‹ Logique [microform]Chapitre 1 sur 88 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Depuis la publication de cet ouvrage, M'^' TArchevêque de Paris a daigné nous adresser la lettre suivante :

Paris, le 15 novembre 1855.

Mo7i Révérend Père J'ai lu rapidement votre Logique, et je veux vous en donner à la hâte mes premières impressions. Au milieu de tant d* occupations qui m'accablent, j'ai ouvert le livre par manière de délassement. Il m'a été impossible de le laisser. Vous avez su y mettre un charme qui m'a entraîné, Tai lu ces deux volumes de philosophie sérieuse comme, quand on est jeune, on lit les plus agréables compositions.

Vous avez des traits qui marquetit bien votre descendance. Vous êtes de la grande école chrétienne du dixseptième siècle. Vous continuez vos Pères les plus illustres y avec un tour particulier qui vous caractérise et constitue une charmante originalité. Je suis frappé quelquefois de l'élévation et de la justesse de vos vues. Il y a l. i

AJ

« « t II "'

: LOlilQUE.

aussi cà et là. dam m pages, me sensibilité, une douce onction répandue qui attache Pâme et rémeut. On se souvient de Platon et de saint Augustin,

Ce qui distingue votre livre, c'est qu'il est de pratique plus encore que de théorie, et qiiU s'y agit autant de vertu que de venté. Vous croijez, et vous avez raison, que les nuages qui obscurcissent la raison viennent du cœur, et que si ojt avait l'âme pure on aurait plus gênéraleLait l'esprit droit. Vous avez appris cette philosophie à f école de Socrate, ou mieux encore à celle de notre divin Maître Jésus-Christ.

Continuez à marcher dans cette voie , où vos pas ont déjà laissé plus d'une empreinte lumineuse et profonde. Je bénis vos travaux. Vous serez compté parmi les restaurateurs de la seule vraie philosophie : celle qui s'inspire de Dieu et qui conduit à Dieu.

Recevez, mon Bévéreml Pire, la nouvelle assurance de ma haute estime et de mon sincère attachement.

t M. D. A€GrsTE, Archevêque de Paris*

Il nous est impossible d*exprimer notre reconnais* sance pour celte parole de notre Archevêque : « Je « bénis vos travaux. » Mais nous dirons que cette bénédiction diminue dans notre âme un sentiment d'humiliation qui nous est habituel. Appelé à l'hon-

PREFACE

neur du sacerdoce, nous ne nous sommes trouvé ni digne ni capable de servir, si ce n'est par la plume, la cause de Dieu. D'autres sont devenus pasteurs, missionnaires et apôtres, et nous avons des condisciples qui sont martyrs. Nous, nous sommes relégué parmi les écrivains. Et parmi les écrivains même, il en est qui s'occupent des sciences sacrées. Nous, jusqu'ici, nous nous occupons de logique.

Mais voici donc qu'il y a aussi des bénédictions, dans l'Église, pour l'apostolat indirect de la philosophie! Peut-être aussi ce genre de service secondaire a-t-il en ce moment quelque opportunité.

En ce siècle où la pensée, bonne ou mauvaise, gouverne despotiquement le monde par son influx universel et quotidien, et oti, par une étrange et très-redoutable rencontre, quand la parole arrive au trône, il se trouve des sectes puissantes qui entreprennent systématiquement de renverser les lois de la raison, il se peut qu'à une telle époque ce soit une œuvre presque sacrée que de défendre la raison humaine et ses lois. Peut-être, à cause de la solidarité radicale des deux lumières dont Dieu éclaire les hommes, est-il nécessaire qu'aujourd'hui ce soit / le prêtre qui soutienne la philosophie, afin de maintenir la foi.

En ce sens — et c'est là ce qui nous relève le

, LOGIQUE

courage - nos efforts peuvent n'être pas stériles pour le service de Dieu et le salut des âmes.

Quant à ce livre en particulier, il n'a pas encore été discuté scientifiquement. De chauds et sympathiques éloges nous ont encouragé; de vives attaques sont survenues '. Mais Fétude scientifique du point qui semble nouveau, malgré tous nos efforts pour le montrer ancien, n'a pas été entreprise jusqu'ici. La théorie de celui des deux procédés de la raison qui ne déduit pas, mais iuduit et s'élance, n'a pas encore été véritablement discutée.

Cette théorie pourtant nous paraît importante, non certes que sa connaissance doive donner aux penseurs un iustruiuent «< qui les rende à peu près « égaux, et remplace le génie, >» selon la bizarre

' Lut' attaqut; très-courtuise (Kuir notre personue (sauf l'endroit ou nnu-> x.inmes présenté comme méchant), mais très-vive «unlre notre ouMa^ , a pain dans la Revue des Deux Mondes, ciu i«' septemlire 1855. Mai> n tU: • i iliqne ne nous touche point^ car elle oblige l'auteur à nous pn t<r des thèses contraires aux nôtres, et à soutenir, pour nous combattre, ce paradoxe inattendu que la raison raisonne tout autrement selon qu'il s'agit de physique, ou de métaphysique, ou de géométrie, et qu*il y a trois arts de raisonner. Il était trop facile de répondre qu'il n*y a qu'un art de raibonuer. Nou» avons repondu dans le Correspondant du 25 oc- ^ tobre 1855.

