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l'IAÏlrt ET ARISTOTE.
d'un .Htr6.onlrft;dii contingent au nécessaire, et / du fini à fhîlibl ; de manière à conclure l'infini à partir du fini qui ne le contient pas.
Ce procédé a été glorieusement quoique imparfaitement pratiqué par Platon, qui le nommait rfmlectique. C'est le fond de la méthode platonicienne. Aristote, qui le pratiquait moins, et surtout moins explicitement, le nommait induction {iTxyioyn), et quelquefois aussi dialectique, tout philosophe en a connu quelque chose. Les théologiens catholiques, qui ont régénéré l'esprit humain, en ont puissamment provoqué l'application ; mais surtout le xvif siècle fa précisé, Fa pratiqué et appliqué ^ dans toutes les directions, en philosophie, en mathématiques, et dans la science de la nature. Des deux dernières applications, Func a créé la merveille du calcul infinitésimal, et l'autre, le prodige de nos sciences modernes et de leurs magnifiques développements.
L'existence de ce procédé, aujourd'hui, ne peut pas ne pas frapper tous les yeux ; mais la spéculation ne l'a pas encore assez mis en lumière. Vulgairement, on attribue encore la création de la science moderne à ce que Reid appelle la seconde ^ grande ère de l'esprit humain, qu'a ouverte, dit-il, l'application de l'induction baconienne à la recher*
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che des lois de la nature. Il n'y a de vrai dans ce point de vue que le mot induction ; seulement ce n'est en aucune sorte l'induction baconienne. C'est l'ancienne induction, l'ancienne dialectique dont ont parlé tous les vrais philosophes, et dont Kepler avait tiré tous les principes et tous les germes de la science, avant que Bacon eût parlé.
On ne rencontre aujourd'hui, en philosophie, dans la théorie de la méthode telle qu'elle est vulgairement enseignée, que peu de traces de la véri< table induction. Ce grand et capital procédé est J souvent confondu avec la synthèse, presque toujours avec le tâtonnement empirique de Bacon, et souvent avec le syllogisme, dans lequel on s'efforce en vain de le faire rentrer.
Avant de décrire nous-même ce procédé tel qu'il doit être entendu, selon nous, commençons par faire connaître ce qu'en ont enseigné Platon et Aristote, et ce qu'on en dit aujourd'hui.
11 existe une page de Platon, qui nous semble n'avoir été jamais comprise, et dont, en tout cas,
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il décrit ce qu'il appelle le procédé dialectique (â.a- Xexxuc^v ^v .opeH ' , et la loi de ce procède (o xpo.o, r^ç Tou 5.a7.éYe.ea. Suvap^ecç), et le terme de ce pro^ cédé (Tlloç T^ç iTopaaç). Voici cette page :
« Cherchez donc à présent cominent il faut etau blir la division du inonde intelligible. - Dites4e- « moi vous-même. - Le voici : ces deux divisions „ répondent aux deux procédés de Famé qui, for- « cée de se servir des images du monde visible dans « sa recherche, tantôt ne s'élève pas de ces points « de départ (iE (.^ofiéaecv) vers leur principe (oùx in' « ccppv ^opiuopv.), mais descend vers leurs consec, quences [aùC^ èxl t^eutyM ; et tantôt, dans Vautre u procédé, s'élance de son point de départ à un « principe qui n'y est pas contenu (iir' âpx^v ccvutto- « ôeTov li WoeiGEcç ioùGa) ; puis alors, sans aucune « image, continue à marcher d'idée en idée. — Je ce ne comprends pas bien cela. —Vous allez le « comprendre. Vous savez que les géomètres pren- (I nent pour point de départ la définition des figu- « res, du pair et de l'impair, des trois sortes d'an- « gles et autres notions du même genre, selon « l'objet de chaque démonstration. Ils prennent
' Hép., vil, 532.
