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HISTOIRE DU DÉVELOPPEMENT DE LE8PRIT 8CIBNTIPIQI

les plus lointaines, les moins aisément perceptibles, que le combat dut s'engager, combat de tous les instants et où souvent l'esprit scientifique manqua d'être vaincu et de disparaître. En tout cas, souvent, il dut s'incliner. Ce combat avait pour théâtre la pensée des savants eux-mêmes; leur esprit scientifique eut à lutter contre les idées préconçues et latentes, déposées en eux par une éducation théologique et parle milieu, en un mot, contre leur propre esprit religieux. Aussi les principes de la physique — alors à peu près réduite à la mécanique — ont-ils tous au début, malgré l'émancipation de la science à l'égard de la théologie, une forme théologique, religieuse ou métaphysique, ou sont-ils reliés h des considérations métaphysico-théologiques. De cela Math rite de nombreux exemples : Des car tes, Napier, Pascal, Utio de Guericke, Newton, Leibniz, Euier, ont des préoccupations d'apologétisme religieux, qui persistent dans leur œuvre physique. Galilée reprend les tendances finalistes qu'on trouve chez Héron et chez Pappus, Ces tendances finalistes, on les rencontre chez Fermât et chez Jean Bernouilli, chez Maupertuis, enfin, et chez Euler à propos des principes de la moindre action, de l'invariabilité de la quantité de matière, de la constance de la somme des quantités de mouvement, de Tindestructibilité du travail ou de l'énergie. 11 ne faut pas croire d'ailleurs que ce conflit entre L'esprit religieux et l'esprit scientifique reste toujours latent et ne se traduise que dans l'analyse attentive des formules et des résultats. Ce conflit est loin de s'ignorer lui-même, et tous les grands chercheurs dont nous venons de citer les noms essayent de le résoudre et de libérer leur conscience scientifique. C'est dans leur physique un effort continuel. » (A. Hey : La théorie de la physique chez les physiciens contemporains, p. 87.)

« Pendant toute la durée des xvi'et xvnc siècles, et jusqu'à la fin du xvin*, la tendance universelle était de voir dans chacune des lois physiques une ordonnance particulière du Créateur. Un observateur attentif voit pourtant cette idée se transformer graduellement. Tandis que. pour Descartes et Leibnitz, la physique et la théologie sont encore fort mêlées, plus tard on aperçoit un effort marqué, sinon pour écarter complètement la théologie, du moins pour la séparer nettement de la physique. La théologie est reléguée soit au commencement, soit à la fin des traités de physique ; chaque fois que la chose est possible, le domaine théologique est restreint à la création et laisse, à partir de là, le champ libre à la physique.

Vers la tin du xvme siècle, on est frappé par un revirement en apparence tout à fait subit, mais qui, au fond, est une cou

quence nécessaire du processus de développement que nous avons décrit. Lagrange, après avoir, dans une œuvre de jeunesse, voulu baser toute La mécanique sur le principe de La moindre action d'Eu

1er, reprit à nouveau le môme sujet et déclara qu'il voulait s'abstenir entièrement de toutes spéculations tiléologiques, connue trèa nuisibles et absolument étrangères à la science. Il reconstruisit la mécanique sur d'autres bases, et aucun esprit compétent ne peut nier la supériorité du nouvel exposé. Après Lagrange, tous les hommes de science adoptèrent sa manière de voir, et c'est ainsi que fut déterminée, dans son principe, la position actuelle de Ja physique vis-à-vis de la théologie.

Environ trois siècles furent donc nécessaires pour que l'idée de la distinction complète entre la physique et la théologie se soit entièrement développée, depuis son premier germe chez Copernic jusqu'à Lagrange..-

Le préjugé se dissipa peu à peu, lentement, à mesure que les grandes découvertes géographiques techniques, et scientifiques du xve et du xvie siècle agrandissaient l'horizon, et que se dévoilaient les domaines où l'ancienne conception se trouvait impuissante, parce qu'elle s'était formée antérieurement à leur acquisition. La grande liberté de pensée qui se manifeste dans des cas isolés, à l'aube du moyen âge, chez les poètes d'abord et les savants ensuite, reste cependant toujours difficile à comprendre. Le progrès intellectuel à cette époque doit avoir été l'œuvre d'un très petit nombre de penseurs isolés, vraiment extraordinaires, dont les idées ne devaient tenir que par des fils bien ténus aux conceptions populaires, et étaient bien plus propres à bousculer et à violenter celles-ci qu'à en amener la transformation. Ce n'est que dans les écrits du xvme siècle que l'œuvre d'éclaircissement semble gagner du terrain. Les sciences humanitaires, historiques, philosophiques et naturelles se touchent et se prêtent un mutuel secours dans la lutte pour la pensée libre. Celui qui, à travers la littérature seulement, a pu participer à cet essor et à cette libération, conserve toute la vie pour le xvme siècle un sentiment de mélancolique regret. » (Mach, la Mécanique, p. 419 sq.)

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