‹ Lois collectivistes pour l'an 19--Chapitre 4 sur 23 · IS · texte numérisé non relu

IS

~ tëfre du paysan, autant de types — dont quelques- UDS déjà disparus — de propriété individuelle.

Il y 3 propriété capitaliste là ou l'outil, petit ou grand, n'est pas mis en œuvre par celui gui en a la propriété, mais par un autre être humain qui vend à ce propriétaire sa iorce de travail, moyennant une rémunération qui porte le nom de mlairc. Ou constate que cette forme de propriété tend, dans les sociétés modernes, à se développer de plus en plus au détriment de !a propriété iudividuelie. Si ce mouvement est, dans le domaine agricole, moins accéléré que ne l'avaient indiqué les penseurs uocialistes du XIX° siècle, il est dès à présent très marqué daus les domaines industriel et commercial. Les causes en sont multiples ; elles sont indiquées avec une vigueur d'analyse incomparable dans le puissant ouvrage de Karl Marx, qui est trop peu connu en France. Quoi qu'il en soit, le phénomène éclate aux yeux : trop de Français, bêlas I ont appris à leurs dépens que l'ombre des grandes usines ou des grands magasins est meurtrière pour l'atelier d'artisan, comme pour la boutique individuelle.

Ainsi propriété capitaliste et propriété individuelle, loin de devoir être identifiées et confondues, comme ont intérêt à le fHire les déleuseurs du capitalisme, sont ''■ contraire l'une de l'autre.

Et le législciteur collectiviste, s'il doit s'attacïier à eflacer jusqu'nu dernier vestige du privilège capitaliste. u'auiH point à trailerla proprièléindividuelle en enaeniie ; il la laissera suivre la loi de son ëvolutioQ. Ou peut même aller jusqu'à dire que la propriété individuelle, menacée de mort par le capitalisme, ne peut rencontrer quelque chance de salut que dans le collectivisme.

— a Paradoxe I jeu d'esprit I piperiedemots! » s'écrient les économistes. J'entends; je sais que toutes les fois que les socialistes formulent ainsi leur doctrine, — et ils ne la formulent jamais autrement — les féaux chevaliers du capitalisme, subitement mués en gardiens jaloux de l'orthodoxie marxiste, reprochent aux socialistes de déserter la pure doctrine; ils les accusent de la défigurer pour tendre aux paysans une grossière amorce. Et ils concluent par cette condamnation méprisante : s Tactique électorale 1 h

Voyons donc ce qu'est la « pure doclrine d , Karl Marx, dans son grand ouvrage le Capital, publié en 1859, édité partiellement en Fraiice eu 1873. écrivait les lignes suivantes :

n... Ce qui git au fond de l'accumulation primitive <i du eapilal...] c'est l'expropriai ion du producteur " immédiat, c'est la dissolution de la propriété fondée a sur le travail personnel de son possesseur. I..a pro-

n priété privée, comme antithèse de la propriété eollec- « llve, n'existe que là où les iostrumeals et les aulreg a conditions ex tel ieures du Ira vait appartiennent à des u parliculiers. Mais, selon que ceux-ci soDl les Irait vailleui'9 ou les non-travailleurs, la propriété privée « change de (ace, , La propriété prisée, fondée sur le a travail persoDael..,, va ^tre supplantée par la pro- « priété privée capitaliste, [ondée sur l'explnitation << du travail d'autrui, sur le salarial. » (Le Capital,

« édition Maurice La' Châtre, p. 3il)

<i L'économie politique cherche, en principe, à entre- « tenir une confusion des plus commodes entre deux a genres de propriété privée bien distincts, la pro- « priété privée fondée sur le travail periionnel. et la a propriété privée fondée sur le travail d'autrui, oublianf à dei<*ein que cflk-ci non seuirment forme n Vantilhèse de celle-là, mais qu'elle ne croU que sur sa ■c tombe. « (Ibid— p. 343).

Il est impossible d'être plus lumineux; et ceux qui plaisantent volontiers les collectivistes sur leur foi aveugle dans les doctrines aile mandes de Karl Marx, — doctrinKs déjà présentées, d'ailleurs, par le Français Constantin Pecqueur, dont Kart Marx se réclame, — ceux-là ne trouveront pas uiiiuvais que les collectivistes aillent cherclier la formule de lear dogme dans l'ouvrage que, par raillerie, on appelle \e\ir Bible.

Poursuivons.

Eu 1883, un autre Français, Gabriel Devilie, a

pnHié wn résumé de l'œuvre de Karl Marx, gui fait autorité. Le résumé est précédé d'un avantpropos où l'auteur fait en termes exprès, à propos de la propriété paysaone, la distinction, classique depuis Karl Marx, entre les deux propriétés, capitaliste et individuelle (V. p. 59). Elle même Gabriel Deville, devenu député de Paris, au cours d'une interpellation sur la crise agricole, indiquait que l'établissement du régime collectiviste aurait pour résultat » de conserver la propriété individuelle i ceux ijui l'ont encore, de la donner à ceux qui ne l'ont jamais eue, de la rendre à ceux qui en ont été dépouillés. » (Séance de la Chambre des députés do 6 novembre 1891; Journal Officiel du 7, pages 2321 à 2326, passim).

Veut-on consulter maintenant les programmes I et manifestes du Parti socialiste?

En 1896, Millerand, parlant au célèbre banquet de Saiat-.Mandé, en présence de tous tes ] interprètes qualifiés de la penséi; socialiste française, assignait comme fin au collectivisme la 1 substitution n de la propriété sociale â la pro- J priété capitaliste. » Aujourd'hui, quel est le pro- 1 gramme de \'[nlernationale oucrière, programme j commun aux sections socialistes de lous les | pays? Il comprend « l'expropriation politique et ^^lornique de la classe bourgeoise et cnpi(a/iî(e».

C'est la formule même de Saint-Mandé, traosposée du mode mineur au mode majeur. Enfin dans le Itîanijesle que le Parli socialiste, section française de l'Internationale ouvrière, avait publié à l'occasioD des élections récentes, te Parti disait aux travailleurs de France: a Votre « émancipation n'est possible que par l'avè- « uement de la propriété sociale... Il n'est qu'un « moyeu de vous aflrancliir, c'est de substituer ft " la propriété capitaliste la propriété collective, h Dans ces documents, dont tous les termes sont minutieusement pesés, pesés par des hommes qui ont la parfaite maîtrise de leur pensée et de leur langue, on ne peut trouver l'allusion la plus vague, la menace la plus lointaine à l'adresse du la propriété individuelle.

Après tant de citatious décisives, n'aurai-je pas mauvaise grâce à me citer moi-même ? Je m'y aventure cepeudant, fdt-ce au risque de quelques redites.

En juin 1902, — le lendemain des élections, non la veille, — je publiai daos la Retue du, Socialisme rationnel, dirigée avec autant de distinction que de désintéressement par un sociologue béar- □aiB, M. Frédéric Borde, un article auquel je demande ta permission de faire un assez large emprunt :

Il n'y a propriété capilaiisle que là où rinstrument de travail n'appartient pas à celui qui le met cd œuvre. Toutes les fois que le travailleur est matlre de son moyen de production, il travaille pour lui-tnënie, non pour autrui ; il y a propriété privée, au sens ancien et strict du mot; il n'y a pas de place pour l'exploita t ion, au moins directe ; il n'y a pas, en un mot, de propriété capitaliste.

C'est là, je le sais, une dlslinctloo à laquelle se refusent obslinémenL ceux que vous appelez, avec tant de raison, les sycophantes de l'économie politique. Il plaît à leur pharisalsme de confondre la propriété privée fondée sur le travail personnel, et la propriété privée fondée sur l'exploitation du travail des antres. C'est même grâce à ce soptiisme audacieux qu'ils en sont arrivés à persuader au petit propriétaire paysan, peinant lui-même pour son propre compte et ne fonctionnant à aucun degré comme capitaliste, qu'il est étroitement solidaire des grands mangeurs de travail d'autrui, hauts barons de la tinaoce, seigneurs de la mine, des lissages, de la métallurgie et des voies ferrées; c'est aussi par là que s'explique, dans une large mesure, le maintien par un peuple SulTrage universel de la tyrannie capitaliste qui ll'écrase. On constate d'ailleurs, si l'on considère e: tement les faits, que le capilaliârae, au moins en France, a exercé moins de ravages dans le domaine figricole que dans le domaine industriel. Si, presque ■ partout, le petit producteur Industriel, mettant lui- ^ même en œuvre son outil et n'exploitant personne, tend A passer à l'élat de mythe légendai contre au contraire dans bien des régions, et nolam-

ment dans notre sud-ouest, le petit propriétaire rural

vivant sur son propre fonds, l'arroaant littéralement de ses sueurs, le faisant valoir par son propre Iravail et celui des siens, sans exploiter personne. Il n'a rien — tant s'en faut ! — notre Jacques bonhomme de Gascogne ou de Béarn de la tigure du capitallsle. Il n'a même, à bien dire, mangé comme il l'est par le lise, dévoré pur l'hypothèque, victime inconsciente des spéculations sur les blés, sur les vins, sur les fourrages, il n'a plus que l'illusion d'une propriété dont les réalités lui échappent. Mais il n'en demeure pas moins que, si l'on veut rechercher exactement la catégorie sociale danR laquelle il convient de le ranger, on doit voir en lui le type — l'un des derniers! — du propriétaire individuel sans adultération ni mélange de capitalisme. Or donc, et puisqu'il ne s'agit de traostormer en propriété sociale que la propriëlê déjà capitalisée, noua n'aurons pas à traiter Jacques bonhomme en capitalisie : il ne mérite, c'est le cas de le dire avec le poêle, a ni cet excès d'honneur, ni cette indignité m. Dans la mesure où la Révolution nécessaire doit s'exercer, elle peut ignorer notre bomme et son cbauip : son rûle se bornera à l'aflrancbir des tyrannies exiérieures qui pèsent sur lui; pour le surplus, pour la forme nouvelle que le proprié ta ire -pays an devra donner à son mode d'exploitation, notre révolution, sans manquer à son principe u peut s'en remettre au temps et à l'expérience. »

A la dernièrtj iis^iemblée générale du Grand Orient de France Iseptembre 1903), j'ai déposé, comme conclusiou d'un débat sur les rapports du i:apital et du travail un ordre du jour où j'ai

essayé de ne point laisser se glisser d'hérésie ni même d'alténuation de la doctrine. A coup silr, l'y ai réussi ; j'en ai pour garants deux cautions (jui ue seront pas discutées : 1" Arthur Groussier, ancien député de Paris, qui, avant l'unification du parti socialiste, apparteuait à lAlUance comtnu- «isM (Kir), dont les adhérents ne péchaient pas par excès de timidité : Groussier a signé et défendu avec moi l'ordre du jour; 2° mou maître Jules Guesde, que la presse non-socialiste maltraite quotidiennement comme le pontife intransigeant du marxisme, et qui n'a rien trouvé à reprendre à ma rédaction. La caution est bourgeoise, soit dit sans injure pour Guesde. Voici donc celte rédaction :

Le Couvent Maçonnique de t9(Xt, c;U)nsidérBi)[ que la propriété est la sauvegarde de la liberté et de la dignité bumaine ; qu'il n'y 8 par suite ni liberté ni dignllË pour tous ceux qui nont pas de propriété ;

ConBidéranl que le régime démocratique s pour [ conséquence et développement nécessaires l'universalia de la propriété. — gou9 la forme que comportent l^ctuellemeni les diflérenU modes de production, agri- ■iule et induslriellp j i ■ .

^. , ""'■"'■'le, — de laçon a ce que, en ce qui

""» Ou la propriëlë pricée, fondée sur

le travail personnel, a fait place à la propriété capitalisle, foDdée sur le travail des atilres. il est nécessaire, pour assurer la liberté de tous, de socialiser les moyens de production ainsi oionopolisés, sans qu'il y ait lieu d'exercer aucune contrainte légale sur les travailleurs qui disposent personnellement de leur moyen de travail.

Déclare que tous les ellorts des démocrates sincères doivent tendre, dèe à présent, à la translormation en propriété sociale ou collective — non pas des moyens de production ou d'échange qui sont encore appropriés en la forme individuelle — mais de ceux qui ont pris la iorme de propriété capitaliste.

Les 107 francs-niaçoos socialistes — sur 285 volants — qui oDt donné leur vote à cet ordre du jour, l'ont fait, j'imagine, en connaissance de cause : et les économistes seraient mal venus à leur dire doctement qu'ils n'y entendent rien, qu'ils ont besoin d'aller à l'école pour y apprendre les rudiments du socialisme selon M. Leroy-Beaulieu. Il faut en vérité, que ces messieurs renoncent à la prétention boutloune d'apprendre aux socialistes leur propre doctrine.

