‹ Logique [microform]Chapitre 10 sur 88 · IT.Î · texte numérisé non relu

IT.Î

jgj CEBTITUBE.

la sentons, en quelque manière que ce soit, nous la voyons être en Dieu, vivre en Dieu, et se mouvoir en Dieu. De ce miroir des créatures, quelque chose de Dieu nous arrive, modifié par la créature; comme, quand mes yeux regardent un horizon, de tout objet jusqu'à mes yeux arrive la lumière du soleil, empruntée par l'objet visible. Toute couleur puise dans la lumière, unité des couleurs et source des couleurs, sa l^>rce pour luire et être vue. Elle emprunte une partie de la lumière pleine, la partie dont sa nature la rend capable, et me l'envoie. Cest réellement un certain rayon du soleil, réfléchi et réfrangé, que je vois, en x o> ant ce corps qui m'envoie sacouleur. \insi de toutes les qualités de toutes les créatures relativement k Dieu. Chacune d'elles participe, suivant sa nature, à l'éclat, à la force à la vie, à la lumière de Dieu. En la voyant, en la sentant, je vois et je sens, ou du moins je dois voir et sentir cette participation divine. Et c'est pour cela que, selon saint Paul, « en voyant les objets « créés, je vois aussi intellectuellement les perfec- « tions invisil>les de Dieu {invisibilia nd per en a fjuœ fdcta siinî i ut e II ce fa conspicuîntcr) ; » ^* c'est aussi pounp.oi, selon l'Ancien Testament, « dans la beauté drs créatures, le Créateur est vu et « reconnu (poterii coi^nosnhiliter vidkhi). »

CERTITUDE

On a tant de peine à comprendre, lorsque Ton veut philosopher, que quelque chose, autre que Dieu, puisse exister ^ ! Comprenons donc du moins que rien ne saurait exister, ni vivre, ni se mouvoir, qu'en Dieu, par Dieu, et avec Dieu. Comprenons donc qu'on ne saurait rien voir, rien sentir, qu'en Dieu, par Dieu, et avec Dieu. Son Verbe porte et vivifie tout, incessamment. Donc, en sentant, en voyant quoi que ce soit, c'est, en quelque manière, Dieu qu'on voit et qu'on sent implicitement et indirectement. Ici, toutes les vérités dérobées par les efforts des panthéistes nous reviennent, car il suffit d'en retrancher l'absurde manifeste. Nous avons, pour cette grande pensée, tout le platonisme et tout Malebranche, et beaucoup plus que tout cela, saint Paul, et plus encore, tout l'Évangile; et nous aurons pour nous tous les travaux de la physique, quand ils seront poussés à bout et médités. Tout ici nous est un appui, et nous disons avec confiance : « Oui^ en voyant les idées, nous voyons en même temps, et notre âme, et Dieu. En voyant le monde exister, nous voyons en même temps, et le monde, et notre âme, et Dieu. »

» Ceci, bien entendu, n'est pas une concession aux panthéistes, mais au contraire un argument ad hominem.

CERTITUDE

Donc, dans la vue des idées et dans la vue du monde, Dieu, d'une certaine manière, et nous parle et se montre. Lui qui est la vérité même, se montre en tout, et montre en Lui tout ce qu'on voit.

Et c'est de sa vérité même, de sa véracité, si Ton veut s'exprimer ainsi, que vient à notre esprit toute certitude. Lui, qui seul est la vérité, a seul la force de commander la certitude; et quand on est certain, c'est que Dieu le veut et Topère, et quand le doute est impossible, c'est qu'on s'appuie sur Dieu. Et c'est pour cela même qu'on a été souvent porté à voir, au fond delà certitude, un acte de foi, une adhésion de l'esprit à Dieu. C'est qu'en effet la certitude est, dans l'ordre naturel, tout ce que la théologie dit de la foi pour l'ordre surnaturel. Il y a, disions-nous, « dans l'ordre naturel même, ic une sorte de foi, qui, par son autorité intérieure, « impose à notre esprit l'assentiment*. » Il y «^ disions-nous d'après autrui, « une foi humauie et naturelle qui est dans l'individu, comme la base

^ De la connaissance de Dieu, t. Il, p. 247.

