II.L
RÉSUMÉ SUR L'INDUCTION
OU PROCÉDÉ DIALECTIQUE
FÉtre. Ce résultat vérifie dans le détail l'antique parole : « Dieu gouverne tout par mesure et par If nombres ; » et le mot de saint Augustin : « Ce sont « les nombres qui régnent ; » et cet autre de Descartes : « Tout se fait par formes et mouvements. » Ce n'est pas tout : Fintérèt théorique principal consiste ici à atteindre l'idée de Tinfini dans ces figures, dans ces mouvements, dans l'espace, le temps, et la force que suppose le mouvement. Dans les idées de figures parfaites et continues, mais abstraites, la raison découvre Fidée abstraite de l'infini, et à travers le temps, l'espace, la force, le mouvement, choses concrètes, elle saisit Fidée de Finfini, conçu comme réellement et actuellement existant. C'est là le degré supérieur de l'intelligible dont parle Platon, et dans lequel la géométrie est rattachée à son principe.
Mais, étant donnée Fidée abstraite de l'infini, la philosophie se demande si cette idée peut exister dans notre esprit sans correspondre à rien de réel ; puis» étant donnés des forces et des mouvements, l'espace et la durée, dont la continuité absolue ne s'explique que par Fexislence de Finfini actuel, il s'ensuit immédiatement que Finfini réel et actuel existe. De sorte que le procédé dialectique, scientifiquement appliqué à l'étude du
monde visible, et puis à l'analyse intime des lois, des formes et des mouvements, conduit à quelque idée de plusieurs attributs de Dieu : simplicité, immensité, force infinie, loi nécessaire.
Il ne faut pas dire pour cela que la géométrie démontre l'existence de Dieu, et qu'il s'agit ici d'une nouvelle preuve de l'existence de Dieu, la preuve par le calcul infinitésimal. Pour nous, nous n'avons jamais eu cette ridicule pensée.
En effet., nous arrivons par le calcul infinitésimal appliqué à la géométrie pure à Fidée abstraite de Finfini. Voilà tout. L'infini abstrait est-il Dieu? Non, il n'est rien. C'est le Dieu de Hegel, qui est athée. L'infini mathématique n'existe pas dans la nature, comme on l'enseigne d'ordinaire, et comme Fa démontré le cardinal Gerdil dans sa dissertation sur Finfini absolu. L'infini mathématique est une abstraction. Rien dans la nature n'est infini. A cette idée abstraite de l'infini, que notre esprit conçoit, ne répond, dans la nature créée, aucune réalité. L'infini n'a sa réalité qu'en Dieu. Mais par contre-coup il en résulte que toute idée de l'infini est une certaine idée de Dieu. Donc si la géométrie nous mène à Fidée d'infini, la raison peut ultérieurement s'emparer de cette idée abstraite, idée que notre esprit rencontre d'ailleurs
RÉSUMÉ SUR L'INDUCTÏON
OU PROCÉDÉ DIALECTIQUE
partout, indépendamment de toute géométrie et de tout procédé scientifique, et elle peut, k partiide cette idée, considérée comme un effet de Dieu en nous, établir les démonstrations ordinaires de l'existence de Dieu. Ce n'est pas démontrer Dieu par la géométrie, c'est le démontrer seulement par l'idée d'iniiui en nous. Cette démonstration est connue, surtout dej)uis l'admirable développement que Fénelon lui a donné. Au fond, toute idée vraie en nous, étant bien pesée, comme au reste toute créature et tout mouvement des créatures, tout démontre l'existence de Dieu. Les idées qui nous viennent par la géométrie ne sont pas exemples de cette loi commune. C'est-à-dire qu'à partir d'une idée réellement existant en nous, surtout si c'est l'idée de l'infini, qu'elle nous vienne par la i^éométrie ou sans la géométrie, la saine philosophie démontre l'existenee de Dieu.
