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II. L

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tenlionem circa duplicem veritatem dmnorum Je-

bere versari '.)

Donc, selon la philosophie chrétienne, les limites de la raison sont bien celles que pose l'observation psychologique la plus sage. Il est vrai aussi que l'homme désire naturellement s'élever au-dessus de ces limites. Or cet insUnct universel n'est pas dénué de sens. Il tend à la fin dernière pour laquelle Dieu a créé l'homme. Cette fin dernière est la vision immédiate de Dieu et de l'essence des êtres. F.t non-seulement telle est l'immortelle destinée des esprits, dans la vie future, comme le disait Platon ; mais, dès cette vie, le plus haut degré de l'intelli- ,W. divin „o„, es, révélé pari» roi. U foi nous

en parle et nous le montre. Comprenons-nous cequinousest montré. ? Le voyon^nous claire.

ment et pleinement? Non, sans doute ; mais cette lumière surnaturelle et infinie développe grandement notre raison, et y déploie des lumières croissantes.

Et ne prenons pas le change. Ne considérons pas seulement la foi chrétienne comme un texte extérieurement proposé à chaque liomme pa Fouie.

1 CQnira Cent., cap. ix.

a Plurima supra seiisum hominis ostensa sunl libi* Eccli.>

lu, 25*

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Les formules de la foi sont en effet proposées par l'Église qui nous parle [fides ex auditii). Mais ce texte venu par Touïe, n'est pas le principe, le motif, l'objet même de la foi. Le seul principe, le seul motif, le seul objet de la foi, c'est Dieu même, Dieu lui seid. C'est sa lumière surnaturelle, l'instinct intérieur de Dieu qui parle, la divine infusion de Dieu versant directement dans l'âme la lumière même, voilà le principe, la substance de la foi [Fides ex inicriore instinctu Dei,,, fides princi pâli 1er ex infusione). C'est pourquoi la foi est la vérité même en substance, comme l'enseigne partout saint Thomas, d'après saint Paul. De sorte que la vérité en substance, Dieu lui-même que nous cherchions par le désir. Dieu lui-même est dès lors dans l'homme. Lliomme en a quelque sens (dédit nobis sensuni ut cognoscanms verum Deiwi). L'homme en a quelque

perception [perceptio experimentalem Dei no*

iiliani). L'homme en voit quelque chose par ce nouveau principe que Dieu lui donne *. Cette vérité elle-même, essentielle, substantielle, que nous cherchions, que par nous-mêmes nous ne pouvons atteindre ni explicitement ni implicitement, elle nous

^ Aliud principium intellectualis visionis est aliquod lumen liabituale naturali lumini rationis superadditum. 2*. 2*. q. xv>

art* I.

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est donnée implicitement, et nous avons l'immortalité, l'éternité, pour la rendre explicite.

Mais, je le sais, esclaves de la mort que nous sommes, ce qui nous importe, c'est la vie présente. Ne parlez pas de la vie éternelle, c'est tout autre chose, dira-t-on. 11 s'agit ici de philosophie. Je le ,ais. Mais d'abord n'abusons pas du mot de philosophie, mot rétréci. Traduisons ce mot grec en fnncais. Au lieu de philosophie, mettez sagesse, ou bien amour de la sagesse. C'est plus clair et en même temps plus grand. Nous verrons mieux s. cette lumière implicite de Dieu, présent dans l'an,.. par l'amour et la foi, peut quelque chose ou ne peut rien, dès cette vie, pour la sagesse, ou, si Ion veut, pour la philosophie.

Suivons toujours saint Thomas dans rimmense grandeur, et dans les ramifications délicates et multiples de son admirable philosophie. Voyons comment la foi développe en nous la sagesse, et comment vienncMit ce que saint Thomas nomme les vertus intellectuelles inspirées (virtutes inti l-

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Li:cTU\LEs infuse). Ily a, dit-il, les vertus intellectuelles acquises ou naturelles , et les vertus intellectuelles infuses, inspirées, ou surnaturelles. Or les vertus intellectuelles acquises , aussi bien que les vertus morales acquises , procèdent de certains principes naturels préexistant en nous. Mais les vertus divines , la foi , Tamour , qui nous disposent k notre fin surnaturelle, sont mises en nous par Dieu comme des principes nouveaux. De ces principes se développent des vertus nouvelles, des habitudes divinement opérées en nous , comme les vertus acquises se développent à partir des anciens principes ',

Or comment se nomment les vertus intellectuelles que développe en nous la divine substance de la foi ? Elles se nomment, par ordre de dignité : la SAGESSE , l'intelligence , LA SCIENCE. La vcrtu de science, plus facilement que ne le peut la raison nue

» Virtutes tam intellectuales quaai morales, quœ ex nostris a« tibus acquiruntiir, precedunt ex quibusdam naturalibus priniil»iis in nobis prœexistentibus. Loco quorum naturalium principioium conferuntur nobis a Deo virtutes tlieologicae quibus ordinamiir ad fidem supernaturalem. Unde oportet quod bis etiani viiUitibus tbeologicis propurtionaliter respondeant alii liabitus (livinilus causati in nobis, qui sic se habent ad virtutes theologicas, sicui se babent virtutes morales et intellectuales ad principia naturalia virtutum. 1". 2". q. lxiii, art. m.

