IV. DIVISION DE LA LOGIQUE
La division d'une science doit sortir de sa définition même. La définition expose Tobjet qu'on étudie; la division indique les divers points de vue sous lesquels l'objet peut être considéré. Ces points de vue se réduisent à trois : le tout, les parties et le rapport des parties au tout.
L'objet de la logique est la connaissance. C'est donc la connaissance même qu'il faut envisager successivement dans son ensemble et dans ses déterminations multiples pour obtenir une division complète de la logique.
La première partie de la logique s'occupe de la connaissance en général. Qu'est-ce que connaître? Que connaissonsnous? Quelles sont les sources de nos connaissances? Comment connaissons -nous les choses ou quelles sont les conditions et les lois de nos connaissances? Nos connaissances sont-elles ou peuvent-elles être légitimes? Tels sont les points principaux qui concernent la théorie de la connaissance dans son ensemble.
La seconde partie de la logique traite de la connaissance considérée dans son contenu. Nous connaissons des objets et des rapports et nous percevons de nouveaux rapports entre ces rapports. Ces trois déterminations de la pensée s'appellent notion, jugement et raisonnement. Elles sont l'objet de la Logique formelle. Mais à la forme on oppose le fond. Connaissons-nous les choses et leurs rapports tels qu'ils sont? Ces questions qui regardent la vérité et l'erreur appartiennent à la Logique réelle. Le fond et la forme, l'objet elle sujet se réunissent dans la conscience que nous avons de la vérité. De là la certitude et son contraire, le doute.
La troisième partie de la logique étudie enfin la connaissance pleinement développée dans tous ses éléments, la connaissance vraie et certaine, en un mot la connaissance scientifique. Elle expose donc la théorie de la science^ en combinant la connaissance, comme produit de la pensée, avec la vérité, qui est son idéal, et la certitude, qui l'achève. Quelles sont les diverses formes de nos connaissances scientifiques; en
d'autres termes, que deviennent nos jugements et nos raisonnements quand ils joignent la vérité réelle à la vérité formelle des opérations de l'entendement? Des définitions, des divisions et des démonstrations. Comment grouper ces connaissances éparses en un seul tout, en un corps de doctrines qui possède à la fois, comme les êtres organisés, l'unité, la variété et l'harmonie? Par le système. Et quels moyens avons-nous pour constituer ou pour exposer la science comme système de connaissances vraies et certaines? La méthode, qui comprend l'analyse et la synthèse, c'est à dire l'observation et la généralisation, l'induction et l'analogie, la déduction et la construction.
Telle est la division régulière de la logique. Mais comme il importe aujourd'hui d'insister sur la première partie qui est presque entièrement neuve, je me persuade qu'il sera préférable de modifier légèrement cette division en donnant un titre commun aux deux dernières parties. La théorie de la connaissance dans son ensemble est, en effet, l2i partie générale de la logique, celle qui remonte aux principes, s'arrête aux généralités et n'exige aucune étude approfondie des diverses opérations de la pensée. Par contre, la théorie des notions, des jugements et des raisonnements, la théorie de la vérité,^ de la certitude et de leurs contraires, la théorie de la définition, de la division et de la démonstration, la théorie des systèmes et des méthodes, est la partie spéciale de la logique, la seule qui ait fait l'objet de recherches suivies depuis l'origine de cette science et qui entre dans le détail des questions portées sur son programme.
Sauf ce changement, la seconde division coïncide parfaitement avec la première et rentre du reste dans l'idée de la logique, comme science de la connaissance humaine.
La partie générale traite de la connaissance considérée dans son ensemble, dans ses espèces, dans ses lois et dans sa légitimité. Elle s'occupe donc de la formation ou de la génération de la connaissance et de la constitution de la science.
La partie spéciale, qui embrasse tout le contenu de la logique traditionnelle, tout ce qui appartient à l'Organum