COMMENTAIRE
1. Le but de l’article 1 er est d’établir le principe de l’universalité de la nomenclature botanique. L’article 6 en découle.
2. Linné avait posé des règles absolument arbitraires, qu’il n’essayait pas même de justifier (voir FUI. lot. § 225, 226, 229, 230, 231). Son antagoniste Heister faisait de même. A notre époque on ne veut point se soumettre à la volonté, même d’un homme de génie, mais on ne serait pas très-éloigné d’obéir à des majorités. L’article 2 signifie, entre autres choses, qu’un congrès de savants peut bien élucider une question, ou manifester une opinion par un vote, mais non imposer une règle ou prohiber une méthode.
3. En nomenclature, comme partout dans les sciences, il est impossible d’admettre ce qui implique des équivoques ou un fait faux. Toutes les règles, du moins toutes les règles nécessaires, c’est-à-dire celles qu’on ne peut enfreindre sans faire quelque chose de nul, sont le développement de ce principe fondamental. S’il s’élève un doute sur une question de nomenclature, le moyen de lever l’incertitude est presque toujours de se dire : En suivant tel procédé ou tel autre, en résulte-t-il des équivoques, des assertions fausses, des erreurs, immédiates ou possibles? La réponse indique ce qui est permis ou ce qui ne l’est pas.
4. Il est impossible de ne pas reconnaître un certain droit à Vusage, car le maintien de noms très-connus, de formes très-usi-
tées, donne souvent de la clarté et de la précision et dispense de noms nouveaux. Seulement il ne faudrait pas consacrer une erreur grave pour l’avantage médiocre de suivre une habitude.
Nous rappelons aussi que les exceptions fondées sur l’usage, étant des exceptions, ne doivent être ni imitées ni étendues. C’est le principe ordinaire du droit.
8. Linné employait le mot Familia , qui n’est pas de très-bonne latinité. On préfère en général Or do, et en français on aurait pu dire Ordre , comme on dit en anglais Order. Le mot Famille a été trouvé ingénieux; cependant c’est plutôt le genre qui ressemble à une famille humaine, puisque dans celle-ci tous les individus portent le même nom, chacun ayant en outre son nom de baptême analogue au nom spécifique.
Le mot Cohorte, Cohors , de très-bon latin, a été employé dès 1835, par M. de Marti fis, dans son Conspeotus regni vegetahilis , pour les groupes supérieurs aux familles et inférieurs aux classes. MM. Bentham et Hooker fils l’ont adopté dans leur Généra. Il nous paraît préférable au mot classe, qui s’entend ordinairement de divisions plus grandes, et au mot alliance , de Lindley, qui a l’inconvénient de ne pas pouvoir être traduit par un mot analogue en latin, fœdus ayant une forme tout autre. Cohors est facile à introduire dans les langues modernes, sans altération ou avec un léger changement de désinence.
9. La division des espèces devient chaque jour plus importante. Plusieurs botanistes contestent les caractères attribués par d’autres à l’espèce, mais aucun ne peut nier l’existence de groupes collectifs de la nature de ceux appelés par Linné espèces , et ils doivent bien reconnaître, en même temps, qu’il existe beaucoup d’autres groupes inférieurs, surtout parmi les plantes cultivées. Si l’hérédité ou non-hérédité des formes était toujours une chose claire et tranchée, la division de l’espèce serait facile: il y aurait 1° des races qu’on pourrait aussi appeler variétés principales ou sous-espèces, et 2° des variétés non héréditaires. Mais l’hérédité est une tendance commune à toutes les formes, seulement, elle est plus ou moins constante et plus ou moins complète. Quand une modification d’espèce est habituellement héréditaire elle devient à proprement parler une sous-espèce , en d’autres termes on peut hésiter à l’appeler une espèce et beaucoup l’ap-
pellent ainsi. Avec des caractères moins tranchés et une transmission par graines moins fréquente, c’est certainement, au dire de tout le monde, une variété. Moins de caractères et moins d’hérédité constituent des subdivisions de variétés ou sous-variétés. Enfin, il [existe des variations provenant d’un même individu, variations qui ont quelque tendance à se propager de graines, comme on peut le voir en récoltant des graines sur la branche qui les a produites. De ce point on descend, lorsqu’il s’agit de plantes cultivées, à des modifications tellement nombreuses et tellement compliquées, qu’il est impossible de les nommer, à moins de procédés particuliers dont nous parlerons plus loin (art. 14 ).
9. 10. On peut hésiter entre le terme de sectio et celui de siégerais, pour désigner les subdivisions naturelles de plusieurs genres. Subgenus est plus expressif, mais sectio a cet avantage de permettre un double degré de division, ce qui parfois est nécessaire. En effet subgenus peut se placer aisément entre genus et sectio , de telle sorte, qu’en employant encore le mot subsectio , les genres nombreux en espèces et d’une organisation variée, se subdivisent, avec une grande clarté, selon l’importance des caractères. Du reste, le mot sectio , dans le sens de sous-genre, est devenu familier par son adoption dans le Frodronius.
Les nombreuses subdivisions indiquées à l’art. 10 devraient servir, dans beaucoup de cas obscurs ou contestables, à éviter des noms nouveaux de genres et d’espèces. Iiésitez-vous à créer un genre? faites-en un sous-genre ou une section. Hésitez-vous à créer une espèce? faites-en une sous-espèce ou une variété. Voilà des termes moyens sur lesquels peuvent s’accorder les botanistes qui voient essentiellement les différences et ceux qui voient essentiellement les ressemblances. Distinguer, sous un nom commun et ancien, n’est pas confondre; ce n’est pas non plus séparer, mais c’est éviter une foule de noms nouveaux, surtout d’espèces, qui seraient contestés.
12. Nous avons cherché un mot latin pour le mot français trèsconnu et très-précis de métis. Les dictionnaires indiquent bigener , is, mais le mot genre étant pris en histoire naturelle dans une acception particulière, ce serait créer une erreur, une confusion, d’employer bigener pour un hybride et à plus forte rai-
son pour un métis. Le mot m$tm existe ; il répond presque littéralement à métis. Ce mot n’a pas en latin le sens précis que nous proposons de lui donner, mais on peut en dire autant des mots gémis et species. C’est une nécessité de la science de limiter le sens des mots latins, pour rendre des idées plus claires et plus précises.