Donc, selon la pensée socialiste, » la Révolution qui s'approche », suivant l'expression de M. Challeniel-Lacour, doit avoir pour fin logique et nécessaire la suppression du capital, dont la conception même ne tardera pas à s'etlacer des esprits.

ii-i, certainement, trouve sa place une explication qui ne sera pas déouée d'intérêt.

Dans le vocabulaire courant, et pour tous ceux de nos contemporains qui ne sont pas familiarisés avec l'analyse des phénomëaes sociaus, certains mots, tels que richesse, fortune, capital, peuvent être indifféremment employés l'un pour l'autre. Non seulement tout capital est ricliesse, mais encore toute richesse apparaît nécessairement comme capital. On ne se rend pas compte que la richesse, — laquelle consiste en moyens de production ou de consommation — ne devient capital que lorsqu'elle est appelée à jouer un r61e particulier, c'est-à-dire lorsque les détenteurs de celte richesse peuvent trouver le moyen de la faire soit utiliser, soit consommer par d'autres, avec la prévision ou la stipulation d'un proSt pour euxmêmes, et sans qu'ils en perdent la propriété. Dans notre société, le riche est capilalisle, parce qu'il peut, disposant de certaines ressources, soit créer une industrie où il emploiera des travailleurs dénués par eux-mêmes de moyens de production, et sur le travail desquels il compte prélever quelque proOt, soit prêter ces ressources à des tiers, qui seront tenus de les lui rendre, avec tisure oa intérêt ; ainsi la richesse travaille et produit pour le riche, qui, à un certain degré de fortune, peut

sv procurer toutes les jouissances de ia vie, shus travailler lui-môme, sans dimiuuer sa richesse, et tout an contraire en ayant des cliauces de la voir s'accroître par sa propre fécondité. C'est cette vertu même, — odiom feeitndilas, disaieutdéjàles Pères de l'Eglise — qui constitue proprement le capital ; elle n'est possible que dans une société dont certains membres, ou même le plus grand nombre, sont destitués de tous instruments de travail et n'ont pour moyen d'existence que la force de leurs bras ou de leur cerveau ; elle est donc UQ attribut de la richesse, non pas la richesse môme, attribut créé par certains arrangements sociaux, que d'autres arrangements peuvent (aire disparaltre.L'attribut supprimé, la chose demeure. Deville a trouvé, pour mettre cela au clair, une heureuse analogie. Avant ISjiS, dit-il quelque part, dans nos vieilles colonies des Antilles, les deux mots (lèj/res et e.ic/a»es étaient synonymes. Pourquoi ? Parce que, sauf quelques rares exceptions, tous les nègres étaient esclaves, et que, sans aucune exception, tous les esclaves étaient nègres. Survient la loi Bchoelcher, abolissant l'esclavage. Le lendemain, les esclaves avaient disparu ; il restait les nègres. De même la législation collectiviste abolira le capitalisme; elle ne supprimera pas uneparcellede tout ce qui constitue la richesse

nationale qui, au ctintraire, s'accroilra !de jour eu jour. Et celte richesse accrue sera comme purifiée, dès lors qu'elle sera dégagée de son attribut capitaliste,

Fuoeste attribut, qui est l'unique cause de tous les méfaits, dont le socialisme a depuis longtemps fait le compte ! Divisioa de la sociéti* en deux classes, celle qui détient les instruments du travail, celle qui en est dépossédée ; entre ces deux classes, et bien que les éléments en soient interchangeables, antagonisme essentiel, lutte inévitable; nécessilé de la production marchande, orgauisée non pas pour la satisfaction des besoins humains, mais pour le profil ; anarchie industrielle, et ruines causées par la concurrence sans frein ; nécessité pour les chefs d'entreprise de chercher à accroître la plus-value, créée par le seul travail de leurs salariés ; impossibilité pour le producteur de racheter son propre produit (1) ;

(1) M. Hue f Pierre H PautJ de la Dépêche de Toulouse, n article où il déclare : <c Je ne suis pas pour un eou lutte de classe », Fait les coDstatatlons suivenlea : a Dans les de confection pour liomiues, on trouve ' des eompiets pour la aoinnie ds douze IrancB. Cest vérila- ' blemenl pour rien que les marchan<is les livrent. Hatt ^1 c'est au»Gi pour rien que les ouvriers les rabi'iqnent. Une a culotte rapporte à un piimpter trente centimes. Celui qui

crises de surproduction, suivies de ctiAmages, en sorte que, par uue scandaleuse et paradoxale conséquence, le producteur meurt de l'abondance même de son produit; recherche au dehors, poui la surproduction nationale et dans tous les pays capitalisés, des débouchés que le marché natii nal refuse ; guerres nationales el guerres coloniales, provoquées les unes et les autres par les besoins du capitalisme: (1) tels sont, en courci, les articles du formidable réquisitoire que le socialisme dresse contre la société contem-

n la confeclitinne ne (,'agDe pas de quoi la payer.,. La u cluaion eel cerlea drùle, ji

Drûle ? hélaa 1 Elle eal plus triste encore, n'est-ce | SI M. Rue. qui est un bomme atlentif el de bonne loi, prendre la peine de reflËchlr, il i-ecuoaultra que la moaslraoeilé qu'il signale nt eiigetitiulle au régime qui a p<iur base la plus-value capitaliHte. Il faut que le patron gagne aur le travail de l'ouvrier ; il faut donc, — c'est une tauloloB'a — que la valeur des objets Ubriqués HOlt supérieure au salaire des x-ci pourraleot-iU racbeter leurs

irque que plus une guerre est

mule de ruines, mieux elli

tn France, jamais les affaire»

désastreuse et plus

les intérêts du cap

n'ont É lé plus prospères qu'an lendemain de la (

ItJTO: c'était Id grande reprise succédant à la gn

IrucUon. En 1873. le^ aclions dp la Baoque de Fi

atteiat le cours de 7,0OU francs, le plus élevé '^\^'v

Jamais connu. D'où il apparaît que les InUrèta du capitalisme

sont direclenent aola^niques aux intéréta de la naUoD,^

poraine. Ce n'est pas ici que j'en fournirai la justiricatioQ ; ellfi demanderait plusieurs pages pour chaque article ; elle est, d'ailleurs, superflue, DOQ pas seulemeut pour les socialistes, mais môiue pour les écrivalus du capitalisme, desquels on obtient facilement l'aveu que le socialisuje triomphe dans la critique (1). Tous ces niaux naissent, comme l'arbre sort de la graine, du même germe empoisonné : le capitalisme.

Dès lors n'est'il pas évident que, pour empêcher les efflorescences pernicieuses, il faut extirper le germe mauvais ? Il faut s'attaquer à la forme même de la propriété, il faut lui arracher son attribut capitaliste. Tout le reste n'est que demimesures, et souvent duperies. Les réjormes, même les plus démocratiques, sont impuissantes à procurer l'émancipation totale des salariés. Non pas que les socialistes fassent fl des réformes, même des réformcttes, comme dit gentiment Jules

(I) — H Les gneialltles ont beau jmi, certes, dans leur rôle de critiquée, Inrcqu'iU dënoncfril les abus du régime raplts- Itile, l'oppressioQ et féerasement des faibles, les rrises et 1p8 r.bûmages, le paupérisme, les excès de la spéculation, l'eDrlcbisaement des oislls. >

(Lp8 gystemes sociatiBles, par Maurice Bourgoin, professeur â la facullé de droit de Paris).

M. MaurJre Ilourfioin si la suppression <le pareil' abus ne vaut pas ua effort sincère et loyal de tous tes bommea u de boune loi n.

Guesde. Non seulement elles sont les biea veoues, mais même les socialistes s'iicharneDt à les conquérir de hante lutte, dès lors qu'elles tendent à accroître les libertés politiques de la m<tsse, à éclairer sa conscience, à augmenter son bien être. Caries socialisles n'attendent pas la Révolution de l'excès de misère provoquant l'obscure révolte des soutirants : ils tiennent qu'elle sortira, les événemenls aidant, d'un mouvement conscient et réfléchi de la classe ouvrière. Mais, — et c'est ici qu'ils se séparent de ceux qui se diseot et sont leurs plus proches voisins — ils professent qu'on n'aura rien fait d'efiBcace et de décisif laiit qu'on n'aura pas abordé de front le problème de la propriélé, problème qui commande et domine Ions les autres, comme le pic redoutable écrase les vallons lapis à ses pieds. Au\yeux des socialistes, vouloir poursuivre l'émancipation intégrale des non- possédants sans porter le coup mortel au privilège capitaliste, c'est rappeler ce fou qui, courant sous le grand soleil, essayait de dépasser Bon ombre.

Quiconque aura lu les pages qui précèdent est dès à présent convaincu que, lorsqu'aura sonné l'heure de la Révolution, le premier devoir du

législateur de l'ordre nouveau sera de consacrer par des textes la main-mise de la oatiou, ce que les vieux jurisconsultes appellent le dominium eminens, sur tous les moyeus de production et d'échange, ycompria tout d'abord le sol. Par une suite Daturelle, les produits de toute nature, agricoles ou industriels, ne peuvent appartenir qu'à la nation, propriétaire des moyens de travail. C'est à quoi il est pourvu, dans mon plan de législation, par l'article premier du statut londamental, ou Statut organique, de la propriété.

Le principe posé, le droit supérieur de la nation proclamé et mis au-dessus de toute atteinte, il restera à faire la part de ce qui, en dehors de la propriété sociale, demeurera propriété privée, sans que celle-ci puisse désormais se transformer et se pervertir eu propriété capitaliste ; il faudra aussi assurer la répartition intégrale des produits entre les producteurs, sauf le prélèvement nécessaire pour faire face aux charges publiques, dans l'exacte mesure du travail de.chacun. Mais, sans sortir du domaine de la propriété sociale, il n'est pas nécessaire qu'elle soit tout entière, et directement gérée par la nation elle-même. Pour certaines parties de ce domaine, l'admiuistratioD et la disposition pourront, sans inconvénient ou même avec avantage, en être remises aux collée-

tJvités iidmiaistratives qui, sous les noms acluels de déparleineots et de communes ou sous tous autres noms, régies pRr des lois qui pourroDt et devront être très largement libérales, cou tinueroul à subsister sous le régime nouveau. C'est ainsi, par exemple, que la nation pourra attribuer aux déparlemeuts la libre gestion des chemins de fer d'intérêt local, créés et entretenus par eux, avec leurs ressources propres, dans les couditions plus bas déterminées ; aux communes l'exploitation de certaines entreprises d'intérêt municipal, service des bâtiments et du logement, des éguuts, de l'épandage, des tramways, de l'éclairage, de la distribution de force..., etc.. ; aux communes également l'administration et la disposition, non pas du sol cultivable, mats de cette partie du sol, couverte ou non de constructions, qui, selon le langage administratif de l'heure actuelle, est comprise dans le « périmètre de l'agglomération ji, sans que d'ailleurs l'attribution puisse s'étendre, ainsi que je le préciserai plus tard, aux Ilots qui ' demeureront propriété individuelle. Cette attribution du sol aux communes présentera d'incalculables avantages.

