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III. — DÉVELOPPEMENT DES SCIENCES HISTORIQUES ET SOC! AI

A) Période idéologique. — (l'est surtout dans les sciences historiques et sociales, plus que dans toute autre science, que La méthode idéologique (l'explication par des idées arbitraires et le recours à la finalité pou va ien l se donner el se sont effectivement donné libre carrière.

Les faits y sonl extrêmement difficiles à apercevoir et résultent des cuises les plus diverses et les plus complexes. On sait qu'il très rare que les contemporains se soient rendu compte d ne-

ments dont ils étaient les témoins; et, pour reconstituer un é oement passé, on soit aussi a combien de difficultés, et quelquefois même d'impossibilités, on se heurte.

Il était donc naturel que l'on reconstituât les faits d'une façon

sierc cl arbitraire an grédeson imagination el de ses tendances

et qu'on les expliquât d'une façon plus arbitraire encore, en voyant

des conséquences logiques là où il n'y avait aucun rapporl réel

emplc: le Discours sur l'Histoire universelle de Bossuet

D'autre par!, les faits historiques, les institutions sociales, portent manifestement l'empreinte des intentions humaines. Pendanl longtemps on les a considérés comme le l'ail dr< libres volontés des hommes. A.ussi n'csl-il pas étonnant que toutes les explications y aient d'abord été finalistes. — Par cela même, le point de vue technique devail être intimement mêlé au point de vue scientifique. \ussi appelai t-on, encore souvent, les sciences sociales des sciences normalités ou des sciences «le Vidml parce qu'elles essayaient, toujours en postulant la liberté humaine, «le tirer de ce qui était, ce qui devrait être du fait, le droit , lorsqu'encore elles ne méprisaient absolument le fait lui-même.

B Les débuts de la méthode positive. — On commence au *vui' siècle à observer les faits historiques d'une façon objective

à considérer que, si l'homme est une volonté libre, atout témoins, il y a des influences constantes qui limitenl cette Liberté. Montesquieu parle du caractère des peuple-, des influences du climat. Il croit que dans les institutions humaines ilya des lois qui viennent <le la nature des choses. A la fin du xvni* siècle, on croira en une raison universelle qui se traduit dans loutes les consciences bumai par les mêmes principes et donne aux hommes les m< aspira-

tions et les mêmes obligations (théorie du droil naturel; déclarations des droits de Vhomme). Mais ces premières tentatives d'explication rationnelle sont encore, comme on le voit, beaucoup trop générales. La théorie du droit naturel est toute métaphysique.

Nous ne sommes pas encore sortis de la philosophie de L'histoire bien qu'on commence à entrevoir le déterminisme social : « Comte est le successeur immédiat de Condorcet, et lui-même a construit une philosophie de l'histoire plutôt qu'il n'a fait de découvertes sociologiques. Ce qui caractérise l'explication philosophique, c'est qu'elle suppose l'homme, l'humanité en général prédisposée par sa nature à un développement déterminé, dont on s'efforce de découvrir toute l'orientation par une investigation sommaire des faits historiques. Par principe et par méthode on néglige donc le détail pour s'en tenir aux lignes les plus générales...

« Les explications que l'on trouve encore aujourd'hui dans certaines doctrines sociologiques ne diffèrent pas beaucoup des précédentes, sauf, peut-être, en apparence. Sous prétexte que la société n'est formée que d'individus, c'est dans la nature de l'individu qu'on va chercher les causes déterminantes par lesquelles on essaye d'expliquer les faits sociaux. Par exemple, Spencer et Tarde procèdent de cette façon. Spencer a consacré presque tout le premier volume de sa Sociologie à l'étude de l'homme primitif, physique, émotionnel et intellectuel ; c'est par les propriétés de cette nature primitive qu'il explique les institutions sociales observées chez les peuples les plus anciens et les plus sauvages, institutions qui se transforment ensuite au cours de l'histoire suivant des lois d'évolution très générales. Tarde voit dans les lois de l'imitation les principes suprêmes de la sociologie ; les phénomènes sociaux sont des modes d'action le plus souvent utiles inventés par certains individus et imités par tous les autres. On retrouve le même procédé d'explication dans certaines sciences spéciales qui sont ou devraient être sociologiques. C'est ainsi que les économistes classiques trouvent, dans la nature individuelle de 1' « homo economicus », les principes d'une explication suffisante de tous les faits économiques: l'homme cherchant toujours le plus grand avantage au prix de la plus petite peine, les relations économiques devaient nécessaire-

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ment être telles ou telles. De même les théoriciens du droit naturel recherchent les caractères juridiques et moraux de la nature humaine, et 1rs institutions juridiques sont à leurs yeux des tentatives plus ou moins heureuses pour satisfaire les rigueurs de cette nature; l'homme prend peu à peu conscience de soi, et les droits positifs sont des réalisations approximatives des droits- qu'il porte en soi. <c L'insuffisance de ces solutions apparaît clairement dès qu'on a reconnu qu'il y a des faits sociaux, des réalités sociales n Mauss et Fauconnet, article: Sociologie de la annule Encyclopédie).

