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NOTION DE LA LOGIQUE

irée par Plalon et par Aristote. Un événement analogue s'était accompli en Orient, à Tépoque de la maturité du génie spéculatif du peuple hindou, sans qu'on puisse cependant établir des rapports directs entre les travaux du précepteur d'Alexandre et ceux de Gotama (1). Une même inspiration a donné naissance à la logique, à l'apogée de la culture intellectuelle de deux races distinctes, sous l'empire de deux civilisations indépendantes.

La logique est donc la science de la connaissance en général, et spécialement de la connaissance scientifique, c'est h dire la science de la science. En partant de cette définition,' on s'explique facilement son domaine et ses rapports.

La logique a ses racines dans la psychologie, et dépend de la faculté de penser; elle est la théorie du développement complet et normal de l'intelligence. Mais elle laisse à la science de l'âme le soin d'analyser la pensée dans ses diverses applications, comme mémoire, comme imagination, comme raison; elle se réserve de la considérer dans son activité spontanée et volontaire, comme cause de la connaissance. Cette face de l'intelligence est Ventendement ou la réflexion. La logique ne traite pas de la sensibilité ni de la raison dans leur ensemble, comme facultés de l'âme, mais seulement comme sources d'intuitions. Son objet propre est la connaissance; elle est la science de la connaissance envisagée en elle-même et dans toutes ses déterminations. L'entendement est sujet à Terreur et au doute, en interprétant les données des sens et de la raison, en rapportant, par exemple, une sensation à un objet plutôt qu'à un autre et en jugeant de la forme, de la grandeur, de la distance de l'objet d'après l'impression du moment, sans tenir compte des lois physiques et physiologiques du phénomène. La raison et les sens ne se trompent pas, quoi qu'on dise, par ce motif bien simple qu'ils ne jugent pas; c'est nous qui nous trompons à Toccasion des sensations ou des idées, c'est l'entendement qui est en faute lorsque nous apprécions faussement les intuitions de nos facultés réceptives. La conviction de cette infirmité

il) Ce. WaddingtoN; Essais de logique^ III. Paris, 1837.

de l'esprit humain peut affaiblir notre confiance dans les jugements les plus légitimes et nous ôter même en s'afTermissant la croyance à la possibilité de connaître la vérité. Tel est le fondement de la logique. La sensibilité et la raison ne réclament aucune règle, parce qu'elles sont les mêmes dans tous les hommes capables d'observation, et que leur témoignage est involontaire. Le savant n'a pas de meilleurs yeux, ni plus de raison que l'ignorant, mais il sait mieux tirer parti des révélations que lui fournissent ces organes sur le monde visible et sur les choses idéales. La supériorité des esprits dépend de la puissance de la réflexion (1). La logique est la régulatrice de l'entendement; elle expose, pour guider la pensée, les règles qu'il faut suivre pour éviter l'erreur et le doute, ou les principes qu'il Osiut appliquer pour parvenir à la vérité et à la certitude. Elle est enfin la Discipline et la* Canonique de l'intelligence, si l'on accorde que la discipline est un frein qui limite l'activité pour empêcher qu'elle ne s'égare, et que le canon est l'ensemble des principes positifs qui déterminent l'usage légitime de la faculté de con* naître (2). .

La connaissance est vraie où fausse, la vérité est certaine ou douteuse. L'erreur et le doute sont les deux écueils de la pensée, les postes dont s'est emparé le scepticisme et que la science doit reprendre. La logique , comme théorie du savoir, est donc la science de la connaissance, de la vérité et de la certitude. La connaissance est le premier produit de la pensée; la vérité en est le but; et la certitude, le terme ou la conclusion. L!inteiligence commence par connaître; mais la connaissance n'a encore qu'une valeur subjective, relative au sujet qui la possède; est-ce une.opinion ou une vérité? La connaissance atteint sa destination, elle est ce qu'elle doit être, quand elle est conforme à l'objet ; la vérité qui exprime cette équation entre la pensée et la réalité, a une valeur objective, ce n'est plus une fugitive représentation des

(1) La Science de Vâme dans les limites de Vobservation, 2* part., ch. ii. Bruxelles, 186%.