On sait, en eSet, quelles difficultés rencontrent aujourd'hui les conseils municipaux qui se proposent d'ouvrir à travers les vieux quartiers de

larges traocliées destinées à y faire circuler l'air et la lumière, d'abattre les antiques masures qui sont autant de foyers de peslileiice, et contre lesquelles la loi aiir les logements insalubres ne fournit que des armes impuissantes. Projets d'embellissement, projets tendant à garantir la sanle publique se heurtent aux droits des propriétaires; trop souvent, les municipalités les plus résolues reculent devant les riïiques de la procédure d'expropriation r procédure barbare, — je veux dire bourgeoise — où tout est livré au hasard des estimations non motivées d'un jury de propriétaires, dont chacun se défend contre les éveutualilés de 1 avenir eu défendant l'exproprié du jour. Hodie Hhi,cras mihi, telle est leur devise. Combien sont effrayants les dangers de cette procédure — qui est uu recul sur l'ancien régime, ainsi qu'on'le verra plus loin, — de scandaleux exemples le démontrent. On se souviendra longtemps de ce jury de Seioe-et-Oîse, qui, hostile au projet d'épandage de la ville de Paris, accordait pour une superlicie de 57 centiares de labourable, situés dans la commune dUerblay, une indemnité de dix millions. Ces jurés ne faisaient pas mystère de leurs desseins ; ils ne visaient à rien moins qu'à rendre impossible l'exécution d'une entreprise qu'uoe loi avait déclarée d'utilité publique ;

ils se proposaient de tenir en échec, au nom d'une autre loi, la volonté nationale. Et ils y auraient réussi si la Cour de cassation, — un peu complaisamment peut-être, et révoltée par une pareille monstruosité — n'avait découvert dans leur verdict un vice de forme. On sait, d'autre part, que les exigences du jury de la Corse ont empêché la création de batteries de côte, déclarées oécessairefi à la défense de l'île : patriotisme et propriété ! Poussé à de tels excès, le droit de propriété, garanti comme il l'est par nos codes, apparaît nettement comme anti-social : il peut opposer à tout progrès une barrière infranchissable. Mais en dehors même de ces cas extrêmes, et rares, combien de projets utiles n'out pas abouti parce que les corps constitués, calculant au plus près leurs ressources, n'ont pas osé cou ri ries aléas terribles de l'expropriation par jurés 1 Plus heureuses dans l'avenir, les collectivités locales ne conoattront plus ces inquiétudes. Maîtresses du sol, maltresses des coustructious, elles pourront, comme on dit, tailler en plein drrfp, s'inspirant exclusivement de l'intérêt général, teuant compte uniquement de la dépense représentée par les travaux àentreprendre, non pas du chiflre dangereusement incertain des indeuinilés. Pour tout dire, cependant, une double réserve s'imposera:

celle des droits' de Ja' propriété privée, partout oîi elle se reacoatrera encore, celle des droits de la nation. A la propriété privée, il sera donné, sans péril pour l'intérêt public, toutes les garanties nécessaires: il suffira, comme on le verra plus loin, d'instituer une pratique renouvelée dé Louis XV. Quant à la nation, l'exercice de son droit supérieur ne saurait être tenu en suspens parlescollectivilés locales. Simplement altrt/^Mlaires d'une partie de cequi appartient à la nation, elles ne sauraient faire obstacle 'a l'exécution d'aucune entreprise déclarée d'intérêt général. La nation, qui aura détéguë partie de ses droite, pourra toujours retirer sa délégation ; la loi dira que les attributions de la propriété sociale sont toujours révocables.

Ainsi disparaîtront les abus qui révollent même les esprits les plus pondérés : l'expropriatinn devenant pour l'exproprié une source de fortune ; l'embellissement, l'assainissement d'un quartier de ville, exécutés avec les ressources de tous, et surtout des non- propriétaires, donnant aux immeubles voisins des travaux une plusvalue dont les propriétaires profitent seuls. A la vérité, on trouve dans l'arsenal de nos codes une loi napoléouieiine (loi du i& septembre 1807) qui permet de faire payer aux propriétaires ta

moitié de la plus-value dounée à leur immeuble parl'exécutioa d'un travail d'intérôl public; mais ce lexte. — inlroduiL sans doute par mégarde dans ta législation impériale — n'a reçu, du moins à ma connaissance, que de très rares applications : deux à Toulouse, il y a quelque cinquante ans. On le laisse au rebut, comme infecté, quoique à très faible dose, de virus socialiste. Ainsi tous les travaux qui depuis Haussmanu ont changé la face de Paris, ainsi tous les sacrifices demandés par la voie de l'impât aux boutiquiers, aux commis, aux ouvriers, à tous les locataires parisiens, tous les eflorts, toute l'activité de l'immense ruche laborieuse ont ;<bouli à quoi? A enrictiir les propriétaires des quartiers embellis et assainis 1 Et la plus-value de leurs immeubles se manifeste comment? Par l'élévation constante du prix des loyers! A grands frais, au prix du plus pur de leurs ressources, en conseotant à payer plus cher leur vin, leur viande, tous les objets nécessaires à la vie, les contribuables qui n'ont pas pignon sur rue sont arrivés à quoi? A se chasser eux-mêmes des beaux quartiers, — beaux grâce à eux et à leur argent, — à s'exiler euxmêmes des centres, où les prix du loyer ne sont plus abordables, ii .«e refouler eux-mêmes vers les faubourgs, vers la périphérie, vers la ban-

lieue ; trop heureux quand des moyens de comiDunication rapides leur permellent le Iraosport facile du foyer lointain à la besogne quolidieDoel C'est rétemelle et insoluble question des loyers, posée déjà sous Philippe-Auguste ('). Nos voisins de Belgique ont essayé de la résoudre, et on ne peut nier qu'ils se soient rapprochés du but. Une loi déjà vieille de quelques années donne aux muD ici pâlîtes belges le droit d'expropriation par zone ; grâce à celle loi, la plus-value considérajjle qu'acquièrent toujours, par exemple, les terrains situés en bordure des voies nouvelles, profite, comme il est de toute justice, à la municipalité expropriante. C'était ainsi qu'on procédait sous l'ancienne monarchie française, et le quartier de la chaussée d'Antin n'a pas été créé autrement. Au cours de la dernière législature, le socialiste Delory, député de Lille, a déposé une proposition de loi qui est la reproduction de la loi belge ; le radici-l M. Siegfried a soumis à la Chambre un texte analogue ; une commission a fondu les deux propositions en une rédaction unique, dont l'adoption constituerait un appréciable progrès. L'iniquité dont profitent actuellement les pro-

'<) Voir dans la Revue Socialixte, numéro de ^ovemb^e 1892, l'article intilulé : L'expropriation lie Paris, par

priétaires, — frelons qui dévorent le miel des

abeilles — est tellement criante que l'Académie des sciences morales et politiques en a été frappée. Elle vient de mettre au concours, pour l'attribution du prix Rossi de 1907, le sujet suivant : « De la plus-value et de la moins-value résultant de circoDstances étrangères à l'action de celui qui en a le bénéfice, ou qui eu subit le dommage, n L'iniquité aura pris Qn le jour où le sol des villes et les constructions seront déclarés propriété sociale. Mais ce ne sera pas seulement un intérêt de justice qui aura reçu satisfaction : l'esthélique et l'hygiène trouveront leur compte au régime nouveau. Alors, en effet, les populations et leurs élus, disposant librement des ressources collectives, pouvant comparer exactement l'eSort et la tâche, donneront carrière à leur appétit de beauté. La société nouvelle créera son art. Ce que peut l'art pour traduire les sentiments d'uu peuple et révéler son âme, Athènes l'enseigne avec son Parlhénon, le christianisme avec sa floraison de cathédrales gothiques, les Flandres avec leurs Maisons communes. Si, dans notre société inquiète et tourmentée, l'art cherche péniblement sa Corme, au contraire, la pensée socialiste, vigoureuse et sûre d'elle-même, eufantera ses architectes, ses sculpteurs et ses peintres. Et ceux-ci feront surgir

du sol, ils orueroDt de merveilles les hôtels de ville, les écoles, les Maisons du Peuple, temples de la vie sociale nouvelle ; ils créeroot pour les musicieDS et les poètes des théâtres digoes à la (ois de l'art et du peuple. Le socialisme aura ses HaiisBiiiariii et ses Alpliaud qui, avec des iDOyens accrus, el dégagés des entraves qui garrotaient leurs prédécesseurs, pourront, au gré des désirs populaires, transformer nos villes et nos bourgades, les rendre à la fois agréables et saines, les percer d'immenses avenues, les parsemer de jardins publics et de promenades : nos neveux pourront connaître des s 'endeurs que le régime capitaliste uousretusel

Mais c'est assez,— c'est même trop — raisonner sur l'avenir. Certains tliéoriciens du socialisme, qui se plaisent à vaticiner comme je me suis laissé entraîner à le faire, ont déjà fixé dans leur esprit te plan des villes de l'avenir : « Se rapprocher pour travailler, s'isoler pour vivre h, telle est, pensent-ils, la règle dont s'inspireront les citoyens de la cité future. Les villes ne seraient doue que la réunion des usines, ateliers, bureaux, magasins iSces publics, où les travailleurs se rendraient pour la lâche quotidieDue, pour tes besoins, les solenuilés où les fêtes de la vie sociale, sauf à se disperser puui' allei' goûter au loin le charme du

repos et les joies de la vie iotime. Od fait remarquer que, grâce à la multiplicité et à la rctpidité toujours croissaule des moyens de transport soit individuels, soit commuus, les habitations où s'abritera la vie de famille pourront être situées très loin des centres de travail. On entrevoit donc une France où les maisons seraient semées, nomme égaillées à travers champs, en sorte que — édifices sociaux mis à part — la différence s'effacerait presque entre la ville et la campagne. On siguale la tendance qui est déjà visible à Londres et même à Paris, où le centre n'est presque plus qu'un lieu de travail, délaissé comme lieu d'babitation, de jour en jour plus déserté pour la banlieue de plus en plus lointaine. La conception esl, certes, séduisante ; mais comment garantir qu'elle sera du goût des intéressés ? Et ceci montre bien la vanité de ioule description de ia société collectiviste. L'ambition esl déjà grande, j'y insiste, d'essayer de tracer les règles législatives auxquelles obéiront, sans en être comprimés, les mouvements de la société future.

[1 faut maintenant aborder la pratique.

A quel signe matériel distiuguera-l-ou la pro-

priété capitaliste, destiaée à entrer dans le domaine social, de la propriété individuelle, qui peut subsister sans menace pour l'ordre nouveau ? Après ce qui a été déjà dit, chacun voit quel est l'infaillible critérium.

Une propriété rurale est exploitée par fermiers, métayers, colons ; une maison est habitée par des locataires ; il y a lieu à socialisation- La socialisation sera prononcée sur l'avis de cocnmissions locales, par l'autorité représentant la Dation, sauf l'indemnité qui, d'après la loi de liquidation, sera attribuée aux anciens propriétaires. Au contraire, un petit domaine rural est travaillé par le propriétaire et sa famille; une maison petite ou grande, est occupée par le propriétaire et les siens: c'est la propriété individuelle, il n'y a pas lieu à socialisation. Jacques garde son champ qu'il a fait sien par son travail, auquel il lient par toutes les fibres de son être ; chacun pourra vivre et mourir soit dans la maison où les enfants sont nés, où sont morts les ancêtres, soit dans l'asile construit pour les vieux jours.

Mieux encore. Dans le régime actuel, le droit de propriété privée comporte le droit de vendre. Non seulement le régime collectiviste ne doit pas mutiler ce droit dans la moindre mesure, mais

encore il peut et il doit offrir aux propriétaires privés, flésireux de se débarrasser de leur patrimoioe, des avantages que le régime actuel leur refuse. Et, en elTet, on peui prévoir bien des cas où l'homme, encbaloë à sa propriété, gérait comme serf de U glèbe : obligé, par la loi même du régime, à exploiter lui-môme sa propriété, sous peine de perdre son seul titre légitime, l'homme serait prisoDoier de la chose : et combien de carrières seraient fermées à son activité! Il faut que personne ne soit condamné à la propriété forcée. Mais à qui vendre? L'acquéreur peut ne pas se rencontrer à point nommé. Il conviendra donc, pour donner un avantage tout nouveau aux propriétaires individuels, de leur laisser la /acuUè, au Cii8 où leur propriété deviendrait pour eux une gène, d'en faire remise à la natiou, moyennant l'indemnité prévue pour le rachat de la propriété capitaliste. Bien entendu les conditions seraient autres au cas où ce serait la nation elle-même qui voudrait, contre le gré du propriétaire individuel, le déposséder de son bien : on reviendra plus tard sur le sujet.

Ces règles générales établies, est-ce à dire que. dans l'application qui en serait faite, on ne rencontrerait pas de difficultés ? Il serait puéril de le croire, plus puéril peut-être de s'en efirayer.

Coosidéroos ao immeable dît ihsîsoh de npfori ; il e»t voué à la socUUsatîoo. Mais le propriétaire, par lai-ni£i(ie el les siens, en oecape une partie. Qu'il cootiDue à l'occuper i titre de propriété privée : elle n'est pas entre ses mains eafitiil ; elle ne lui sert pas d'instrnmeat poar frapper tribut sur autrui ; elle est Indifiérente au régime collectiviste.

Voici une propriété rurale : elle est exploitée par le père de lamille et ses eofaots, au oombre de deux ou trois : mais ils ont besoin, étant données les dimensions du domaine, du concours, intermittent ou permanent, de travailleurs étrangers à la famille, un, deux, trois journaliers ou domestiques agricoles. La question pourra se poser de savoir quel est au juste le caractère d'une pareille itropriété. Individuelle ? capitaliste ? c'est à discuter. Car, sur les confias de ces deux propriétés, la ligne divisoire peut être, en eSel, indécise et Qottaute. Admettons que la rommissioD locale procède par voie de venlUatioa : taot au propriétaire iadivîduel, tant au domaine social ; et l'autorité nationale consacre cet avis. Le propriétaire intéressé réclame : comment procédera-t-on ? On fera ce qu'on a toujours fait et ce que l'on fera toujours, depuis qu'il y a eu et laut qu'il y aura des litiges entre les hommes :

on ira devant le juge institué par la loi, qui ' mettra d'accord les plaideurs. Eh ' oui, on plaidera, — la perspective n'a rien de redoutable — moins cependant, selon toute apparence, qu'on n'a plaidé après la Révolution de 1789, et jusqu'au milieu du XIX' siècle, sur l'application des lois qni avaient aboli le régime féodal (1).

