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UTILITÉ DE LA LOGIQUE

il faut la foi. Et la foi nous enseigne que « Jésus-Christ est à la fois la sagesse même, la sagesse personnelle, la sagesse entière, la sagesse divine et humaine. II est la source de toute sagesse ; il est le modèle et le type de notre sagesse ; il en est le moyen, la voie, la droite voie, et, si je Tose dire, la méthode. Quant à la science, il est son terme, la vérité ; il est sa voie, il est son principe et sa vie (1). » Voilà une logique nouvelle, ignorée dWristote, à l'usage des croyants. Les savants, par contre, exaltent l'observation, et, sans se douter qu'il existe d'autres procédés pour la pensée, ils oublient les limites de leur méthode et la confondent sans cesse avec l'intuition, avec l'induction et l'analogie, avec la déduction même. D'autres penseurs ne respectent que les connaissances a priori, méprisent l'expérience et ne s'aperçoivent pas qu'ils sont constamment en lutte avec eux-mêmes pour se maintenir autant que possible dans les bornes de l'expérience universelle. Puis viennent les théoriciens qui, espérant concilier le sensualisme et l'idéalisme, voulant ménager l'observation et la spéculation, accordent successivement la palme à ces deux tendances de l'âme, en distinguant entre l'ordre logique de la pensée et l'ordre chronologique de nos connaissances. Où est la vérité dans tout cela? Descartes et Bacon ont-ils raison contre la théologie, Locke contre Descartes, Leibnitz contre Locke, Kant contre Leibnitz, ou Krause contre Kant? L'autorité du grand critique est encore debout, et ce ne sont ni les' propositions ambitieuses dçs hégéliens, ni les timides observations des éclectiques qui la détrôneront. Il faut une nouvelle analyse des facultés de connaître pour défaire l'œuvre de Kant. Aussi longtemps qu'elle ne sera pas proposée, discutée et adoptée, le scepticisme régnera dans la psychologie pure, dans la cosmologie rationnelle et dans la métaphysique. Si l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu ne reposent que sur des arguments moraux sans valeur pour la raison théorique, comment songer sérieusement à combattre le matérialisme et l'athéisme, qui envahissent de nouveau les consciences?

(1) A. Gratry, Logique, liv. v, ch. m. Paris, 1858.

Voilà ce qui doit occuper les logiciens, car il ne s'agit en tout cela que de la portée et des limites de la connaissance humaine. Ne dédaignons pas le syllogisme, mais convenons que la question de Dieu et de l'ordre moral du monde l'emporte sur celle des formes de la pensée.

Bossuet avait bien raison quand il disait que la logique est de ces sciences qui tendent à Taction et qu'on appelle pratiqties (1). Penser, c'est agir; l'activité de la pensée est l'activité par excellence qui accompagne et éclaire toutes les autres tendances de l'âme. Si la logique n'avait d'autre résultat que de donner une direction convenable à cette activité, de nous débarrasser de nos préjugés, de nous faire contracter par l'exercice de bonnes habitudes intellectuelles, il faudrait encore en recommander l'étude. « Toutes les générations qui ont honoré et cultivé les études logiques, ont reconnu qu'elles coniribuaient au progrès de l'intelligence, et que, par exemple, elles introduisaient dans nos idées* et dans notre langage Tordre, la clarté, la précision, la solidité, la justesse. A vrai dire, il n'y a pas une qualité intellectuelle que ces études ne puissent entretenir et développer chez ceux qui en ont le germe. De sages préceptes, si l'on y joint une pratique assidue, peuvent nous inculquer profondément toutes les vertus scientifiques : l'exactitude des définitions, la rigueur du raisonnement considéré soit dans sa forme, soit dans les objets sur lesquels il porte, l'emploi régulier de la méthode inductive, une juste et exacte mesure de liberté et de déférence à l'autorité du témoignage, la clarté des idées, la précision des termes, la subtilité pour démêler les difficultés de tout genre, la sagacité pour inventer des arguments, etc., etc. Je m'arrête, il serait trop long d*énumérer tous les avantages que l'on peut retirer d'une bonne discipline logique (2). »

(1) Bossuet, la Logique^ Introduction.

(%i Ch. Waddington, Essais de logiquCy 1. Paris, 1857.

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