PRÉFACE

espérance de Bacon au sujet du Novnm Organum \ mais parce que l'ignorance et la négation implicite , du principal des procédés de la raison introduit, non dans les sciences, mais dans le peuple, une logique mutilée, qui entrave et déprime, chez un grand nombre d'hommes, par ses maximes négatives et sceptiques, Texercice pratique de la raison dans ses opérations les plus hautes. Selon le mot de saint Thomas, l'on méconnaît « la force de la raison » . Et dès lors, comment des esprits qui ne suivent pas cette lumière naturelle et visible, sauront-ils obéir aux célestes clartés de la foi? « Si vous ne me croyez (( pas, dit le Sauveur, quand je vous parle des choses « terrestres, comment me croirez-vous quand je « vous parlerai des choses du ciel? » Oui, sans compter ici la logique retournée des sophistes, il y a une logique tronquée, qui règne sur presque tous les esprits superficiellement cultivés, et qui travaille à diminuer la raison dans les masses. Cette logique cmmejesailes des âmes, en leur apprenant à nier la légitimité des jugements essentiels, instinctifs, qui sont comme le fond nécessaire de la vie intellectuelle et morale.

« Nostra enim via inveniendi scientias, exaequat fere ingénia, et non multum excellentiae eorum relinquit : cum omnia per certissimas régulas et demonstrationes transigat. Nov. Org., cxxu.

LOGIOUE.

«La science, disait Jouffroy, n'a pas encore « trouvé le secret, la formule générale de ces jugece ments prompts, rapides et sûrs que pose le sens a commun comme par instinct. Mais enfin il les « porte , il perçoit obscurément les motifs de les « porter; il a une intelligence sourde de ces motifs : Il ils existent donc, et s'ils existent, il est possible « de les apercevoir réellement, de les déterminer. » Rien de mieux dit. Or, entraver ou briser, par une logique étroite, le ressort de ces jugements essentiels, instinctifs et fondamentaux que pose le sens commun, c'est ce que nous appelons couper les ailes de l'àme; apercevoir les vrais motifs de ces jugements, en trouver le secret, en déterminer la formule, ne serait-ce donc pas travailler à relever

les âmes?

Nous avons affirmé que cette formule existe, et nous avons montré que tous les grands esprits Tont aperçue. Nous avons dit que cette méthode, simple, rapide et populaire, est sœur de la prière et de la poésie, et qu elle est en même temps si précisément scientifique qu'elle a son type exact dans la géométrie, et qu'elle est le levier des sciences. Et pourquoi non? Pourquoi l'élan de la prière et de la poésie n'aurait-il pas sa forme précise et idéale? Est-ce qu'une vapeur d'encens qui monte n'a pas une

PRÉFACE. 7

forme dans son élan? Est-ce que la musique, sœur aussi de la prière et de la poésie, n'a pas la géométrie même pour corps, pour mode et forme de manifestation? Est-ce que la lumière du soleil, en elle-même, et dans ses couleurs, ^t dans leurs plus délicates nuances, et dans tous ses élans, n'est pas soumise absolument et tout entière au nombre, à la mesure, à la géométrie? Pourquoi donc en serait-il autrement de la lumière intelligible, et des mouvements de la pensée, et des formes de la raison? Pourquoi ces formes et ces mouvements ne pourraient-ils se rapporter à l'éternelle géométrie, qui est intelligible, qui est en Dieu?

Eh bien, nous avons dit, nous répétons et nous montrons que le secret, que la formule cherchée a été donnée par Leibniz dans ce qu'il nomme « la « partie élevée des mathématiques générales, qui « est la science de l'infini. » {Generalis matheseos pars sublimior,.,. ipsa scilicet scientia infinitif)

Ce procédé principal de l'esprit, ce mouvement et cet élan de la pensée vers les lois, vers les causes, vers les principes, vers l'unité, l'universel et l'infini, ce mouvement rapide et sûr de la pensée, qui ne déduit pas, mais s'élance, sans intermédiaire, d'un monde à l'autre ; ce procédé dont Royer-Collard dit que le nom n'est pas encore trouvé; dont un con-

g LOGIQUE.

lemporain ' affirme que la théorie n'est pas faite : théorie que, depuis, un autre contemporain * vient d'entreprendre avec bonheur : ce procédé, introduit en géométrie par Leibniz, y montre sa rigueur scientifique. Et Leibniz, en l'introduisant, sait que, par cette découverte, il rapproche sans les confondre la métaphysique, la logique , la science de la nature et la géométrie. Il sait qu'il développe et perfectionne l'art d'inventer et l'art de démontrer. Des textes inédits, qui seront prochainement publiés ^ nous prouvent que notre conjecture, à ce sujet, était fondée. Qu'il nous suffise de citer ici ce fragment sur la liberté, qui sera regardé comme l'un des traits les plus profonds du génie de Leibniz. Dans ces pages, Leibniz nous révèle une des crises de son intelligence, qui fut la tentation du fatalisme. « Je suis sorti, dit-il, de ce précipice. » Mais par quelle voie? 11 nous l'apprend. « Enfin, dit-il, une « lumière nouvelle, inespérée, me vint d'où je n'osais « l'attendre. Je l'ai trouvée dans mes considérations « mathématiques sur la nature de l'infini ^. »

* Whewel.

* Apelt.

^ Suite des publications des manuscrits inédits de Leibniz par M. le comte Foucher de CareiL

* Dans ce fragment nous retrouvons d'ailleurs toutes les idées de notre cbapitre sur l'abus de /a détnonstration déductire cm-

PRÉFACK. 9

Ce fragment et d'autres, notamment le fragment sur Weigel S montrent clairement que Leibniz voit, comme nous-même, dans son procédé géométrique infinitésimal, le vrai procédé logique applicable en métaphysique « là où ne s'applique pas la déduction « par voie d'identité. » [Quœ nulla analysi ad identitatem reduci possunt.) Nous l'avions dit avant la découverte de ces textes.

Mais depuis, bien d'autres auxiliaires nous sont venus, dont le principal assurément est un auteur contemporain , qui nous était pleinement inconnu , et qui, au moment où paraissait en France notre Logique, émettait en Allemagne les mêmes idées. M. Apelt, dans son très-remarquable ouvrage sur la théorie de l'induction ^, développe notre propre thèse et s'exprime le plus souvent comme nous.