14. Les botanistes, proprement dits, lorsqu’ils ont voulu s’occuper des espèces cultivées, n’ont pas eu de peine à désigner certaines formes principales comme races ou sous-espèces, et d’autres moins importantes comme variétés ou sous-variétés. On peut citer, sous ce rapport, le mémoire sur les Brassica, par de Candolle (Trans. of the Linn. Soc. vol. 5), couronné en 1821, par la Société d’horticulture de Londres, et résumé sous une forme strictement botanique, dans le Systema, 2, p. 583. Dans ce travail, les races sont nommées en latin stirps , mais le mot proies nous paraît indiquer mieux une propagation par hérédité. Il se prête mieux aussi à l’addition de siib, qui a de l’avantage pour caractériser une sous-race.
Un autre travail très-remarquable est celui sur les blés par Louis Vilmorin (Essai d’un catalogue des froments, br. in-8°, 1850). Sa valeur est évidente quant au fond, mais l’auteur a désigné les principales formes du Triticum vulgare par les termes de variétés et ensuite d £ sections. Il aurait mieux fait d’appeler ces formes, essentiellement héréditaires, des races et sous-races , car le mot section a un autre sens dans les livres de botanique.
L’ouvrage important de Dochmal, sur les arbres fruitiers, tombe encore plus dans cet écueil 1 . Les genres y sont divisés en tribus et les espèces en genres (!). Que dirait-on d’une armée dans laquelle des compagnies se diviseraient en régiments ou en bataillons? d’un pays où certaines communes se diviseraient elles-mêmes en provinces et en départements ? d’une ville où les rues s’appelleraient des quartiers ?
Evidemment il y aurait progrès si les agriculteurs et horticulteurs adoptaient les termes usités en botanique pour les principales subdivisions des espèces. Quant aux modifications extrê-
1 Ber sichere Fiihrer in d. Obsfkunde, 4 vol. in-8°. X liront) erg 1855 — 60. Voir 4, p. 201, 213, etc.
mes clés plantes cultivées, elles n’ont pas de limites. Dans beaucoup de cas elles sont tellement nombreuses, tellement légères, tellement incertaines quant à leur origine, et si souvent compliquées d’hybridité, qu’il est impossible de prétendre à une classification régulière et satisfaisante. Certaines espèces sont recherchées des amateurs pour des variations infinies de nuances, de taches, de grandeurs de pétales, etc. Les formes dont on parle sont, pour ainsi dire, éphémères. Elles passent, ou d’ elles-mêmes, ou quand la mode changeant on les abandonne. Mettre de la régularité dans la nomenclature de ces mille et mille productions des jardins, serait aussi impossible que d’es- .sayer une classification des étoffes que les fabricants créent et dénomment chaque année. Les mots de semis et de sport. usités en horticulture, ont l’avantage, 1° d’être connus, 2° de désigner le fait important de l’origine, 3° de ne pas trop préciser le degré de fixité et d’importance de modifications toujours peu importantes. On traduit aisément ces mots en latin, car salas et hmis, sont dans tous les dictionnaires. Le mot sport des anglais ( lusus ), peut parfaitement s’introduire en français et en allemand. Il est déjà plus ou moins connu et sa brièveté le rend commode.
Du reste, les sports et les semis deviennent quelquefois héréditaires et prennent alors le nom de race ou sous-race. Les sports et les semis peuvent se croiser, et les métis, qu’on propage par greffe, bouture, etc., paraissent comme des sports. Il résulte ainsi, de la diversité même des faits, une complication, pour ainsi dire inextricable, intéressante au point de vue physiologique, mais qui échappe aux méthodes régulières de classification. Tâchons d’obtenir que les grandes divisions des espèces cultivées soient assimilées à celles des espèces spontanées. Ce serait déjà beaucoup relativement à l’état actuel des choses, etil est probable que les horticulteurs le sentent aussi nettement que les botanistes.
15. A l’époque de Linné, quelques naturalistes d’un grand mérite ont blâmé, non sans raison, l’arbitraire avec lequel il changeait des noms de genre qui existaient. Aujourd’hui ces abus sont légitimés par cent ans d’usage. Il y a, comme disent les jurisconsultes, prescription. Quant aux noms d’espèces, Linné les
ayant employés le premier, il a pour ceux qu’il a faits, le droit le plus légitime, celui de la priorité.
Nous disons en botanique ; ainsi le même nom peut être employé, selon nous, dans les deux règnes. Ceci est contraire à Tune des règles de Linné (PMI. bot. 230), mais il faut remonter pour cette question au principe fondamental (art. 3) de toute nomenclature, qui est d’éviter les erreurs, les ambiguïtés, les confusions. Y a-t-il confusion possible quand un groupe de plantes est nommé comme un groupe d’animaux? Évidemment non. Si par hasard un genre de plantes recevait le nom de Psittacus, personne au monde ne prendrait les espèces pour des perroquets. A toute rigueur il pourrait y avoir des équivoques dans certaines catégories obscures d’êtres qui ont été rejetées d’un règne à l’autre, comme les Oscillaires, les Diatomacées. Nous en concluons seulement que, dans ces classes douteuses, un naturaliste fait bien d’éviter des noms communs aux deux règnes.
20. La désinence aies pour les cohortes, a été proposée en 1835 ‘par Lindley. Celle en ineœ, employée plus tard dans quelques ouvrages, a l’inconvénient d’être moins tranchée, d’être employée déjà pour plusieurs familles et d’avoir plutôt l’apparence d’un diminutif. A ce point de vue, elle est meilleure pour des sous-familles que pour des agglomérations de familles. La forme en aies est adoptée dans le Généra de MM. Bentham et Hooker fils.
22. La dérivation en acece est très-conforme au génie de la langue latine, mais celle en inece existait aussi pour des sens analogues, d’après ce que m’a expliqué un habile professeur de langues anciennes s , in, dans les radicaux latins étant employé dans le sens de ac. L’euphonie a décidé, tantôt pour une des formes, tantôt pour l’autre, et les botanistes ont imité.