Il est d'ailleurs remarquable que, dès aujourd'hui, le législateur du régime capitaliste esquisse, sur ce point spécial, les linéaments de la future jurisprudence collectiviste, La Ctiambre a déjà voté la création du bien insoismaWe, ce qu'en Anérique on appelle le homesltad. Voulant délermiuer la porlion de biens qui, pour renforcer et garantir le groupement familial, doit être soustrait aux coups des créanciers, la Chambre s'est proposé d'eu fixer la limite à la mesure exacte du domaine qu'une famille peut exploiter et occuper par elle-même. Ainsi la Chambre, bien inconsciemment, s'est trouvée (aire le départ entre ce qu'il y a de légitime et ce qu'il y a de condamnable dans les formes actuelles de la propriété ;

(1) l.e Irlbanal de Tarbea ea[ BCtuellemenl raid d'an procès, intéreflsant la eammone de Elordes, où l'on u dû se poser la question de savoir si urtains drc ils, résultant d'un aele de 1317, avalent ou non le caraclères île droits féodaux.

elle a déclaré respectables et sacrés, elle a mis aa-dessus de toute atteinte la pierre (Iq foyer et rinstrument da travail persoooel ; le reste, elle le laisse à tous les hasards et à toutes les avenlures. 11 faut remercier la Chambre d'avoir par avance dessiné le contour de ce que sera, en r^ime collectiviste, la propriété individuelle. La CODceptîoD s'en élabore déjà, au sein du régime capitaliste, — car le présent est toujours gros de l'avenir — et, même avant les événements décisifs, cette conception sera devenue tellement claire que bien des difficultés seront épargnées aux magistrats du collectivisme.

Au surplus, y a-t-il lieu de craindre que les ventilations prévues plus haut donnent lieu à de bien nombreuses difficultés ? Sans doute, la tentation sera grande, pour le propriétaire qui s'est arroTuii, de résister à toute mutilation de son domaine, même compensée par une iudemnité.

On lui dira : « Ce domaine, vous ne pouvez patile mettre tout entier en valeur ; vos bras sont forts, mais ils ne suffisent pas à la tâche. « 11 répondra, cédante l'empire des vieilles habitudes : « Qu'importe ? je prendrai des journaliers 1 n Mais il ne tardera pas à s'apercevoir, soità l'épreuve, soit même à la réflexion avant l'épreuve, que le régime nouveau doit tarir le recrutemeat des

journaliers agricoles. Bien rares, en effet, seront ceux qui, plutôt que d'aller travailler chen eux, c'est-à-dire dans les ateliers collectifs ou sur les terres socialisées, où les lois leur garantiront avec ta liberté la plus complète le produit intégral de leur travail, consentiront, comme ils étaient jadis cootraints de le faire, à prendre de l'embauche clieï un maitre. Et l'heureuse brutalité de ce tait, révélé par l'usage s'il n'a pas été prévu par le raisonnement, corrigera après coup, s'il ne les a pas contenus d'avance, les excès ataviques de l'appétit propriétaire.

Arrivé à ce point, faut-il m'attaquer sans plus de retard au problème réputé le plus ardu ? J'arrive à la pierre d'acboppement où les socialistes se savent malicieusement guettés: il s'agit delà question des logements. Nul sujet plus propre à exercer la verve railleuse des défenseurs du slatu quo.

— Admirez, diseut ils, le jeu du régime capitaliste! Grâceà lui, les locataires riches occupent les belles maisons; les humbles se cooteuteal de logements étriqués ; les pauvres se résignent à vivre dans des taudis. Pas de couflits, pas de heurts : l'argent dominateur impose sa loi souveraine. Mais qu advienne ud jour le règne du collectivisme : la nation, — par elle-même ou par

délégation aux aulorités locales. — va assumer le service des bâtiments et du logement. Plus de loyers ; simplement la représenta lion des frais d'entretien, tels qu'ils seront indiqués, sauf recours, par le service local. Et alors, ce sera la ruée générale vers les plus beaux immeubles. Il n'y aura pas de maritorne, pas d'apache qui, dans chaque ville, ne réclame le plus magnifique balcon de la grande place. Et comment vous y preiidrez-vous, 6 collectivistes, pour faire un choi.\ entre les convoitises déchaînées ?

— Tout beau, s'il vous plaît, et causons de sens rassis.

Si l'on veut signifier, en un langage inutilement véhément, qu'il ne sera pas possible, dès le lendemain delà Révolution, de donnera chaque famille l'abri convenable auquel elle a droit, pas n'est besoin de s'échaufier pour si peu 11 est malheureusement certain qu'on trouve dans nos villes modernes, même les plus luxueuses, trop de logements indignes d'êtres humains. Mais ce D'est pas là, j'imagiae, la faute du collectivisme :

Comment l'aurait-îl fait, puisqu'il n'était pas né?

Ce sera, au contraire, le crime, — dûment constaté — du capitalisme, d'avoir permis que, jusqu'à sa chute, tant de pauvres gens fussent

condamaës à croupir dans des logis infects.

Dépendra-l-il du régime nouveau que, dès le leodemaia de son avènement, tous soient appelés à jouir de ces biens essentiels, — l'air et !a lumière— que la bonne nature dispense gêné, reusement à tous, qu'une société marâtre impose, marchande et refuse? Il est liélaa ! trop certain que le collectivisme, à ses débuts, devra prendre les choses comme elles seront. Il libérera lous les locataires, — tous sans exceplion, — et sauf indemnité aux anciens propriétaires capitalistes, du tribut qu'ils payaient antérieurement. Mais le propriétaire nouveau, — la nation ou l'autorité locale déléguée, — ne pourra pas, plus cruel que M. Vautour, jeter les gens à la rue, sous prétexte de répartition nouvelle des logis. Ici, comme en d'autres matières déjà traitées, il sera tenu compte des droits aequis : nul ne sera contraint de quitter la maison ou partie de la maison qu'il occupe. Seulement, il sera permis à chacun de faire connaître au service local son désir d'habiter tel ou tel logement aussitôt qu'il deviendra libre : l'ordre des demandes déterminera l'ordre des attributions ; et moyennant quelques prescriptions de détail, qui peuvent être fort simples, loutse passera le plus régulièrement du monde. Personne ne regrettera les agents de location, non

plus que tes commissions à payer à ces honorables intermédiaires.

Que pourrait-oii redouter d'un pareil régime? f;.udrait-il craindre que les logements les plus vastes, les plus agréables, les plus^ somptueux, fussent seuls demandés à l'exclusion des autres?

Et d'abord, entre les multiples demandes, l'ordre d'antériorité déterminerait la préférence : les retardataires attendraient leur tour, et toutserait dit.

Mais est-il même absolument sûr que les plus beaux logements seraient recherchés avant tous les autres? Sans même parler des liens d'habitude, d'aflection, d'intérêt, qui attachent chacun, dans chaque ville ou dans chaque bourgad<^, à tel ou tel quartier, deux raisons permettent de croire qu'il eu serait tout autrement.

Et tout d'abord, suivant que le logis sera plus ou moins vaste, l'entretien en sera plus ou moins coûteux. Il faudra donc, dans le choix d'un logement, et alors même qu'il n'y aura plus de loyer, que chacun tienne compte de ses ressources. Car ce serait uneerieurde croire qu'en régime col lectiviste les ressources de tous seront égales. A chacun le produit intégral de son travail, telle sera la règle : par conséquent, à travail différent rémunération différente. D'où il suit que, pour

tout ménage ou tout particulier, les dépenses affectées au logement, même réduites aux frais d'etilretieu, seront calculées suivaj^t les ressources à prévoir. Il n'y a pas à craindre, en vérité, la bousculade vers les logements ehers : car le mol che-rs ne sera pas vide de tout sens, même en régime collectiviste.

Autre considération. Ud vaste appartement exige des soins quotidiens, qui prenneut parfois plusieurs heures. Qui pourvoit actuellement à ces soins? Les gens de ta maison, les domestiques. Et combien peu peuvent aujourd'hui payer des domestiques! Combien peu plus tard pourront se flatter même d'en trouver 1 (1).

{1) La question de la domesticité est nne de celles qui doivent retenir l'attention. Il parait cerlain, d'une part, que, quel que eoit l'Alat d'une aocl6lé, certains travailleurs, et dtfB plus utiles, doivent Être dégagea des soucIh ordinaires du ménage et des soins mêmes de leur propre entretien. Il parait, d'autre pari, certain que l'élabllssement do régime* collvctlviste, en donnant a chacun la posBibilitâ de travailler pour son propre compte, lera que bien peu de Rens, désormais, se résigneront à servir en eondUion. Comment, dès lors, dans le niQnde nouveau, assurer l'accomplissement des loncllons nièoagërex ? Je ne me dissimule pas que l'exl'teoce seule de cette préoccupation pourra être signalée comme dénonçant, cbez l'auteur de ces lignes, la survivance opiniâtre de l'esprit bourgeois. J'ai delà conslalé, et ]e ne m'en dédia pas, que rares sont aulourd'hul les laniilles oii la ménagère peut se faire aider dans sa besogne quotldienue : mais je

Au surplus quel mal résulterait d'une poussée générale vers les logis les plus sains, les plus

aassT quP, dans le régime actuel, l qu'elle ne peut suffire à la lâcl sera de mkroe sous le

e tréliens

qu'il en sera de mâine sous le régime nouvean. Alore, que se pasBera-l-il7 Paut-il croire qu'on est en présence d'un problâoie insoluble ? Je me rassure â la pensée qae, dès i (irésenl, nous vofons se réduire tous les jours le domaine des fonctions purement domestiques : le mouveoienl, défà très sensible dans les grandes agglomérations, s'étend peu i peu aux petites villes et gagne )uequ'aux modestes bourgades.

Pour mieux mesurer le cbemln parcouru, remontons à des temps déjà lointains. Jadis, les grands seigneurs et les gens de finance attachaient â lear service des courriers, qui portaient leurs correspondances et rapportaient les réponses; de nos jonrs encore, dans la partie la moins civilisée du Haut-Aragon, — car on a justement remarqué que tous les états de civilisalioo qui se sont succédé sur le plan de la dui'ée se retrouvent en même temps sur le plan de l'espace. — les maisons riches disposent pour le même office de messagers spéciaux ou proprios, dent le* vigoureux jarrets doivent être généreusement gralsfËs. En France, courriers et pToprins ont disparu : ils sont remplacés par les raclenra des postes* qui ne sont plue lea domestiques de persoune, mais des fonclionnaires publics. Au bon vieux temps, les personnes aisées ne faisaient promener dans leur chaire ; et, quand elles le soir venu, leur poi te-Ialot les précédait : maintenant à leur disposition les Gacres, les es tramways, et l'éclairage public a lait disparaître les porte-falot. Combien de familles, même riches, n'ont plus ni écurie, ni cochers, ni même, — tant les transforma lions sont rapides, — d'automobiles et de cbaudeurs ! On e eut, depuis longtemps, même cbez les

commodes, les plus spacieux? On ne pourraitque

mllllonnairp

à la voilure

l'auliimobite de louage. Naguère enet d'hui dansies toutes petites agglomâratioDa — Il (allait ou il (aut aller oliaque matin chercher A la Bourue voisine l'eau oëcessaire aux besoins du jour ; puis sont veuus les porteurs d'eau, qui n'étaient d6)â plus des domestiques : et maintenant le service public des eaux polables a tué l'industrie de ces excellents Auvergnats. Que de boIde autrefois et que de peine pour oetloyer, entretenir et garnir la lampe familiale? C'est aOalre déaormalB, presque partout, aux Compagnies d'électricité ou deftaz: une allumette Hambée, un bouton touruë, et chacun lait ia lumière, i, l'instar de Dieu. Que dire encore 7 11 y a presque partout des [rolteurs de parquet, qui déchargent d'un travail pénible les serviteurs hors d'&Re et les trop jeune» bonnea. Dans bien des endroits les tapissiers envolent, à époqnes Aies, chez leurs clients une équipe d'ouvriers chargée d'cntreleuir et de battre les meubles qn'Us onllourois. Déjàdesappareilsapéciauxenlêvenl parasplratlon la poussière des appartements. On pourrait continuer l'énumératiou. An'èlons-ia pour retenir simplement que les relations fvridiques du Trotteur de parquet, par exemple, avec celui qui emploie ses services n'ont dfifè rien de commun avec les rapporta de maître à servileur. Les fon^lioLia purement domestiques vont donc se transformant e^ se restreignant. La tranalorinntion spra-t-elle plus ou moins rapide 7 et jusqu'où ira la réduction 7 Ici encore il faut se garder d'hypothèses hasardées. Qu'importe d'ailleurs ce qui sul>sistera de cea lonctioos ? Ce sera le domaine sans partuge de la ménagère, — mère, sœur. Slle, épouse ou compagne, — qui, dégagée par l'organisation socialiste des soucis que lui cause trop souvent la conquête du pain quotidien, pourra désormais se consacrer tout entière à sa vûritable tâche, celle que lui assigne sa nature, que lui commandent ses sentlmenls, et dont la noblesse ne le cède à aucune autre.