Mais il n'y a pas seulement la géométrie pure, il y a la géométrie appliquée aux mouvements, au temps et à l'espace. Et ici l'analyse inlinilesimale démontre que sous les phénomènes du temps, de l'espace et du mouvement, il y alaifini, non plus abstrait, mais réellement et actuellement existant.
L'analyse infinitésimale démontre cela avec une précision et un détail que la raison, libre de toute
formule géométrique et scientifique, n'avait pas encore rencontrés. Mais qu'est-ce à dire ? C'està-dire, qu'étant donné le mouvement, phénomène réel, qui ne peut exister ni être conçu si Dieu n'existe pas, — ce qu'on a toujours enseigné, — la raison, à partir du fait du mouvement, démontre l'existence de Dieu. Mais c'est la démonstration bien connue d'Aristote ; c'est celle que saint Thomas développe amplement et dans la Somme théologique et dans la Somme philosophique. Oui, à partir du fait du mouvement, on peut, on doit démontrer l'existence de Dieu ; car Dieu est seul cause première de tout mouvement; rien ne se peut mouvoir sans Dieu, surtout si l'on définit le mouvement, comme Aristote, comme saint Thomas d'Aquin, le passage de la puissance à l'acte. Alors la démonstration par le mouvement est celle de Descartes, comme nous l'avons montré dans notre Traité de la connaissance de Dieu. Alors il est clair que tout mouvement implique à l'origine le moteur immobile d'Aristote, et que tout passage de la puissance à l'acte, qui est la vie même du monde visible et des esprits créés, prouve l'existence de l'Être éternellement en acte. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'effets sans causes, et point de série de causes secondes sans cause première.
RÉSUMÉ SUR LINDUCTION
OU PROCÉDÉ DIALECTIQUE
Quy a-t-il d'étonnant si l'analyse infinitésimale, appliquée à Tétude du mouvement, retrouve l'équivalent de ces idées, et les précise?
L'analyse iniinitésimale appliquée donne, selon nous, plus de détail et de précision à la démonstration antique de l'existence de Dieu par le mouvement, et la met sous les yeux avec une clarté saisissante.
Mais le plus grand service que le calcul infinitésimal tiît rendu k la philosophie, c'est de faire mieux comprendre la rigueur du procédé inductif général. Si ce procédé dialectique, que nous avons décrit, s'applique à la géométrie, la transfigure et l'élève à une incalculable puissance, il s'ensuit que ce procédé logique général est un procédé légitime et puissant, rigoureux lomme le syllogisme, et plus fécond. Donc, quand les sceptiques objectent à toutes nos démonstrations de l'existence de Dieu, qui toutes impliquent essentiellement \v procédé dialectique, quand ils objectent que le raisonnement n'est pas rigoureux, que la déduction est interrompue, la chaîne des identités brisée, qu'on franchit dvs abîmes, que Ton passe du fini à l'infini, ce qui, disent-ils, est impossible, c'est qu ils supposent que la raison n'a qu'un seul procédé, le syllogisme, qui va d'identités en identités, et qu'ils
ignorent que la raison possède, avant tout, le procédé dialectique ou inductif, qui passe très-réellement et très-rigoureusement, en géométrie et ailleurs, du fini à l'infini, procédé sans lequel la pensée serait impossible. Le seul fait du calcul infinitésimal renverse toutes leurs objections.
Donc il est bien entendu : i'' que le procédé infinitésimal appliqué à la géométrie pure ne fait que nous donner l'idée de l'infini abstrait, et dès lors ne démontre pas l'existence de Dieu; •i'' que ce procédé, appliqué à l'analyse du mouvement, ne fait que préciser dans le détail l'ancienne preuve de l'existence de Dieu par le mouvement; et encore, ne voyons-nous pas clairement, nous l'avouons, comment l'idée d une force infinie, qu'implique le mouvement, comment l'idée de durée continue et de grandeur continue, mène nécessairement à celle d'un Dieu sage et bon, intelligent et personnel. Saint Thomas franchit ces abîmes, je le sais; mais j'aime mieux, avec Clarke, reprendre pied dans la réalité, et démontrer la sagesse infinie de Dieu, à partir de la sagesse finie qu'il met en nous. Quoi qu'il en soit, une chose subsiste : c'est que le procédé dialectique, qui démontre l'existence de Dieu, dans toutes les démonstrations connues, est un procédé logique général, qui, appliqué aux riiathé-
KÉSUMÉ SUR L'INDLCTION
OU PROCÉDÉ DIALFXTÏQUE.