CERTITUDE

« de la raison humaine. » C'est ainsi que l'entend saint Thomas : « De même que l'homme, par la (( lumière naturelle de l'intelligence, adhère aux « principes, de même, par la lumière de la foi « divinement répandue dans l'âme, l'homme ad- « hère aux choses de la foi ^ » Et ailleurs : « La foi « est, dans l'ordre surnaturel, ce qu'est l'évidence « des principes, dans l'ordre naturel \ »

Mais saint Thomas pousse plus loin la comparaison et affirme formellement, ce que nous soutenons, que toute certitude vient de ce que Dieu nous parle. « Le fondement de la certitude, » dit saint Thomas, « est cette lumière de la raison, divi- (c nement donnée à l'ame, et dans laquelle Dieu « nous parle w {Quod allqiiid per certiludinem sciatur^ est ex litmine rationis, dwinitus inlerius indito, Quo in nobis loquitur Deus^).

Leibniz, du reste, s'exprime de même: « La

* Sicut homo per naturale lumen intcllectus assentit principiis... hoc modo etiam per lumen fidei divinitus infusum homini liomo assentit his qUcT sunt fidei. (2. 2". q. ii, art. 3.)

^ Fides est in gratuitis sicut intellectus principiorum in natu-

ralibus.

3 Verit. q. ii, art. 1. Doctrine admirable, qui justifie saint Thomas d'Aquin contre les esprits exclusivement imbus des idées de Malebranche, et qui opposent absolument saint Thomas à saint Augustin. Doctrine admirable, et qu'il nous faut approfondir par d'autres textes de saint Thomas d'Aquin, pour montrer si notre

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CERTITUDE

CERTITUDE

« vérité, dit-il, qui parle en nous, quand nous « voyons des théorèmes d'éternelle certitude, est

saint doctear a su que toute vue de la vrritô .st .me rertaine vue de Dieu; et que, par (.mséquent, la ceTtitiiiii' vient de ce (iiie Dieu, en un certain sens, est i)réscnt et se montre.

On sait que tous les IM . >, -rccs et latins, saint Justin, Ongène, saint Clément, saint Basile, saint Chrysostome, saint Givgoire de iSaziaoze et saint Augustin, répètent, sous toutes les formes, que toute vue de la vérité est une certaine vue de Dieu, et que' par euiisequcnt, tonte eerlitude rationnelle vient ihi Dieu. Toute leur pliilosopliic est le <N.mmeotaire de la grande parole de saint Jean : « Il était la lumi<r.' ((ui éel;iire tout homme Il venant en ce monde \ >^ Mais ils expliquent ce texte f.)ndamental sans oublier la parole de l'Ancien Testament, répétée d ailltnirs par l'Évangile mèmr : « Tu ne me verras pas face à face. » Par exemple, ^int ». .^ (!.■ Nazianze .lit : « Lors(ine j'élève mes

«regards, c'est à peine si j'aperçois Dieu indirectement.... Voir «Dieu indirectement, c'est W v.mi- à travers tout ce qui le fait « connaître, comme nos fail.l.- \ria voient l'image du soled dans

(( les eaux. » CK-tei ^t -: - : . l^f^i su^'-v <^^'-'J "* ôrîoôia... TauTOt ^às

0t6ù xi crfoôta oaa «xet' ixtlw* ixtbw Yvwpicrii.aia, ôiamp at Jtaô' û^âwv ikivj Eixovs; Tal; oaOsal; o^mi irapow^cixvûaai xôv r.Xiov '*.) — a i; homme

« qui est un être charnel, dit saint Basile, ne peut pas contempler « directement la lumière spirituelle de l:i vérit.', 1 1 Dion Taecou- « tume à voir le soleil dans les eaux. » ('O p.*v -^àp oâ^jcivo; avO^co-:;

TÔv xXicv TC?oiô(!;wv'*\) — « foutes les vérités scientifiques qui sont « d'une absolue certitude, dit saint Augustin, sont intelligibles « comme sont visililes les .d)jets qu'illumine le sol.il. Mais ici c'est u Dieu qui éclaire. » (DisdpUnarum quœque certissima talia sunt, qualia illa quœ sole illustraniur ut viderl possint. Deus

* Nom ne voulons pas dire que ce texte évangélique ne puisse sVnlendre que de la lumière naturelle, puisque beaucoup de Pères et de docteurs l'ont entendu aussi de la lumière surnaturelle.

