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INTBOOIICTION.
INTRODUCTION
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moral, est la grande plaie du genre humain. Les croyances les plus nécessaires vacillent, parce que le fond qui les porte, c'est-à-dire la raison, n*a ni solidité oi profondeur. Plus j'avance dans l'étude des âmes, plus je vois que, dans la plupart, ce qui manque, ce sont les premières bases. La foi en Dieu, la foi en Timmortalité de Fâme, sont les puuits que le doute entame plus que le reste. Longtemps j'ai cru que ces deux vérités, qui stuit articles de raison aussi bien qu'articles de foi, étaient iutiictes dans la plupart des âmes. C'est une erreur, huctout depuis la dernière invasion des barbares, les bOphistes athées. J ai \u des âmes tenir à la foi catholique avec bonne volonté, mais chanceler sur le point radical. Dieu et Fâme. On dit parfois qu*étant donné ce dognu* unique, Dieu seul, tout le reste s'ensuit, christianisme et catholicisme. En rigueur logique, je le nie. Il n'y a pas conséquence nécessaire. Mais en fait, dans l'état présent du monde, par la surnaturelle bonté de Dieu, cela est vrai. Il est vrai que, Dieu étant donné, pour qui n'éteint pas la conscience et la raison, la foi chrétienne envahit l'esprit et le cœur avec une facilité toute divine. Il est bien vrai enfin que l'extinction presque totale de la conscience et de la raison dans une multitude d'âmes, est l'obstacle à Dieu, au progrès du monde, au bonheur des hommes, au salut de chaque âme et au salut des peuples. La sérénité des croyances, et les inébranlables certitudes nécessaires à la vie du genre humain, sont impossibles, tant que l'homme ne raisonne, ne pense ni ne médite, et reste tout entier corps et sens, matière et inertie.
Et, ce qui est affreux, c'est que ce mal de la conscience et de la raison n'est pas seulement le mal originel dans lequel nous naissons. Les hommes naissent d'ordinaire beaucoup meilleurs que le monde ne les fait. Le monde mutile les survenants;. chaque âme commence plus haut que le niveau commun. D'ordinaire, la raison naturelle, déjà tombée, tombe encore par une seconde chute libre. Deux formes de la raison factice se liguent pour mutiler la raison naturelle : c'est d'abord la raison vulgaire abrutie par le vice ; c^est ensuite la raison savante artificiellement mutilée.
Que faire donc? La réponse est toujours la même. Il faudrait, par un plus vigoureux effort des bons esprits et des bons cœurs, avec la grâce de Dieu qui est donnée, rétablir et la conscience et la raison. Oh! que ne pourrions-nous, si nous osions seulement concevoir l'espérance de cette résurrection !
Cette espérance, je la porte dans l'âme. J'affirme que le premier grand effort moral, joint au premier grand effort intellectuel des peuples soumis à l'Évangile, accomplira ce grand miracle.
Mais voici ce dont j'aperçois la possibilité prochaîne et la nécessité. Il faut que la raison savante cesse de faire cause commune avec la raison abrutie. Il faut que la raison savante revienne à Dieu, à la nature. Il faut que la raison savante apprenne à protéger, à soutenir, à déployer, au lieu de l'écraser ou de la mutiler, toute la nature de la raison telle qu'elle vient en ce monde, et telle que la développe le premier et simple enseignement de la parole articulée.
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Voilà qui est prochainement possible. Et c'est à quoi nous avons voulu travailler par toutes nos œuvres philosophiques, et, en particulier, par cette Logique, Oui, certainement, un peu de logique éloigne de la nature, aussi bien que de Dieu; mais une logique entière ramènerait à la nature, et puis de la nature à Dieu.
Que ne puis-je faire comprendre toute la portée possible de ce progrès, je veux parler de sa portée morale et religieuse ! Qu'on me permette de dire ici sincèrement, simplement, et sans respect humain, ce que je trouve, à ce sujet, dans mon esprit.