Les exceptions à ces deux désinences, pour quelques familles se justifient par un long usage, et quelquefois par l’usage et l’euphonie en même temps. Le principe général de changer les noms le moins possible s’applique ici. Enfin, dans les grandes
1 A key to botany.
ï M. A. Cherbuliez.
familles, très-apparentes, anciennes, qui ont des noms d’une tout autre forme, la difficulté de choisir un des genres, parmi des centaines, pour en faire en quelque sorte le drapeau de la famille, est un obstacle réel. Pourquoi les Légumineuses s’appelleraient-elles Fabacêes , plutôt que Trifoliacées, Astragalacées, ou de cinquante autres manières? En pensant à plusieurs familles, un de leurs genres se présente souvent seul à l’esprit; mais quand on pense aux Légumineuses, une foule viennent aussitôt à la mémoire, et pas plus le Faba qu’un autre. L’objection que certaines Légumineuses n’ont pas des légumes; que certaines Composées ont des fleurs isolées, n’est pas bien forte, en comparaison de l’ avantage de noms anciens et trèsconnus. La fixité des noms est un principe d’ordre supérieur (art. 3).
25. Il en est des noms de genres ou de sections comme de nos noms patronymiques. Certainement beaucoup de noms d’hommes sont incommodes ou même ridicules, parce qu’ils ont la forme d’adjectif, ayant un sens, ou qu’ils sont difficiles à prononcer, ou par telle autre cause, mais une fois qu’ils existent pourquoi les changer? La science n’a pas pour but de faire des noms. Elle se sert des noms pour distinguer les choses. Si un nom est différent des autres, le point essentiel est obtenu.
On tire les noms génériques de certains caractères, de certaines apparences, de l’habitation principale, de noms d’hommes, de noms vulgaires et même de combinaisons de lettres tout à fait arbitraires. Il suffit qu’un nom n’entraîne pas de confusion ou d’erreur. Aussi longtemps qu’on n’a pas voulu remonter à ce principe très-général, on est tombé dans le défaut de fixer des règles admises par les uns, repoussées par les autres.
Il a été fait quelquefois en l’honneur du même savant des noms de genres très-divers, quand les noms s’y prêtaient. On a fait Pittonia etTournefortia, pour Pitton deTournefort, Brownia et Brunonia pour Brown, etc. Ces noms nous semblent pouvoir rester, car ils ne peuvent se confondre dans les tables, ni dans le discours. Assurément si, depuis qu’on a fait Brownia, il avait paru un botaniste appelé Brunon , personne n’aurait critiqué un genre Brunonia, donc Brunonia est un nom de genre admissible.
28, 3° Rien de plus incommode, en synonymie, que d’avoir à expliquer comment tel genre de tel auteur, n’est pas tel genre sous le même nom, du même auteur, à une autre époque. Si c’est dans la même famille la difficulté est encore plus grande, et il y a vraiment danger de confusion.
28, 4° En dédiant des genres à de grands personnages étrangers à la botanique, même à des savants illustres qui ne se sont point occupés de sciences naturelles, on fiatte des personnes qui ne vous en savent souvent aucun gré, on n’encourage pas les jeunes botanistes, qui aiment une distinction réservée aux botanistes, et parfois on choque des susceptibilités nationales ou religieuses, qui n’ont rien à voir dans la science. Ainsi l’idée de nommer le plus grand des arbres Wellingtonia a été une double faute. D’abord il existait un nom de genre, Séquoia, lequel a dù rester. En outre on a provoqué un troisième synonyme, non moins inutile, Washingtonia, à l’imitation duquel chaque nation se serait mise à forger un nom d’après son héros favori.
28, 6° On se trouve bien d’avoir plusieurs genres de fougères dont le nom est terminé en pteris , plusieurs de plantes fossiles en ites, plusieurs de la famille des Lauracées en daphne, etc.
29, 2° On a fait quelquefois des noms de section en ajoutant oides ou opsis au nom du genre lui-même. C’est un pléonasme un peu trop naïf, car une section rappelle nécessairement son genre et lui ressemble. Annuler des noms ainsi faits aurait pourtant plus d’inconvénient que d’avantage, car d’un côté on cite rarement les noms de section, et de l’autre en les changeant, on crée des synonymes de plus.
29, 3° Établir le même nom de section dans plusieurs genres n’a pas beaucoup d’inconvénient, surtout dans des familles différentes, parce qu’on ne cite pas un nom de section sans dire le genre. Cependant il vaut mieux l’éviter. Cela gêne, si, plus tard, les sections sont converties en genres.
40. Le système que nous indiquons pour les plantes cultivées (art. 14 et 40) se résume à ceci :
1° Pour les principales modifications de l’espèce adopter les noms et les formes usitées dans les espèces spontanées, c’est-àdire classer les sous-espèces, variétés, sous-variétés, d’après leur importance; dire, si possible, lesquelles sont habituellement
héréditaires (races, comparables à des sous-espèces), lesquelles le sont moins régulièrement (sous-races, variétés), lesquelles le sont rarement (sous-variétés) ; employer pour tous ces degrés et pour leurs métis, des adjectifs latins, comme dans les espèces ordinaires.
2° Pour les modifications inférieures, en nombre illimité (semis, métis du degré inférieur, sports), avoir des noms en langues modernes, des noms tout différents du latin, comme les horticulteurs ont déjà T habitude d’en donner.
Par le moyen de cette double combinaison les grandes modifications, qui intéressent b histoire naturelle générale, sont rattachées aux formes scientifiques, mais en même temps les modifications si nombreuses et si minimes d’importance, obtenues dans les jardins, portent des noms qui les distinguent. On ne peut plus les confondre, dans les livres, avec des variétés ou des espèces botaniques. Cette précaution est nécessaire parce que les horticulteurs, pour abréger, sont conduits à supprimer les noms intermédiaires entre le nom de genre et le nom du semis ou du sport. Ils ne peuvent pas dire : Brassica oleracea, acepliala, vulgaris , viridis , cavalier , qui exprime complètement les rapports du chou-cavalier avec les autres espèces de Brassica ; ils diront Chou-cavalier. Si au lieu de cavalier, il y avait un nom tel que grandis, ils diraient infailliblement Brassica grandis , et cela paraîtrait comme une espèce spontanée.