** S. Greg. de Nai. Orat. 28.

••• De Spiril Sanct., mv, 83, et xxii, 53.

« la voix même de Dieu : » {Veritas quœ intus hquilur, cum mternœ certitudinis theoremata inteU

autem. est qui illustrât \) — « Dans la patrie, on verra Dieu (( .ans intermédiaire, dit saint Bonaventure; notre vue ne pour- (( rait pas à présent., à cause de sa fîiildesse, se fixer sur la luc( mière par excellence; il est donc nécessaire d'avoir un inter- <( médiaire, c'cst-àHlire le miroir des créatures. » {fn patria sine medh videhitur Dens.., cum visus nosfer m prœsenti non possH propier dehilitalem in excellentem lucem figi, necesse esthahere médium, scilicet spéculum creaturœ'\) - « L'idée de Dieu, dit « Descartes, c'est Dieu même conçu da^^ l'entendement. Cette « idée n'est que cela même que nous apercevons par l'entende- «nient. soit lorsqu'il conçoit, soit lorsqu'il juge, soit lorsqu il „,.,i„„i„e -. ,> __ H C'est en Lui, d'une certaine manière qui «H. '.M in.oniprehensible, dit Bossuet, c'est en Lui que je vois « les ventés éternelles; et les voir, c'est me tourner à celui qui ., est immuablement toute vérité, et recevoir ses lumières ****.» — « Dieu est à notre esprit ce que la lumière est à l'œil, dit Leib- „„i7; il est cette divine vérité qui reluit en nous.» (//«c est ma divina m nohîs retxcens verîtas *-**.) Enfin la sainte Écriture a merveilleusement établi le principe de cette vente : «Tu me verras indirectement, mais tu ne pourras voir ma « face » (Vidcbis posteriora mea, faciem autem meam videre 7ion poteris'''**\) Tons les mystiques du moyen âge et de tous les A-es vivent dc^ cette doctrine. Le dix-septième siècle en est plein. Malebranche rend un grand service à la philosophie en la mettant dans la plus éclatante lumière. Seulement il vient un point ou Malebranche dépasse la vérité, et, bien maigre lui sans doute, confond, ou tout au moins semble confondre, par des expressions certainement inexactes, la vue naturelle de la veri e avec la vision intuitive de Dieu, avec la vue directe et immédiate de la substance de Dieu. Or, il y a encore aujourd hm des philo-

* Soliloq. I, 12.

•* Compend. theol. verit. de nat. Dei, I, X. ■" T. 1, p. 425. " **" T. X, p. 82. (lEnvres phil. Edit. Erdmann, p. 446.

— *""* Exod., xxxui, 23.

CERTITUDE

I8S CERTITUDE

//gi'mus, ipsa Dei vox est. Epist. ad Ludov. de

sec t., p. 8a).

11 faut donc comparer, avec saint Thomas, la

sophes chrétiens en assez grand iî()ml)re, qui, sur ce point, acceptent Malebranche m ♦ntier, tout en niant, bien entcodii, l'identité de la ^m naturelle et (\v la vision intuitive de Dieu. D'un autre côté quelques thomistes, qui seuiblent ne pas prendre saint Thomas en entier, tombent dans l'exrès contraire, . t n'admettent point qiKs selon saint Thomas ni selon la réalité, toute vue de la \éritc suit une nitaine vue de Dieu. C'est évidemment se séparer de la grande tradition i\v> .Vol. > eatlioliques. Aussi les i»artisans exclusifs de Maleluiin. lie tnouiphent <!<' cet isolement, A areordent (pie, sur ce imint, saint Tlioma> a ('>té

trompé par Aristote.