C) Période positive proprement dite. — Les sciences historiques el sociales n'entrent que «le nos jours dans la période positive. C'est de nos jours que l'histoire a constitué sa méthode critique qui sert a établir les Faits dont les sociologues cherchent à découvrir les relations causales en suivant uniquement la méthode inductive et ses procédés d'observation et d'expérimentation.

Cette méthode fait complètement abstraction du point de vue technique. Celui-ci ne pourra être envisagé dans des recherches spéciales <;ue lorsque les faits et leurs lois nécessaires seront connus à l'aide de la première méthode, de même que l'ingénieur ou le médecin tirent leurs conclusions techniques <\<'< résultats des sciences physico-chimiques ou des sciences biologiques.

L'application de celle méthode postule donc un déterminisme social en faisant également abstraction de toute considération métaphysique finaliste sur la liberté humaine. Quelles que soient en effet les croyances philosophiques relatives à ce problème, il est incontble que les institutions se transforment, ainsi que les sociétés, d'après des facteurs dont les individus ne sont pas absolument conscients et qui semblent indépendants du pur arbitraire humain. Les milieux, les climats, l'hérédité, les instincts, quantités d'autres influences indéterminées OU inconnues interviennent dans la vie

sociale, comme dans la vie psychologique, indépendamment dos volontés individuelles. La statistique nous en donne la preuve incontestable. Même les faits qui semblent être les meilleures

preuve> du libre arbitre humain : le suicide, le choix d'une carrier» , le mariage, l'organisation domestique, etc., suivent des i <pie la statistique met ri\ évidi as insister sur le

n- spécifique des faits sociaux, que ce Boit leur répétition dans la ience et l'activité de tout un groupe Tardc)t oo leui

indépendance de l'arbitraire individuel, de la contrainte ^ comme le peu- kheim, il est incontestable qu'il y a des faits aux et

une vie sociale, qu'ils ont leurs facteurs spéciaux et qu'ils doivent faire l'objet d'une science naturelle.

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/>) Les conceptions actuelles des sciences historiques et sociales. Toul Le monde aujourd'hui esl d'accord pour soutenir que c'est par l'observation des faits, observation soumise à des règles spéciales, <jue Ton doit commencer L'étude des faits sociologiques. Ces règles spéciale constituent la méthode on critique historiques.

Les divergences commencent Lorsqu'il s'agît de chercher au delà delà descriplion des faits leur explication et Leurs causes.

Les uns, plus modestes, prétendent que dans l'état actuel de n connaissances l'explication ne peut être qu' historique, c'est-à-dire se borner à rattacher chronologiquement les laits les uns aux autres en en suivant le développement historique : ce sont de purs historiens.

Les autres, plus ambitieux, pensent que dès maintenant on peu! assigner à tout un ensemble de faits historiques, apparus à divers moments et dans divers pays, des causes générales absolument semblables aux lois de la physique : ce sont les sociologues.

« Obligé par les conditions mômes de son travail à s'attacher exclusivement à une société et à une époque déterminée, familier avec l'esprit, la langue, les traits de caractères parliculiers de cette société et de cette époque, l'historien a naturellement une tendance à ne voir dans les faits que ce qui les dislingue les uns des autres, ce qui leur donne une physionomie propre dans chaque cas isolé, en un mot ce qui les rend incomparables. Cherchant à retrouver la mentalité des peuples dont il étudie l'histoire, il est enclin à accuser d'inintelligence, d'incompétence tous ceux qui n'ont pas, comme lui, vécu dans l'intimité de ces peuples. Par suite il est porté à se délier de toute comparaison, de toute généralisation. Quand il étudie une institution, ce sont ses caractères les plus individuels qui attirent son attention, ceux qu'elle doit aux circonstances particulières dans lesquelles elle s'est constituée ou modifiée, et elle lui apparaît comme inséparable de ces circonstances. l3ar exemple la famille patriarcale sera une chose essentiellement romaine, la féodalité, une institution spéciale à nos sociétés médiévales, etc. De ce point de vue, les institutions ne peuvent être considérées que comme des combinaisons accidentelles et locales qui dépendent de conditions également accidentelles et locales. Tandis que les philosophes et les psychologues nous proposaient des théories soi-disant valables pour toute L'humanité, les seules explications que les historiens croient possibles ne s'appliqueraient qu'à telle société déterminée, considérée a tel moment précis de son évolution. On n'admet pas qu'il y ait de causes générales partout agissantes dont la recherche peut être utilement entreprise; on sas-

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signe pour lâche d'enchaîner des événements particuliers à des événements particuliers. En réalité, on suppose dans les faits une infinie diversité ainsi qu'âne infinie contingence... »