Évitons à l’avenir cette source d’équivoque. Il existe malheureusement des noms tels que Rhododendron papiïionaceum, Camellia planipetcda, etc., qui ont l’air d’espèces et qui se glissent dans les livres de botanique. O 11 chercherait en vain dans la nature ou dans les herbiers, ce qu’ils représentent. Ces produits des jardins sont factices. Qu’on les traite comme tels, et qu’on ne s’expose plus à les confondre avec des végétaux spontanés. D’ailleurs au bout de quelques années, la mode change. Personne ne se soucie alors de ces innombrables créations horticoles d’une espèce, qui ont fait les délices des amateurs. Où sont les deux ou trois mille dahlias de tel ou tel catalogue d’il y a trente ans? La plupart n’existent plus; leurs noms sont oubliés. Il est fort heureux que la plupart aient été nommés d’après un
général ou une clame, dont alors on s’occupait, plutôt que par un nom latin qui serait resté dans les livres.
43. Les communications dans des séances publiques, si elles ne sont pas accompagnées de la publication d’un compte rendu, peuvent laisser du doute dans la mémoire des auditeurs. Les étiquettes des collections publiques et des jardins, peuvent être transposées ou enlevées d’un moment à l’autre. Dans tous ces exemples, le fait de la publication ne peut pas être constaté suffisamment b
45. 46. Un nom d’espèce sans nom de genre, une combinaison de noms générique et spécifique sans la moindre explication, ne sont rien. Ce sont des mots vides de sens. Ils ne prennent une valeur, que du jour ou quelqu’un leur donne un sens en les complétant. Peut-être, dira-t-on, il y a des phrases spécifiques tellement courtes, tellement mal faites, qu’elles ne signifient à peu près rien, et de cette manière on devrait ou regarder comme nulles toutes les publications trop incomplètes, ou admettre à la fois et ces publications incomplètes et les noms purs et simples. Il y a cependant une différence entre ces deux cas. Le fait de l’absence de tout caractère ajouté au nom, est un fait défini, positif. L’insuffisance d’une description est quelque chose de vague, pouvant être contesté. Dailleurs un mot en apparence insignifiant, fait quelquefois deviner une espèce.
47, 1° Il serait très-utile de publier dans les journaux et dans les ouvrages de bibliographie, la date exacte de plusieurs livres et de planches sur lesquels on est trompé par les titres, ou l’on est dans le vague, à cause du défaut de titres datés. C’est surtout le cas des ouvrages par livraisons. Dans les herbiers bien organisés, on note sur les étiquettes des collections distribuées la date de réception, qui indique presque toujours celle de la distribution.
47, 3° Publier un nom que l’on ne peut adopter c’est jeter inutilement un synonyme dans la circulation, au moins dans les tables et les dictionnaires. Le Nomenclator de Steudel serait doublé s’il fallait y mettre tous les noms qui existent dans les jardins, les herbiers ouïes notes des voyageurs, même ceux qu’on
Voyez Bentham, Address to thc* Linn. Soc. 1867.
reconnaît ne rien valoir. Les noms de eette nature, quand on les publie, sont des morts-nés. Pourquoi augmenter leur nombre, à moins d’exception, par exemple quand l’auteur exige qu’on les fasse connaître ?
48. Pendant longtemps l’ universalité des botanistes a cité, pour une combinaison de deux noms, générique et spécifique, l’auteur qui l’avait appliquée le premier à une espèce. Quelques zoologistes ont suivi une autre méthode recommandée, en 1842, par le comité de MM. Strikland, Owen, etc., à l’Association britanique (Report § D), mais fortement combattue dès le premier moment par M. Agassiz ( Nomenclator , p. xxvi). Divers botanistes, MM. Fries, Fr. Schultz, Kirschleger, etc., ayant introduit la même méthode en botanique, ils ont rencontré aussi une vive opposition, et, par exemple, la commission du Bulletin de la Société botanique de France, a publié sur ce point une note motivée, qui a fait sensation (Bull. 1860, p. 438).
La nouvelle méthode proposée consiste à citer toujours pour une espèce, le nom de l’auteur qui l’a nommée et décrite le premier, indépendamment du nom de genre auquel cette espèce a été rapportée par les botanistes successifs. Parmi les adeptes de cette méthode, les uns se contentent de citer l’auteur de l’espèce, sans aucune explication; d’autres, surtout les zoologistes, ajoutent au nom ($p.), pour dire que l’auteur a fait l’espèce seulement; d’autres enfin, plus consciencieux, ajoutent: sub tel genre. Ainsi Matlàola tristis (L. sub Cheirantho ), veut dire : l’espèce que Linné appelait Cheirantas tristis , et qu’un autre (on lit dans la synonymie que c’ est Brown), a appelée Matlàola tristis. Prenons la méthode sous cette dernière forme, la plus perfectionnée évidemment, et voyons comment elle a été défendue et attaquée. Nous dirons ensuite notre opinion.
Le Comité de l’Association britannique s’exprimait de la manière suivante par l’organe de M. Strikland :
« Il nous paraît que l’auteur qui a le premier décrit et nommé une espèce, formant la base de généralisations futures, a plus de droit à voir son nom rappelé que celui qui a défini plus tard un genre dans lequel se trouve cette espèce, ou qui, par une
1 Report of the Brit. assoc. for 1842, p. 120.
sorte de hasard, a été conduit à réunir le nom spécifique au nom générique. En donnant l’autorité pour le nom spécifique de préférence à tous les autres, le lecteur est conduit directement à la description originale, l’habitation, etc., de l’espèce, ainsi qu’à la date de sa découverte. » Ainsi le Muscicarpa crinita , L., rapporté depuis au genre Tyrannus , doit être indiqué Tyrannies crinitus L. ( sp .), et, dit une note au bas de la page, Tyrannus crinitus (L.) serait peut-être préférable à cause de sa grande brièveté.