C'est ce que non- ne saurions accorder. Nous croyons an contraire que saint Thomas, plus qu'aucun autre, est sur ee point dans la plus précise vérité. 11 exelut absolument l'erreur de Malebranche, dans le sens d.^ laqiu^lle Fénelon même et Bossuetont quelqut s expn s>it.ns que je dirais presque inexactes, ee que je ne tr. .uve point dan> saint Thomas. Et d'un autre côté, saint Thomas affirme de la manière la [dus |>récise tout ce (ju il y a de vrai dans Malebranche, ccst-a-dire t.. ut ce en qn«»i Malebraneln ■ vA d'accord avec saint Augustin. Ce n'est pas saint Thoma.s, « notre aoeteui- iecuiaenu|ue, » comme 1 appelle Massillon, qui, pour nier que la vue de la vérité soit une eiM-taine vue de la lumière de Dieu, rejettera de sa plnlosuphie ces troi^ paroles fondamentales de la sainte Ecriture : a 11 était la lumière « qui éclaire tout homme venant en ce monde. » — « Les perfee- « tions invisibles de Dieu sont vues (conspiciuntuh) par l'inter- « médiaire des cli ées iper ea qux fada sauf). — « Par

« la beauté de la création, h tteiir peut être vu (a magnitu-

fi dîne speciei poterit creaior horum viDF.ni). » D un autre côté, ce n'est pas saint Thomas qui effacera de sa philosophie eettt autre parole du Christ : « Aucun homme n'a jamais vu Dieu. » (Deum nemo viclit unquam.) Saint Thomas saura unir ces divines vérités, et, sulidement appuyé des deux parts, il trouvera

certitude naturelle de la raison à la surnaturelle certitude de la foi. C'est la même loi dans ces deux

le vrai chemin que la philosophie chrétienne suivra un jour sans

hésiter.

Toujours et itartout, saint Thomas soutiendra qu'il ne peut être donne à 1 homme, naturellement, de voir la substance de Dieu {ut divina substantia videatiir quîd sît); mais toujours aussi il soutiendra que toute vue de la vérité est une vue de la lumière de Dieu.

Voici surtout un texte suivi où notre saint docteur expose clairement sa doctrine, et après la lecture duquel toute équivoque est impossible. Il s'agit du commentaire de ce texte sacré : « Nous « verrons la lumière. Seigneur, dans ta lumière. » (/w lumine tuo ridehimus lumen.)

« Voici, dit saint Thomas, les deux privilèges de la créature (( raisonnable. Le premier, c'est ([ue la créature raisonnable voit « dans la lumière de Dieu, tandis que les animaux ne voient « point dans la lumière de Dieu. C'est pourquoi le Psaume dit : a Dans ta himièret Et il ne s'agit point ici de la lumière créée (( par Dieu, celle dont il a été dit : Que la lumière soit. Mais il « s'agit ici de votre lumière. Seigneur (In lumine tuo), de la « lumière dont vous-même brillez (oio scilicet tu luges), et qui « est la ressemblaiK e de votre substance (quod est similitudo K<< substantiœ tuœ). C'est cette lumière à laquelle les animaux « n'ont aucune part : mais la créaturci raisonnable y participe « dans la connaissance naturelle qu'elle a de la vérité. Car « (lu'est-ee que notre raison naturelle, sinon le reflet {refulgen- « lia) de la clarté divine dans l'àme, clarté qui nous forme à (( l'image de Dieu, comme il est dit : La lumière de votre visage, « ô Seigneur, s'est réfléchie sur nous *?.... »

* Duo sunt privilégia rationalis creatura?. Unum qiiod rationalis crealiii a videt iu lumine Dei, quia alia aiiimalia non vident in lumine Dei. Ideo (liiil : .( In lumiue tuo. w Non intelligitur de lumine crealo a Deo, quia sic intelligitur illud quod dicitur : « Fiat lux ; » sed « iu lumine tuo » quo scilicet tu luces, quod est similitudo substantif tua;. Istud lumen non participant animalia bruta : sed rationalis creatura primo participât illud

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ordres, si différents par leur substance. L'on adhère aux principes, par la lumière naturelle dans