JlÉ!

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et disgraciée de l'homme sans foi, connaît l'ensemble des sciences distinctes. La vertu d'intelligence, plus facilement aussi, remonte au principe des sciences et va de tout à Dieu , à Dieu connu dans son idée abstraite : et enfin la vertu de sagesse, la plus grande des vertus intellectuelles inspirées , est une certaine perception du Verbe même, qui en donne quelque connaissance expérimentale ■ , science sapide, qui considère Dieu même, et qui doit être le

principe et l'architecte de l'ensemble des sciences.

« La sagesse considère l'objet même de la félicilé,

« sagesse chrétienne, en ce monde, voyait parfaite- « ment son objet, son acte serait la félicité suprême. « Mais comme l'acte de la sagesse, en cette vie, est « imparfait relativement à son objet premier , qui « est Dieu même, la sagesse n'est que le commen-

* Filins mittitur cum a qiioquam cognosciliir atqiie percipitur (S. Âugust.). INTceptio autciii expirinieiitalcniquanidam notiliain sigiiiticat; et luec piopnc dicilur sapieiitia, (luasi sapida scicnlia.

i". q. xuii, art. y.

> Sapientia considérai ipsum objeclum felicitatis, qiiud rst altissimum intcUlKibile. Et si quideni essct perfecta cuiisiderati.. sapienliîP ivspectii svii ubjeiti, esset perfecta félicitas in actii sapienticT. Srd (luia artiis saiùentia' iu hac vita est iniperfectus respecta i»rincipalis objecti, quod est Deiis. ideo actus sapientia' esiquœdam inchoatio seu pariicipatio futnrce felicitatis. \\r. q. Lxvi, art. v, ad 2"^.

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c( cernent , ou la possession partielle de la félicité c( future. » Commencement de la félicité suprême ! possession partielle de la félicité future! contemplation partielle de Dieu! Est-ce assez?

Ainsi l'humilité philosophique des chrétiens n'ira pas jusqu'à désespérer de la sagesse. L'humilité philosophique consiste à bien savoir que la raison, par ses seules forces et ses seuls principes naturels, n'arrive que lentement et avec peine, non sans mélange d'erreurs — c'est le fait liistorique — à quelque connaissance de Dieu. Elle connaît que Dieu est. Elle arrive à ce premier degré de l'intelligible divin, que tous les bons esprits regardent comme un reflet, une nuée \ une ombre % un calque, un foyer imaginaire ^ , un fantôme ^ , un simulacre ^ Mais comme l'intelligence veut autre chose encore, l'humilité de la philosophie consiste à demander à Dieu ce qui nous manque. Puis, quand cette autre sagesse, à la fois divine et humaine, est développée dans l'âme, par le surnaturel travail de la sève divine, et par l'ardent concours de l'âme, l'humilité philosophique consiste à bien savoir que cette sagesse, qui tend à voir Dieu clairement dans la vie

* Hamilton. — 2 Platon. — * Kant. — ^ Platon. — ^ xhomassin lumbratilc simulachrum).

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éternelle, ne le peut voir ici qu'imparfaitement. En attendant, elle se soumet avec sérénité à cette ignorance provisoire et toujours décroissante, ou plutôt elle accepte, avec une immense joie, cette aurore grandissante, dont on sait que le terme est le jour. Or , si la philosophie chrétienne embrasse , en effet, toutes ces idées depuis le treizième siècle, au moins, comme je le montre par les textes de saint Thomas, j'ai donc le droit de dire que notre docteur angélique est le plus grand des philosophes. En sa présence , tous les plus grands philosophes du dehors {qui forts Minf)me paraissent des enfants, qui nesavetit pas, qui balbutient, qui ne se doutent pas des questions , qui ne comprennent même pas les angéliques leçons du saint docteur. Laissez-les grandir quelque temps pour qu'ils deviennent capables d'être enseignés. Mais rendez-les surtout moins inatlentifs, plus dociles et plus pieux, pour qu'ils consentent à recevoir l'enseignement , et qu'enfin ils apprennent quelque chose. Ou plutôt ne rabaissons personne. Nous sommes tous des enfants, et plut à Dieu que nous fussions dHiumbles et simples enfants! Saint Thomas se regardait comme tel, et dans sa gloire, il n'accepterait pas que, pris en lui-même. Je le dise plus grand que ses frères, ses frères mêmes du dehors. Pourquoi donc est-il plus grand