matiques, a créé le calcul infinitésimal : cette remarque, d'une part, démontre la légitimité du procédé, et prouve, par contre-coup, ce qu'avaient avancé Descartes et F.eibniz aussi bien que le cardinal Gerdil, que la démonstration de rexistence de Dieu est d'une rigueur mathémalique.
Appliqué à Tétude du monde visible, le procédé dialectique en trouve les lois, lois géométriques, lois nécessaires, immuables, absolues en elles-mêmes \ quoique la nature créée soumise à ces lois
* Nous disons nécessaires en elles-mêmes, en ce sens que tontes les férités géométriques sont des vérités nécessaires. Mais nous iw disons nullement que les lois de la nature soient nécessaires, vu ce sens que Dieu n'eut pu donner au monde d'autres lois. Cette proposition, à nos }eux, serait fausse et Irès-voisine de riiérési(\ Toute la géométrie est nécessaire ; mais, . videniment, Dieu peut choisir dans l'infinie géométrie.
J'admets aussi que l'on puisse appeler lois de la nature certaines habitudes des choses, certaines répétitions des phénomènes, qui n'aient rien de i!éomélrique. Cependant, en présence de (<• texte sacré, si conforme d'ailleurs à la raison et à la science : « Dieu a tout créé sous le nombre, la mesure et le poids; » en présence de ce texte, je suis porté à croire que les vraies lois de la
ne soit pas nécessaire, mais contingente. Appliqué à l'étude de ces lois elles-mêmes, considérées dans leur essence intime et dans la loi de leur génération, il nous conduit à Tidée abstraite de l'infini, en petitesse et en grandeur, en simplicité et en immensité. Appliqué à l'analyse du mouvement dans le temps et l'espace, par le calcul infinitésimal, on arrive à l'idée d'une immensité continue infinie, d'une durée continue infinie, et d'une force infinie réellement existante. Ce procédé consiste donc, soit qu'on le sache ou qu'on l'ignore, à chercher Dieu et à voir Dieu dans la nature : car chercher ia loi sous les faits, l'unité et la stabilité dans le multiple et le mobile, c'est chercher Dieu sans le savoir ; c'est chercher le sens de ce signe sensible qu'on appelle la nature, c'est voir comment la nature signifie Dieu et ses différents attributs.
Ce n'est pas seulement l'unité et la stabilité que cherche la raison dans la nature ; elle y cherche tous les attributs de Dieu. A travers les choses contingentes, elle recherche l'idée d'être absolu, de substance absolue ; à travers le temps et l'espace, les deux idées d'éternité, d'immensité ; à travers la
nature, bien comprises, ont toujours forme géométrique (omm'a in numéro, pondère et mensurâ).
RÉSUMÉ SUR i;indu(;tion
.El
série des causes secondes, l'idée de cause premièn» et de cause finale.
Appuyons encore ces idées sur la doctrine et l'autorité de riiomme qui, en ce siècle, a le mieux pressenti Texistence du procédé infinitésimal, et qui en a demandé le nom.
a Considérons, dit Royer-Collard, notre âme en lace de la nature ' . Les sensations qu'elle produit en nous sont en nous des modifications de notre ame. !\Iais en même tcni))s la sensation, ou du moins quelques sensations ont l'étonnante vertu de nous faire sortir de nous-mêmes, et de nous faire savoir que l'impression qui est en nous vient d'un être qui est hors de nous. Les sensations du toucher, par exemple, ont cette étrange propriété. Si je viens à toucher un corps dur , je suis intérieurement modifié d'une certaine manière, je change d'état, voilà la sensation. Mais en même temps que je change d état, j'ai la conception subite d'une chose étendue et solide (jui résiste à mon effort. Non-seulement je conçois cette chose, mais j'affirme la réalité de son existence. Rien plus, je juge sans défiance qu'elle existait avant d'être touchée, et
* Fragments de Royer-Coîlard, h la suite des ClUuvrtîS de Ueid, t. IV, p. 431 (2'' êdit.j.