«Le second pri\ilii:e de la créalur* laisoniialde, c'est que «seule elle peut voir cette lumiire, Cett.- luuiinv, ( ot d'alund « la vérilt- rrcrr, ou I. ■ Christ, en tant (lulioimn.-; ou hiin <'rsl «la N.'iitc iiMT.Vc dan^ kuinrllr nnu> connaissons les quelqui-s «vérités qui- ii"U> iH.nN..i.> atîeindiv; ear la vérité est un.- « lumière spiriludle : c\>t |.ar la luniie.v .lur Wm connaît les «choses.!, tant que vraies. îr. .inimaux counai»ent bien cer- ((taines choses qui sont vrai.-. (T>t-à-diie, par exemple, que « telle substance est douce au goût; mai. ils ne eonnaiss.Mit « jamais que telle chose est vrai.' ; ils ne sauraient connaître Ui /conl\.rmité de Vxàw h la chose. Ainsi les animaux n'ont m la « lumière créée ni la lumière mcr.M-c. »

Ce beau texte, si i>artailement clair, illumine toute la dorinne de >aint Thomas sur .e sujet, et la montre identiqu.* à celle de tous le< INr. -, de toii> les mvsti(|ues, de saint Augustin et du di\-septi. iih - • • 1. , m réservant toujours l'erreur de Male-

branche. ,

La vue d.^ la vente dans la c^vnniris^ance naturelle, «-est la vue, non pas de la lumirtv (■!,<.■. mais bien de la lumière de Dieu, e'.-l-à-dire de la luuuete dont brillr Di.Mi même. Lt cela parce que la lumière de raison n'est autre ehos.' que le retlel de

iii cogriitione ratioiiali. Niliil vunn est aliu.l ralio natnralis liominis, ..isi refulgeutia divinœ claritatis in anima : propUîr quam clarilatem est ad imagiiiem Dei. « Signatum .4 Mqur nos hnnen miUus lui, Douune. (Ps. IV.) « Miud privilegium est, quia sola ereatura ratioiialis viilet hoc lumen : unde dicit : Videbimus lumen. Hoc lumen est ^^Iitas dcia, ul est Christus, stvundnm (piod humo, mI est vcritas iiureala, qua aliqua veia cognoseimus. Lumen enim spirituaJe veritatis .>! cpiia sicnl \Hnlumen aliquid cognoscitnr, in quantum lucidum, ita eognoscilur ni tpiuutum esl verum. Aniiualia Ijivita l.em- eognoscuut aliqua veia, puta hoc dulce, seâ non Miitatem bujus propositionis, hoc est verum, quia hoc consislil in adaqualioue hujus inttUeclus ad rem, cpiod non possunt lacère bruta. Krgo bruta non hal)eut lumen creatum; similiter nec lumcu increalum.... (Exposilio aurea in David., Ps. XJtXVI.)

laquelle, d'une certaine manière, Dieu nous parle, comme on adhère aux choses de la foi par la

la lumière de Dieu en nous. C'est ce t^eflet qui rend notre àme iuuige de Dieu. Donc, quand la raison voit la lumière qui est en elle, et qu'elle voit l'àme, l'image de Dieu, ce n'est pas seulement l'empreinte du cachet sur la cire, c'est aussi une lumière, et une lumière qui est celle dont Dieu brille, mais reflétée en nous. Aussi n'est-ce point la substance même de Dieu que nous voyons, c'est son image, l'image de sa substance {similitudo substantix)^ formée en nous i)ar la lumière même dont Dieu

brille.

C'est précisément la doctrine que nous nous sommes efforcé d'inculquer à nos lecteurs dans notre Traité de la connaissance de Dieu. Prise ainsi, c'est la doctrine de toutes les grandes écoles.

D'après cela, plus d'équivoque possible sur les passages de la Somme théologique où saint Thomas parle de la lumière de la raison. Ces textes, selon nous, s.tnt parfaitement clairs par euxmêmes; mais connue il se trouve encore des thomistes trop rapproches de Locke, qui, selon nous, les entendent mal, il est bon de les comparer aux t«'xtes lumineux sur lesquels nous nous cipjmyons. Voici, tiré de la Somme théologique, le résumé de la doctrine de saint Thomas sur la connaissance naturelle :

» Au-dessus de l'intelligence humaine, il faut une intelligence supérieure qui lui communique la vertu d'être intelligente..., et qui l'aide à voir*. »

(( Mais, étant donné cet intellect actif, supérieur à l'homme, il faut en outre admettre dans l'âme humaine elle-même une vertu dérivée de cette intelligence supérieure, et qui agisse dans l'opération intellectuelle **. Car partout, outre l'opération

* Supra animam intellectivam humanani necesse est ponere aliqueni superiorem inlellectum, a quo anima virtutem intelligendi obtineat... et que anima juvetur ad intelligendum.