Voici d'abord une formule imparfaite, mais concise : « Les convergences aboutissent ' ; » ou bien, en termes plus dégagés de la géométrie : a Les tendances aboutissent, » Cette formule est pour moi comme l'axe d'un faisceau multiple et serré de vérités de toute nature. Je m'en sers continuellement. J'y vois l'idée géométrique fondamentale. J'y vois le point capital de la logique et Fessentiel de la métaphysique. Mais elle me dit surtout ceci : « Tout ce qui marche arrive ; tout ce qui cherche « trouve ; le mouvement n'est pas stérile ; l'espérance est
* Qu'on se ivippeile les formules sur lesquelles Wallis et Leibniz fondent leur méthode infinitésimale. Wallis : a Ce ((ui converge « dans le uni se nunit dans l'iiilini. » l.eilmiz : « Étant donnée tt imc tendance continue vers un terni»» dernier, on peut conclure <i de la série à ce terme dernier. »
«logique; l'enthousiasme est très-sage; la poésie est « vraie ; la prière a raison ; l'idéal est la vérité. »
Je ne daigne pas discuter la formule opposée : « Les c( convergences ou les tendances n'aboutissent pas. » C'est la formule du désespoir et de la sophistique. Son énoncé révolte, car il implique qu'il y a des effets sans cause, et que le mouvement est une absurdité. Quand les sophistes ne nient pas l'existence du mouvement, ils en nient la sagesse et l'opportunité.
Je dis donc : Les tendances aboutissent. Le monde marche, et il arrivera.
Et moi aussi je suis en marche. Et moi aussi j'arriverai. Les irrésistibles tendances de ma nature réelle ne peuvent pas ne pas aboutir. La vie veut vivre et elle vivra. Elle arrive oii elle tend. Et comment pourrais-je en douter? Ne suis-je point arrivé déjà? Il fut un temps où, dans un monde obscur, mes yeux ne voyaient pas, mais se formaient pour voir; dans ce monde clos, mes poumons ne respiraient pas, mais se formaient pour respirer ; mes membres, dans ce monde immobile, ne pouvaient remuer, mais s'articulaient peu à peu pour arriver au mouvement; dans ce monde implicite, inconscient, mon cerveau ne pouvait penser, mais se développait pour la pensée. Tout cela, c'étaient des tendances. Toutes ces tendances ont abouti. Toutes celles qui restent aboutiront.
Aujourd'hui mes regards et mes aspirations, mes mouvements, mes pensées, tout cela n'est-ce point encore un faisceau de tendances? Ma frêle pensée, pauvre, chercheuse, inquiète et dispersée, tend à se rassembler,
lISTRom tTH»\.
et à 6t posséder, et à posséder sou objet. Pourquoi donc cette tendance n'aboutirait-elle pas? La soif de la justice, n'est-ce pas une tendance aus^i? Pourquoi donc serait-elle frustrée? L'amour, le désir, l'espérance, toute la ¥ie de mon cœur, n'est-ce pas la tendance essentielle de mon être? Comment n'aboutirait-elie pas?
Mon corps en germe, dans une première vie courte, avant de parvenir au jour, a déployé jusqu'à maturité les tendances de sa vie. Les tendances de cette vie primitive ont abouti à mu vie en ce monde. Dans cette seconde vie, courte aussi, car elle n est que préparation, mon âme doit déployer jusqu'à maturité les tendances de sa vie. Et ces tendances aboutiront. Alors la tendance à la vérité entrera dans la vérité, la tendance à l'amour entrera
dans Faraour.
Mon corps s'est déployé pour porter rame. Que mon âme se déploie pour porter Dieu.
Les trois mondes se portent F un l'autre, et se déploient successivement. La terre est le marchepied. L'âme s'en sert pour monter à Dieu. Dieu, monde éternel, iniini, attire à lui les mondes liûis pour leur donner la vie. Dieu t.>t la source des tendances, et il en
est aussi la lin.
Quand je vois l'univers en marche et en travail, et cet immense courant de forces, composé de ce qui, en tout temps, en tous lieux, s'est appelé désir, effort, travail, prière, génération et mort, je dis aussi : Oui, la tendance universelle aboutira. Oui, l'univers est occupé d'un travail vrai ; il marche vers un but réel, et il nous dit : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon
INTRODUCTION
« Dieu et votre Dieu ! » Je m'étonne qu'on n'entende pas cette voix.