OU PROCÉDÉ DIALECTIQUE
qu'elle continuera d'exister quand je ne la loucherai plus. C'est cette connaissance, et cette suite de jugements qu'elle implique, que nous appelons /^^z"ceptkm. Nous renfermons sous ce mot toutes les croyances qui se développent dans l'exercice des sens. Ces croyances que ne donnent ni le raisonnement pur ni l'expérience raisonnée, ayant été peu remarquées et n'ayant trouvé place dans aucune théorie accréditée, n'avaient pas de nom dans le vocabulaire philosophique.
« Ainsi c'est un acte de foi naturel, inévitable, inexplicable, antérieur à tout raisonnement, qui affirme l'être et la substance, et les affirme comme permanents et comme causes de nos sensations.
« Mais si Ton veut creuser l'origine de ces idées de substance, de durée et de cause, on est conduit à la découverte de la plus singulière des lois de la pensée humaine, loi antérieure à la perception et sans laquelle celle-ci ne s'accomplirait pas.
« C'est que les sens nous montrent des qualités et que nous affirmons des choses. C'est que le tact, par exemple, dont l'objet est l'étendue impénétrable, ne porterait dans notre esprit aucune de ces idées, si nous ne les avions auparavant. La perception les puise donc dans une autre source. Elles vont du dedans au dehors, par une sorte d'indue-
RÉSUMÉ SIR L'INDUCTION
OU PROCEDE DIALECTIQUE
tioii dont la nature seule a le secret et qu'elle seule légitime. La perception qui les emprunte au dedans les réalise impérieusement au deliors; et la croyance qu'elle produit n*est pas moins irrésistible que celle qui serait produite par rintultion immédiate. Le fait est merveilleux, mais il est indubitable. C'est une loi primitive de la croyance humaine.
« Ce procédé, par lequel nous transférons hors de nous, dans la perception, ce que nous n'avons pu observer qu'en nous-mêmes, je l'appelle iiiduc^ iion, pour le distinguer de la déduction^ avec laquelle il n*a rien de commun. Quoique la conscience de notre propre existence soit, de fait, le commencement, l'occasion et la condition de toute la connaissance extérieure que nous recevons par les senSj, elle ne garantit point au raisonnement la certitude de cette connaissance, dont elle reste à jamais distincte.
a L'induction dont nous parlons ici, distincte de Fexpérience comme du raisonnement, et libre du joug des hypothèses, ne permet à la pensée aucune incertitude. Ses jugements universels et absolus ont la force de la nécessité.
(c Nous durons. De là nous comprenons la durée extérieure. Mais ce n'est pas tout : à l'occasion de la durée contingente et limitée des choses, nous
comprenons une durée nécessaire et il/imitée, théâtre éternel de toutes les existences; et non-seulement nous la comprenons, mais nous sommes invinciblement persuadés de sa réalité !
« Comme la notion d'une durée limitée nous suggère celle d'une durée sans bornes, qui n'a pu commencer et qui ne pourrait pas finir, de même la notion d'une étendue limitée nous suggère celle crune étendue infinie et nécessaire, qui demeure immobile, tandis que les corps s'y meuvent en tous sens. Le temps se perd dans l'éternité, l'espace dans l'immensité. Newton a cru que c'est Dieu hii-méme qui, étant partout et toujours, constitue l'immensité et l'éternité, en qui se meuvent et vivent toutes choses; et Clarke a tiré de là le sublime argument qui prétend prouver à priori l'existence d'un être immense et éternel. Toujours est-il qu'en décrivant et qu'en suivant dans son |)rogrès l'induction appliquée à la durée finie, à rétendue finie, nous la voyons créer l'infini dans la pensée de l'homme. Elle va jusque-là.