** Nihilominus tamen oportet ponere in ipsa anima humana aliquam virtutem ab illo inlellectu superiori participatam, per quam anima facit intelligibilia in actu.

j^2 CERTITUDE.

lumière surnaturelle dans laquelle, d'une autre manière, Dieu nous parle. Les deux ordres sont

de la cause première, il v a dans chaque agent secondaire une force propre. 11 fout donc dire aussi qu'il y a, dans notre âme, une force int.dlectuelle dérivée de rintLlli-eiice supérieure. Il y a donc ces deux choses: la cause prcnii.rc do toute opération intellectuelle, et la force propre à la cause seconde. Cette dernuii', Aiistute la coniparr à la lumière diiïuse venant du soleil et reçue dans l'air. Et quant à cet intellect supeinur qui agit sur les âmes, Platon le compare au soleil, source de la lumière *. Mais cette intelligence supérieure, notre foi nous enseigne qu'elle est Dieu même, f/est donc lui qui d«»nne a notre àmc la lumière intelle, turlle, selon le mot du INaunie : «La lumière de votre visage, ù Seigneur, est répandu.' sur nous. » Cette vraie lumière dont parle FÉvangile nous illumine comme cause universelle, et de plus nous donne une force propre pour agir intellectuellement **. »

Ainsi Dieu par la lumière dont il brille {quo tu luces) donne a notre àme rintelligence (a quo anima rirtutem infelligemli ohtineat). Il lui d/.nnr d'ahord un.' certaine force pro[)re, uiir certaine faculté (aliquam particularem rirtutem), (jui r>t quelque cl, appartenant à rame [aliquid onirnse). En outre cette vraie lumière qui éclaire tous les hommes |)ar son action sur l'àme (imprimentem in animtfs) l'aide à comprendre actuellement la vérité {quo Juretur ad Uitelligendmn). Dieu lui donne actuellement la himirTC {tmien fideiiecfuale), an répandant en elle la lumière de >a lace ^sùjnatum ea t^upt'î' nos lumen cul' tus tuiy Domine). La lumière ((ue Ihomme ree.Vit est un reflet dans l'àme {refulgentia in anima). Mais la source de eellc iu-

• Et ideo Aristoteles coiiiparavii iiiteliectum agentem lumini quod est aliquid receptum in aère; Plato autem iiiltllectuni separatuiu, imprimenlem in animas noslras, coiuparavit soli.

•• Unde ab ipso (Dto) anima humana lumen intellecluaie participât secuudum illud : Signalum est super nos lumen vullus tui , Domine.... Diceudum ergo quod illa lux %era illuminai sicul causa universalis a qua anima l.uuianu participât quamdam pari iculareni virlutem. (Summa iheol., pars l, q. LXX.1JL, a. IV.)

CERTITUDE

parallèles. Et c'est pourquoi tant de philosophes, depuis Âristote jusqu'à Rant et aux Écossais, appellent foi\ l'adhésion à l'évidence naturelle des principes. Nous avons développé ce point dans notre Traité de la connaissance de Dieu. Ainsi la certitude ne trompe point, parce que, dans toute

mièrc est le divin soleil. Et la connaissance naturelle de la vérité {cognitione naturaii) qui en résulte est une vue dans la lumière de Dieu {creatura rationalis videt in lumine Dei).