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c( ces notions, qu'ils supposent assez claires par « elles-mêmes, comme points de départ (ûiroôe- « <j6iç), et n'en rendent aucun compte, ni à eux- « mêmes ni aux autres, puisqu'elles sont évidentes '( à tous. De là, comme d'autant de principes {U « TouTwv S' app[jL£voi), ils tirent toutes leurs déduc- (c tions, par voie de conséquence et d'identité mate nifeste (Sie^tovreç TeT^euxôdiv 6|j!.o>.oYou|jL£V(t);), et ils parce viennent ainsi à ce qu'ils voulaient démontrer, a — Je sais cela très-bien. — Vous savez comment « ils se servent, dans leurs démonstrations, des « formes et figures visibles (ror; ôp(i)(jLévoi<; sWeci) ; ils ne a raisonnent pas à proprement parler sur ces figuy « res visibles, mais bien sur les notions représencc tées par ces figures ; ils raisonnent sur le carré « lui-même, sur la diagonale elle-même, et non sur « la diagonale ouïe carré qu'ils ont tracés; ainsi de a toutes les figures qu'ils taillent ou dessinent, cho- « ses physiques, qui ont elles-mêmes leurs ombres « et leurs images physiques, mais dont ils se servent « à leur tour comme d'images (wç etxoaiv), pour ex- « primer des choses intelligibles qu'on n'atteint « que par la pensée (tyj ^tavota). — C'est très-vrai. « C'est là l'une des deux divisions du monde in- « telligible dont j'ai parlé; pour la connaître, l'es- « prit, partant toujours nécessairement de quelque
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a point de départ (^xo^sW. S^ àva^xaV^^v xpr..eaO, « ne s'élève pas au-dessus de ce point de départ (ou « èWpvr.v Tcàv ^Uatm «vcTe'pc. sxêa(vetv), ne monte « pas jusqu'au principe même (oùk ex' «px^v «>u. . .av), mais il se sert des images du monde d en « bas comme de signes sensibles qui représentent « à la fois, à l'imagination et à la raison, cette re- « gion du monde intelligible. - J'entends. - Tout « cela se passe dans la géométrie et dans les scien- « ces qui lui ressemblent. »
« Mais voici maintenant l'autre région du monde a intelligible. C'est celle que la raison elle-même « {aùxhç ô ^tiyoç) atteint par la puissance de la dia- « lectique (ty. to'3 SialiyeGeai Suva^xeO, prenant son d point de départ, non comme principe de déducce tion, mais réellement comme simple point de « départ (ûroôéceiç xoiouixevoç oùx à^yaç, ak^k tw ovti uxo- « 0e<yeiç), comme point d'appui, comme base d'élan € (olov èxiêxaeiç T8 m\ dppç), d'où elle s'élance jus- « qu'au principe qui ne contient pas le point de « départ, le principe universel lui-même ([xexp^ '^^^^ (K fltvuxoQe'Tou 2t:1 tav toù xovtoç àpx'^v iwv). Puis, lorsque < l'esprit tient le principe avec ce qu'il renferme, « il marche alors par voie de conséquence, et va « des idées aux idées, sans nul secours ni point « d'appui sensible.
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« — Je comprends, mais néanmoins encore impar- « faitement. Il me semble que vous voulez parler a d'une bien grande chose. Ne voulez-vous pas étau blir que la dialectique atteint et voit l'être et l'in- « telligible plus clairement que la géométrie elle- « même ; et que ce procédé où le point de départ « lui-même est le principe de déduction (alçatÙTroGé- « (jet; ocpxai), et qui, sans doute, regarde son objet a par la pensée, non par les yeux, mais qui ne (c s'élance pas jusqu'au principe, ne le voit pas lui- « même, et ne regarde toujours que le point de a départ, ce procédé, dis-je, ne vous paraît pas « obtenir Tintelligence proprement dite (vouv) des « notions dont il traite, quoique ces notions, rat- « tachées au principe, soient en elles-mêmes intel- « ligibles? Je crois aussi que vous appelez notion, « et non intelligence, le résultat du procédé des a géomètres, les notions étant quelque chose d'in- « termédiaire entre Yopinion et Y intelligence, — ce Vous avez bien compris. »
Dans cette page, Platon décrit clairement les deux procédés de la raison : le procédé syllogistique, qui va du même au même, qui prend son point de départ comme principe de déduction ; qui en déduit les conséquences, qui ne peut s'élever au-dessus du point de départ, puisqu'il procède
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par voie d'identité; et le procédé dialectique, qui ne prend son poiqt de départ que comme un point d'appui, une base d'élan, pour monter au-dessus du point de départ, et atteindre le principe même, le principe universel, que ne saurait contenir aucun
point de départ.
