VI PRÉFACE
physique future. M. Renan lui-même a versé un jour dans ce travers. Voilà la théologie bien vengée des attaques du rationalisme.
On répète partout et sur tous les tons que Tàme est matière, que Thomme est composé de molécules, doué de sens, privé de raison, et qu*i1 n'y a plus de ligne de démarcation dans réchelle des êtres. L'animal se perfectionne, l'homme se dégrade ; les quadrumanes vont reprendre la place des bimanes, leurs fils dégénérés. Plus de trace de vie rationnelle dans l'activité de nos semblables : l'idéal, la liberté, le devoir, la religion sont des noms pompeux et vides. Au lieu de Dieu, l'homme; au lieu de monde moral, la nature; au lieu de principes, les phénomènes. L'infini et l'absolu se retirent devant les faits. Tel est l'enseignement du sensualisme et du matérialisme contemporains, décorés d'un titre nouveau, le positivisme.
Déjà ce système a sa logique, la logique de la sensation, la logique d'Épicure et de Condillac, restaurée par la physiologie et agrandie parTinduction. II suffit de citer l'école pédagogique du D' Beneke pour l'Allemagne, M. Renouvier pour la France, M. Stuart Mill pour l'Angleterre. Certes, je n'accuse pas ces penseurs d'adopter toutes les extravagances émises par Aug. Comte; mais je soutiens que leurs théories sont l'expression logique du courant positiviste de notre âge, et qu'elles ne peuvent qu'en favoriser le développement, par la négation de toute vérité générale et la prétention de réduire la réalité aux phénomènes de la sensibilité.
Fortifié par ce secours inattendu, le positivisme devient un embarras sérieux pour la philosophie. Il ne s'agit pas de le ménager, parce que lui aussi combat le surnaturel et les dogmes incompréhensibles; il faut l'attaquer ouvertement comme une erreur qui avilit la nature humaine, et ne tient aucun compte des intérêts moraux de la société. Est-il même un auxiliaire dans la lutte de la pensée contre l'ignorance et