Voici, presque en entier, la courte préface de ce livre :

tinue, et notamment l'idée des incommensurables géométriques, considérés comme type du rapport entre le fini et l'infini, entre le monde et Dieu, entre la liberté et la prescience divine. {Log., t. I,ch.iv.)

« Dans ces pages sur Weigel, Leibniz dit assez clairement qu'il espère ajouter quelque chose aux mathématiques telles qu'elles sont traitées, et à la métaphysique telle qu'elle est traitée, en rapprochant ces deux sciences par sa méthode infinitésimale. Dans le fragment sur la liberté il précise sa pensée.

» Apelt, l>it 2l)forif bfr 3nbuction. iieivjiâ/ t854.

10 Lor.ioiiE.

« La théorie de l'Induction offre un double inic térêt. L'Induction est le lien entre la philosophie n et les sciences, et d'un autre côté elle fiiit la dif- « férence entre les deux philosophies allemande et « anglaise. Pendant que la philosophie régnante en « Allemagne ignore ou rejette l'Induction, l'Anglew terre et la France au contraire , depuis Bacon , « s'efforcent de fonder et de développer la philoso- « phie par la voie exclusive de l'Induction. Or, on « ne peut rapprocher les deux philosophies que par M la véritable théorie de rinducliun. De plus, ce « qui sépare, en philosophie, rAngleterrc de l'Alle- « magne, sépare, en Allemagne, les sciences de la « philosophie... Ici encore la véritable théorie de « rinduction est le nœud dans lequel l'expérience « et la spéculation peuvent s'unir. Et cependant « Whewel lui-même , l'historien et le philosophe « de l'Induction, affirme que la logique de l'Indue- « tion n'est encore aujourd'hui qu'un pieux désir. « J'espère , par la publication du présent travail, c( contribuer en quelque chose à la satisfaction de

« ce

4<ilj.^ »

L'auteur, à notre avis, a tenu sa promesse.

Mais en quoi consiste sa pensée fondamentale sur la vraie théorie de l'Induction? Le voici : pour lui, comme pour nous, le procédé qui passe du con-

PREFACE

tingent au nécessaire, des faits aux lois, et des effets aux causes^ du particulier à l'universel et du fini à l'infini, ce procédé réside dans l'essence même du calcul infinitésimal \ « Le calcul infinitésimal, dit

» Nous (lisions, en i.S53, dans la Connaissance de Dieu, t. U, p. 143 : (c Ainsi le procédé niathématiqne infinitésimal, tout comme la démonstration platonicienne et cartésienne de l'existence de Dieu, va du fini à l'infini, du contingent au nécessaire, du variable à réternel^ de l'individuel à l'universel; et il procède exactement de la même manière, effaçant toutes les limites de contingence et de variation, dégageant l'essence dans les réalités particulières, poussant à zéro l'accident et l'essentiel à l'infini.

tt Donc le procédé infinitésimal des mathématiques est précisément un cas et une application particulière d'un procédé universel, fondamental, par lequel l'esprit humain s'élance, dans un acte aussi sublime, aussi certain que simple, de toute donnée finie à l'infini.

« Un même procédé général s'appliqueau rapport du fini à l'infini^ soit en géométrie, soit en métaphysique. Or^ appliqué à la géométrie, il produit des merveilles, et ce qu'il donne est infailliblement certain : est -il possible qu'appliqué à la métaphysique il ne produise plus que l'erreur?

(( Je demande s'il est raisonnable d'admettre qu'un procédé, inné à l'esprit humain, pratiqué de fait, implicitement ou explicitement, par tous les hommes; un procédé qui est le fond de la poésie, cette fleur de la vérité; un procédé que tous les philosophes du premier ordre ont aperçu ou décrit plus ou moins clairement; et qui enfin, par le progrès des sciences, venant à s'appliquer aussi à la géométrie, y manifeste, par les plus étonnantes découvertes, la rigueur de sa certitude et la grandeur de sa puissance; je demande, dis-Je, s'il est permis d'admettre qu'une telle méthode ne sera vraie qu'en géométrie, et aura été appliquée à tort depuis le commencement du monde, par le sens commun.

LOGIQL'E.

«( notre auteur..., nous révèle le mystère de la relac( lion des causes ef des effets. Ceci réside dans (( l'essence même du calcul infinitésimal '. » C'est précisément notre thèse. Mais l'auteur y ajoute ce que nous û'a\ions pas dit, savoir: « que le calcul u différentiel est un passage de l'effet à la cause, et « le calcul intégral un passage de la cause à l'effet

En outre, notre auteur dit, comme nous, que la théorie <« de la vraie méthode inductive n'était pos- « sible, d'un côté, qu'après la découverte du calcul « infinitésimal, et de raiitre, après le travail de « Kepler. »

M. Apelt nous a|)|>rend de plus ce que d'abord nous avons à peine cru sur sa parole, quoique le fait vînt abonder dans notre sens, c'est que le propre instrument de l'induction, aux mains de Newton, fut l'analyse infinitésimale. Aujourd'hui nous savons

par la poésie, i»ar la philosophie, à la démonstration et à rétude de rinliiii vivant. Cela ne jmuu pas être. Il y a nécessairement solidarité entre les deux a[)[»lieationsdu procédé ; et sa certitude géométrique confirme s.i certitude méta|)hvsii]u«'. »

' Ô«" Jfïflt fiï*> »w« fin beinfrtfnwfrtl)cr Sufammcnl^anfl Mefe* €(^lujfc* t>on ber 2Birtung avif Me Urfadje mit bcr Slnolpfi* bc» Uncnb* Udifti. ?if Slnali^fb bc» UnenbUd)cn... offenbart ba5 (Bcljeimnié be* 3ufamm€nl)anfl» jwifdjcn Urfad)f n unb 2Birhiuflen. 25if* lirgt im 2»t(en biffrr SHc(^nung*ort (p. 24).