(i) Kant, Kritik der reinen Vemunfl, transcendéotale Melhodenlebre.

choses, mais un principe universel et divin. Cependant Tinteiiigence en possession de la vérité n*a pas épuisé le cercle de son activité; l'erreur a disparu, le doute subsiste ; n'est-ce pas une hypothèse? La vérité est-elle accessible à l'esprit humain? Gomment savoir si les choses sont en elles-mêmes telles que nous les pensons? Que répondre aux objections qu'on fait contre la légitimité de nos connaissances? Il nous faut donc plus que la vérité pour être en paix avec nousmêmes, il nous faut la certitude. La certitude est la vérité reconnue comme telle après examen : c'est la conscience de la vérité; elle ramène dans le sujet le principe absolu qui a été découvert, elle est l'harmonie de l'activité subjective de l'intelligence et delà réalité objective du monde. La connaissance, la vérité et la certitude sont les degrés successifs du développement de la pensée. La première ne suppose qu'u(i sujet, un objet et un rapport quelconque entre le sujet et l'objet; la seconde exprime en outre l'équation de ce rapport, elle est un rapport déterminé, une relation exacte entre la pensée et les choses ; la troisième y ajoute enfln la conscience de l'exactitude de ce rapport.

La logique embrasse toutes les questions qui se rapportent à la connaissance, à la vérité et à la certitude. Elle s'occupe de la connaissance en général, de son origine, de ses diverses espèces, de sa légitimité, de son organisation, comme notion^ comme jugement ou proposition, et comme raisonnement. La notion, en effet, est la connaissance d'un objet considéré en lui-même; le jugement, la connaissance des rapports qui existent entre les choses ; le raisonnement, la connaissance des rapports qui se trouvent de nouveau entre les rapports ou les propositions. C'est toujours la connaissance qui se détermine et s'organise dans ces opérations. La logique est donc aussi la science des formes organiques de ia pensée ; c'est même à ce titre qu'elle a été longtemps comprise comme Organum, et qu'elle est encore parfois traitée en France et en Angleterre (1) ; mais la syllogistique, qui est alors sa plus haute expression, n'est

(1) D' Whately, ÉUméfUs de logique, 1826.

qu*une de ses parties. Le syllogisme et le raisonnement» en général, font abstraction de la matière des jugements qu'ils combinent, comme la grammaire néglige le sens des propositions qu'elle soumet à l'analyse; l'une et l'autre, la syllogîa^ tique et la grammaire, n'envisagent que la vérité formelle, le rapport des mots et des notions, tandis que la logique doit étudier la connaissance au double point de vue du fond et de la forme, dans sa légitimité aussi bien que dans son organisation. Elle s'occupe de la vérité réelle, de ses es^ pèces, de sa possibilité et de son contraire, l'erreur. Elle s'occupe, en outre, de la certitude, de ses caractères, de ses sources, des signes auxquels on la reconnaît et de son contraire, le doute.

La connaissance vraie et certaine est la connaissance scientifique. La logique est donc aussi la théorie de la science. Elle s'enquiert d'abord des formes particulières de chaque connaissance scientiflque, de la définition^ de la division et de la démonstration. Ces opérations s'énoncent sous forme de jugements et de raisonnements, mais elles dépassent la logique formelle, parce qu'elles ont égard au fond et n'ont de valeur que par leur conformité avec les choses qu'elles expriment. Un jugement faux est encore un jugement, mais ne saurait être une définition ni une division; un raisonnement faux peut être excellent comme raisonnement, mais au lieu d'être reçu comme une démonstration, il sera traité de sophisme, ou tout au moins de paralogisme, si l'erreur est involontaire. La définition détermine la compréhension ou les attributs des objets; la division expose leur extension ou leurs espèces ; la démonstration rattache les notions les unes aux autres par les liens de la causalité ou de la raison sufiisante, en montrant qu'elles sont entre elles comme prin*cipe et conséquence.

