Acte
Puissance
Force.
Finalité.
Eut.
Tendance.
Passion.
Personnalité.
Soi.
Non-sol.
Conscience.
La catégorie première de M. Renouvier est donc la relation. On avait pensé jusqu'ici que la relation présupposait au
(1)1. Kant, Kriiik der reinen Vernunft, Blementarlehre, Il Thcll, i Ablh., I Buch/ 1 Hanptst. und ii Bach, u Hauptst.
moins deux termes, savoir les choses qiii sonl unies « fundamentum relationis, » et qu*il était impossible dans la connaissance de faire abstraction des êtres ; mais Tauleur prétend que l'unique objet de la pensée est le phénomène et que le phénomène est un rapport. La fonction de la pensée consiste donc à unir et à séparer des rapports par la synthèse et par l'analyse, et telle est aussi l'évolution que subit la catégorie des catégories, la relation. Les représentations sensibles qui forment toute la connaissance humaine sont gouvernées par les lois de la thèse, de l'antithèse et de la synthèse : elles se manifestent en deux termes qiii s'excluent, sous le caractère de l'antinomie, mais au lieu de conduire à la contradiction, elles se ramènent à l'unité dans la synthèse du troisième terme, comme l'enseigne HégQl.
La détermination est la synthèse de la distinction et de l'identité, qui sont contraires. Déterminer, dit l'auteur, c'est limiter : tous les objets supra-sensibles de la pensée, l'infmi, l'absolu, la substance, sont donc nécessairement éliminés de la phénoménologie; on détermine en distinguant et en identifiant, c'est h dire en unissant. La totalité, qui est un nombre, est l'un du multiple ou le multiple de l'un, la synthèse de l'unité et de la pluralité. L'étendue est la synthèse du point et de l'espace, une limite avec intervalle ou un intervalle limité; l'espace infini est donc une notion contradictoire. La durée est la synthèse de l'instant et du temps, c'est un temps limité, il n'y en a point d'autre. La qualité se montre dans l'espèce, qui est la synthèse du genre et de la différence; c'est le genre de la différence oîi la différence du genre. Après le nombre, la position, la succession et la qualité viennent les catégories des rapports instables. Le devenir ou le changement d'états est le nonrapport du rapport ou le rapport du non-rapport, c'est à dire la synthèse du même et de l'autre ou de l'être et du non-être à deux instants successifs que la représentation distingue, quoique l'expérience ne les sépare pas. La force est l'acte de la puissance ou la puissance de l'acte, c'est en d'autres termes la synthèse de deux phénomènes, l'un réel, l'autre possible, qui sont considérés comme cause et effet Tun h
l'objet de la connaissance. 81
l'égard de l'autre; car les causes se réduisent à des rapports de succession, comme le voulait Hume. La tendance est un intervalle de deux états, comme la puissance est un intervalle de deux actes, mais la première n'a qu'une seule direction, qui est sa fin; deux états définis qui limitent la tendance forment une synthèse qu'on peut appeler passion. La passion est donc l'état de la tendance ou la tendance de l'état, la synthèse du moyen et de la fin. La finalité est une catégorie aussi universelle que la vie et le devenir : on vit pour quelque chose; le devenir implique la tendance et la fin, aussi bien que la puissance et la cause. À la loi de finalité se rattachent le bien et le mal, le beau et le laid, qui provoquent en nous le désir et la répulsion, l'espérance et la crainte, le plaisir et la peine, l'amour et la haine, et qui se révèlent dans la nature entière, tantôt par l'appétit ou l'instinct, tantôt par les affinités ou par l'attraction. Partant de la relation en général, toutes les catégories aboutissent enfin à cette relation particulière qui est la personnalité. De tout objet représenté dans l'espace ou dans le temps, on peut demander en qui il se manifeste. La personnalité se termine comme les autres catégories par la synthèse d'une limite et d'un intervalle correspondant. La limite est le soi, une sphère de phénomènes internes; l'intervalle est le non-soi, l'ensemble des phénomènes extérieurs. La synthèse du soi et du non-soi est la conscience, la personne : la conscience, en d'autres termes, est le soi du non-soi ou le non-soi du soi. Les rapports entre personnes constituent les droits et les devoirs. La personne nous offre, réalisé à un degré éminent, le caractère d'individualité qui appartient aux êtres (1).