« Alais c'est lorsqu'elle s'applique à l'idée de ( ause, que cette induction progressive crée la loi la |)lus énergique et la plus féconde de la croyance humaine, celle qui l'élève jusqu'à l'auteur de l'univers. Tout ce qui commence à exister a été produit
RÉSUMÉ SUR L'INDUCTION
OU PROCÉDÉ DIALECTIQUE
par une cause, est un jugement primitif que l'idée de cause nous fait concevoir irrésistiblement. Les sceptiques ont prouvé sans réplique qu'on ne tire ce jugement ni de l'expérience ni du raisonnement, et il le faut nier, ou reconnaître que c'est une croyance primitive, universelle et nécessaire delà nature humaine.
€ De là l'induction s'élève aussitôt à la cause première et à la volonté première, source commune de toutes les volontés contingentes ; cause première et nécessaire que la pensée de l'homme affirme sans la connaître, dont vient toute force, toute loi. ï»
Sans srarantir dans tous ses détails l'exactitude parfaite de la doctrine que nous venons d'analyser, ou plutôt de reproduire presque textuellement, nous disons que l'ensemble en est fondamental.
On le %oit, dans tout ce procédé que Royer- CoUard nomme procédé de perception et d'induelion, il n'y a point de déduction antérieure aux affirmations; et quant à l'expérience, elle éveille ces affirmations, mais ne les fournit pas. Ces lumières sont en nous; elles sont données parla nature, c'est-à-dire par Dieu méme^ qui vivifie ainsi noire nature, et qui, comme ledit saint Thomas d'Aquiu, met en nous la lumière naturelle de
la raison, lumière dans laquelle il nous parle. (E.i' luminr naturall rationis cli vint tus inierius indilo^ fjuo iti nobis loquitur Deus, — Ipsum naturalc lumen rationis est illustrât io Dei.)
Cette lumière nous est donnée implicitement ; elle est véritablement la lumière universelle qui éclaire tout homme venant en ce monde. Elle ne donne pas d'abord des idées claires, mais des croyances ou idées implicites qui sont en nous sans nous. Ces croyances peuvent se nommer aussi le sens divin en nous; c'est la raison de Dieu, qui parle en nous sans nous. Le devoir de notre raison est de les écouter, de s'y soumettre, non de les discuter. La raison humaine qui les écoute a la foi naturelle; elle repose sur ses bases véritables, et vit de la vie de son principe ; celle qui les discute ou qui les rejette ne vit pas, parce qu'elle ne vit pas de la vie de son principe, qui est raison première, elle qui n'est pas raison première ; elle ne vit pas, elle se renie, s'épuise, s'évanouit et se dé* truit.
<t La vie intellectuelle, dit Royer-CoUard, est « luie succession non interrompue, non pas seule- « ment d'idées, mais de croyances explicites ou a implicites. Les croyances de l'esprit sont les « forces de l'âme et les mobiles de la volonté. Ce
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OU PROCÈDE DIALECTIQUE
<f qui nous détermine à croire, nous l'appelons ce emlcnce (vue). H y a donc autant de sortes d'evi- « dence qu'il y a de lois fondamentales de la a croyance. La raison ne rend pas compte de « révidence. Ly condamner, c'est Tanéantir. Si le « raisonnement ne s'appuyait pas sur des principes « antérieurs à la raison, l'analyse n'aurait point « de fin, ni la synthèse de commencement. Ce sont fc les lois fondamentales de la croyance qui consti- (c tuent l'intelligence; et comme elles découlent cf de la même source, elles ont la même autorité : « elles jugent au même titre; il n'y a point d'appel « du tribunal des uns au tribunal des autres. Qui « se révolte contre une seule se révolte contre « toutes, et abdique toute sa nature.