PRÉFACE

que l'assertion est vraie. C'est ce que nous a montré un récent et précieux travail de M. Biot sur Newton ' . Notre illustre géomètre avait deviné que Newton devait ses découvertes à la puissance de « son analvse «cachée» {analj/sim latentem) , Mais voici que Newton lui-même le dit en propres termes, dans un texte qu'aujourd'hui l'on sait être de lui, et que voici : '< C'est par le secours de cette nouvelle analyse (celle (( des fluxions) que Newton a découvert la plupart (' des propositions énoncées dans le livre des Prin- « cipes. » D'autre part, Newton affirme partout que sa méthode est l'Induction : ce grand homme voyait donc, comme nous, dans son analyse nouvelle, la forme géométrique de l'Induction.

Mais, d'un autre côté, nous regrettons que M. Apelt ait si peu pailé de Leibniz. C'est Leibniz qui a donné ù l'analyse infinitésimale, à l'instrument des découvertes, sa meilleure forme, forme sans comparaison plus élégante, plus rapide et plus pénétrante que celle qui est due à Newton. De plus, Leibniz regarde partout sou analyse comme étant la logique d'invention rendue visible en géométrie. Leibniz, dix-huit mois après la publication du livre des Principes, affirme, dans les Actes de Leipzig,

• Journal des savants, ii*^ d'octobre 183^, p. tJOl et 602.

jl LOGIQUE.

que, par son analyse, il avait fait depuis longtemps

les mêmes découvertes que Newton. Leibniz a donc

connu toute l'importance logique de sa méthode. Il

le déclare assez, lorsque, parlant de la partie la plus

sublime des mathématiques [matheseos pars siibli-

nmr) qui est, dit-il, la science de l'infini (ipsa scilicei

^vieniia m/iniii), il affirme que « par le secours de

(( cette partie intime des mathématiques, » comme

il la nomme encore, « il donnera sur l'art de rai-

« sonner des préceptes plus importants qu'on ne

« le pourrait soupçonner '. » Et ailleurs, revenant

à la même pensée, il ajoute : (( Mais ce que j'en

« pourrais diie aujourd'hui est de telle conséquence,

« que je n'ose espérer qu'on me croie, si je n'ap-

(( porte des preuves bien effectives. C'est pourquoi

« je n'en dirai pas davantage en ce moment ^. »

11 résulterait donc de tout ceci deux choses : r que, dans son application à la science de la nature, le calcul infinitésimal est le propre instrument de l'Induction; 2" qu'en lui-même et dans sou essence, cet admirable instrument est créé par l'application à la géométrie du principal des deux procédés de la raison, celui qui ne déduit pas par voie d'identité, mais s'élance et procède par voie de

« Fragment sur Weigel.

* Opéra phil. (ErdmanD), p. 423.

PRÉFACE

IS

transcendance. Or, cet universel procédé de transcendance est celui-là même d'où dépendent tous ces jugements essentiels, fondamentaux, que pose le sens commun comme par instinct; qui sont le fond nécessaire de la vie intellectuelle et morale, et qui renferment tout ce que la théologie nomme les dogmes de la religion naturelle. Il y avait donc, en effet, dans la théorie que nous avons essayé d'éclaircir par la comparaison de la logique, de la métaphysique , de la géométrie et de la vraie science naturelle , il y avait « ce nœud philosophique, » dont parle M. Apelt, où se peuvent rencontrer les deux Écoles spéculative et empirique, et les sciences naturelles et la métaphysique. Là se trouverait donc ce centre dont nous parlions nous-même dans le livre de la Connaissance de Dieu, lorsque nous espérions aussi contribuer « à mettre en une plus vive « lumière ce point central de la philosophie où « aboutissent tous ses rayons. »

Et maintenant que nous ne sommes plus seul à soutenir que la vraie et précise théorie du principal des deux procédés de la raison se trouve comme exposée aux yeux dans l'essence même du calcul infinitésimal, nous affirmons, avec une conviction croissante, que cette remarque est d'une importance capitale en logique. Nous l'affirmons, non en ce sens

in LOGIQUE.

absurde que ce rapprochement nous révélerait un nouveau procédé de Tesprit, un Novum Orgamim, mais en ce sens qu'il nous dévoile, dans la merveilleuse découverte géométrique dont la nature logique n'avait jamais été comprise (si ce n'est par Leibniz, Wallis et Newton), l'application, sous forme précise et claire, de l'antique, nécessaire et universel procédé de la raison, dans ses élans et ses mouvements instinctifs. Nous disons que ce rapprochement met en lumière le point le plus important peut-être de la théorie générale de laraisim. Une multitude de difficultés, dont abusaient et abusent encore et les sceptiques et les sophistes, y trouvent leur solution. La logique du sens commun, une fois de plus, est scientifiquement justifiée. En elle-même, sans doute, elle n'avait pas besoin de l'être. Il est bon cependant qu'elle le soit en face du scepticisme et du rationalisme. Aussi ne saurions-nous trop engager les penseurs sérieux à étudier cette théorie, en comparant à notre Logiijue les nouveaux textes de Leibniz , l'introduction du savant éditeur, et le livre de M. Apelt. Ceux qui sauront creuser ce point ne perdront pas leur peine.