M. Agassiz, dans la préface de son Nomenclator soologims (p. xxv) s’opposait fortement. Il loue d’abord Linné d’avoir dit: « Nomen specificum nilest nisi distinctio specierum sub suo genere. Nulla dari potest differentia specifica ubi nullum genus. » Cela montre bien, dit M. Agassiz, quelle importance Linné attachait à la réunion du nom spécifique et du nom générique. Si l’on veut, comme le désirent les savants anglais, ne faire tort à personne, il faut citer une nouvelle autorité pour une nouvelle combinaison de noms. Je ne crains pas de dire que Linné aurait récusé expressément l’ expression Tyrannus crinitus L. (sp.) Il avait mis cette espèce dans son genre Muscicarpa et il l’aurait maintenue dans ce genre aussi longtemps qu’il n’ aurait pas eu
des doutes » « De cette méthode proposée par les savants
anglais, dit encore M. Agassiz, il découlerait nécessairement l’idée que les travaux faits pour constituer les genres valent moins que ceux faits pour distinguer les espèces, ce qui n’avancerait pas la science. » ... « Mais il en résulterait aussi une chose excessivement incommode : on ne pourrait pas, sans des recherches fastidieuses, remonter aux sources. Comment, en effet, trouver dans les ouvrages de Linné, ce qu’il a dit du Muscicarpa crinita , à moins qu’on 11e dise sous quel genre Linné en a parlé 1 ? Et combien la synonymie sera inextricable s’il y a plus tard un Tyrannus crinitus (L.) sp. selon Swainson , et un Tyrannus cri-
* Les partisans de la méthode répondraient peut-être qu’on publierait des tables de Linné par espèces. Ainsi au mot crinitus on trouverait toutes les pages des livres de zoologie et de botanique dans lesquelles Linné a fait une espèce portant le nom de crinitus, ce serait comme si dans un almanach des adresses on classait les individus par leurs noms de baptême. — A notre avis on pourrait le faire, mais ce serait très-incommode.
nitus (L.) sp. selon un autre auteur , qui aura confondu une nouvelle espèce avec l’ancienne crinita. Il faudra donc alors dire : Tyrannus crinitus L. {sp.) Sivains , et Tyrannus crinitus L. (sp.) x. » Agassiz termine en suppliant les auteurs de la nouvelle méthode, au nom des intérêts de la science, qu’ils ont à cœur, comme lui, « ut propositum deserant, schisma novum in scientiam non introducant, systema vero Linnæi simplicissimum illud, et erroribus babylonicæque in nomenclatura confusioni omnium minime obnoxium, æquo animo répétant. »
Passons maintenant des zoologistes aux botanistes, leur opinion ayant, pour nous, plus d’importance.
M. Kirschleger, en 1852, dans l’avant-propos de sa Flore d’Alsace, s’exprimait ainsi, après avoir mentionné les genres Ranunculus et Batrachium :
« Nous avons, par un procédé très-simple, rendu à chacun l’honneur qui lui est dû. A l’auteur du genre nouveau détaché d’un genre ancien, nous avons laissé le mérite (s’il y en a) d’avoir élevé un ancien sous-genre au rang de genre, en y attachant son nom. Mais le nom spécifique, nous l’avons laissé suivre du nom de celui qui le créa ou l’appliqua le premier, et en ayant même soin d’intercaler ce nom d’auteur dans une parenthèse, par exemple Ceplialaria pilosa (L. sub Dipsaco). Nous savons bien que cela peut blesser l’amour-propre de certains auteurs, mais nous préférons ne pas blesser les sentiments de justice et de reconnaissance envers les anciens ? »
En 1858, M. l’abbé Questier réclamait sur cette nouvelle méthode auprès de la Société botanique de France (Bull., vol. 5, p. 37). Il cite M. Billot comme ayant écrit : Mulgedium alpinum L. sp. 1117 ( sub : Sonchus ), Les s. syn. 142 , etc. « N’est-on pas tout d’abord étonné et choqué, dit M. Questier, de voir le genre Mulgedium attribué à Linné? Il est vrai que le correctif se trouve dans la parenthèse, mais la nomenclature jusqu’ici en usage nous apprenait la même chose plus clairement et avec moins de risque d’erreur. Si vous tenez à savoir, ce qui est tout naturel, à qui revient le Mulgedium alpinum vous devinerez peut-être, ou à force de recherches dans les livres, si vous les avez, vous parviendrez à savoir que c’est au premier auteur cité après la parenthèse. Je suppose que, d’après les ouvrages où l’on suit le
nouveau système, on ait à faire une table, une liste, un catalogue, une flore locale, un synopsis, un compendium, qui laissent peu ou point de place au développement de la synonymie, n’est-il pas à craindre qu’on ne néglige la parenthèse et tout ce qui s’ensuit, et qu’on ne nous donne purement et simplement des Midgedium alpinum L., Asterothrix hispanica Wilid., etc. Que devient alors l’histoire de la botanique? N’est-elle pas altérée, faussée? Et à qui la faute? Aux novateurs qui ont introduit ou propagé ce système dangereux ? »
M. Kirschleger reprend la plume en 1860, et dit dans le Bulletin de la Société botanique (7, p. 437) : « Je crois à la nécessité de restituer une foule d’espèces à leurs véritables auteurs et propriétaires. On écrit : Cota altissinia Gay et non Linné. Quel mérite a dans ce cas M. Gay ? Il a fait le genre Cota (bon ou mauvais, n’importe). Eh bien, que les honneurs du genre lui restent intacts et glorieux. Mais quelle prétention peut-il avoir à l’épithète (Y altissinia? Elle appartient à Linné ou à Tournefort. C’est de Y espèce que je veux parler, et non du genre, et si j’écris : Cota Gay altissinia L. (sub Anthemide) j ’ ai contenté, à la fois, la justice et la gloire et le mérite de chacun. Vous direz : cette notation est un peu longue. Au besoin, abandonnez dans les catalogues le nom de l’auteur du nouveau genre, et mettez le nom de l’auteur de l’espèce entre parenthèse. » M. Kirschleger dit ensuite ironiquement : La notation orthodoxe a l’avantage immense de favoriser les autorités. » Il entend par là « les mihi, les nobis, ajoutés à d’anciens noms, la gloriole de mettre son nom dans les livres. »
En réponse, la Commission du Bulletin de la Société botanique ajoutait l’article suivant (7, p. 438):
« La Commission ' croit devoir maintenir pleinement, dans les publications de la Société, la notation que M. Kirschleger appelle orthodoxe (c’est-à-dire l’ancienne). Cette manière régulière d’indiquer le nom des auteurs de familles, genres, espèces ou variétés (consacrée par les deux plus importants ouvrages de la botanique systématique de ce siècle, le Prodromus de de Candolle et le Généra d’Endlicher), est à la fois la plus simple, la