Un autre texte suivi résume le tout : « On peut dire que nous c( voyons tout en Dieu, et que nous jugeons tout en Dieu, en ce « sens que nous ne connaissons et ne jugeons que par la partici- « i)ation de la lumière de Dieu. Car la lumière même de la raison (( est une certaine participation de la lumière divine. C'est ainsi « ijuc nous voyons et jugeons les choses sensibles par le soleil, «c'est-à-dire par la lumière du soleil. C'est pourquoi saint « Augustin dit : Les principes évidents des sciences ne peuvent « être vus, s'ils ne sont illuminés par leur soleil, c'est-à-dire par « Dieu. De même donc que pour voir les objets sensibles, il n'est « pas nécessaire de voir la substance du soleii, de même pour (.Noir les vérités intelligibles, il n'e.st pas nécessaire de voir

« l'essence de Dieu *. »

Il suit de tout ceci, d'al)ord que, sur la théorie de la connaissance naturelle, saint Thomas est d'accord, ainsi que nous le disions, avec tous les Pères grecs, avec les mystiques, et avec le dix-septième siècle. U affirme que l'on connaît en Dieu, et que l'on voit et que l'on juge en Dieu; mais il précise cette sublime v.rite de manière à éviter l'excès de Malebranche, en affirmant (pie cette vue de Dieu, qui constitue notre connaissance naturelle, est une vue indirecte dans la lumière de Dieu, comme lors(iue l'œil voit les objets que le soleil éclaire, sans voir le soleil même. Nous crovons que cette doctrine, ainsi mesurée et limitée, renferme tout ce qu'il y a de vrai dans toutes les théories de la connaissance.

* !•. q. XXII, art. U ad 3".

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certiliide, c'est Dieu, Dieu la vérité même, que Fesprit voit ou qu'il entend. La certitude est une paix de l'esprit que Dieu seul peut donticM'. C/esl précisément pour cela que, comme le dit le cardinal Gerdil, cette iiremii^re opération intellectuelle qui est la simple appréhension, ou, si Von veut, la simple admission <!rs données, n>st point sujette à Terreur, ainsi que* loutes les écoles eu conviennent. C'est pour cela (|ue s:unt 1 lionias d'Aquin, àla suite d'Aristote, altirme que rintellecl ne peut être foux [iiilellnius mm potesi e.ssc falsus^). Saint Augustin nous offre la même doctrine: •I Quiconque se trompe, au point où il se trompe, « cesse de faire acte d'intelligence. » {Omitis qui fallitur, idin quo^l Mlmr, non inlelUgit.) Bossuet à son tour nous dit : « Et il demeure certain que « Fentendement purgé de ces vices, et vraiment « attentif à son objet, ne se trompera jamais ^ »>

Saint Thomas dit, touchant la certitude qui vient des sens : « Les sens, appliqués à leuf objet propre, « ne se trompent point. » [Sensus a'rca proprium oh- >„■».„„»*«>„■„..) p.. d'ameu.. en parla„.deU

vue des vérités simples, il dit encore : « La 1 erreur « n'entre pas ^. »

I l*. q. LxxxV. — ' Connais^, dv i)ku, < liap. i.

3 ... Ut scilicel, cessante discursiij ligatur cjus iniuiUis m

CERTITUDK.

La conclusion pratique à tirer de ceci, c'est que Fesprit qui aime et cherche la vérité doit commencer par le respect : respect pour Dieu, qui nous instruit, et pour toutes les divines leçons qui nous entourent; respect pour cette nature visible où Dieu nous parle ; respect pour cette âme insondahle où Dieu nous parle plus clairement encore; respect pour l'admirable monde de la parole, au sein duquel nous apprenons que Dieu s'est révélé aux hommes d'une pleine, immédiate et surnaturelle révélation. L'intelligence doit savoir demeurer passive, docile et attentive, sous Fimpression de la vérité, et ne la point troubler par la passion ou la témérité. Il faut voir, attendre, écouter, observer, et obéir à la nature, à l'âme, à la parole, à Dieu, bien assurés que Dieu cherche en tout temps à nous instriure par toutes ses créatures et toutes leurs impressions, tant qu'elles ne sont pas perverties. Il faut prendre chaque chose religieusement, aller de tout à Dieu, puisqu'il est le sens de toutes choses, et la lumière où nous voyons tout ce qui est visible.

contemplation c iinius simplicis vei'itatis. Et in hac operatione AMM.E NON EST ERROii : siciit patet quod circa intellectum primorum prineipit>rum non erratur, quae simplici intuitu cugnoscimus. H*. Il*, q. clxxx, art. 0.

LA SPÉCULATION ISOLÉE

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