Quant à nous, nous serions bien heureux s'il nous était donné de montrer aux esprits qui combattent notre foi au nom de la raison, que, selon nous, la

PRÉFACE

force et la portée de la raison sont plus grandes qu'eux-mêmes ne pensaient. Ils comprendraient peut-être alors qu'après le mal moral , l'obstacle principal à la foi se trouve dans les fausses habitudes logiques qui régnent parmi nous, et qui, mutilant la raison dans la meilleure partie d'ellemême, renversent, en même temps, l'indispensable appui du christianisme, les dogmes de la foi naturelle. Oui, dans nos luttes contre l'esprit d'incrédulité, nous trouvons d'ordinaire devant nous, comme barrières, les lacunes intellectuelles, et les bornes de la raison tronquée. Les passions, sans doute , sont l'obstacle, intime et substantiel ; mais l'homme sincère juge les passions, les réprime, les dirige, relève vers Dieu leurs données légitimes, lorsqu'il connaît la vérité. Jésus savait toucher, délivrer, entraîner à sa suite, les possédés, les Publicains, les femmes de mauvaise vie. Mais que pouvait sa toute -puissante parole contre les Scribes? Or, voici qu'aujourd'hui la ditTusion plus générale des lettres superficielles et incomplètes popularise l'esprit des Scribes, et multiplie cette forme intellectuelle arrêtée, qui s'enferme en soi, et se défend par la lumière partielle contre la lumière infinie. Quel spectacle que celui d'un pauvre, d'une femme, d'un ignorant à qui les traditions logiques vulgaires l. ïi

,g LOGIOL'E.

imposent cette effroyable forme de l'esprit ! Quel spectacle que celui d'une àme, affamée de croire et de vivre, mais systématiquement organisée pour la défense contre toute lumière du dehors! Que de fois, recardant une telle âme, nous l'avons vue, bonne en elle-même , mais artificiellement envclopp(''c contre la vérité dans une forme logique impénétrable ! Au centre nous apercevions un cœur, mais autour était la muraille! Nous calculions avec effroi l'immense travail qu'il nous faudrait pour détruire, par notre raison, toutes ces défenses! Et le temps II') suffisait pas!

C'est alors, si l'on peut, qu'il faut avoir recours à l'électricité du cœur, qui traverse la pierre, et qui touche à distance !

Mais quel bien ce serait si Ton pouvait détruire la logique perverse qui ôte à la raison de tant d*hommes son étendue et sa lumière, et qui étouffe et ensevelit tant de cœurs!

EHRATA.

Qu'on nous permette d*aiouter ici quelques errata raisonnes.

La philosophie est le lieu de Terreur. Nous Favouons dans celte Logique même. C'est en philosophie surtout

que Ton se trompe , et nous ne nous sentons que trop soumis nous-même, plus que bien d'autres, à cette dure loi. Aussi nous déférons avec empressement ce nouveau travail au jugement de l'Église et du Saint-Siège, et nous attendons d'ailleurs avec respect le jugement de tous les esprits compétents qui voudront bien nous lire et s'occuper de nous. D'ailleurs nous allons essayer de dissiper quelques obscurités et de prévenir les malentendus.

Et d'abord, nous adressant ici à ceux de nos lecteurs que nous regardons comme des juges, nous leur soumettons ce qui suit :

Il est dit dans l'Évangile : « Vous serez jugés à la « même mesure à laquelle vous aurez jugé les autres. » Or, voici la mesure que nous-même , lorsqu'il s'agit de philosophie, nous nous efforçons d'appliquer à la parole d'autrui.

Nous mettons à part les sophistes, que nous livrons à toute la rigueur des lois, des lois logiques et des lois morales.^ Ces méchants du monde intellectuel étant bien écartés, nous regardons les autres, même les incomplets et les chancelants, même ceux qui voient à peine leur route^ nous les regardons tous comme des hommes de bonne volonté , et nous disons : « Paix sur la terre de « Tintelligence à tous les hommes de bonne volonté! »

Les sophistes sont des esprits orientés vers l'erreur. Ce sont des boussoles retournées. Il en existe. Nous n'en parlons que pour montrer en eux la contre-vérité partout présente. Tous les autres, même ceux dont l'orientation ters l'Étoile des intelligences est la plus faible , la plus vague, la plus affolée, nous voulons les aider, les encou-

EHRAIA.

KHRATA.

rager les pousser dans leur ligne , les expliquer, les compléter, pourvu qu'ils ne soient pas eux-mêmes trop durs et trop exclusifs pour autrui, et qu'ils ne prétendent

pas avoir tout vu, bien vu.

A cette condition, ou même sans cette condition, nous voulons prendre en bonne part, dans leurs paroles, tout ce qui ne s'y refuse pas absolument. Nous voulons traiter tous nos frères comme les théologiens traitent les Pères de l'Église, n'en pressant jamais les paroles pour en faire sortir l'hérésie, mais expliquant au contraire leurs pensées par les saintes intentions qu'on leur sait. Et cette méthode n'est pas seulement la charité , elle est encore la vérité. Plus un homme voit la vérité , plus il sait remonter de la parole, si souvent double ou trop étroite, à la pensée, souvent encore partielle, mais plus large que la parole; de la pensée à l'émotion, souvent meilleure que la pensée; de l'une et l'autre enfin, au rayon d'éternelle vérité que notre frère, qui pense et parle pour nous le dire, a entrevu ou pressenti.

Eh bien , nous demandons aux hommes plus clairvoyants que nous dv nous traiter ainsi.

Et, pour le mieux mériter, nous commençons par rétracter une erreur d'expression, ou même de pensée, que l'on trouvera dans ce volume. Nous avons écrit ces paroles : « Pour nous, nous le croyons, et, après avoir tract versé toute la philosophie de part en part, nous l'affir- « mons. » Cette phrase, prise en elle-même, est d'un ton qui ne nous convient pas; non expliquée, elle ne saurait que nous déplaire profondément. Parfois la plume emporte récrivain; ceux qui écrivent le savent; et c'est ce

qui nous est arrivé. Mais voici le sens de la phrase : « Nous avons, appuyé sur notre foi chrétienne, aidé par t( des esprits plus forts que nous, saint Augustin et saint (( Thomas, nous avons traversé, de part en part, le doic maine de la philosophie proprement dite, de manière a à en voir les limites, et l'endroit où commence l'autre M région. » Telle est notre pensée. Mais nous ne croyons nullement avoir creusé jusqu'à leur dernière profondeur toutes les questions philosophiques ; il s'en faut de beaucoup.