Ce n'est pas tout. Gomme chaque pensée particulière a sa forme scientitique« la science entière a la sienne. La science» dans son ensemble, forme un système^ un tout organique qui se développe au dedans comme les corps vivants, non par aggrégation mécanique, mais par intussusception. Point de système sans unité, sans variété de parties, sans harmo-

oie. L'unité de chaque science s'exprime dans la définition de son principe ; la variété s'énonce dans la division de son objet; l'harmonie enfin résuite du rapport de toutes les par* ties effectué par la démonstration. La logique est donc aussi la science des systèmes, la théorie de la systématisation, ou, comme on l'appelle encore, l'Ârchitectonique de la pensée. La scieuce enfin a des moyens de recherche pour arriver k son but, pour découvrir la vérité, et des moyens d'exposition pour le faire connaître. Ces procédés constituent les méthodes. Faut-il employer Tanalyse ou la synthèse pour déterminer les objets de la pensée? Peut-on se contenter de l'observation et de la généralisation dans tous les genres de spéculations? Doit-on s'appuyer sur l'induction ou sur l'analogie pour aboutir à quelque résultat probable ou certain? Toutes ces questions encore sont du ressort de la science qui a pour objet la science. La logique est donc en définitive la science des méthodes, fa Méthodologie ; elle est à la fois Heuristique pour l'investigation et Didactique pour l'expression de la vérité (1).

Tel est le cadre de la logique. Cette science s'étend k la fois à la Dialectique de Platon, théorie des idées ou de la connaissance rationnelle, à l'Analytique d'Âristote, théorie de l'entendement ou de la pensée discursive, et à la Canonique d'Épicure, théorie de la sensation ou de la connaissance sensible. Esthétique, dans le sens exact de ce mot. La logique est la science de la connaissance, plutôt que l'art de penser et de connaître, comme on a coutume de la désigner encore. L'art est une activité réglée, inspirée par le sentiment et développée par l'imagination, d'après le principe du beau. La logique a pour principe le vrai; elle peut bien aussi se déployer dans la vie comme un art, en se formulant dans le langage ; cet art doit s'appuyer sur la science de la pensée et en dépend, mais il ne la constitue pas. L'art de penser est à la logique ce que l'art de parler est à la science du langage, ce que la rhétorique est à la grammaire.

(t) Duval-Jouve, Traité Ae logique ou Essai sur la théorie de la science. Paris, 1844.

Quelque étendue qu'elle soit, la logique est wie comme la vérité, comme la science. Il n*y a pas plus deux logiques. Tune pratique à Tusage du vulgaire, Tautre théorique à l'usage des savants, qu*il n*y a deux morales, Tune pour la vie privée, Tautre pour la vie publique. Tous les êtres raisonnables à tous les âges et à tous les degrés de culture suivent les mêmes lois dans les opérations de l'intelligence, comme ils obéissent aux mêmes lois dans leur activité morale. La logique ne se règle ni sur la race, ni sur le climat, ni sur le tempérament, mais sur la nature de l'esprit, qui est immuable. La logique d'Aristote est la logique du genre humain. Les érudits se trompent comme les gens du monde, et les gens du monde rencontrent la vérité comme les érudits, mais tous se trompent et reconnaissent la vérité de la même manière. Toutes les théories logiques, toutes les conditions de la science leur sont communes. La seule diflTérence qu'on puisse faire entre euxi c'est que les uns pensent, jugent et raisonnent selon des lois dont ils n'ont pas conscience ou qu'ils n'ont pas analysées, tandis que les autres appliquent des lois qu'ils ont reconnues comme légitimes.

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