Oui. tout monte, ou tout peut monter vers le Père de la vie pour en recevoir la vie pleine.
Je ne dis pas que celui qui ne marche pas doit arriver, que celui qui ne cherche pas doit trouver, et que l'on ouvre à celui qui n'a pas frappé. J'ai dit : Les tendances aboutissent, c'est-à-dire : celui qui marche arrive, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. Ce sont des lois divines universelles.
Tout ce que la pensée conçoit, tout cela est. Tout ce que le cœur veut et cherche sera trouvé. Tout ce que l'on espère, si l'on y croit, si l'on y tend, sera donné. Tout ce que la nature, l'instinct, l'effort, le travail, la prière, tout ce que la religion, l'élan vers Dieu, vers la vérité, la justice, la beauté, le bonheur, tout ce que toutes ces forces prophétiques liguées ne cessent d'attendre et de chercher, tout cela nous sera trèscertainement donné. La prière a raison de dire : Que votre règne arrive. Ce règne arrive, puisqu'on y tend.
Oui, plus on croit, plus on espère, et plus on a raison. La foi, l'espérance, peuvent manquer, mais non pas la couronne de l'espérance et de la foi. Tout est encore plus réel que la foi, plus beau que l'espérance. Si on cherche le Père, et si on veut le voir, on le verra. Si l'on veut toujours vivre, on sera dans la vie pour toujours. Si Ton veut que les êtres aimés y soient, ils y seront. Si Ton veut qu'ils soient près de nous, ils seront près de nous. Si on espère leur être uni toujours^ on leur sera
liSTRODUCTlON.
INTRODUCTION
uni de telle manière qu'alors seulement on saura que notre amour sur terre n^était qu'une tendance, un effort pour s'unir. C'est au terme que Dieu nous unit. Au terme, les êtres aimés seront un avec nous, et seront tels que nous les aimons, aussi grands et aussi charmants que l'amour les peut voir ou rêver. Et pourquoi l'amour les voit-il si beaux? C'est parce qu'il a des ailes, parce qu'il a ce procédé de transcendance qui s'élance de ce qui vit sur terre à l'idéal qui est au ciel, cause de la vie et terme de la vie. Il voit chaque être dans son idée céleste, il voit en Dieu. C'est le procédé de la science. Quant à moi, je crois à ces célestes déductions de ma formule, comme je crois à ses déductions géométriques, et à l'exactitude mathématique. Oserai-je dire que quiconque n'y croit pas me semble n'avoir pas toute sa raison ni tout son coeur? Quelqu'un disait : Les lignes de la pensée convergent en effet vers Dieu ou vers son apparence. Mais est-ce bien vers Dieu, ou vers son apparence? Lequel des deux? Et il hésite. Moi je dis : C'est vers Dieu, parce que les tendances aboutissent, parce que le principe de tramcmâance est vrai comme la géométrie elle-même.
Oh! ni les logiciens, ni les simples, ne savent assez la force de ce beau principe, la certitude de ce procédé principal de la \ie raisonnable. Mais, je le demande à tous les faibles dans la foi, y auniit-il tendance si le but n'était pas? La terre pèserait-elle incessamment sur le soleil si le soleil n'existait pas?
Les tendances aboutissent! On tend à Dieu. Il y a Dieu. Et Dieu donne la vie éternelle, la vie totale et ras-
semblée, pleinement possédée, déployée dans toutes ses énergies unies; vie qui, dès lors, tendant toujours à tout, arrive éternellement à Dieu.
Autour de ce sens principal et substantiel de la formule se groupe la multitude des sens partiels, abstraits et scientifiques. Mais surtout la logique et la géométrie répétant les mêmes choses, dans leur ordre et par analogie, enveloppent à mes yeux le grand sens d'une double enceinte de certitude.
Mais il y a en tout ceci plus de beautés et de mystères que je n'en saurais exprimer, et que l'on n'en saurait comprendre.