que nous? Parce que, comme on l'a dit% *' il n'a « fait que traduire en philosophie la simplicité de '( l'Evangile ; » parce quele vrai maître de cette philosophie, c'est après tout le seul homme complet, l'Homme-Dieu ; parce que cette traduction philosophique de la divine simplicité n'a pas été donnée par saint Thomas tout seul, mais par des milliers de docteurs, de mystiques, de contemplatifs, d'ardents amis de la vérité, par l'Eglise même, dans ses décisions doctrinales et dans ces assemblées univer- S("]les, réunies au nom de Dieu, pour maintenir et préciser la vérité parmi les hommes. Tout génie peut s'abaisser devant cette philosophie œcuménique, la seule que le genre humain, uni à Dieu, ait jamais entreprise en commun.

Mais, dira-t-on, où trouvez-vous, dans l'histoire, les effets ou seulement les traces de celte sagesse à la fois divine et humaine, que Dieu verse surnaturellement dans les âmes? A quoi je réponds : Nous la trouvons précisément, d'abord dans la très-haute et très-profonde philosophie chrétienne dont nous venons d'esquisser quelques traits. Nous la trouvons dans toute la civilisation moderne, dans l'ancien monde relevé de la plus honteuse décadence à

* Le P. AmeloUe, de l'Oratoire.

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la «grandeur des sociétés modernes. Nous la trouvous dans la supériorité radicale, incomparable des temps modernes sur les temps anciens. Nous la trouvons dans l'admirable science de la nature, créée par le dix-septième siècle. Nous la trouvons dans Tin visible sagesse des âmes cachées, qui ont été

la sève des sociétés modernes, mais qui ne sont pas descendues jusqu'à écrire avec Tencre et la plume, ce que Tapôtre saint .lean n'aimait pas : âmes dont la parole intérieure, d\iutant plus forte, plus pure, plus inspirée de Dieu, a été pour le monde esprit et vie. Enfin, nous la trouvons surtout dans ces immenses progrès que nous voyons possibles par l'Evangile et par la croix, si le monde se rattaclie enfin plus fortement à l'Évangile et à la croix.

Et pour revenir au point de départ de ce chapitre, à celte philosophie écossaise, dont le dernier mot, plein de bo::sens, mais trop découragé, a été prononcé par notre respectable et judicieux contemporain, nous nous demanderons si cette sage école qui a dit, en effet, le dernier mot et la fin purement naturelle de la philosophie, savoir : « Limites étroite tes, reflets, mais non réalité, — désir ardent de « franchir ces limites, et d'aller à une autre fin ; » nous nous demanderons pourquoi cette école n'entreprendrait pas un effort pour franchir ces limites;^

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N'y a-t-il plus, dans la noble Ecosse, aucun élan trintelligence? Il y a, au contraire, dans cette race vii^^oureuse, excès d'élan. N'y a-t-il en même temps, dans ce peuple énergique, aucune âme chrétienne, croyant pleinement que la vérité même est versée parle Saint-Esprit dans les cœurs, et qu'elle est déposée dans les formules de la foi chrétienne, dans l'Évangile et toute l'Écriture inspirée? Certes, il y a là beaucoup d'âmes remplies de cette foi. Oh! si la grande entrave tombait, que ne produirait pas cet élan dans cette foi ! Voyez ! vous avez posé le principe et le terme de ce que nous nommons le degré inférieur de l'intelligible divin ; vous avez mesuré l'étendue de ce côté purement naturel de la philosophie. Cherchez de même quel pourraitêtre le principe etle terme de l'autre partie de la sagesse, qui atteint le plus haut degré de l'intelligible divin. Ce terme ne serait-d pas ce que désire toute intelligence, voir Dieu? Vous qui avez montré que le point de départ de l'autre sagesse est la foi naturelle aux données primitives, indémontrables, n'admettriez-vous point que le principe de la plus haute sagesse serait la foi surnaturelle?

Essayez, mettez-vous à l'œuvre! Au reste, le temps est venu, je crois, où les chrétiens, par toute l'Europe, vont se mettre au travail pour renouveler,

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selon le mot de la sainte l'xriture, la sagesse dans leurs cœurs, pour traduire en langage contemporain la grande philosophie chrétienne, pour l'étendre aux données nouvelles de l'histoire, aux données nouvelles de la science, aux besoins de la vie des peuples, et envelopper, pour la première fois, dans la philosophie, le monde visible récemment découvert dans sa force et ses lois.

D'après ce qui précède, je ne pense pas que l'on puisse nous blâmer d'avoir parlé, en Logique, de ce que les chrétiens appellent i.v scifnce infuse, ou les VERTUS intellectuelles inspirées.

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