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