Il est bien entendu que le mot grec ùizohaiç signifie point de dépari. Si l'on traduit ce mot par le mot français hypothèse, on fait un contre-sens, et l'on ne comprend point cette page fondamentale. Platon et Aristote entendent par hypothèse un point de départ positif, dont l'existence est donnée. C'est ce que dit Aristote en propres termes : « Quand ic je pose qu'une chose est, c'est l'hypothèse; si je « ne la pose pas comme existant, c'est la définition « (oiov léyco To elvat Tt, uTîoOeGi;* -h S' aveu toutou, 6ptff(i.oç.
a lï Anal., II). »
Celte page résume clairement la doctrine platonicienne, touchant les deux procédés de la raison. 11 est bon néanmoins de montrer, par d'autres textes, comment Platon entend que la dialectique est entièrement distincte du procédé syllogistique de déduction, ce La dialectique, dit-il, fait le vrai d philosophe (Soph., 253, E). Lui seul, par la dia- « lectique seule, arrive au sommet de la science a (syciv "ïSSyi TeXoç tx tùv {i.aô/.(jt,aT(i)v, Ré p., 534, E). Le
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/ procédé dialectique seul élève le point de départ de la pensée jusqu'au principe des choses (tq 5ia- 7.6XTi)C7] piedcJoç (xovY) TauTYi -jropeuÊTai, tocç ûiroÔeGeiç av ai pouca £îr' àuTY)v tyiv àpx.'^iv. Rép., 533, G) ; il y pose fermement l'esprit, et, trouvant l'œil de l'âme comme enseveli dans je ne sais quel bourbier barbare, seul il l'en tire doucement et le relève vers le monde d'en haut (Rép., vu, 533, C). » Ceux qui ne l'emploient pas, « sont des hommes qui ont peur de leur ombre, et se cramponnent, pour plus de sécurité, au point de départ de la pensée (eu Se SeSttbç tyiv GauTou (jy-tav, lyojxsvoç exeivou Tou ûcG(pa>.ou; ty,; ÛTroôscEw;. Phaedo, loi, C). » Platon décrit ici fort bien l'état de cesesprits, qui n'entendent procéder qu'à coup sûr, c'est-à-dire qui ne veulent avancer qu'en déduisant par voie d'identité, semblables à des navigateurs qui ne voudraient jamais quitter la côte, et qui, dès lors, ne pourraient point passer d'un continent à l'autre. t( Si quelqu'un se tient à son point de départ, sans « en vouloir sortir ( ei Ss tiç aÙTViç Tviç ÛTroÔÊGew; e^oiTo), (( laissez-le ; ne lui répondez pas ; mais apprenez « vous-même à voir ce qui s'élance hors du point « de départ (ew; av toc 6œ sîcetvYiç dppLviôevTa <Txe^j;aio. « Phaedo, 101, C). Les sciences qui n'emploient « pas la dialectique ont le rêve de l'être, mais n'en
„ï PLATON ET ARISTOTE.