s'en féliciter, car il est â croire, les plus diligents une fois lotis, que les plus disgraciés ne s'accommoderoDl pas longtemps des odieux réduits où le régime aboli les coudamnaîtâ mener une sordide existence. Et alors, il ne faudra pass'étoûnersisous la pression des masses populaires, les colleclÎTités locales emploient le plus clair de leurs ressources à abattre ces abominables masures, suintant la fièvre el distillant l'épidémie, qui déshonorent le sol de nos villes modernes. Je ne promettrais pas longue vie, en régime collectiviste, à ce hideux quartier Saint Sauveur, de Lille, où les pauvres gens s'entassent au fond de courettes puantes, que le soleil n'a jamais visitées ; à ces caves d'Armentières, où tous les membres d'une même famille vivent péle-méle dans la plus dangereuse promiscuité, dormant sur une coucbe de paille qui recouvre à peine la terre battue, taudis lamentables que Jaurès n'a pu visiter sans sentir les . sanglots l'étreindre à la gorge et tes larmes monter à ses yeux; à cette cité Jeanne d'Arc, à ce quartier Croulebarbe qui sont la lèpre de Paris et la triste rançon de ses splendeurs. Hardi I le pic du démolisseur 1 hardi I la truelle du maçon I Les hommes de demain voudront vivre une vie humaine. Et puisque le capitalisme n'aura pas voulu — ou, pour mieux dire, puisqu'il n'aura pas pu, —

fëtir ménager à tous des habitations habitables, leur premier soia sera sans doute d'y pourvoir. Qui donc songerai! à le regretter ou à s'eu plaindre?

En ce qui concerne la question des logements, nne solution complémentaire découle tout naturellement de ce qui précède.

La nation, comme propriétaire toujours souveraine, les collectivités locales en vertu d'attributions partielles et révocables, disposent de tout le sol du pays, sauf les portions de ce sol qui sont demeurées à l'état de propriétés individuelles. Rien n'empêche que, sous conditions à débattre, elles en nsettent des parcelles à la disposition de ceux qui voudront, soit au cœur même des cités, soit loin de leur tumulte, construire, pour leur usage propre, des logis selon leur goût, Ualteià 1 diront peut-être les censeurs sévères : c'est créer de nouvelles propriétés individuelles! Et après? n'ai-je pas déjà dit que la propriété individuelle n'était pas un péril pour le collectivisme? L*important, c'est que ces propriétés nouvelles, création de la loi collectiviste, ne puissent à aucun moment nia aucun degré porter atteinte au principe essentiel de l'ordre nouveau, et se transformer en propriétés capitalistes. Pour cela, quelques précautions sont à prendre, aussi simples que sûres. Obligation de résider: ou

plutAt, ce qui sera suffisant, interdiction absolne de louer. Ces prescriptions observées, le propriétaire pourra librement disposer de sa chose, soit par acte entre-vifs, soit après sa mort ; et si l'intérêt public exige qu'il soit exproprié, il aura droite une indemnité réglée par la loi spéciale, ainsi qu'on le verra dans la suite de ce travail.

Allons plus loin. Il sera possible, en matière de logements, de faire aux associations les mêmes avantages qu'aux personnes. .\ une différence près, cependant. Si, le capitalisme aboli, avec la rente, l'intérêt, le loyer, qui eu sont les productions naturelles, l'bomme, être réel et physique, a le droit d'être logé gratuitement, sous la seule réserve des dépenses d'entretien, il n'en est pas de même des associations, êtres purement moraux et factices, dont la loi seule crée et limite la personnalité. Ainsi la nation ou les villes, disposant soit directement soit par délégation de certains édifices publics, tels que les églises, aient très logiquement refuser de les concéder, sinon contre redevance, k des associations légalement formées pour utiliser ces édifices suivant leur destination. Elles pourraient tout aussi bien en faire concession, sous l'unique charge des trais d'entretien. Cette faveur, qui se justifierait par les circonstances, par des considé-

rations de milieu, de temps, de personnes, et perpétuellement révocable comme toute atlributioQ du domaine social, ne ferait échec à aucun principe esseutiel. Ce serait à peu de chose près, pour les égliaea, — et saut, bien entendu, le trop fameux article 4 qui sérail supprimé par prétérilion — le régime institué par la loi du 9 décembre 1905 sur la Séparation des Eglises et de l'Etat. Retenons que les associations u'ont pas droit au logement, comme les hommes.

Cette distinction fermement établie, point d'obstacle à ce que les associations régulières — et, dans ma pensée, il suflirait pour qu'elles fussent régulières d'une simple déclaration — soient admises, comme les particuliers, à demander que, dans des conditions à déterminer, des parcelles du sol national soient mises à leur disposition pour y bâtir des édifices. Une seule restricliou: les édifices ne devraient pas « dé- (I passer la mesure strictement nécessaire à n l'accomplissement du bul que se propose '( l'association concessionnaire m. C'est la formule même de la loi du l^' juillet 1901, œuvre de M, Waldeck-Rousseau. Elle implique que les associations qui voudraient obtenir ce bénéfice devraient faire connaître leur existence, leur objet et leurs statuts. Et ce serait là, pour le

associée à l'œuvre des commissions, dès lors que, dans chaque commune ou dans chaque section de commune, elles auront été nommées par le suffrage vraiment universel, j'entends le suffrage universel des hommes et des femmes.

Et tout de suite, puisque l'occasion s'en présente, disons ce que doit être la coadition politique de la femme dans la société collectiviste.

Il serait impossible et contradictoire qu'une révolution qui doit procurer l'émancipation intégrale de l'humiiuité laissât en dehors de ses bienfaits toute une moitié du genre humain : l'égalité de l'homme et de la femme est la loi nécessaire de l'ordre nouveau.

Je ue crains pas de rappeler ici que, tant que durera le régime capitaliste, je ne verrais pas sans une réelle inquiétude l'extension aux femmes des droits politiques ; mais j'ai bâte de dire que mes raisons ne sont pas tirées d'une prétendue infériorité de le femme. Je ne m'associe pas à la boutade de Scbopenhauer sur c l'animal qui a les cheveux longs et les idées courtes » ; je ne m'émeus pas des leçons des gynécologues, enseignant que la femme n'est qu'on homme inachevé, arrêté dans son développement au cours de la vie intra-utérine ; jen'accepte pas à l'aveugle les conséquences qu'une certaine science entend déduire d'une différence,

plus ou moins coDSlatée, entre les cerveaux masculins et tes cerveaux fémiuios ; je D'estime pas, avec le bonhomme Chrysale, — traduisant, ou ne traduisant pas la pensée de Molière,

* . . . . qu'une femme en sait toujours assez Quand la capacité de bod esprit se hausse A connaître un pourjjojnt d'avec uo baut-de- { chausse

Je tiens, au contraire, que, dès aujourd'hui, la femme a droit à toute riustrucUon, au même titre que l'homme ; je crois que l'instruction môme aurait avant longtemps raison de cette tendance féminine à la religiosité, qui, si les femmes eusseut été armées du bullelis de vote, n'eût pas laissé, dans des circonstances récentes, de présenter quelques dangers. Je ne crois pas, tant s'en faut, à l'intériorité intellectuelle ou morale de la femme ; à ceux qui s'aviseraient de lui faire pareille injure, il serait trop facile de montrer telle brute avinée se rendant au scrutin, et telle mère de famille, entourée de tous les respects, exclue cependant de toute part dans l'exercice de la souveraineté nationale (1). Et pourtant je pér-

il) BappelouB que les Icitiinï!

d'ailleurs, beaucoup d'enipreuseiin

romnierçanteB sont appevk: t'IleB ne montrent paa, it II proDier de leur Jroll.

siste à penser que, dans le régime actuel, 1 femmes doivent être écartées des urnes ; pourquoi ? Pour des raisons tirées à la fois de l'intimité de leur nature el des conditions de notre ordre social. La femme, dans le groupement familial, représente plus particulièrement l'esprit de prudence. Ayant la charge de veiller à la subsistance et au bien-être de la mHisoanée, elle a plus que l'homme la préoccupation des besoius immédiats. Hantée du souci du lendemain, redoutant par-dessus tout l'incertitude et la précarité de l'existence, elle se méâe des chaogementd qui peuvent tourner en aventures ; et sa sagesse naturelle devient excessive timidité. Quel serait donc le rAle de la femme dans une démocratie capitaliste comme la nôtre, dont l'histoire est celle de la lutte constante entre les opprim^,s et les puissances d'oppression ? Les moindres conquêtes y sont le prix de batailles, qui font dans les rangs mêmes des vainqueurs de nombreuses victimes.

On sait trop, hétas I que, pour les salariés, pour les subalternes, pour la foule innombrable qui dépend d'une miuorilé privilégiée, l'exercice même du droit de souveraineté ne va pas sans de vrais périls. Devrait-on compter sur la femme pour les assauts nécessaires'? Ce serait méconnaître sa nature. Plus douce que l'homme et plus

résignée, moins prompte à la révolte, elle résisterait plus diincilemeDt à la pression des forces du piissé : celle-là même qui échapperait, par fortune, aux insidieuses suggestions du prêtre, s'effraierait aux menaces et suivrait les lâches conseils. L'esprit de conservation et de sagesse, qui est la loi et l'honneur de la femme, qui, dans une société transformée, pourra être l'utile contrepoids aux audaces masculines, fournirait, dans ta société capitaliste, un appoint formidable aux partis de réaction. C'est aujourd'hui affaire aux conservateurs, — non pas à nous — de donner aux femmes le droit de suffrage. Et Drumont, il y a quelque temps, le réclamait pour elles avec énergie.

Il en ira tout autrement dans l'ordre collecti- Tiste. Désormais, suivant ta formule déjà célèbre et déjà discutée, i l'administration des choses sera substituée au gouvernement des personnes. » — Verb;ilité pure ! — raillent les adversaires du socialisme. Est-ce qu'il sera jamais possible d'atteindre les choses sinon à travers les personnes et par les personnes ? Lu socialisme ne changera rien à cette loi. — Le socialisme, au contraire opérera, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, un boule vei sèment fondamental. Aujourd'hui, le mode de disposition des choses est l'enjeu, plus

ou moins déclaré, des luttes électorales. Suivant Igb hasHrds des scrutius, les impàts pèsent plus lourdement sur le pauvre ou plus équjtablement sur le riche; les grands services publics sont livrés à l'exploitation capitaliste ou gérés directement par l'Etat ; les employés sout plus ou moins armés pour défendre leurs salaires contre les appétits des employeurs ; en sorte que ce qui se dissimule sons la surface des programmes politiques, c'est le coûflità la foisviolent et sourd des deux classes sociales, pour la prise ou la garde des choses, l'une des deux classes voulant retenir ce qu'elle a, l'autre conquérir ce qu'elle n'a pas. Et personue, en réalité, ne s'y trompe : à chaque poussée démocratique, les possédants sentent la menace plus voisine de leurs intérêts ; les autres se devinent plus rapprochés du but, obscurémeut entrevu : l'amélioration, autant que la nature et la science le permettent, de leur condition matérielle et morale.