1 Elle était composée de MM. Cosson, Duchartre et Prillieux.
plus brève et la plus claire. C’est là son grand avantage, son principal mérite. Tout autre système, si équitable qu’il paraisse envers le premier auteur de chaque groupe de formes végétales, aura toujours l’immense inconvénient de jeter, dans le dédale déjà si embrouillé de la synonymie, un nouvel élément de trouble, d’incertitude et de confusion. »
« C’est d’ailleurs, ce nous semble, une erreur, ou au moins une exagération, que de considérer uniquement comme un hommage rendu au mérite et à la gloire de l’auteur cette sorte de signature que l’usage place à la suite du nom de chaque groupe de formes végétales établi, restreint, étendu, subdivisé ou transposé. Le nom de l’auteur ainsi placé n’est pas seulement la reconnaissance d’un droit que cet auteur exerce, mais est aussi la constatation d’une responsabilité qu’il doit subir. La perfection de la méthode naturelle est (comme l’a dit Linné lui-même) le but suprême de la botanique descriptive. Or, toute innovation taxonomique (création, restriction, extension, subdivision, transposition, de famille, de genre, d’espèce ou de variété est vraie ou fausse, bonne ou mauvaise. Est-elle bonne, elle perfectionne la méthode en un point quelconque, et il est juste que son auteur en soit honoré. Est-elle mauvaise, elle gâte la méthode en un point quelconque et son auteur doit en porter la peine. Dans l’un et l’autre cas, le nom d’auteur, régulièrement placé, indique pour chaque innovation la part de mérite comme la part de responsabilité qui incombe à chacun : Rien de moins, rien de plus. » Enfin, nous citerons M. Boissier, qui dans la préface toute récente du premier volume de sa Flore orientalis 1 soutient le système nouveau. « Deux raisons, dit-il, m’ont conduit à ce mode de nomenclature déjà adopté par plusieurs auteurs, l’une de justice, l’autre d’utilité. Il y a, en effet, dans chaque plante deux sortes de caractères, les uns sont individuels, constituent en quelque sorte l’essence de l’espèce et permettent delà distinguer des espèces voisines, ils restent toujours aussi immuables qu’elle-même, ce sont les caractères spécifiques. Puis viennent d’autres caractères collectifs, communs à plusieurs espèces, souvent basés sur des rapports réels entre les êtres organisés lors-
Un vol. in-8, Genève, 1867.
qu’il s’agit de genres appelés naturels, mais souvent aussi compris d’une manière très-différente et très-variable par les botanistes suivant leur tour d’esprit et l’importance relative qu’ils donnent à ces rapports, ce sont les caractères génériques. 11 m’a paru que pour le nom d’une espèce, les caractères spécifiques devaient primer les génériques, et qu’il est juste et logique d’attacher comme autorité au nom spécifique qui exprime les premiers et 11 e change pas, celui de l’auteur qui, le premier, a fait connaître la plante, plutôt que celui du botaniste qui a compris de telle ou telle manière ses affinités génériques. Ce mode soulage la mémoire en faisant faire un pas de plus à l’immutabilité des noms ; enfin il permet aux botanistes sérieux de remanier à leur grêla classification des espèces à un point de vue purement scientifique, sans risquer qu’on les confonde avec ces auteurs qui se laissent entraîner à des innovations intéressées où l’amourpropre a plus de part que la recherche de la vérité. »
Après ces citations que nous avons données m extenso par esprit d’impartialité, nous dirons notre opinion, qui a toujours été parfaitement arrêtée sur cette question.
L’usage de citer un nom d’auteur à la suite des noms de plantes n’est pas venu, comme le pensent quelques personnes, du désir de rendre hommage ou d’exercer un acte de justice. Sans doute il ne faut pas être injuste, par exemple en attribuant à un auteur un nom qu’il n’a pas fait, une idée qu’il 11 ’a pas eue, mais le procédé de citer les noms d’auteur est avant tout une mesure d’ordre. Son but est : 1° de distinguer deux ou plusieurs genres, deux ou plusieurs espèces qui ont peut-être, malheureusement, reçu dans la science le même nom; 2° de faciliter la recherche d’un détail extrêmement important: la date de publication d’un nom ou d’une combinaison de noms, l’un générique et l’autre spécifique.
Quand on veut rendre hommage à un botaniste, on lui dédie un genre. Quand on veut parler de ses mérites ou démérites au sujet d’une espèce ou d’un genre, on signale et on apprécie ses opinions, soit dans le texte d’une description, soit par quelque parenthèse dans la synonymie, mais la citation du nom à la suite du ou des noms relatifs à la plante n’exprime en soi ni mérite ni démérite. C’est la constatation d’un fait , savoir que tel au-
teur a le premier donné tel nom à un genre, ou qu’il a le premier rapporté telle espèce à tel genre ; de la même manière on peut indiquer, à la suite, qu’un autre auteur a fait telle autre combinaison de noms spécifique et générique. Chaque auteur a eu raison ou tort ; ceci n’est pas la question. Avant tout on a besoin de savoir quand un nom a été fait, ou quand une combinaison de noms a été faite, pour n’en pas proposer de semblables. Or, pour arriver à la date, il faut connaître l’auteur. On aurait pu donner la date même, au lieu du nom d’auteur, mais ce serait moins sûr, parce que dans une même année deux personnes pourraient, par hasard, donner le même nom à deux genres différents ou à deux espèces différentes. On a donc adopté l’usage de citer le nom de l’auteur plutôt que la date, et ce nom n’exprime en lui-même qu’un fait.