. ont pas la vue éveillée : c'est impossible, tant u qu'elles laissent immobiles les points de départ « dont elles se servent (>^ûh;x£v wç oveipwTXOuii (xev irepl
yptfS(xevat TûtuTotç ccxtvT^TVj; iMCi. Rep., vu, i)JJ, tij. c Mais la plupart des hommes ignorent que, sans « ce procédé qui passe librement à travers toutes « choses, il est impssible de parvenir à Tintelli- (c gence de la vérité (ayvoo^.^. ■;/.: oi T.oXkol oxt aveu rmrnç tIç 5ià xavTwv Ste;oâou te xal xlavYiç ctâuvaTOv svTv/ovTa Tt.j xV/i(igt vojv <jym, Parmen., l36, E). » Platon voit admirablement ces deux degrés de la science, Tun dans lequel les esprits sont comme des chasseurs, qui trouvent les données de la vérité, mais ne savent pas en faire usage pour s élever à Dieu; et l'autre où l'esprit sait monter de ces choses à Dieu même. « Les géomètres , dit-il , les u astronomes, et les autres penseurs de cet ordre, u sont des chasseurs, qui ne font pas arbitraire- « ment leurs théorèmes , qui les trouvent où ils « sont ; mais ils ne savent pas en faire usage, ils « ne savent que les poursuivre et les saisir, et ils € les livrent au philosophe (toT: «lalexTixor;), qui « saura s'en servir s'il uVst pas dénué de sens «(Euthyd., 190, C). »
Mais qu'est-ce que le point de départ de la dia-
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lectique ? Platon parle ici comme Aristote, comme saint Thomas : le point de départ premier, ce sont ^ les données du monde sensible : a Oui^ dit-il, j'en « conviens, l'intelligence n'arrive ni ne peut arri" « ver à son but qu'à partir de la vue, du toucher « ou de tout autre sens : on ne part point d'ailleurs « (p aUoÔev. Pha^do, 175). » Et quel est ce but ? C'est le principe de toutes choses (sm tyiv Touxavro; àppv). Mais ce terme du procédé est-il impliqué dans le point de départ ? En aucune sorte. On va du point de départ à un principe qui n'y est pas contenu (ex' àp^ç^viv àvuxoÔeTOv e^ ûxo^écew; toOca).
Et maintenant, si le procédé dialectique ou inductif, qui va d'un point de départ sensible à un principe invisible, en d'autres termes, qui passe du monde à Dieu, n'est pas une illusion platonicienne, on demandera comment, selon Platon et selon la vérité, le raisonnement peut ainsi s'élever d'un point de départ vers un terme ou une conclusion qui n'y est pas contenue. Mais pourquoi pose-t-on cette question ? C'est parce qu'on admet d'avance, par habitude, que la raison de l'homme n'a qu'un seul procédé, le procédé déductif par voie d'identité. C'est pour cela que l'on pose comme une grave objection à l'existence du procédé dialectique, essentiellement distinct de Tautre procédé, cette
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étrange question : Comment Tesprit peut-il passer d'un point à l'autre ? Comment peut-il passer d un premier terme à un second terme non contenu dans le premier ? Mais ne voit-on pas que cette objeclion revient à celle-ci : Comment l'esprit peut-il sortir du point où il est? Comment l'esprit peut-il marcher > Comment l'esprit n'est-il pas immobile ? Or, précisément, l'esprit peut marcher, et n'est pas immobile, par cela même qu'il n'est pas enfermé dans le principe d'identité, et qu'il peut passer du même au différent. Si le principe d'identité régnait seul, l'esprit serait réellement immobile, et par une conséquence éloignée, mais très-claire à nos yeux, l'identité de toutes choses s'ensuivrait, et le panthéisme serait la vérité. C'est précisément par cette voie que des esprits paralysés dans la meilleure partie d'eux-mêmes sont arrivés au panthéisme, en refusant de sortir du seul principe d'identité.
