‹ Logique la science de la connaissanceChapitre 25 sur 64 · I. IwwÊ : ItfnltB w eitM4Mnt · texte numérisé non relu

I. IwwÊ : ItfnltB w eitM4Mnt

La pensée, comme le sentiment et la volonté, est à la Tois faculté, activité, force et tendance. Gomme faculté, elle peut connaître, elle est la source de toutes nos connaissances possibles; comme activité, elle connaît, elle est la cause de nos connaissances réelles, présentes ou passées; comme force, elle augmente ou diminue le nombre de nos connaissances, elle étend ou restreint rhorizon de l'intelligence, elle rend nos perceptions plus vives ou plus lentes, plus pénétrantes ou plus confuses, plus riches ou plus incomplètes; comme tendance enfin, elle marque nos préférences individuelles, elle nous incline vers certains ordres de vérités, elle caractérise nos dispositions ou nos aptitudes pour telle ou telle partie dans le vaste domaine des sciences.

La pensée est à la connaissance comme la cause est à l'effet. Toutes nos connaissances acquises sont produites par Tactivité intellectuelle, et nos connaissances futures ne peuvent se réaliser que par la même énergie. Mais en considérant la pensée comme cause de la connaissance, il ne faut pas faire abstraction de Tesprit. Les facultés de l'âme ne sont pas des êtres qui aient une existence indépendante du moi; elles ne sont que des propriétés ou des points de vue distincts d'une seule et même substance. C*«est l'esprit même qui est cause de tous les actes spirituels, par conséquent

(1) Psychologie, la science de Pâme dans les limites de Tobservation Bniielles, 186f .

aussi des actes de connaissance. Seulement, en tant quMl connaît, l'esprit s*appelle pensée. En disant que la connaissance est un effet ou un produit de la pensée, nous voulons donc laisser entendre que nos connaissances tirent leur origine de fesprit considéré, non comme être affectir ou volontaire, mais comme être intelligent, comme chose pensante, selon l'expression de Descartes.

Gela posé, qu'est-ce que la connaissance? Est-ce une substance ou une propriété ; en d'autres termes, est-ce un être doué d'une existence propre ou quelque qualité d'un être? Les Grecs auraient pu répondre : c'est une divinité, c'est Minerve ou Apollon ; mais le règne des hypostases est passé, la connaissance n'est plus qu'une propriété, une propriété de l'esprit. Est-elle une propriété simple qui ne suppose qu'un seul terme, comme l'unité, la forme, l'existence, ou une propriété relative, qui exprime un rapport entre deux choses, comme la cause ou la condition? Elle est une propriété relative, car elle contient une antithèse. Pour qu'il y ait connaissance, il faut deux choses, l'une qui connaît, l'autre qui est connue, il faut un être intelligent et un objet intelligible. La connaissance est donc une propriété de Vesprit; considéré dans ses rapports avec les choses. Gette définition n'exclut pas la connaissance de soi-même, car le mot ce chose » embrasse tous les objets possibles, sans en excepter le moi. En vertu de la conscience et du sentiment qu'il a de lui-même, en vertu de sa personnalité, l'esprit a des rapports Internes avec sa propre essence, comme il a des rapports externes avec les choses étrangères. Il existe, il agit, il a des droits et des devoirs pour lui-même et devient ainsi l'objet de sa propre pensée.

La connaissance a donc un triple contenu : deux termes et un rapport. Les deux termes s'appellent le sujet et Vobjet de la connaissance. La connaissance exprime proprement le rapport entre ce qui connaît, comme sujet, et ce qui est connu, comme objet. Le rapport suppose à la fois la distinction et l'union des deux termes. Ils sont distincts et opposés Tun à l'autre, puisqu'ils sont deux : ce qui connaît n'est pas identique à ce qui est connu, l'esprit n'est pas successive-

ment tous les objets auxquels il pense. Il est bien possible que les lois de la pensée soient les mêmes que les lois de la réalité, mais cela ne signifie pas, à coup sûr, que Tintelligence soit la même chose que les substances ou les propriétés de toutes sortes dont elle s'occupe. Ce n'est pas en ce sens qu'on peut justifier la proposition de quelques philosophes anciens : le même ne peut être connu que par le même. Mais si la pensée et la réalité restent distinctes dans la connaissance, elles sont aussi unies. La connaissance témoigne d'un phénomène remarquable, c'est que le monde subjectif de la pensée et le monde objectif des choses ne sont pas séparés par quelque barrière, ne demeurent pas étrangers l'un à l'autre, mais se pénètrent mutuellement. Quelle que puisse être la cause de ce fait, il faut bien l'admettre.

Dans la connaissance, l'objet passe en nous, se donne à l'esprit, sans changer de nature ni de position, et devient présent à la conscience. Qui dit rapport, dit union ; dans la connaissance, l'union s'établit entre le sujet qui pense et l'objet qui est pensé. II y a là quelque reflet des rapports que l'anthropologie constate entre l'âme et corps, choses profondément distinctes et cependant intimement unies. Quelque étrange que le fait paraisse, quelque difiicile qu'en soit l'explication, si l'on remonte à la raison des choses, l'esprit et la matière, quoi qu'en disent MalebrancheetLeibnitz, ne sont pas isolés dans Thomme, mais s'influencent et se modifient réciproquement. Une union du même genre s'opère dans la connaissance : l'esprit a conscience de l'objet comme il a conscience de lui-même, et si l'on appelle intime le rapport d'un être avec lui-même, quand il a la conscience et le sentiment de soi, on peut dire que le sujet et l'objet delà pensée sont intimement unis dans le moi. Il se peut qu'il y ait un intermédiaire entre l'intelligence et le monde extérieur, que les corps passent par le canal des sens et affectent nos nerfs pour pénétrer jusqu'à l'esprit ; mais le résultat reste le même : du moment qu'ils sont connus, les objets du dehors existent en nous, dans notre imagination, tels qu'ils nous apparaissent dans l'espace, et se représentent à la pensée aussi souvent et aussitôt que nous le voulons ; nous en avons conscience

5S NOnON DE LA CONNAISSANCE.

alors comme de nous-mêmes, de quelque manière que nous les ayons découverts.

Pour déterminer cette notion de la connaissance, il faut l'analyser dans les trois éléments qu'elle contient, comme sujet, comme objet et comme rapport.

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