« Le rebelle alors, comme le remarque Royer- « Collard, nie successivement tout; la perception, « la conscience, la mémoire, le sens moral, toute « la nuson. H anéantit l'étendue. Il nie la liberté. a 11 nie le vice et la vertu, et les axiomes de la rai- « son. Le néant même nest plus nal, il entre flans a le domaine de l'être, il est quelque ehose. Je ne H déclame point, toutes ces conséquences ont été (( tirées avec luie exactitude qui ne laisse rien « à désirer ni à contester : les exemples sont « connus. »
Cette belle et simple analyse des sources de la connaissance met en lumière la nature et le fond du procédé dialectique, acte fondamental de la vie raisonnable.
Elle établit que la lumière, disons le sens divin, est d'abord en nous, sans nous, nous donnant, sous forme de croyances implicites ou obscures, là vérité. Puis le témoignage extérieur, celui des sens, celui des faits de la conscience, celui de la parole, éveille ces croyances obscures et en fait des idées. Le créé se présente au dehors pour rendre témoignage à la lumière qui est en nous. Mais cette lumière, toujours inspirée au dedans, et réveillée par le témoignage extérieur, notre esprit s'y soumet ou ne s'y soumet pas. Il en devient fils; ou bien il refuse de naître de ce père, et de se développer sous cette donnée. S'il veut naître de luimême, de lui seul, à priori^ comme s'il était raison première, il reste dans les ténèbres et ne naît pas. S'il veut naître de Dieu, il vit ; il passe à la lumière, à la connaissance de l'infini par le fini, de Dieu par la nature.
L'élan et le ressort de ce passage inconcevable
de la nature à Dieu et du fini à l'infini, le fond
même du procédé infinitésimal, c'est réellement,
comme le répèle Ro\er-Collard, un acte de foi; ill. n
RÉSUMÉ SUR L'INDUCTION
OU PROCÉDÉ DIALECTIQUE
c'est une croyance que Dieu inspire d'abord et que Fesprit accepte par un acte. « l\»nser, c'est vouloir, f dit encore Royer-CoUard, La connaissance est t inséparable de quelque degré d'attention, Fatfc tention de quelque exercice de la volonté(p. 436). « Penser, c'est vouloir: la pensée est active de sa a nature, et c'est pour cela qu'elle est un si noble m privilège, et qu'elle nous élève au-dessus de la a matière inerte dont les mouvements ne sont pas « des actions, et qui ne veut rien de ce qu'elle « fait, » Oui, la pensée est active, et il y a au fond du procédé dialectique intellectuel, non-seulement le sens de l'infini, croyance offerte, mais un acte et un mouvement volontaire vers l'infini, croyance reçue, acte de foi.
Nier cela, c'est nier le résultat le plus solide et le plus positif des travaux de la pensée humaine depuis deux siècles.
11 y a, répétons-le bien, au fond du procédé dialectique, acte fondamental de la vie raisonnable, un acte de volonté, un acte libre, un choix, un acte de foi que l'esprit exécute ou refuse, par suite duquel Fesprit va vers l'être et monte vers Finfini, ou baisse vers le néant, comme l'observe Royer-Collard , comme l'avaient observé Platon, Leibniz, comme le prouve toute l'histoire de la
philosophie , et surtout Fétonnant et lumineux exemple des sophistes contemporains.
Nous croyons avoir étabU que le procédé dialectique est le procédé fondamental et principal de la
raison.
Dans le procédé syllogistique , la raison passe , par voie d'identité, d'une vérité à une seconde que la première implique. Le syllogisme développe , mais n'ajoute pas. Le procédé inductif , au contraire, ajoute des clartés nouvelles aux anciennes; il passe d'une première vérité à une seconde que ne contient pas la première, et qui ne la touche point; il passe de l'une à Fautre, non plus en marchant pas à pas , mais en franchissant un abîme avec ses ailes, selon le mot platonicien.