Nous nous sommes donc mal exprimé.

Mais, de plus, quand nous écrivions ces paroles, nous avons peut-être cédé aussi à un léger mouvement d'humeur et de fierté. Nous pensions à cette égalité, ou plutôt à cette supériorité philosophique que tout homme, lettré ou illettré, s'arroge toujours à l'égard de tout autre. Parlez de philosophie : chacun à l'instant même, sans attention ni réflexion, vous regarde en passant et vous juge. Or, quand on a consumé sa vie dans l'amour et la recherche de la vérité ; quand on lui a tout sacrifié ; quand on a passé bien des heures, à genoux, aux pieds de laSagesse, et que l'on a couvert ses pieds divins de larmes et de baisers, on sent d'autant mieux sa faiblesse assurément, mais on voudrait pourtant n'être jugé qu'avec réserve par ceux qui ne sont pas même bien certains que la Sagesse existe, ou qu'Elle soit Dieu.

Au reste, nous effaçons cette mauvaise phrase, et ne la maintenons que dans le sens expliqué ci-dessus. Nous supprimons aussi le mauvais mouvement ; d'autant plus que, personnellement, nous n'avons jamais eu qu'à nous louer

ERHATA.

de l'extrême indulgence que chacun nous a témoignée. Nous devons prévenir un autre malentendu. Notre premier chapitre est intitulé : « Quelques lacunes de la « Logique. » Ce titre est bon. ïl signifie que nous signalons quelques lacunes, sans prétendre les signaler toutes. Nous piéieiidons bien moins encore les avoir toutes comblées, même celles que nous signalons. Nous ne l'avons pas même entrepris pour l'une des plus importantes. Il s'agit de la théorie du langage. Nous n'avons pas traité ce beau sujet. Nous avions, sur le langage articulé, un livre entier, déjà écrit, et qui, dans notre plan primitif, formait l'un des sept livres de la Logique. Nous l'avons supprimé, parce que l'un des points fondamentaux de cette grande question nous est encore obscur \

Le troisième livre de la Logique , intitulé le Syllogisme, exige un avis préalable. Le simple lecteur peut passer ce livre. Mais il en faut lire le dernier chapitre, où l'on essaie de donner l'idée philosophique des deux procédés de la raison comparés entre eux.

En méditant ce chapitre, le lecteur voudra bien ne se pas méprendre sur le sens dans lequel nous disons qu'un procédé de la pensée humaine peut avoir son modèle idéal, son fondement éternel en Dieu. Cette assertion n'est qu'un cas particulier de cette vérité générale, reçue partout en théologie comme en philosophie, savoir : que toute chose a en Dieu son modèle idéal et son fondement éternel. La matière même a son éternelle idée , sa raison d'être en Dieu, et, comme le disent les théologiens, elle

* Aujourd'hui, ce livre sur le langage «'st imprimé et forme le secDotl livre de la Connaissance de Cdme.

ERRATA

est en Dieu éminemment. C'est ainsi que saint Thomas peut dire, sans trace de panthéisme : « Dieu est éminem- ({ ment toute chose » [Deus est omnia eminenter), La pensée aussi est en Dieu éminemment, c'est-à-dire infiniment, c'est-à-dire libre de toutes les bornes de la nature finie, comme de la succession, de la partialité, delà mobilité. Évidemment la pensée, le raisonnement, en tant que discursifs, ne sont propres qu'à l'esprit fini, et nullement à l'esprit de Dieu. Mais si l'on considère le raisonnement non plus dans son discours et son mouvement, mais dans son terme et son essence, il n'en est plus ainsi, et il sera permis de dire que la pensée de l'homme imite en quelque chose celle de Dieu. Et s'il est vrai, par exemple, comme nous le montrons, que toutes les règles du syllogisme se ramènent à cette courte formule : Très unum sint, nous en pourrons conclure, ce semble, qu'il y a là quelque analogie avec ce que la foi enseigne sur la nature de Dieu, par la grande et divine formule : Très unum sunt. C'est d'ailleurs ce qui a été souvent dit avant nous. — Et lorsque nous poursuivons cette analogie , non-seulement dans les règles du syllogisme, mais encore dans les trois termes essentiels de la proposition, il est bien entendu encore que, selon notre doctrine générale, en comparant à l'idée de Dieu l'idée des choses créées, nous réservons toujours la nécessaire et absolue différence du fini et de l'infini. Ainsi nous avons dit (p. 387) : « Comme dans le moindre des êtres la qua- « lité manifeste la substance, qui ne nous est connue que t( par ses qualités, de même il y aurait en Dieu l'Invisible « et l'Image ou splendeur de l'Invisible ; il y aurait la

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a substance et la tiKure de la substance. » Quand nous parlons ainsi, nous n^enlendons prendre ces expressions de saint Paul que dans le sens où les commente samt Thomas d'Aquin. SaintPaul appelle le Fils : « limage du Dieu invisible (////^/yo Deiinvisihilis')]i^ etaussi : «Figure « delà MibstancedelHeu [Vi^jura svh^hviti^ ejiis'). » Et saint Thomas, dans ses Commentaires sur saint Paul \ applique ces d»Mi\ paroles, non pa> seulrnnent à ITlomme- Dieu, mais au Yerb»' éterni4. Il dit que le Verbe est l'im-^^*- ou splendeur du Père, en ce sens que le Verbe du Père est la splendeur de la sa-esse par laquelle le Père se connaît. Le Verbe est aussi la ligure ou l'image de la sul)>tanre du Père, non->euleineiit en représentation, mais en essence ;/*o« irmtifw nt reprœsentnndo.sedeluun in esseruh). C/est en ce dernier sens seulement que nous avons écrit ce qui précède. Il Huit comprendre qu'en Dieu la splendeur de ITnvisible, ou la Figure de la substance, n'est pas, comme dans les êtres on'.s, mie qualité qui manifeste la substainv, tuais bien une splendeur et une image nécessairement consul)stantielle, pleinement égale en essence, quoique personnellement distincte. C'est encore en ce sens qiu* nous avons pu parler (p. 385) de tt la distinction que pose le d(»gme entre l'essence de « Dieu et la personne du Verbe. » Voici la distinction : Tessence est une dans les trois personnes, et la personne du Verbe est l'une des trois personnes distinctes dans l'essence unique. Mais il demeure bien entendu que la personne du Verbe a toute l'essence de Dieu.