Néanmoins, nous voulons satisfaire à la question posée, qui, d'un certain point de vue, est fondée. Il faut reconnaître qu'on ne tire point l'infini du / fini, ni Dieu du monde. Ce serait là même du panthéisme. Il faut reconnaître que notre esprit ne saurait s'élever par la pensée, sans autre donnée, J de la vue du monde à l'idée de Dieu. Mais nous l'avons déjà dit, d'après Platon et tous les philoso-
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phes que nous avons cités, cet élan de l'esprit, qui s'élève de la vue du monde à l'idée de Dieu, est
/ impossible sans une condition essentielle. C'est pourquoi il y a des esprits qui ne l'exécutent pas. Platon va jusqu'à dire que personne ne sait se servir de ce procédé qui lance l'esprit, à partir de toutes choses, vers l'Être même ()(^pric6ai ^' ouJel; aÙTw opÔwç, g)^XTt5Cw ovTt TwavrairaGi irpoç oùctav. Rép., 5-22, 523). Pourquoi? Parce qu'il faut élever lœil de l'âme vers le monde d'en haut, et qu'il est fixé sur les choses d'en bas (irspl Ta xocto) GTpécpouct tyiv ttIç ^''^p? oij;iv. Rép., 5i5, B); et parce que l'œil de l'âme ne
/ change sa direction qu'avec l'âme tout entière, et qu'il faut, pour accomplir le mouvement principal de l'esprit, se retourner avec l'âme tout entière, à partir de ce qui naît et meurt, pour s'élever à l'Être même (^ùv ô>/i r?i i^\jyj\ èx toO yiYvofjLÊVOu TueptaxTeov sEvat, ?wç av etç to ov... Rép., 5x8, C). il faut donc d'abord retrancher l'obstacle, couper les liens (à Iy. luaiSo; eOOùç KOTTTopvov, TCgpiexoTiYi xà T7,ç yevÊGCwç cuYyevYÏ. Rép.,
Mais cela suffit-il ? suffit-il de retrancher l'obstacle ? Où est la force qui donne l'élan ? Platon le dit, avec tous les philosophes. Il y a dans l'homme un don divin, qui habite le centre de l'âme (oimv ptèv Yi(JLÛv 8ir' axpco); un don divin qui suspend à Dieu
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le principe et la racine de l'âme (to eelov r^v xe^œ^^^v x«l p£!:av àvaxpepvv^v). C'est là la force qui nous eleve de terre (â^à yf.ç^pçal'pav). C'est ce qui nous donne des ailes, et met en nous l'amour ailé (epcoxa Otto^- ^cpov). N'est-ce pas là ce que dit Bossuet, lorsqu il parle « d'une lumière céleste qui sort du fond de ^ « notre âme, d'une voix qui s'élève du centre de « l'âme, « et enfin (* de ce ressort caché, qui fait ce bien voir, par une certaine vigueur...., qu'il est « comme attaché par sa pointe à quelque prin- « cipe plus haut ? » N^st^ce pas aussi cesensdmn ' dont parle Thomassin si admirablement, lorsqu'd décrit « ce sens caché et plus profond en nous « que rintelligence même, qui touche Dieu avant ce de le voir? « Voilà la donnée vivante, non logique, qui fait que l'esprit n'est pas immobile, qu'il peut passer d'un point à un point différent, du monde à Dieu et du fini à l'infini, et qu'à la vue de ce monde visible il confesse Dieu ; comme lorsque Tapùtre Thomas, dit saint Augustin, ce vitun homme « et confessa Dieu (hominan vidil, Deum co/i fessas est), » INoHj certes, on ne va point à Dieu sans \ Dieu ; on ne lire pas l'infini du fini ; mais Dieu V est déjà au fond de l'intelligence, par sa lumière implicite, secrète, par l'élan qu'il veut imprimer^ I quand l'obstacle est levé ; et lui, seul moteur pre^ ^
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mier, sans qui tout mouvement est impossible, lui, par sa force infinie, pousse la raison en dehors de son point de départ, bien au-dessus de la donnée logique, qui n'est point pour elle un principe (oùx apya;), mais seulement une base d'élan (eTrtêacei; xat 6p(jLaç).