C'est pourquoi, à chaque journée d'assaut, il faudrait que les déshérités eussent le courage de charger à fond, sans un regard en arrière. Arrière

X qui doutent de la victoire et craignent les représailles de l'adversaire I Arriére les cœurs irrésolus I Arrière, aujourd'hui, les femmes, que leurs plus naturelles préoccupations et leurs plus

louables aentiiiients vouent d'avance à l'indécision et à la faiblesse ! Mais vienne le collectivisme. Il n'y a plus de classes, partant plus de lutte de classes. Les choses, les moyens de production sont à tous : il n'est plus question de se les disputer. Il ne s'agit plus que d'aménager, au mieux de l'intérêt commun, les ressources communes. On aura à dire, dans les villes et les campagnes, par voie d'élection ou de référendum, souverainement ou sauf décision de l'autorité nationale, s'il convient d'établir telle ligne de tramways ou tel service d'automobiles, d'agrandir telle place, d'abattre tel quartier, d'abandonner telle exploitation ruineuse, de transformer tel vignoble en labourable ou tel labourable en prairie : libres discussions d'où sera proscrite toute considération d'intérêt de classe, où cbacun pourra se prononcer en toute franchise, personne ne dépendant plus de personue : discussions loyales, après lesquelles,— si, comme le veut l'humaine nature, quelque aigreur pourra demeurer dans certaines âmes — il n'y aura place du moins, parce que l'organisation sociale ne le permettra pas, ni pour la vengeance des vainqueurs, ni pour l'humiliation des vaincus. Qui donc nierait que, dans des délibérations de ce genre, alors qu'il s'agira bien de déterminer comment on administrera les choses, et non pas quels

hommes gouverneront tes autres hommes, qui donc nierait que les avis des femmes soient particulièrement précieux à recueillir ? Elles y apporteraient leur bon sens pratique, leur clairvoyance naturelle, leur remarquable sentiment des réalités, leur méfiance des entreprises hasardeuses, en même temps que, duns le domaine des institutions de solidarité sociale, elles feraient profiter les hommes des trésors de leur sensibilité. Souvent elles seront des guides sûrs, toujours des conseillers écoutés. La femme a sa place marquée dans tous les conseils, tous, sans exception, de la société collectiviste.

— Il y aura lieu d'aborder d'autres questions relatives au rflle économique de la femme, soil daus l'ordre actuel, soit dans l'ordre futur ; elles seront examinées plus lard, quand nous traiterons des conditions de la production collectiviste.

Voilà donc dès maintenant déterminé le domaine de la propriété sociale. J'ai dit plus haut que certaines parties de ce domaine pourraient être, sauf contrôle et révocation, attribuées aux collectivités locales. Mais il importera de désigner tout de suite, par le statut même de la propriété, celles qui ne pourront en aucun cas faire l'objet de

-es-

pareilles attributions. Ce sont celles dont la conservatiOD et la bouiie exploilalion intéressent direclemeut la Dation tout entière : forêts, eaux thermales, r ichesses métallurginues.

L'expérience notis a appris que les communes pastorales, sur le territoire desquelles se trouvent situées la plupart des forêts, suivent volontiers les conseils de l'intérêt à courte vue, el sacrifient les forêts aux pâturages. Il y a là un véritable danger : le" maintien des forêts est nécessaire pour la conservation des terrains en montagne; il est nécessaire, en cas de pluies torrentielles sur les hauteurs ou de fonte brusque des neiges pour préserver le bas pays des calamités de l'inondation. L'autorité publique gardera donc, d'après le statut fondamental et sans pouvoir y déroger, la gestion directe des forêts nationales, et la confiera à uu service spécial.

Il n'en saurait être autrement des eaux thermales : ce sont, pour la plupart, d'inappréciables richesses, qui ne peuvent être laissées aux mains de municipalités souvent ignorantes et malhabiles. La nation a le devoir, et elle a seule le moyen, de préserver de tous risques des biens si précieux.

Pour les forêts comme pour les eaux thermales, par une disposition spéciale de la loi de liqui-

dation, une indemnité pourrait être allouée aux communes ou syndicats de communes dépossédés.

Restent les mines, minières et carrières. Certaines, en atteadant 1r kouille blanche, donoeat le pain de l'ivduxtrie ; d'idutres lui fournissent sa matière première: elles sont, au premier chef, propriété nationale. D'autre part, les catastrophes fréguentesqui se produisent daus lus mines, les tueries criminelles dont elles sont le théâtre, montrent trop clairement que, pour ta sauvegarde des choses comme pour le saint des existences tiumaines, il importe que les mines ne soient pas soustraites à l'administration directe et vigilante de la nation.

Enfin, pour terminer avec la propriété sociale, il faudra réglementer l'usage des eaux ouranles, sources, marais, lacs, étangs, ainsi que l'exercice de la chasse et de la pêche. Ou peut faire crédit, sur ces divers points, au législateur socialiste, et lui faire l'honneur de croire que l'œuvre ne sera pas au-dessus de sa capacité.

CUacun pourrait dès à présent, et sans autre bidicalioD faire le compte des éléments divers de i qui, en régime collectiviste, conservât le caractère de propriété privée : préci-

SODs-les cependant, pour plus de clarté. Ce seront tout d'abord, et bien évidemment, les provisions et meubles de toute sorte : la monnaie , ancienne ou nouvelle, française ou étrangère, les titres étrange rs.; ce seront encore les instruments de travail dès lors qu'ils seront direclement mis en œuvre par leurs détenteurs : ce seront aussi tous les Immeubles , bâtis ou non, qui seront accupés ou exploités ^directemej Lpar ceux qui en étaient déjà propriétaires en régime capitaliste, et tant 'T\ue ceux ci voudront en cnneerv. r la propriété; enfin les constructioQS nouvelles qui, par application des lois oouvelles du collectivisme, auront été constituées à l'état de propriété privée. On voit que, subsistant à cMé de la propriété sociale et sans péril pour le régime nouveau, le domaine de l'appropriation individuelle sera encore assez large et assez vaste pour exciter toutes les énergies.

Et c'est ainsi qu'il est répondu d'un mot à l'argument favori des adversaires du socialisme : « Vous flattez o nous dit-on. o la nature bumaine; quand chacun devra travailler pour tous, personne ne voudra plus travailler », Nous répondons que ce qui est miraculeux c'est que l'on consente à Iravailler avjovrd'hni, alors que l'immense majorité des travailleurs peine pour

autrui, et s'en rend compte: mais le phénomène ne s'explique que trop par laoécessilé du pain quotidien ; oa De peut attendre, pour mauger, la cliute du capitalisme. £d régime socialiste, qu'advieudrait-il? Et d'abord, saus prétendre à réformer rtiomme, il n'est pas interdit d'espérer que l'éducation nouvelle, les conditions nouvelles du travail feraient naître ou développeraient dans les âmes le sentiment de la solidarité sociale, que ce sentiment y prendrait une force inconnue jusqu'à ce jour, au point que le plus obscur tiendrait à hoDoeur d'accomplir sa part de l'œuvre commune. Mais ce serait là, je le veux, et pour bien des générations encore, uu stimulaut iusniïiBant : n'y aura-t-il donc pas, pour pousser l'homme au travail, l'aiguillon de l'intérêt privé ?

Qu'on veuille bien entrevoir, dans le monde nouveau, l'atelier transformé, la tâche plus courte, la besogne plus attrayante et plus aisée : c'est dans l'allégresse et la joie que chacun donnera au travail le petit nombre d'heures nécessaire.

Et ce travail portera tout de suite sa ^ictwe récompense : car chacun recevra, sans qu'il en puisse douter, loul te produit de son travail. Donc à travail plus relevé, rémunération plus haute; à travail plus intense, rémunération sinon plus large, du moins plus rapidement acquise, lais-

sant plus de place au loisir, plus de facilité aux occupations personnelles, qui peuvent aussi être fructueuses: voilà, pour les travailleurs, de quoi leur donner du cœur à l'ouvrage 1 Et quel emploi feront-ils de leurs ressources, variables suivant leurs aptitudes et leurs qualités? S'iraagine-t-on que les vertus d'épargne et d'économie seront proscrites de la cité socialiste? L'un se proposera de construire le nid bien à lui, le nid bien chaud, où il abritera ses joies de famille; l'autre voudra, plus modestement, embellir, décorer, orner de beaux meubles le logis que la société met gratuitement à sa disposition ; celui-ci satisfera sa passion des beaux livres et des œuvres d'art; celui-là, pour mieux traiter ses amis, garnira sa cave de vins généreux ; tel se plaira à courir les campagnes en automobile ou peut-être — qui sait? — à explorer l'espace eu aéroplane; tel autre enfin théraurisera, simplement, entassera pièces d'or sur pièces d'or, bons nationaux sur bons nationaux, — car l'avarice non plus ne sera pas bannie de la terre. Toutes les ambitions seront permises, sauf une seule : celle d'arriver à exploiter son semblable, celle d'essayer de vivre du travail d'autrui. Il y aura, ou du moins i l pourra y avoir, des rich e s en collectivisme : il n'y aura pas de capitalistes. U n'y aura pas de

pauvres non plus, sinoQ des pauvres volontaires. Jamais, sauf les résistances et les cruautés de la nature auxquelles les volontés humaines ne peuvent rien, jamais le traviiii ou les fruits qu'il donne ne manqueront au travailleur: tant pis pour qui manquera au travail ! La société actuelle n'a que sourires et faveurs pour les parasites du capitalisme; eu même temps, elle traque comme bote fauves des .imis-lravtiil auxquels parfois l'ouvrage se refuse. Le collectivisme n'aura ni ces tendresses ni ces rigueurs, également injustes. A tons, il assurera le moyen de vivre, à tous sauf aux paresseux. Qui non laborat non manducet.

Plus d'oisiveté dorée, . plus d'oisiveté vicieuse: pour l'être vcdontairement inutile, il n'y a pas de place au banquet du collectivisme.

Voilà donc le travailleur de l'avenir, mattre en la form» colleclive des grands moyens de production et de toul ce qui constitue le domaine

ial, maître en la forme privée de tout ce dont ii est demeuré ou devenu propriétaire individuel. Quels droits pourra-l-il exercer sur cette propriété privée?

Qu'il puisse la donner, la vendre, l'échanger, cela ne peut faire doute : elle ne changera pas de caractère en changeant de mains, et ce n'est pas parce qu'elle circulera librement qu'elle deviendra

daBîîereuse. Les contrats de donation, d'achatvenle et dVchang^e ne seront pas rayés des codes collectivistes: leur domaine sera seulement restreint dans des proportions éaormea, réduit qu'il sera de tout ce qui aura été déclaré propriété sociale.

A l'inverse, il faut citer tout de suile deux contrats auxquels la loi collectiviste devra reluser toute sanctioH r le contrat de louage, et le contrat de prêt, qui sont l'un et l'autre d'essence capilaliste. Le contrat de louage, par définition môme, ne peut pas être gratuit : il suppose essentiellement une redevauce fournie par le locataire au locateur, avec obligation de rendre la chose à la fin du Ijail. C'est donc la chose qui travaille et produit pour le maître, le dispensant lui-même de tout travail.

Le prêt, il est vrai, n'implique pa's nécessairement, mais comporte le plus souvent une stipulation d'intérêt : et l'argent inerte prodnit pour le prêteur.

On dira peut être : « Pourquoi désarmer de Il toute sauclion le contrat de rommodat simple, « ou prêt à usage, sans intérêt ? h La raison en est claire: si, à l'expiration du terme convenu, l'emprunteur a encore besoin de la chose ou est dans l'impossibililé de la rendre, il sollicitera du prê* leur une prolongation de délai, et le prêteur la

mettra à prix. Il n'y conseatira qn'à la conditiotti de recevoir un^ compeDsalion pour la privatioa de jouissance qu'il veut bien subir au delà de l'épo-^ queconveoue Voilà t'ÎDiértt. roilâ le loyer sour* uoisemenl rétablis : et ainsi ressusciterait. collectivisme, la prètibatioa capitaliste arec effrayant cortè^ d'abus. Il but donc couper la racine du lual, et ne point reconoattre des contrais dont rexêcotioo (erait échec au ^ncipe même da résine nouveau. J'entends bien que l'espril (te lucre n'aura pas disparu, qu'il est fertile loorces et ea détours, qu'il s'ioi^oiera à biaiser avec la loi : on peut prévoir, par exemple, que la locattoa d'un immeuble pourra Ui« dc^isée soos la torsa d'us ««Ma, saine, après na tenp* skas |»n : ce

généralement membres de la Société det Agriculteurs de France — dont lafonctionsocialeconsiate à aventurer les rentes de leurs biens sur le tapis vert du baccarat et la pelouse verte des champs de course, et parce que, de son côté, le bonhomme Jacques n'a pas de terre, ou n'en a pas assez pour ses bras. Pourquoi eirprunte-l-on de l'argent ? Pour s'établir ou s'agrandir, comme on dit, pour se procurer les instruments de travail dont on est dépourvu. Rien de pareil dans le nouvel ordre de choses. D'une part, nul n'aura à titre de propriété privée que les immeubles qu'il occupera ou fera valoir par lui-même ; et ainsi, pour employer les expressions de Molière dans un autre sens, la matière louable fera défaut (1). D'autre part, le service social deslogementsseraassuré; l'immense atelier national, agricole ou industriel, sera ouvert à tous ; l'instrument du travail ne manquera à personne ; et les contrats de louage et de prêt dis-

(1) Ce qui eal dit Ici ne doit s'enlendre que du contrai de loiia)^ enlre parliculiers. Dans ious les endroits, et particullâremeot dans les pays de viUëgîatare et les stations balaéairea. tl ne pourra manquer d'j avoir dea bôtels, des appartements, des villas mis moyendRut redevance à U dlsposilinn des voyageurs, baigneurs et tourleles. Ce sera un dea modes de mise en valeur de la propriété sociale. L'Etat actuel, par i'iulermédialre des Compagnies de chemins de 1er. exploite dé)b ses Hûtele Terminus ; la nation collectiviste

parattront faute de locataires et d'empranteurs. Sans doule il sera toujours loisible à chacuQ de rendre service à un ami en lui prêtant un objet utile, de le tirer d'un embarras passagerau moyeu d'uoe avance restituable : on en sera quitte pour suivre ta loi de l'ami, qui contractera une dette d'honneur. Sans doute aussi la race ne disparaîtra pas de ces obligeants personnages qui, dans l'espoir de la beiiiâe péné fice vienneat au secours des vices de la jeunesse. Ils courront les risques que courent aujourd'hui les bookmakers, les croupiers de cercle et les banquiers en coulisse. Les portes des prétoires se fermeront au oez de la descendance de Gobseck,et personne, j'imagine, ne prendra le deuil.