Mais, dira-t-on, il y a souvent deux faits à constater: l’espèce a été rapportée cl’abord à un genre, ensuite à un autre. Dans ce cas il est, à notre avis, plus clair de dire les choses successivement : l’auteur A a fait telle combinaison de noms ; l’auteur B a fait telle autre. En général, si l’on veut être bien compris, chaque idée doit être exprimée dans une phrase, ou au moins dans un membre de phrase distinct. Quand on veut exprimer deux choses clairement, on les sépare. Linné a fait une espèce appelée Cheiranthus tristis, et Brown a fait ensuite le Mathiola tristis. Pour l’exprimer il est plus clair de dire: CheirantJms tristis L ., et ensuite, à la ligne, ou après un point, Mathiola tristis Br ., que de dire, par voie de condensation, Mathiola tristis (L. sub Chmrantho). Avec ce style tout contracté:
« Brevis esse laboro obscurus fio. »
Dans l’exemple ci-dessus, on a voulu tout dire en peu de mots, et l’on a sauté un fait très-important, celui que Brown a créé la combinaison Mathiola tristis, par où vous pouvez remonter à la date et aux motifs de la création du genre Mathiola, ainsi qu’à la date et aux motifs qu’avait Brown pour rapporter l’espèce à son nouveau genre Mathiola. L’expression L . sub Cheirantho esta double et même triple sens. Elle comporte ouïe sens qu’on propose de lui donner, ou elle signifie que Linné, dans quelque note sous le genre Cheiranthus aurait parlé du genre Mathiola ,
ou encore qu’il aurait mentionné une espèce appelée par lui Mathiola tristis.
Les partisans de la méthode proposée demandent qu’on soit juste, mais, à notre avis, ils se trompent dans l’application de ce principe excellent.
Rien n’est moins juste que d’attribuer à Linné, par exemple, une combinaison de noms qu’il n’a pas faite, dont il n’avait pas l’idée, qu’il aurait peut-être blâmée s’il l’avait connue. On dira que l’expression Mathiola tristis (L. sub Cheirantho) n’attribue pas la combinaison des noms à Linné. Cela est vrai quand on connaît bien le sens de la parenthèse et qu’on la copie ou qu’on l’énonce textuellement, mais il y a les ellipses, les abréviations presque forcées, dont parlait ci-dessus M. l’abbé Questier. Comme on ne peut pas mettre les parenthèses entières dans les tables, qu’on ne peut pas non plus s’en servir dans la conversation ou dans le texte des discussions sur les espèces, on les omet. La preuve en est que dans la table de la Flora orientalis de M. Boissier, on trouve : Mathiola tristis , L. — Gypsophüa acerosa Boiss. — Tunica proliféra L., etc. Or, jamais Linné n’a fait un Mathiola tristis, ni un Tunica proliféra ; M. Boissier n’a pas fait non plus un Gypsophila acerosa. Ce sont autant d’inexactitudes, qui peuvent être des injustices, car nous ne savons pas si Linné aurait approuvé qu’on fît les genres Mathiola et Tunica, ou si ces genres étant reconnus bons par lui, il leur eut rapporté les dites espèces.
Si l’on tient avant tout à être juste, il faudrait bien autre chose que ce qu’on propose. B faudrait chercher quel est l’auteur qui a, le premier, non pas nommé un genre ou une espèce, ni rapporté une espèce à un genre, il faudrait chercher celui qui a donné la meilleure description du genre ou de l’espèce, qui en a le mieux fait comprendre les affinités, etc. Quand un botaniste crée un genre bien naturel, sur des caractères méconnus jusqu’alors, c’est à lui qu’il faudrait attribuer toutes les espèces qu’on adjoint plus tard à ce genre, car il a été la cause intelligente de ce qui s’est fait après lui. Il est plus important de savoir exactement le nom du genre que celui de l’espèce. Dites à un élève qu’une plante se nomme grata, qu’est-ce que cela lui apprend? rien. Diteslui qu’elle est du genre Clematis, ce sera beaucoup, car il pourra
chercher l’espèce dans les livres et il sait déjà peut-être à quelle famille appartient le genre. Rapporter une variété à une espèce a quelquefois plus de mérite que n’en avait la description de la variété par le premier qui en a parlé. S’il est question de mérite, il faut le chercher partout et dans chaque cas. Une fois le mérite principal reconnu, on citerait le nom de l’auteur, fallut-il remonter à Théophraste ; et quand un autre aurait rendu de plus grands services, on débaptiserait le genre ou l’espèce pour lui donner un autre titulaire. Recherches interminables, contestables, inexécutables, à moins qu’on ne soit occupé à faire des travaux tout spéciaux sur l’histoire de la science! Les partisans de la nouvelle méthode doivent répugner profondément à citer le premier auteur d’une espèce quand il l’a mal comprise, mal décrite, ce qui arrive assez souvent. Le fait est que ni la nouvelle méthode ni l’ancienne ne se prêtent à rendre une justice suffisante par le moyen des citations d’auteurs. Mais l’ancienne méthode au moins est exacte : elle donne avec précision ce qu’on veut avoir par la citation des noms d’auteurs. A cause de cela nous la préférons.
On dira que la méthode ordinaire encourage les amateurs de gloriole, ceux qui se plaisent à voir leur nom imprimé. C’est un bien petit côté de la question. Disons seulement que les amateurs de gloriole, d après leur caractère même, doivent un peu craindre le ridicule; or, faire des noms qui tombent aussitôt dans le bas-fond des synonymes, se faire appeler parmi les botanistes sérieux un faiseur , voilà qui est passablement ridicule et qui doit influer sur les amours-propres un peu plus que tel ou tel procédé de nomenclature.
Encore un mot d’un argument avancé par le dernier des auteurs que nous avons cités.
Il est regrettable que les genres ne soient pas tous évidents et que, faute de les avoir discernés d’entrée, on doive souvent hésiter, créer ou renverser tel ou tel genre, porter des espèces de l’un à l’autre, etc. Mais les espèces, de leur côté, sont-elles invmuables? Pas le moins du monde. On les comprend diversement; on les coupe, on les réunit, etc., comme les genres, plus peut-être que les geures. Leurs caractères ne sont pas fixes. Us doivent être changés quand on transporte une espèce dans
un autre genre, car alors elle doit être comparée avec d’autres espèces. De ces deux choses, l’espèce et le genre, malheureusement peu déterminées, le genre est pourtant le pivot le moifîs mobile, parce qu’il est basé sur des caractères plus apparents, plus importants, moins variables, parce que le nombre des genres est moins considérable que celui des espèces, et qu’on approche davantage de connaître tous ceux qui existent : nous entendons ici tous les genres naturels, car nous n’en admettons pas d’autres.