Mais où conduit précisément la voie dialectique? Ici Platon est admirable, et se montre bien profondément philosophe, ce La voie dialectique, dit-il, c( consiste à rompre ses liens, à se détourner d'ace bord des ombres de la caverne vers les objets et « la lumière de la caverne ; puis à sortir de la caec verne, pour venir à la lumière du jour ; puis, ee faute de pouvoir contempler le soleil lui-même, à ee regarder sa lumière reflétée sur les corps ; à conee templer non plus des ombres d'objets artificiels, « mais des fantômes divins, et les ombres de ce qui (t est; et à conjecturer enfin que les ombres se ce rapportent à une autre lumière, à la lumière de ce leur propre soleil. Telle est la marche dialectique : « et c'est ainsi que toute cette discipline prépare ce l'esprit^ et relève peu à peu ce qu'il y a de plus « haut dans l'âme, jusqu'à la vue du plus excellent «des êtres. (Rép., 532.) »
Telle est, selon la théorie platonicienne, la distinction des deux procédés essentiels de l'esprit
le
humai que
PLATON KT AHISTOTE.
in, et la prééminence du procédé dialecti.
PLATON ET ARISTOTE
Chacun sait assez qu'Âristote est le législateur du syllogisme ; mais on ignore vulgairement cornbien"il aparlé de Tinduction. Âristote pose nettement que la raison a deux procédés, ni plus, ni moins: que l'un est l'induction, l'autre le syllo-
gisme.
I « Toutes les démonstrations, dit4l, se font ou
« par syllogisme ou par induction (aiçavxa y^e '^^^' « T&k\uv Yi Sik ffuUoywtiioii vi il èiroYwyxç) \ Parmi les H raisonnements, les uns sont syllogistiques, les « autres inductifs (nepi wj; ).oyouç oks âià avXKo^ia^LSi^ « xaloi Si' iT^a-^i^û) \ Tout ce que nous apprenons, et nous rapprenons ou par induction ou par dé- (K duction (ettCÊf p.avÔavoîiLev y\ dxaywYT, % àîroSet^ei) . <c L'une des sources de conviction estUinduction, « l'autre est le syllogisme ([iia [/.èv tuigtiç tô Sicc t*?.ç € iiraYwy/iÇ, aU^i ààmdTtçT^ Sià (juXXoyiGpu) ^ . Si l'on
i 1 Anal., II, 23.- « U Anal., i, i. — ■* H Anal., i, 18. — 4 Top., 1,8.
«veut distinguer les genres de raisonnement, Tun « est l'induction, l'autre le syllogisme (/pri St£"X£c6ai
<( TTOGa TtOV T^OYOJV £l5y1 Ttj>V ÎLa'XeX.TlZWV* £GTl 0£ TO |X£V £7wa-
<c ywyYi, TO âà cuT^T^oyicp;) '. La science vient ou par (f induction ou par syllogisme (r, (jl£v yap ^C ÈTuaYwyviç, « TÎ Se cu"X7;OYt(7(jL{o) '\ Il est absolument nécessaire que « quiconque démontre quoi que ce soit emploie « pour cela le syllogisme ou l'induction (oXœç àvay/CYi « GuXXoyt^ot/.£vov yi âirayovTa â£i)cvi>vat ÔTioCiv v; oTtouv) ^. »
Voilà qui est clair : la raison a deux procédés, ni plus, ni moins.
Mais qu'est-ce que l'induction comparée au syllogisme ? « L'induction est l'inverse du syllogisme « (rpoTTov Tivà àvTiy-£tTai -fl â-aycoyv] Tto cuXXoyt(i[J.w) '*. En (c effet, l'induction pose les propositions auxquelles « l'esprit vient sans intermédiaire logique, le syl- « logisme pose les conclusions auxquelles mènent « des intermédiaires (wv (xèv yàp £gti (jl£gov, 5tà tou {J!.£go'j « 6 Gu)i'XoytG[JLo;' cov hï p/; £Gti, âi' ÈTraytoyviç) ^. Le syl- « logisme part de l'universel, et l'induction part du « particulier. Mais cet universel dont part la déduc- « tion syllogistique, il est impossible de l'obtenir « autrement que par l'induction (£Ï7w£p (AavÔavoaEv îi
^ Top. i, 12. — ' i:ili. Mconi. VI, 3. — =» Rhet. i,2. — M Anal. Il, 23. — Mbid.