Le propre de ce système est de ramener toutes les catégories à la relation, en excluant les tei*mes mêmes que toute relation suppose, c'est à dire les êtres ou les substances, de renfermer la science dans le monde des réprésentations ou des phénomènes, en éliminant l'infini et l'absolu, d'appliquer enfin à la nature, les catégories psychologiques de la finalité et de la personnalité, résumées dans la passion et
(1) Cb. Renouvier, Essais de critique générale^ 3* et 4« part. Paris, 1854.
as NOTION DE LA CONNAISSANCE,
dans la conscience. Ce n'est pas le moment de se prononcer sur ces diverses hypothèses, aussi bizarres et plus obscures que celles de Hegel. Nous ferons remarquer seulement que ces constructions logiques, qui procèdent par conceptions générales à piiori n*ont rien de commun avec la science des phénomènes, et que les conclusions sceptiques qu'elles amènent ne sont justifiées que par des définitions arbitraires. II est certain que l'infini n'est pas un objet de la science,si la pensée a pour fonction de déterminer les choses, et si déterminer, c'est limiter. Mais pourquoi cette définition? Il est évident encore qu'il faut rejeter la personnalité divine, si la personnalité se confond avec l'individualité, et si le moi ne peut arriver à la conscience de lui-même que par l'opposition d'un non-moi. Mais pourquoi cette confusion? Il n'y a pas même de discussion sur ces points. Rien de plus dogmatique qu'une pareille critique (1).
Il nous reste à exposer un dernier système, celui de Rrause, où les catégories apparaissent pour la première fois dans leur enchaînement logique, comme lois de la pensée, et dans leur ordre ontologique, comme attributs constitutifs des êtres, sans que la logique soit absorbée par la métaphysique, comme dans l'idéalisme absolu de Hegel. Toutes les catégories reposent, comme Aristote l'avait reconnu, sur l'idée de ïêtrCy qui est la pliis simple et la plus universelle, puisque l'être est au fond de chaque pensée et au fond de chaque chose. Tout ce qui est, substance ou propriété, moi ou non-moi, a de l'être, est quelque chose. L'être est le premier et le dernier mot de toute science, puisque toute science a pour objet de déterminer, c'est à dire d'expliquer une chose, finie ou infinie, l'àme, lecorpsou Dieu, l'espace, le mouvement ou lu quantité. L'analyse de l'être, c'est toute la science. Mais comment procéder à cette analyse? En envisageant l'être à tous les points de vue qui sont donnés par l'observation : en lui-même, dans son contenu et dans ses rapports avec son contenu, en d'autres termes comme
(\) La Science de Vâme dans les limites de ^observation, V part., ch. ii et 3< part., cb. ai. Bruxelles, 1862.
L*OBJET DE lA CONNAISSANCE. 85
tout, comme ensemble de parties, et dans les rapports du tout avec les parties. Ces trois faces de Tétre correspondent à la thèse, à Yantithèse et à la synthèse. Vèive est d'abord posé en lui-même : comme tel il est un; il est ensuite posé comme une variété de choses, si Ton considère tout ce qui est renfermé dans son essence : comme tel il est multiple, et chaque élément de la variété est en antithèse ou en opposition avec les autres; l'être enfin est posé dans Tunion du tout et des parties, comme organisme : comme tel il est lliarmonie du tout et des parties. Tels sont les principes fondamentaux qui président à la détermination de l'être^ «Hegel et d'autres auteurs ont également recours aux lois de la thèse, de l'antithèse et de la synthèse, mais ils les emploient d'une manière tout autre. La thèse, d'après eux, pose un objet, l'antithèse le nie, et la synthèse concilie à la fois l'objet et sa négation : la thèse et l'antithèse sont donc les deux termes d'une opposition contradictoire, qui, malgré la contradiction, s'écoulent l'un dans l'autre, et qui se retrouvent intacts dans la synthèse, après avoir été détruits. C'est ainsi que l'idée absolue passe dans la nature, qui est la négation de l'idée, et s'élève à l'esprit où elle s'identifie avec la nature. De même, l'être se transforme en non-être et compose avec ce néant le devenir. Ce prooédé est violent et arbitraire. L'antithèse exige une -opposition coordinative entre deux termes contraires, dont l'un ne soit pas la négation pure et simple de l'autre, mais une affirmation nouvelle; elle résulte de l'analyse de l'objet posé, elle ne renverse donc pas la thèse, mais la décompose en deux éléments coordonnés entre eux, et subordonnés tou^ deux h l'unité de l'objet; en un mot, l'antithèse n'est pas opposée à la thèse, mais contient deux termes opposés l'un à l'autre. La synthèse à son tour n'est pas une idée supérieure qui élève à la fois la thèse et l'antithèse à une plus haute puissance, mais simplement l'union ou l'harmonie des deux membres de l'antithèse. Prenons un exemple dans l'anthropologie : Thomme est un : voilà la thèse ; cette unité se manifeste par deux êtres opposés, l'esprit et le corps : voilà l'antithèse ou la variété ; l'esprit s'unit au corps sans se con-
84 NOTION OB lA CONNAISSANCE.
fondre avec la matière et en reste distinct sans s*en séparer : voilà rharmonie ou la synthèse. L'antithèse n'existe pas entre Thomme et l*esprit, ni entre l*honime et le corps, mais entre les deux parties de la nature humaine.
Voici Tensemble des catégories de Tétre à ces trois points de vue :