» €oUiss., I, tii. — ' Hehr., i, H. — -* Hebr., leel. ii.

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Le quatrième livre, qui traite du Procédé infinitésimal, que nous appelons aussi Procédé dialectique ou Induction, nous semble fort important. Mais nous ne saurions nous dissimuler que l'exposition d'un sujet si nouveau doit nécessairement présenter bien des imperfections et des lacunes.

Ainsi, en parlant d'Aristote, nous avons fait ressortir en quoi sa théorie de l'Induction est conforme à celle de Platon comme à la nôtre ; mais nous n'en avons pas assez montré, peut-être, les différences.

Tout ce que nous disons sur les antécédents de la vraie théorie de l'Induction eût pu être sans doute fort augmenté ' ; mais d'autres, j'espère, nous aideront à développer ce point d'histoire de la philosophie. D'ailleurs, nous l'avons assez amplement exposé dans notre Traité (le h comialssance de Dieu,

Dans le chapitre intitulé : V Induction appliquée par Kepler, nous ne prétendons pas soutenir que tout le travail de Kepler n'ait été qu'Induction. Certes, le syllogisme, et tous les procédés secondaires de l'esprit, et robservation, base de l'Induction, et même le tâtonnement inséparable de l'observation, tout cela est mêlé dans tout travail humain. Nous avons seulement essayé de montrercomment l'Induction, telle que nous l'entendons, était l'âme du travail de Kepler et de ses découvertes.

Dans ce même chapitre,, les mathématiciens nous pardonneront de ne pas rejeter comme dénuées de sens les idées de Kepler et de presque tous les anciens, philoso-

• Nous avons, en grande partie, réparé ces lacunes dans llniroduction ajoutée aux éditions qui suivirent la première.

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sur

phes ou Pères de l'Église, scolastiques ou mystiques, le symbolisme de la géométrie. On a pu très-souvent fort mal interpréter ce symbolisme, mais il existe. La géométrie règne au Ciel visible et dans toute la nature. Je crois aussi qu elle a un sens dans le monde invisible. Je ne pense pas non plus qu'il soit abusif de dire que le cercle est, entre toutes les ligures, une figure unique, la plus simple de toutes en sa loi. Et il est certainement remarquable que, par la nature même de l'espace et par la nature de la force, les formes astronomiques doivent rentrer dans le cercle ou dans ses dérivés. .

Dira-t-on que les courbes réelles, décrites parles astres, sont des courbes très-compliquées et d'un degré trèsélevé : que si Kepler avait eu de meilleurs instruments, il n'aurait pas pu trouver dans le ciel ses ellipses, puisqu'il n'y en a point? Celte manière de parler ne nous paraîtrait pas philosophique. Il est certain que le soleil, en vertu de la loi d'attraction, imprime à la terre, déjà lancée, un mouvement qui est précisément et mathématiquement elliptique. Il est vrai que d'autres mouvements, venant des autres astres et de la terre elle-même comme centres d'attraction, se superposent à ce mouvement. Mais à cause de cette belle loi de mécanique que Ton appelle « loi de coexistence ou de superposition des mouvea raents, » l'ellipse, aux yeux de l'analyse et même dans la réalité, subsiste parfaitement au milieu de toutes les perturbations qui s'y mêlent et s'y superposent. En second lieu, que suut eux-mêmes ces mouvements perturbateurs qui se superposent à l'ellipse? Rien autre chose encore que des ellipses ou des courbes du second degré,

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puisque chaque centre perturbateur, par la nature même de l'espace et de la force, ne peut tendre lui-même qu'à faire tourner la terre en ellipse autour de lui, ou bien à la pousser sur quelque branche de parabole ou d'hyperbole. Kepler a donc, par son procédé inductif, trouvé et démêlé la vérité précise, que l'observation la plus minutieusement exacte n'eût point donnée, et même eût semblé contredire.

C'est à propos de ce quatrième livre que, dans une préface récente, nous disions * : ce Là nous exposons <( notre idée en détail et, à ce sujet, nous nous perce mettrons d'adresser une prière aux hommes compé- (( tents. Nous leur demanderons, après avoir lu, de t( vouloir bien juger, et de se prononcer pour ou contre : « ce qui n'est nullement un défi porté à la contradiction, (( mais au contraire un désir sincère d'être éclairé , H d'être redressé ou soutenu dans une pensée, qui a « pour nous bien peu de valeur, tant qu'elle n'est pas ((pleinement partagée. Jusqu'à présent des juges fort (( éclairés sont en suspens : aucun ne nous a contesté « directement notre assertion. Quelques-uns la regardent «comme vraie. Or, ne serait- il pas d'un fort grand « intérêt philosophique d'arriver à la certitude sur ce t( point? Notre description de ce procédé de l'âme qui ^ c( s'élance sans intermédiaire, mais appuyée sur Dieu, à (( une affirmation plus grande que le point de départ tt ostensible de la pensée, est-elle une illusion ou bien « une vérité ? Est-ce une vue claire et vraie d'un fait

