‹ Logique [microform]Chapitre 12 sur 88 · ET LA DÉMONSTRATION CONTINUE · texte numérisé non relu

ET LA DÉMONSTRATION CONTINUE

Assurément, de toutes les causes d'erreur, la principale est celle que nous venons de signaler : c'est le sommeil de l'âme qui cherche, ou qui prétend chercher la vérité, sans s'appuyer sur la pratique du l)ien. S'il est vrai, comme l'a dit le Maître des hommes, que l'homme arrive à la lumière en opérant la vérité, et que celui qui fait le mal hait la lumière, il est certain que l'absence de la vie morale est la source fondamentale de l'erreur.

Lorsque, dans l'Évangile, les serviteurs disent au père de famille : « Seigneur, n'avez-vous pas « semé du bon grain dans votre champ? Comment

j,p CAUSES DE NOS ERREURS.

,. „ a-t-il .le l'ivraie? .- Lo père de famille répond :

, C'est l'ennemi qui a semé l'ivraie, pendant que

« les hommes dormaient. » Oui, pendant que

l'homme dort, que lame sommeille, que comme

s'exprime Bossuet, p.es.iuo toute la nature huma.ne

I ^;o ^o mal moral vient pervertir la pure est endormie, le mai moi a ,

1- ^^^.-.t rémndue ru nous, et la ou semence divuiement itpanaut ,

. 1 „ir;tP l'on voit lever 1 erreur et Dieu semait la vente, ion vou

tous ses fruits. a^v^,.

Telle est, sans doute, la source première de 1 erreur Mais il faut dislin^.xr pourtant les autres causes dérivées de cette source, et les formes diverses des vices intellectuels qui arrêtent la philo-

Sophie. , , -1

L'un des travers les plus apparents de la pUiio-

sophie, - je parle ici de ce que j'appelle la philosophie séparée, - est la poursuite des questions vaines, et celle des questions insolubles; abus qu. vient d'une prétention vicieuse, la prétention a la U^rnonsnano,, nl.soUœ, et à la dâ.onstraUon de-

dnciwecontimie,

La prétention à la démonstration absolue, qm entreprend de démontrer tout, sans exception, est

.. aKciirap nuisau il nous faut toujours certauiement absume, pui^^u

nécessairement partir, dans la série ^es clemonstrations, d'uu premier point indémontrable. Cette

LE CONTINU ET L'ABSOLU

prétention vient, d'ailleurs, d'un vice profond de l'esprit, et d'une sorte d'immoralité radicale : espèce d'égoïsme instinctif, dans lequel l'esprit se croit centre, auteur, point de départ, cause première de la vérité. Or, l'esprit créé n'est pas source de vérité, mais seulement canal de la vérité. Il n'est pas la lumière, il en est le témoin et le contemplateur. Il reçoit d'abord les données, puis les emploie, mais il ne saurait monter plus haut qu'elles pour les juger, les démontrer, puisqu'au contraire elles sont l'indispensable point d'appui de sa démonstration et de son mouvement.

La prétention à la démonstration déductive continue consiste à vouloir appliquer à tout l'un des deux procédés de la raison, le syllogisme, ou le principe d'identité. On prétend établir de tout point à tout autre un passage continu du même au même ; ce qui prouve qu'on ignore l'existence de l'autre procédé de la raison , et qu'on suppose la possibilité de tout voir dans l'identité absolue.

Pourquoi tant de penseurs se sont-ils fait une grande et fondamentale difficulté de démontrer qu'il existe quelque chose; puis, supposé qu'il existe quelque chose , que nous pouvons en être certains ; puis , s'il existe quelque chose et si nous en pouvons être certains, qu'il y a des moyens scien-

LE CONTINU ET L'ABSOLU

2, g CAUSES DE NOS ERREURS.

tifiques d'arriver à cette certitude? — C'est, dit-on, ce qui tourmente la pliilosophie, depuis le commeu-

cernent du monde.

Pourquoi ces puériles questions? Parce que l on prétend à la démonstration absolue. On regarde

•.,..^,11111 cp^ nui est très-connu; comme comme mconnu ce qui «:;»i ii^^ ^ ?

douteux , ce qui est certain ; comme sujet à démons^ tration, ce qui est vu. On oublie que la géométrie est plus sage ; car elle part de données , de principes et d'axiomes qu'elle n'essaye pas de démontrer, mais dont elle sait déduire tout son merveilleux édifice. La philosophie ferait bien, pour en finir avec ces graves questions, d'avoir recours à un postulatum, comme le postulatum d'Euclide , et de prier le .enre humain de vouloir bien lui accorder , sans démonstration préalable, qu'il existe quelque chose, que nous en sommes certains, et que le moyen légitime et rigoureusement scientifique d'arriver à cette certitude est simplement d'ouvrir les

yeux.

Voilà pour les questions vaines que soulève la

prétention à la démonstration absolue.

Que dire des questions insolubles que poursuit la prétention à la démonstration déductive continue? La prétention à la démonstration déductive continue implique la supposition , qu'étant données

deux vérités, on peut toujours trouver le lien sylloi^istique de ces deux vérités, c'est-à-dire aller de lune à l'autre, par voie d'identité, comme, en algèbre, on déduit une équation d'une autre, en procédant par voie d'identité et de transformation.