Toutaulre est L'explication proprement sociologique... D'abord elle ne se donne pus seulement pour tâche d'atteindre les aspects les plus généraux de la vie sociale. Entre les faits sociaux il n'y a pas lieu de l'aire des distinctions suivant qu'ils sont plus ou moins généraux. Le plus généra] est tout aussi naturel que le plus particulier, l'un el l'autre sont également explicables. Aussi, tous les faits qui présentent les caractères indiqués comme ceux du lait social, peuvent et doivent être objets de recherches. Il y en a que le sociologue ne peul actuellement intégrer dans un système, il n'y en a pas qu'ilait le droit de mettre, a priori t en dehors de la science et de l'explication. La sociologie ainsi entendue n'est donc pas une vue générale et lointaine de la réalité collective, mais elle en est une analyse aussi profonde, aussi complète que possible. Elle s'oblige à l'étude du détail avec un souci d'exactitude aussi grand que celui de l'his rien. Il n'y a pas de fait, si mince soit-il, qu'elle puisse négliger comme dénué d'intérêt scientifique. Et dès à présent on enpeutciter qui semblaient de bien minime importance e1 qui sont pourtant symptomatiques d'états sociaux essentiels qu'ils peuvent aider à comprendre. Par exemple, l'ordre successoral est en intime relation avec la constitution même de la famille; et, non seulemenl ce n'est pas un fait accidentel que le partage ait lieu par souches ou par têtes, mais encore ces deux formes d»' partage correspondent à des types de famille très différents. De même le régime pénitentiaire d'une société est extrêmement intéressant pour qui veut étudier l'état de l'opinion concernant la peine dans cette société.

D'autre part, tandis que les historiens décrivenl les faits -uns expliquer à proprement parler, la sociologie entreprend ^'en donner une explication satisfaisante pour la raison. Elle cherche à trouver entre les faits non des rapports de simple succession, mais des relations intelligibles. Elle veut montrer commenl les faits sociaux se sont produits, quelles son! les forces dont ils résultent. Elle doit donc expliquer des faits définis par leurs causes déterminantes, prochaines el immédiates, capables de les produire...

L'explication sociologique procède donc en allant d'un phénomèr al à un autre. Elle n'établit de rapport qu'entre phéno-

mènes >o,iai)x. Ainsi elle nous montrera comment les institutions s'engendrent l»is uni lutres; par exemple, commenl culte desancêtres s'est développé sur le tond des rites funéraii M autre lois elle apercevra de vérit il descences de phénomi sociaux; par exemple, la notion si répandue au sacri • du dieu,

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est expliquée par une, sorte de fusion qui s'est opérée entre certains rites sacrificiels et certaines notions mystiques...

Mais comment les faits sociaux se produisent-ils ainsi les uns les autres? Quand nous disons que des institutions produisent des institutions par voie de développement, de coalescence, etc., ceu pas que nous les concevons comme des sortes de réalités autonomes capablesd'avoir par elles-mêmes une efficacité mystérieuse d'un genre particulier. De môme, quand nous rattachons à la forme des groupes telle ou telle pratique sociale, ce n'est pas que non- considérons comme possible que la répartition géographique des individus affecte la vie sociale directement et sans intermédiaire. Les institutions n'existent que dans les représentations que s'en fait la société. Toute leur force vive leur vient des sentiments dont elle-» sont l'objet; si elles sont fortes et respectées, c'est que ces sentiments sont vivaces ; si elles cèdent, c'est qu'elles ont perdu toute autorité auprès des consciences. De môme, si les changements de la structure sociale agissent sur les institutions, c'est parce qu'ils modilient l'état des idées et des tendances dont elles sont l'objet; par exemple si la formation de la cité accentue fortement le régime de la famille patriarcale, c'est que ce complexus d'idées et de sentiments qui constitue la vie de famille change nécessairement à mesure que la cité se resserre. Pour employer le langage courant, on pourrait dire que toute la force des faits sociaux leur vientde l'opinion. C'est l'opinion qui dicte les règles morales et qui, directement ou indirectement, les sanctionne. Et l'on peut même dire que tout changement dans les institutions est, au fond, un changement dans l'opinion; c'est parce que les sentiments collectifs de pitié pour le criminel entrent en lutte avec les sentiments collectifs réclamant la peine que le régime pénal s'adoucit progressivement. Tout se passe dans la sphère de l'opinion publique; mais celle-ci est proprement ce que nous appelons le système des représentations collectives. Les faits sociaux sont donc des causes parce qu'ils sont des représentations ou agissent sur des représentations. Le fond intime de la vie sociale est un ensemble de représentations.

En ce sens, donc, on pourrait dire que la sociologie est une psychologie. Nous accepterions cette formule, mais à condition expresse d'ajouter que cette psychologie est spécifiquement distincte de la psychologie individuelle. Les représentations dont traite la première sont, en effet, d'une tout autre nature que celles dont s'occupe la seconde. C'est déjà ce qui ressort de ce que nous avons dit à propos des caractères du phénomène social, car il est évident que des faits qui possèdent des propriétés aussi différentes ne peuvent pas être de môme espèce, il y a, dans les consciences, des repré-

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