» Préface de la seconde édition de la Connaissance de Dieu,

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Il h

« profond de ràiiie que , dans la vie si corupleve de a l'esprit, la spéculation n'avait pas encore nettement uapenm? Nous donnons, dans notre Logique, autant « qu'il' est en nous, tous les nioyens de juger la ques^ (( lion. Nous nous sommes efforcé, d\<iilleurs, d'arriver « à la plus grande clarté.... Nous croyons être parvenu .( à mettre Tidér du calcul infinitésimal à la portée de « tout lecteur instruit, quelle que suit la faiblesse ou a l'absence de ses antécédents mathématiques. Quelques <i heures d'attention réfléchie suffiront, je Fespère, pour « nous comprendre. »

Quant aux deux derniers Hvres intitulés : Les vertus

INTELLECTUELLES INSPIRÉES, Ct LES SOURCES, nOUS aVOUOUS

qu'ils ne seraient pas à leur place dans une Logique élémentaire; mais si l'on considère la Logique plutôt dans son esprit, son principe et sa source, que dans le détail de ses règles; si on la définit « le développement (( du Verbe dans Fesprit; >» si Ton prend pour devise de celte grande science les mots de saint Paul, écrits en tête de ce livre, par lesquels TApotre déclare qu'il ne veut savoir qu'une seule chose : « le Verbe, le Verbe u incarné et crucifié ; » alors ces deux livres sont le couronnement nécessaire de la Logique, et nous demandons au lecteur de les lire avec bonne volonté, avec son âme entière, afin d'y recueillir les quelques rayons de lumière que le Verbe divin, notre Maître, y aura mis, malgré tout ce que notre esprit, trop peu flexible et trop peu clair, aura malheureusement intercepté.

Enfin, s'il est un point auquel nous tenons avant tout, et pour lequel nous sommes prêt à tout corriger,

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c'est ce qui touche à la charité fraternelle. Nous n'entendons blesser que les méchants, ceux que blesse la / vérité simple et présentée avec amour; et nous entendons les blesser comme le fer blesse les membres que la gangrène va emporter. Dans notre second livre, intitulé : Logique du patit/iéisme ^ nous avons voulu appliquer un instrument de fer à cette gangrène de la raison , qui cherche à répandre en Europe le panthéisme et l'athéisme, et nous croyons avoir coupé le mal pour ceux qui seront attentifs. Mais est-il nécessaire de dire que nous sommes prêt à baiser les pieds de ceux qui, en lisant ce livre, se croiraient personnellement attaqués et blessés? Si quelque esprit sincère, plus ou moins entraîné par ce cruel mirage de la raison retournée, veut nous lire jusqu'au bout, peut-être comprendra-t-il par lui-même que notre violence n'est autre chose que l'effort décisif qui tranche le mal pour laisser revenir la vie.

Mais, outre cette attaque nécessaire, nous cherchons si, dans ces deux volumes, nous n'avons laissé subsister aucune parole qui puisse attrister ou blesser aucun homme. Il y a bien quelque part ce mot : « la lignée « des professeurs ! » mais nous avons été professeur nous-même toute notre vie ; nos amis, nos élèves, sont professeurs, ou l'ont été, ou le seront; que voulons-nous donc dire? Nous ne voulons parler que d'une certaine routine philosophique traditionnelle, que les professeurs eux-mêmes, je le crois, jugent comme nous la jugeons. Il y a aussi, sur la presse quotidienne, quelques lignes sévères, mais qui nous semblent justes. Et nous croyons que les plus convaincus des écrivains qui se

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dévouent à la lutte quotidienne ne nous blâmeront pas. Nous en savons, des plus illustres, qui vont plus loin que nous, qui cesseraient avec joie de combattre, si le mal et l'erreur n'avaient pas la parole , et qui préféreraient de beaucoup le silence à ce tumulte sans issue. En tout cas, une puissance presque irrésistible, un élément déchaîné, qui renverse les républiques comme les royaumes, et qui rend à peu près impossible la sévère culture des esprits dans les lieux qu'elle submerge, une telle puissance ne doit pas être flattée. Seulement, il faut l'avouer, si jamais cet élément prend une âme, une conscience, une doctrine, un amour, si cet amour est celui de Dieu et des hommes, si les vendeurs sont chassés du Temple, ce sera manifestement une ère nouvelle pour le progrès du règne de Dieu.

Assurément, si nous avions tous^ je parle de ceux qui pensent et qui écrivent, si nous avions une religion commune, si les grandes lignes de la pensée humaine étaient tracées, ou du moins si ces traces étaient connues et acceptées, si les lettres avaient une idée, une foi, s'il venait pour elles une époque, \e ne dis pas d'unanimité, mais de puissante majorité dans la vérité , que ne pourrait aujourd'hui la pensée ! La pensée est maintenant servie par le fer et le feu; le fer et le feu sont devenus des ouvriers Infatigables pour la multiplier, de prodigieux coureurs, ou phitôt de magiques rayons pour la transmettre au monde entier avec la vitesse même de la lumière î N'est-il donc pas visible que comme la république chrétienne est maintenant, par les armes, maîtresse du monde entier si elle s'unit, de même la pensée

du petit nombre de ceux qui pensent est certainement maîtresse de tous les peuples si elle s'unit? Sans doute cette union de beaucoup d'esprits, non pas même dans l'unanimité, mais dans une triomphante majorité, est un beau rêve !... Un beau rêve pour tous ceux qui n'ont pas la Foi. Grâce à Dieu, elle n'est pas possible hors de la vérité. Mais si le christianisme est vrai, si quelques jours de paix et de travail lucide sont donnés à l'Europe pour déployer encore la grande philosophie chrétienne et sa puissante influence scientifique, n'est-il pas à croire qu'en ce moment critique du monde, un grand siècle d'union intellectuelle peut survenir pour le salut des sociétés? Pourquoi toujours refuser de croire à la possibilité des grandes choses et des grandes nouveautés? L'esprit de Dieu est tout-puissant ; et si l'humanité était plus pure, si nous avions un peu de foi, rien ne nous serait impossible. C'est le vrai Maître qui l'a dit.

Voici maintenant quelques équivoques ou obscurités à expliquer :

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