Cette prétention , radicalement fausse, et dont la fausseté est rigoureusement démontrable, règne encore en philosophie , et y produit encore, comme dans l'antiquité , les erreurs les plus monstrueuses et les absurdités les plus énormes.

On se souvient qu'un philosophe ancien niait le mouvement. Mais on ignore que cette erreur subsiste encore ; qu'elle subsiste aujourd'hui comme toujours, voilée sous d'autres mots; qu'elle n'est pas plus mauvaise que l'erreur opposée , qui , admettant les choses mobiles , nie l'immobile Éternité; et que ces deux erreurs naissent de la prétention qu'a la philosophie de résoudre les questions insolubles , et de soumettre tout à la démonstration déductive continue.

Autrefois Zenon, partant de l'idée nécessaire de l'unité, niait la pluralité, le changement et le mouvement. Il n'existe, disait-il, qu'une unité infinie, une intelligence souveraine, éternelle, immobile, qui est tout. Il n'existe rien de fini , de variable, de mobile. Pourquoi ? Parce que, de l'idée d'unité,

j,0 CAUSES DE NOS ERREURS.

qui est certaine, on ne peut pas déduire, par voie d'identité, l'idée de la pluralité, de la variation, du

mouvemenl.

Leucippe et Démocrite, au contraire, partant des données manifestes de la pluralité et de la mobilité que nous offre la scène du monde, niaient à leur tour l'unité. Il n'existe, disaient-ils, qu'une pluralité infmie de petits eorps, principes et éléments de tous les êtres. Il n'y a pas d'unité souverauie. universelle. Pourquoi ? Parce que, de la pluralité, qui est certaine, on ne peut déduire l'unité.

Or, que font de nos jours les philosophes qui nient'la création, et qui déclarent qu'il n'y a qu'une substance? Ils continuent Zenon. Ils nient le mou-

vement.

Que font tous les matérialistes de tous les temps .^ Ils continuent Leucippe et Démocrite. Ils nient

Féternelle unité.

Les uns, aujourd'hui comme toujours, partant de Funité, défient leurs adversaires d'en déduire la pluralité, et ils nient la pluralité. Les autres, partant de la pluralité, défient les premiers, à leur tour, d'en déduire l'unité, et ils nient l'unité. Les uns donc admettent Dieu, et n'en peuvent point déduire le monde : ils nient la création. Les autres admettent le monde et n'en déduisent point Dieu,

LE CONTINU ET L'ABSOLU

ce qui est en effet impossible par voie de raisonnement déductif continu, et ils nient Dieu. Du fini, disent ceux-ci, vous ne déduirez jamais l'infini. De l'infini, leur répondent les autres, vous ne déduirez jamais le fini.

11 en est, à la vérité, qui veulent tout concilier, et qui disent : Ces deux erreurs extrêmes sont chacune la moitié du vrai. Pour avoir la vérité totale, prenez ces deux moitiés, l'unité et la pluralité, l'infini et le fini, Dieu et le monde, l'éternité et le temps, l'immutabilité et le mouvement. Ces choses, loin d'être inconciliables, comme on l'avait cru jusqu'ici , sont, au contraire, consubstantielles et identiques. Il n'y a qu'une substance, mais elle est en même temps finie et infinie. Dieu et monde, esprit et matière, éternelle et passagère, immobile et variable, nécessaire et contingente, absolue et relative.

Mais c'est encore là, j'ose le dire, nier le mouvement ; car, si le mouvement est la même chose que l'immobihté, il n'y a plus de mouvement. JN'est-ce pas vrai ?

Ainsi, le panthéisme n'est au fond rien de mieux que la vieille philosophie grecque d'avant Socrate, avec sa négation du mouvement.

D'où viennent toutes ces erreurs, ou plutôt cet

2 CAUSÉS DE NOS ElUltURS.

I,„U <le-ur? D'»n vice te,,*™,,,»! M^j.- ^ ' i....^tv:r') rli* In science : c esiud

science plus .i\ancei i,,^.:^,,

vouloir placer partout la démonstrul.ou dedu t.vc eontiuue; c'est de ne point admettre de ciucst.ons

1 1 î., tr.inrmrs étant données

insolubles, et de voulou- toujouis et^i

deux vérités, trouver et .lémontrer le hen syllog.s-

tique de ces deux vérités.

Beaucoup de penseurs croient encore ce problème possible dans tous les cas, et n.ent toujours l'un des deux termes entre lesquels ils ue trouvent noint de transition syllogistique. Ou b,en, lorsqu'ils veulent admettre les deux, ils préte.,dent " , .1 .,o nui revient il niei

qu'ils n'en font qu'un seul, ce qu. revi

l'un ou l'autre.

C'est ainsi qu'étant donnée l'idée de Dieu créateur inftni, et l'idée du monde créé et fuu, le rapport rationnel continu entre ces deux termes n ayant Lais été trouvé, et ne pouvant pas l'être, les uns ;,ent Dieu, et tombent dans l'atbéisme, les autre, nient le monde, et vont au panthe.sme. Quant ceux qui affirment que Dieu et monde sont une seule et même chose, ceux-là ne font m mieux m

^ „.,„ \ac nrpmiers ou les seconas.

pis, ni autrement, que les premiers o

Voici le remède à ce mal. C'est qu enhn la Lo^-

i«c l.nrnes du raisonnement deducque connaisse les bornes au ta ,i '«.^ti»

^ i«e ^rininissent les matuemati"

tif continu, comme les connaissent i^

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