Pour le dire en passant, le socialisme fournira ainsi la solution unique de la ridicule question dont Edouard Drumont nous tympanise depuis un quart de siècle. Drumont a découvert que les juifs étaient passés maîtres dans la spéculation linancière, lancement d'affaires, émission de titres, accaparements, manœuvres de Bourse. Certes, oui I et nos aucfitres l'ont ainsi voulu.

En interdisant aux juifs pendant des siècles ricullure, l'industrie, le commerce proprement "M tenant sous la menace perpétuelle de la I la vieille France, la France du bon

vieux temps les a forcés à tendre tous leurs efforts vers la conquêle d'une certaine forme de la richesse, facile à dissimuler, facile à emporter en cas d'alerte, les bijoux elles métaux précieux: ils ont développé dans ce sens leurs qualités naturelles, qui sont de premier ordre ; eu sorte qu'aujourd'hui, sur le ch imp de bataille des affaires, ils ne redoutent aucune concurrence. Cette virtuosité atavique rend jaloux leurs rivaus, qui s'intitulent fièrement des Aryens; et de cette jalousie sont issues les sauvageries de l'anti-sémitisme. Drumont est parvenu à persuader aux badaud:

qu'il apportait le remède à tous les maux qui travaillent le monde moderne. Triples niais qui se figurent bonuement que, quand on aura étripé Hotlischild et fait rendre gorge à quelques juifs de moindre importance, la question sociale sera résolue I Est-ce que, les juifs boutés hors de France, le privilège capitaliste deviendra subitement inoffensif et cessera ses méfaits ? « L'antisémitisme >i a dit vertement Liebneckt, u est le socialisme des imbéciles )i. Seul le socialisme, le vrai, pourra résoudre la question juive... avec tant d autres. Si l'on peut aujourd'hui dénoncer à juste titre les exploits des juifs, —j'entends des juifs de toute religion — c'est que le régime capitaliste présente un milieu propice aux exercices

des spér.ulatenr8, accapareurs et manieurs d'argent : microbes pathogènes qui ont trouvé le terrain de culture approprié. Assainissez le milieu, le microbe meurt. Quand il n'yaura plus de Bourse des valeurs, parce qu'il n'y aura plus de valeurs ; quand ou aura condamné pour jamais les portes de la Bourse du commerce ; quand^les banques et les établissement» de crédit seront fermés comme inutiles, c'en sera fait des redoutables pirates comme des petits écumeurs de la finance. A eux aussi la matière de leur industrie fera défaut, et il faudra qu'ils trouvent autre chose. Soyons, d'ailleurs, sans inquiétude pour les juifs, — je parle cette fois des fils d'Israël ; avec leur souplesse native, ils ne seront pas les derniers à s'accommoder au milieu nouveau. Ils trouveront dans le domaine des inventions industrielles ou du machinisme agricole, aussi bien que dans les arts et les sciences, où nombre d'entre eux oui déjà brillé d'un vif éclat, l'utile emploi de leurs remarquables facultés. Le socialisme en aura fait de précieux collaborateurs de l'œuvre commune, et l'antisémitisme aura vécu.

Mais revenons aux divers modes de disposition de la propriété individuelle. On eu pourra disposer, nous l'avons vu, par donation, vente ou ^c^wige : pourra-t-on aussi la transmettre à ses

héritiers, soit naturels, soit testameotaires? Je réponds toul d'abord : le maintien ou la suppression de riiérilage seront choses indiUérentes au collectivisme, comme elles te sont actuellement au capitalisme. La formule vaut d'être expliquée. Supposons d'abord l'héritage aboli et l'attribut capitaliste maintenu. Tous les hommes eutreront dans la vie avec les mêmes moyens d'action : ce sera ce que M, Léon Bourgeois appelle l'égalité au point de départ. Et les voilà -tous lancés dans la mêlée sociale : car, le capitalisme subsistant, ce sera toujours la lutte pour l'existence, l'âpre et rude lutte pour le pain d'abord, pour les jouissan* ces ensuite. La palme sera aux plus forts, aux plus habiles, aux mieux trempés, aux plus voraces...Et ces vainqueurs, comme au temps des guerres de la primitive humanité, n'auront d'autre rêve que de réduire les vaincus en esclaves. Ils y arrive ront, par les procédés modernes qui sont l'essence même du capitalisme, en mettant leur robuste main sur le sol et le sous-sol, sur les énergies hydrauliques, sur toutes les forces de la nature : . et devenus maîtres des moyens de production, ils forceront la foule des faibles à travailler pour eux. Ainsi, à chaque génération nouvelle, le capital se reconstiluerait au profit d'une couche nouvelle de capitalistes ; les bénéficiaires du régime seraient chaugéSj les victimes seraieut aussi nombreuses et

aussi misérables. 11 n'y aurait plus de dynasties de capitalistes : qu'y gagoerail-on 7 Chose remarquable, ea ces premières années du XX' siècle, les capitalistes formidables que les Etats-Unis d'Amérique ofirent à l'admiration inquiète du monde, les terribles trusteurs, les rois du rail, du pétrole, de l'acier, sont tous sortis de la condition la plus humble. L'un a été cireur de bottes, l'autre garçoa de caié : et les voilà, dans l'espace d'une vie humaine, devenus les dominateurs d'une époque. Le capitalisme fait de ces prodiges, même sans le concours de l'hérédité. Et qu'en pensent-ils euxmêmes, ces rudes lutteurs? De même que nos bourgeois républicains raillent les princes-colonels de trois aus et les grandes duchessesd'un jour, ils ricanent à la pensée qu'un enfant puisse trouver des millions dans son berceau. Foin de l'héritage I Les forts n'en ont pas besoin. Et l'on se demande, maîtres pour maîtres, lesquels il faut préférer : ou bien les capitalistes héréditaires qui ont les traditions, la manière, chez qui l'habitude a calmé l'appétit de domination, qui très souvent dispersent eux-mêmes, au gré de leurs fantaisies et de leurs passions, ces ressources capitalisées qui faisaient leur force ; ou bien ces self made-men, comme ils s'appellent eux-mêmes, ces colosses redoutables, ces broyeurs d'existences humaiûes

qui prissent à travers le monde du travail comme UD cyclone à travers la nature. Non, non I la suppression de l'héritage ne corrigerait point de façon appréciable les iniquités du capitalisme ; et il est inutile que, socialistes, nous nous mettions en peine pour si peu.

Supposons, au contraire, le régime collectiviste établi et l'héritage maintenu. De quoi hériterat-ou V De simples moyens de consommation, d'objets d'agrément ou de luxe, jamais d'un capittl. L'héritier pourra trouver dans l'héritage de plus grandes facilités de vie, ce dont il faut espérer que personne ne se montrerait envieux ; il dépensera plus ou moins vite ce que son auteur avait épar- ■gné, et cela pourra lui valoir quelques loisirs : mais au moins ces loisirs, si même ils devaient taire quelques jaloux, ne coûteraient rien à personne. Aucune succession ne pourra comprendre ce qui n'existerd pas dans l'ordre nouveau, le moyen pour quiconque de frapper tribut sur autrui. Et alors ma réponse définitive à la question de l'héritage est la suivante ; on discutera. J'estime, pour ma part, qu'il y aurait tout avantage à laisser aux pères de famille la joie de se dire qu'ils peuvent travailler pour leurs enfants : et je crois bien que cela contribuerait puissamment â l'accroissement du bien-être général et au progrès

DumaiD. Je me prononce donc résolument en faveur du maiatien de l'héritage : mais od m'a souvent, dil, peut-être avec raison, que j'étais un centre- gauche du socialisme. D'autres plus soucieux de se rapprocher de l'égalité de lait entre les hommes, voulant tout au moins que les inégalités sociales, si elles doivent subsister en quelque mesure, correspoudeut à l'ioégalité des ellorts slrictement personnels, d'autres peut-être pour des raisons qui m'échappent préféreront supprimer l'héritage. Matière à controverse : la majorité décidera. Quelle que soit la solution, l'ordre collectiviste n'en sera ni ébranlé, ni compromis.

Un dernier mot sur les garanties qui entoureront la pro priét é individuelle .

La loi, tout d'abord, la déclarera insaisissable, et ce sera le terme naturel d'une évolution lente mais continue. Depuis l'aurore des civilisations, la tendance constante a été d'adoucir les moyens d'action du créancier coutre le débiteur. La roule est longue depuis la rudeloi desXlI Tables, qui réduisait le débiteur en esclavage, jusqu'au vote récent de la loi sur te homestead : les étapes en sont marquées par les dispositious de uotre Oode de procédure, qui déclarent insaisissables irtaius objets indispensables au saisi, le lit, les

instruments de travail..,, etc., par la loi de 1867 qui a aboli — iacamplètemeal — la contrainte par corps. Il faut aller jusqu'au bout : c'est encore une loi barbare que celle qui permet rie jeter au vent des enchères les meubles familiaux, la maison à laquelle s'attachent tant de souvenirs. Plus humaine, la législation socialiste n'admettra que deux modes d'exécution : en cas de vente, la reprise de l'objet vendu, si elle est possible ; dans tous les cas, la saisie-arrèt, dont il faudra déterminer la mesure et la forme. Ainsi les droits du créancier seront sauvegardés dans la juste limite, sans que le débiteur elles siens soient atteints dans leur cœur.

D'autre part, le droit de propriété privée doit fléchir comme il fléchit aujourd'hui déjà devant l'intérêt général légalement déclaré. Une indemnité sera due, mais non pas celle qu'accorde notre législation, plus bourgeoise peut-être en ce point qu'en aucun autre. 1/expropriation pour cause d'utilité publique ne doit jamais enrichir l'exproprié : il faut le rendre indemne, voilà tout. Une loi particulière déterminerait les formes de l'expropriation. Elle s'inspirerait des pratiques de l'ancien régime, qui indemnisait les propriétaires sur le pied de leur contrat d'acquisition. Sans doute elle trouverait grâce auprès des conserva-

teurs les plus attardée, qui sauraient gré aux socialistes d'aller chercher leurs modèles législatifs dans les Edils rendus en Conseil du Roy, au début du règne de Louis XV le Bien-aîmé.

— J'avais déjà mis le point final au présent chapitre, — et même poussé bien au-delà — lorsque les faits m'ool amené à le reprendre pour y ajouter une rallonge.

Les journaux parisieas du9 juia 1906 publient le texte d'un projet de socialisation du sol, présenté à la Commisxiott de la réforme agraire de la Douma russe, par les 104 députés qui formaient dans cette assemblée le k Parti du travail ». Je ne résiste pas à la tentation de reproduire ici les principales dispositions de ce projet, où j'ai retrouvé avec joie non seulement la pensée maîtresse qui commande ma propre conception, mais jusqu'aux formules et aux expressions mêmes qui en sont la traduction nécessaire.

Le principe fondamental d'abord :

1* La législation agraire doit établir un nouvel ordre de cbosea tel que toute la terre, le sous-sol et les eaux deviennent propriété nationale; que la terre destinée à la cullure ne soit accordée qu'à ceux qui la travailleront de leurs propres bras. Tous les citoyens doivent avoir un droit égal à jouir de la terre dans ces conditions.

2" Dans ce but, ua fonds national de terre devra être formé. Il englobera toutes les terres relevant actuellemeat du Trésor, les apanages, les terres de la Couronne, des couvents et des églises. Y entreront également les terres des propriétaires fonciers expropriés par mesure législative. Les terres qui resteront entre les mains de propriétaires privés ne devront pas excéder certaines limites, déterminées pour chaque localité d'après la puissance moyenne de travail.

3' Les lots anciens, ainsi que les terres des propriétaires privés ne dépassant pas le maximum déterminé d'après la puissance moyenne de travail, resteront à la disposition de leurs anciens détenteurs, mais les mesures législatives utiles seront prises pour empécber toute concentration entre les mêmes mains de surlaces supérieures â la moyenne établie comme il est dit ci-dessus, et pour garantir ainsi le passage graduel de toutes les terres entre les mains de la nation.