On peut dire que ce procédé a trois degrés : la perception , l'induction , le procédé infinitésimal proprement dit, ou la dialectique poussée à bout.
La perception , comme le démontre Royer-Collard, après les Écossais , et comme on l'admet au*-
IDC
RÉSUMÉ SUR L'INDUCTION
OU PROCÉDÉ DIALECTIQUE
joiird'hui , implique un acte de foi naturel , supérieur à tout raisonnement , et qu'aucun raisonnement ne peut ni ne doit vouloir remplacer, sous peine de détruire la raison. Cet acte de foi affirme
l'être.
r/induction implicpie un autre ai te de foi, la foi aux lois; c'est-à-dire la foi à l'unité dans la variété, à la stabilité dans le mouvement de la nature.
Mais la perception qui affirme les êtres particuliers, l'induction qui affirme les lois particulières, ne constituent pas le mouvement total de la raison dans cette voie. La raison poussée à bout, développée dans tout son cours, veut aller et arrive jusqu'à l'infini même. C'est exactement ce que dit Newton, à la fin de son livre sur la lumière , en parlant de la philosophie naturelle poussée à bout par Va/iaiyse oiiVitiduction '. \ la vue des êtres particuliers, elle affirme l'Etre infini ; et , à la vue des lois particulières ou contingentes, elle affirme les lois éternelles, universelles et nécessaires. C'est le procédé infinitésimal proprement dit. La raison cherche l'infini. Klle part de l'infini, implicite pourelle, qui la touclie et 1 inspire et dont le sens s'éveille parle témoignage» du fini; elle part de cet infini
* Nous avons cité ci! texte dans la Préface de cette édition.
implicite pour chercher l'infini explicite et lumineux; c'est-à-dire, en termes plus simples et plus incontestables, que Dieu est le principe et la fin de la raison ; que notre raison part de Dieu et cherche Dieu, et que c'est là son but, sa nature et sa loi. Il est certain, de fait, aussi bien que théoriquement, que la raison, i)ar son légitime et fondamental procédé , qui est tout à la fois vulgaire et scientifique, poétique et mathématique, absolument inattaquable pour qui ne nie pas la raison, tend à Dieu et le trouve. Elle trouve, c'est-à-dire elle affirme l'être infini, nécessaire, éternel et immense, absolu et unique , cause première , cause finale des
choses. '
Mais est-ce là le dernier mouvement de l'âme vers l'infini? Est-ce là la dernière démarche de la raison? Est-ce là ce que saint Thomas et saint Augustin appellent la fin dernière de la raison ?
Non, il reste encore une chose sans laquelle tout ce qui précède ne suffit pas à l'homme.
Je vois les vérités mathématiques et autres vérités nécessaires , disait saint Augustin; elles sont éternelles, immuables, invariables: donc en elles-mêmes elles sont en Dieu el elles sont Dieu. Pourquoi donc mon cœur ne tressaille-t-il pas? Comment se fait-il que cette vue de Dieu me laisse froid ? Si je
RÉSUMÉ SUR L'INDUCTION, ETC
voyais Dieu même , est-ce que je ne serais pas enivré de cette vue comme par un torrent de délices? Qu'est-ce donc que cette vue froide de Dieu ?
C'est ici que nous répondons par la grande doctrine de saint Thomas d'Aquin sur les deux ordres de Fintelligible divin. La fin naturelle de la raison, c'est la vue indirecle, spéculative et abstraite de la vérité qui est Dieu; la fin surnaturelle de la raison consiste dans la vue directe , immédiate de Dieu.
Nous avons déjà développé cette vérité dans notre Traité de la connaissance de Dieu ' . Mais nous allons la présenter ici sous un autre point de vue. Pour cela, nous essayons de traiter un sujet qui, en Logique , pourra d'abord sembler étrange : mais il le faut. Car il s'agit ici du point le plus important de la philosophie, et de la destinée intellectuelle de l'homme.
« 2« partie : Des deux degrés de l'intelligible divin.