LIVRE PHEMIER
La psychologie enseigne que Tesprit humain possède trois facultés fondamentales, irréductibles, toujours distinctes les unes des autres, jamais séparées dans la vie : la pensée ou rintelligence, le sentiment et la volonté. Deux de ces facultés, le sentiment et la volonté, sont étrangères à la logique, non pas que nous puissions penser sans faire acte de volonté ni sans éprouver quelque émotion, mais la pensée a ses propres lois et ne doit pas être détournée de son but par rinfluence des autres facultés de l'âme. La science n'est pas une affaire de sentiment et ne se conforme pas à nos désirs : nous devons voir les choses telles qu'elles sont, et non telles qu'elles nous plaisent ou telles que nous les voudrions. Le sentiment et la volonté peuvent soutenir, fortifier, échauffer la pensée, mais ne doivent pas peser, sur elle, ni l'égarer. L'intelligence seule a pour mission d'acquérir la vérité et la certitude. C'est donc l'intelligence que nous devrons étudier
à part dans la logique, en la mettant à Tabri des suggestions du cœur et des caprices de la volonté, sans oublier cependant que nos trois facultés sont intimement unies dans toutes les manifestations de Tâme. La possibilité de cette abstraction, sur laquelle reposent toutes les sciences, est elle-même une propriété de la pensée.
La pensée est la faculté de connaître. Penser, c'est avoir conscience d'un objet, et quand on a conscience d'un objet, on le distingue, on le voit, on le connaît de quelque manière ou à quelque degré. Mais cet acte de conscience est luimême multiple : tantôt il s'agit d'un fait antérieur que nous voulons nous rappeler, tantôt il s'agit d'un fait présent ou d'un principe t|ue nous abordons pour la première fois. Dans le premier cas, la pensée se manifeste comme mémoire; dans le second, comme imagination, comme réflexion ou comme raison. La mémoire n'est pas, à proprement parler, une faculté de connaître, mais de reconnaître ce qu'on a su déjà; sa fonction est de conserver les connaissances acquises et non d'acquérir des connaissances nouvelles : c'est en quoi elle s'oppose aux autres applications de la pensée. L'imagination et les sens s'opposent h leur tour à la raison, comme le fait au principe ou l'image à l'idée : la sensibilité et la raison sont les organes réceptifs de l'esprit qui nous fournissent la matière de nos connaissances; mais l'une nous met en rapport avec des objets individuels, complètement déterminés dans le temps ou dans l'espace, dont elle nous donne une représentation, une intuition sensible, tandis que l'autre nous ouvre le monde supérieur des lois, des causes, des principes universels et nécessaires, dont elle nous procure une intuition intellectuelle. L'imagination et la raison s'opposent enfin à la réflexion ou à l'entendement, comme la réceptivité à la spontanéité ou comme la matière à la forme de la connaissance, d'après le témoignage de Rant. L'entendement est la pensée active, attentive, personnelle, qui dirige son activité sur les données des sens et de la raison, qui les interprète, les juge, les. analyse pour en tirer des connaissances. Tel est le système des facultés intellec* tuelles de l'esprit qui résulte de l'étude psychologique de la
pensée et qui nous guidera dans la théorie de la connaissance (1).
Iifril.