‹ ÆloïmChapitre 2 sur 70 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Je crois avoir suffisamment prouvé l'existence du poly téisme dans le système théosophique fondé par Moïse ; pour que cette preuve ne laissât absolument aucun doute , il faudrait donner la tra*ductîon entière et mot à mot du Pentateuque; mais une démonstration complète et sans préparation serait imprudente : le doute est une transition nécessaire quand on doit passer d'une erreur accréditée à des vérités nouvelles.

Il me reste a démontrer l'existence du sens in-

<l) time et rationnel caché par le sens littéral dans

^ plusieurs parties du texte hébraïque ; c'est ce qui

^ aura lieu si je prouve celui qui vient d' être donné

^ pour les cinq premiers chapitres de la Genèse.

Mon projet avait été d'abord de ne publier pomr cette démonstration que la traduction mot à mot du premier et du cinquième chapitre , et d'y joindre de simples observations siir quelques versets du second, du troisième et du quatrième, tout cela n'aurait fait , comme le prospectus l'annonçait, qu'un volume d'environ 500 pages, ou au plus 550. Mais une c^ri tique commencée avec passion et sans conviction religieuse, avant qu'une

seule feuille imprimée des i£loïm pût être connue, a changé cette résolution et par conséquent le plan de ce livre. Elle m'a fait comprendre qu'il fallait faire moins de sacrifices en faveur du doute, donner plus de développements aux preuves , et ajouter la traduction mot a mot de nouveaux chapitres ou fragments de chapitres. L'ouvrage prenant ainsi beaucoup d'étendue n'a plus été celui annoncé par le prospectus , et il a fallu le diviser en deux volumes.

Dans le plan primitif il n'entrait aucun dessin lithographique; le lecteur en trouvera vingt-six dans le travail actuel. J'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de joindre aux preuves qui établissent l'origine égyptienne des traditions cosmogoniques conservées dans les livres de Moïse , quelques dessins d'après des monuments égyptiens encore existants, et qui sont gravés dans le grand ouvrage de l'expédition d'Egypte.

Si par un ton magistral et railleur , si par la menace d'une succession d'articles critiques, on a cru me décourager et me faire renoncer à la publication que j'avais annoncée, on s'est trompé Je ne lis jamais les critiques de ce genre et je n'en connais rien que par oui-dire. Je sais d'ailleurs tout ce qu'on peut objecter de bonne foi, ou avec passion , contre une révélation qui renverse des préjugés reçus depuis plus de vingt siècles. J'avais dit que je regardais cette publication comme un devoir, et j'enavais donné pour raison principale le danger du sens littéral des récits mosaï-

ques, sens aujourd'hui démenti par les découvertes géologiques , et les tentatives de Tintolérance partout évidentes. L'article dont je parle ne pouvait donc que me confirmer dans la résolution de remplir ce devoir, et même m'engager à poursuivre et à faire connaître le sens intime et rationnel de toute la Genèse.

Mais j'ai dit également que la divulgation de ce sens intime doit être faite avec lenteur ; qu'il est des vérités qu'on ne doit produire devant les hommes qu'avec circonspection^ et qui ne conviennent qu'à fort peu d'intelligences. ' Cette conviction ne m'a pas permis de passer au-delà du cinquième chapitre. Le trois premiers et le quatrième, en partie, ont été reconnus allégoriques par la plupart des pères de l'église ; je pourrais à la rigueur m'autoriser de leur exemple.

Je dirai comme Porphyre : il ne s'agit point par cette divulgation « d'ébranler les cieux , de mettre » au grand jour les mystères d'isis, de dévoiler )) ce qu'il y a de plus secret à Abydos , et d'ar- )) rêter la marche du vaisseau Baris » : non; mais il s'agit d'arrêter celle du scepticisme irréligieux et celle de la crédulité ignorante ou fanatique ; il s'agit d^épurer le sens convenu des traditions mosaïques , ce qui peut être fait en recourant à une

> Selon un ancien adage rabbinique , né de la connaissance du sens intime , une trop grande lumière peut produire un grand aveuglement ; ce n'est cependant pas une raison pour préférer les ténèbres, car les éblouissements passent; les aveugles n'entreront point dans le temple j dit un autre proverbe hébreu.

étude nouvelle et rationnelle de la Bible. Si malgré cette intention que ma conscience me dit être bonne et utile, ce livre, publié dans une province et signé d^un nom qui ne fait point autorité en littérature^ effraye cependant encore quelques lecteurs ; si cette crainte est produite en eux jpar un sentiment véritablement pieux , s^ils aiment le christianisme autant que je Taime, moi, qu'ils accuseront probablement d'impiété et peut-être d'athéisme, qu'ils imitent la conduite des premiers chrétiens en pareilles circonstances, c'estkHlire qu'ils fassent un léger sacrifice pour s'approprier tout ce qu'ils trouveront encore de l'édition. Je crois leur donner une excellente idée ; les intérêts de l'éditeur n'en souffriront point et leurs craintes seront moins vives. Je ne pense donc pas qu'ils négligent ou qu'ils repoussent un si bon conseil.

En tout cas, que la miséricorde et la vérité de lÉOJ^É soient avec eux; ce sont elles qui pour fixer mon irrésolution ont offert à ma pensée le souvenir des paroles d'Esdras, déjà citées dans le volume précédent. — Ne te troubles point des contradictions que leur incrédulité opposera a tes paroles, "^

* Ne timeas à cogitalionibus adversum te, nec turbent te incre^ dulitates discentium.

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