Les iDdemnités :

4° L'Etat prendra à sa charge le paiement des indemnitéspour les terres expropriées par mesure législative et pour celles que des propriétaires lonciera céderont volontairement au fonds national. Le taux de l'indemnité, les conditions de son paiement, les cas où l'expropriation se fera, sans indemnité (?) ne seront déterminés que lorsque toute la réforme agraire aura été discutée par le peuple assemblé dans ses comices sur les Heus.

Les conditions et le mode d'application :

.... 9* Les terres propres à la culture seront distribuées à ceux qui désireront les cultiver par leur propre travail, le droit de préférence appartenant aux habitants des localités et aux cultivateurs. En tout cas,

i droit à un lot pour habitation à un lot de culture là où des lerres

tout travailleur a dans la localité, et â arables seront d

10' L'a Ilot! seement se fera sur le principe de là puissance moyenne de travail, c'est-à-dire que la surtace concédée ne devra jamais dépasser une limite telle que la famille ne puisse la labourer es personne et sans avoir recours au travail salarié. S'il reste un excédent, on en constituera un fonds de réserve administré soit par l'Etat, soit par les institutions locales, dans le but de pourvoir à l'accroissement de la population, ou à la dotation des personnes originaires d'autres endroits.

13' En cas de diminution ou de dissolution d'une

famille, la terre, venant du fonds national, devra y retourner. Les intéressés recevront une indemnité pour toutes les améliorations qu'ils auront apportées à leur lot. II sera interdit de céderles lots par unacle privé (1)-

17' En ce qui concerne tous les actes préparatoires à la réforme agraire, et pour régler toutes les questions qui vont surgir pendant la période transitoire, on nommera des Comités locaux, de gouvernement, de district, de volost. Ces Comités seront élus au suffrage universel, égal, direct et secret (2).

(I) Oa sa ROuvient que mon projet comporte, bu coatraire. la (acuité d'aliéner la propriété privée. Je me deraaDile cependant s'il y a une dilTérence appréciable enlre la conception des députés russes et la mienne. H faut remarquer, en eCIel, que, dans le projet soumis à la Douma, l'interdiction de vendre ne l'applique qu'à la terre d venant du londs national m, L'accord pourrait donc élre complet, quant à la lacullé de vendre, pour les lerrea u qui resteront & la disposition de leurs anciens détenteurs », alnei qu'il est dit au 3' du projet de le Douma.

|S) Il iBul noter que, dans loua les projelH d 'établissement du snUragp univeriiel, élaborés en Ruiiste par les partja : ciJa, le droll do vole ent ùleudu aux Imnniea.

, . , , 18° Les Comités locaux seront chargés :

a/ D'orHaoiser les débats les plus larges sur les principes généraux et sur les détails de la réforme agraire en y faisant participer de la laçon la plus libre et la plue complète toute la population.

b/ D'établir la statistique de la quantité et de la distribution des terres, du nombre et de la situation des personnes ayant besoin de terres, de fixer conformément aux nécessités et aux conditions locales les dimensions des lots établis d'après la puissance de travail et de consommation, d'élaborer un projet de réalisation de la réforme répondant aux conditions locales.

J'arrête ici ces citations : elles sutBseot pour justifier quelques réQexious.

Et tout d'abord, OQ ne pourra manquer d'âtre frappé de l'admirable unité de pensée qui, pardessus les frontières, en dépit des diflérences de race, de langue, de mœurs, d'institutions politiques, cimente en un seul bloc tous les socialistes. Chez les théoriciens de tous pays, chez les membres de notre Comeil National de France, chez les dirigeants autorisés de la Social-Démocratie allemande, chez les prolétaires industriels déjà parvenus à la conscience de leurs intérêts de classe, jusque chez les moujicks russes, — socialistes qui se cherchent et s'ignorent peut-être, — chez tous, les mêmes vues d'avenir, le même bu! assigné à la Révolution : supprimer le capital, tout le capi-

tal, mais rien que )e capital ; et, du même coup, restituer, ou donner, et garantir au travailleur, partout où le permettent les conditious de la production, la propriété individuelle de leur instrument de travail. Tel est le problème auquel les élus des isbas moscovites viennent, pour la première fois, dans le monde, de donner une forme législa live. Devançant Jaurès, — et aussi, hélas I avec des cliances de succès dont l'espérance nous est interdite, — ils ont mis en texte de loi le programme de leur vieux journal : la terre aux paysans. Viendra-l-on leur chanter, à eux aussi, l'antienne dont ou nous rebat les oreilles, leur reprocher de ruser avec leurs opinions, de n'avoir pas le courage de leurs propres idées ? Si nos Leroy-Beaulieu sont plaisants lorsqu'ils veulent enseigner le collectivisme à Guesde, ils seraient odieux à vouloir donner des leçons de courage aux héroïques révolutionnaires de Russie.

Heureux les Russes, ^ si leur bonheur n'avait

pas déjà coûté et ne devait pas coûter encore

tant de sang et de larmes, — heureux les Russes,

i semblent bien appelés à faire l'économie

Ld'une Révolution. Je m'explique: d'un seul hond,

tet brûlant une étape, ils tentent de faire en un

I seul coup la Révoluliou politique, — que nous

I avons faite, — et la Révolution économique, —

qui nous reste à faire. La Doumaoous en montre le chemin. On y a compria tout de suite que la liberté politique du citoyen lusse ne serait qu'un mot si elle n'était pus détendue, — saluez, messieurs les économistes! — par « le rempart de la propriété». Et c'est pourquoi, tout en réservant le fonds commuu, et sous le domaine éminent de la natiou, oo propose de distribuer la terre à quiconque voudra la travailler. Ainsi le nouvel électeur russe, maître de sa terre, fièrement campé sur son outil, sans crainte que le sol manque sous ses pieds, pourra braver toutes les puissances d'oppression. Qu'ils l'aient donc, iàbas, nos frères si cruellement éprouvés, qu'ils l'aient avant que nous ne l'ayons ea France, celle qu'appelle en termes touchants la vieille et mélancolique chanson:

. Oh 1 quand viendra la belle ?

Voilà des mille et des cent ans Que Jean Guëtré l'appelle, République des Paysans 1

Est-ce à dire que la Douma ne songe pas au sort des ouvriers d'industrie, au prolétariat des villes déjà si nombreux, et si malheureux, en Russie ? Ce serait calomnier la Douma que de le croire. Elle court au plus pressé ; elle vole tout d'abord au secours des paysans, qui meurent

littéralement de faim: et le premier projerpï sente par le Parti du Travail est un projet exclusivement agraire. Mais ce projet même annooceet amorce la réforme ou plutôt la révolution intégrale, celle dont les bieufaits s'étendraient à tous les travailleurs. Voici une autre disposition de ce projet r

T Une loi spéciale déteroimera les coudilioas de l'exproprialioa du tréfonds et des eaus, qui sont actuellemeni exploîEés sous le régime de la propriété privée, ainsi que des terrains occupés par des entreprises induslrieltes ou par des maisons d'habitation dans les villes...

Tel eat le texte législatif, appuyé par un parti poissant, quifaitluireaux yeux des ouvriers russes l'aube de leur émancipation déQuitive. Eux aussi, qu'ils aient, avant leurs frères de f'rance, et le produit intégral de leur travail et celte pleine liberté politique qui oe va pas sans l'émancipa" tion économique 1 Ce souhait nous le formons du fond du cœur, et non pas sans quelque retour sur nous mêmes : l'exemple une fois venu du Nord, combien le prolétariat français tarderait-il à le suivre ?

u Ob ! quand viendra la belle? n

L'adage qui sert d'épigraphe à ce chapitre nous vient des jurisconsultes de l'ancienne Rome : la prescription est la mère du genre humain. Et, de fait, dans les périodes historiques qu'a jusqu'à présent traversées l'humanité, il n'y aurait pas eu de société possible si les pires violences, les pillages et les rapines qui, au témoignage de Gœtbe, sont à l'origine de toutes les grandes fortunes, n'eussent été, après un temps plus ou moins long, légitimés par le seul laps du temps. Pas davantage, les hommes n'eussent pu travailler, fonder une famille, vivre de la vie sociale si chacun d'eux eût pu craindre éternellement d'être recherché pour les crimes, les fautes ou les dettes d'un aïeul, d'un bisaïeul, d'un ancêtre plus lointain encore : allant plus loin, on a dû admettre, pour le bien général, que le temps efiace jusqu'au souvenir des fautes et des dettes même personnelles.

Il est donc uDaainement proclamé que la prescription est une iastitution bieofaisaote et ni;iternelle. Materoelle et bienfaisante aussi une autre institution, qui n'est, d'ailleurs, qu'une des formes de la première : c'est l'abolition périodique des dettes, qui, s'il faut en croire les historiens, était pratiquée tous les cinquante ans chez le peuple de Dieu, avaot qu'il ne devint déicide. On la célèbre sous le nom de Jubilé : on la flétrit sous le Dom de banqueroute. La hideuse banqueroute! s'écriait Mirabeau. Et il est certain que, sous ce dernier vocable, l'institution n'a pas bonne réputation. Sans nous eflaroucher du mol, examinons d'un peu près la chose.

Le séculaire labeur de nos ancêtres, quoique déréglé et contrarié par bien des traverses, nous a fait, en dépit de tout, une patrie mieux aménagée que tant d'autres, le Dahomey, le Congo, la Turquie des Sultans rouges, la très catholique ipagne, et la Sainte Russie des Tsars. Les hommes de notre génération ont trouvé sur le sol français tout un outillage national, — pour ne point parler encore de l'outillage privé, — qui représente d'incalculables eflorts : roules, ponts, chemins vicinaux, ports maritimes et fluviaux, canaux navigables et d'irrigation, maisons d'école..., etc.. L'esprit se refuse à admettre que les

sommes éoormes qui ont élé ainsi dépensées puissent à tout jamais fonctionner comme capital et, sous forme d'intérêt, se faire payer leurs services. Le passé écraserait le présent : les vivants succomberaient sous le faix des charges léguées par les morts.

Il ea est ainsi, cependant, au moins dans une très large mesure.

Si, grâce à la banqueroute révolutionnaire, les Français d'aujourd'hui ne paient plus rien pour l'usage des anciennes roules royales, dues aux grands intendants du XVllI® siècle ; si les derniers ponts à péage ont disparu (ce qui n'est pas certain); si les droits de navigation sur les canaux ont été supprimés en 18S0, en revanche, nous payons encore, et très cher, l'utilité que nous procure la plus forte part de notre outillage collectif. Indirectement ou directement, nous payons. Indirectement, par exemple, pour nos chemins vicinaux, nos écoles, nos réseaux télégraphiques et téléphoniques : pour les construire, en effet, il a fallu faire des trous au budget, puis combler ces trous avec des emprunts, dont nous servons la rente. Directement, pour nombre d'aménagements nouveaux de nos ports, faits grâce aux emprunts, non remboursés, des chambres de commerce. Directement encore pour nos chemins

de fer, que grève un gros CHpital-aotLons et un énorme capUal-obligatioos, auxquels le public paie, avec garantie complémeataire de la oalioD, UD large tribut annuel de coupons et de divi-

II est écident, évident au point que nul u'y peut contredire, que si, du jour au leudemaio, tout cet outillage, aujourd'ui rémunéré, devenait absolument gratuit, la production nationale, soulagée d'un poids fort lourd, pourrait prendre un iacompariible essor. On peut réprouver l'opération brutale qui procurerait ce résultat, mais nul ne niera qu'elle tût pratiquement avantageuse. Et ceci revient à formuler cette vérité élémentaire que, pour les services à en attendre, capital mort vaut mieux que capital vivant. Pour bien dire, le capital, comme certains animaux comestibles, n'est vraiment utile qu'après sa mort. Les commerçants, les industriels le savent bien, dont le premier souci est d^amorltr aussi rapidement que possible le capital de leurs entreprises (Ij. L'existence d'un capital, une fois son office initial rempli, ne se manifeste que par

(1) U la ut précise [■ que ramortissemeDt du caplbil daDB une enlreprlae privée ne profite qu'au chel de l'entreprlae. Dès lora que ce capilul, une lois dégagé, est maître d'aller s'employer alIteurB au même titre, la diable, — Je Teuidlra le capitaUsme — n'y perd rien.

des exigences tuujours renaissantes: et cela est vrai du capital qui s'est employé dans les industries particulières comme du capital utilisé nationalement. Une [ois mort, il laisse derrière lui le souvenir de ses vertus premières ; il continue à rendre des services, mais ne demande aucun salaire :

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