49. Il n’est pas complètement exact de dire qu’un genre est de tel auteur, qu’une espèce est de tel auteur, lorsqu’on change le sens attribué au groupe par l’auteur en question. C’est pour cela que Robert Brown, et après lui divers auteurs et tout récemment le D 1 ' Millier, d’Argovie ’, ont considéré comme faits par eux des groupes dont le nom était ancien, par exemple de Linné, mais dont ils modifiaient sensiblement les caractères ou la composition. Ainsi R. Brown (Prodr. fl. Novæ Holl., p. 494) donne un genre Myosotis , sans nom d’auteur (ce qui signifie dans l’ouvrage que le genre est de lui, voir p. 495 ExarrJiena , et ailleurs), puis il ajoute, comme synonyme, Myosotidis speci es. L. Il fait de même un genre Cynoglossimi (p. 495), qui a pour synonyme Cynoglossi sp ., L. Il attribue Convolvulus à Jacqum (p. 482), avec le synonyme Convolmûi species , L., parce qu’il entend le genre comme Jacquin l’avait modifié. De la même manière De Candolle (Prodr., III, p. 121) attribue son genre j Uhexia à Brown, parce qu’il l’entend comme Brown, et il donne pour synonyme lihexire sp ., L. Il dit aussi Crassula Haw . (voir Prodr., III, p. 383), et donne pour synonyme Crassidce sp., L. Dunal, dans le Prodromus, met Solarium Sendtn. Je pourrais multiplier ces exemples.
Le procédé, il faut en convenir, est d’une exactitude rigoureuse. Le genre Myosotis de Brown n’est pas précisément celui de Linné. Peut-être Linné n’aurait pas voulu l’entendre à la manière de Brown, par conséquent il n’est ni exact ni bien convenable de le lui attribuer. D’un autre côté, ce système a le trèsgrand inconvénient de reconnaître une foule de genres sous le
1 Dans les Eupliorbiacées du Prodromus. XY, sectio 2.
même nom, lorsqu’ils; diffèrent à peine. Ces genres viennent encombrer la synonymie et plus particulièrement les tables. Au bout de cinquante ans ou d’un siècle, on ne pourrait plus se reconnaître au milieu des noms, car il y aurait dans les Borraginées par exemple, autant de genres Myosotis ou Cynoglossum que d’auteurs ayant défini ces genres un peu diversement. De même pour les espèces. Chaque auteur qui aurait défini une espèce autrement, de manière à exclure ou inclure une lonne de plus ou de moins, serait censé avoir détruit l’ancienne espèce et en avoir créé une autre sous le même nom. Au bout de quelques années, l’indication des auteurs ne signifierait, pour ainsi dire, plus rien, et les ouvrages tels que ceux de Steudel seraient tellement remplis de noms semblables, qu’on ne s’y reconnaîtrait plus. Il convient donc de ne pas prétendre à une exactitude aussi absolue. Mieux vaut profiter d’un moyen simple, souvent employé, qui existe, pour obtenir la plus grande partie de la précision à laquelle on vise. Ce moyen est d’ajouter au nom de Fauteur qui a fait le genre ou l’espèce quelque chose indiquant une restriction, une addition ou une modification apportée au sens primitif. Les. mots pro parte , reformatas characteribus , exclusis specïbus , exclusa varietate , etc., peuvent être mis sous forme abrégée, et suffisent très-bien pour avertir du changement. Ils n’exposent pas à affirmer qu’un groupe est de tel auteur quand ce n’est pas rigoureusement exact. Après tout, le nom est ce qui importe le plus, à cause de la validité de ce nom qu’il faut justifier par la date. On changera tout ce qu’on voudra, par exemple, dans le genre Xerotes , Br. ; mais il y a une chose certaine et immuable, c’est que Brown a fait, en 1810, un genre sous ce nom. Ace point de vue, qui est le principal, Brown devra toujours être cité pour Xerotes.
50. La publication d’un nom est le fait essentiel, car c’est celui qui empêche de changer le nom, à moins de motifs graves. Celui qui publie a fait l’acte principal. Le voyageur qui a recueilli la plante, qui lui a peut-être donné un nom provisoire dans son herbier, mérite sans doute la reconnaissance des botanistes. Il a parfois plus de titres à cette reconnaissance que l’éditeur du nom; aussi est-il très-convenable de le citer à l’occasion de la patrie ou de l’herbier, mais ce n’est, pas lui qui a
rendu le nom public à une certaine date. Si on l’avait consulté alors, il aurait peut-être publié sous un autre nom.
Du reste, la conséquence de l’article n’est pas aussi grande qu’il semble, attendu que beaucoup de voyageurs ou collecteurs publient leurs noms, en distribuant leurs plantes (art. 42). Spruce, Kotsehy, Wallich et une foule d’autres ont publié leurs noms, au moyen d’étiquettes ou de catalogues, et doivent donc être cités. D’autres n’ont pas mis des noms, ou n’ont pas distribué leurs plantes ; alors on ne peut citer que les auteurs qui ont publié. Il est exact, par exemple, de citer Spruce pour une espèce nommée et publié par lui, décrite ensuite par Bentham, et de citer Bentham pour une plante de Hartweg distribuée par lui, sans nom, sous un numéro, mais nommée plus tard par Bentham. Agir autrement serait inexact, et pour d’anciens voyageurs ce serait peu équitable. Commerson, par exemple, a laissé des noms de plantes dans les herbiers, sans les publier. Ceux qui les publient maintenant, ne peuvent pas, en conscience, les attribuer à Commerson, puisque la botanique ayant changé beaucoup depuis l’époque de ce zélé collecteur, il n’aurait pas nommé ses plantes à présent comme il les nommait autrefois, et que peut-être, lui-même, après avoir mis un nom sur une étiquette en avait reconnu la fausseté.
51. C’est une erreur assez commune, mais regrettable, de citer comme auteur d’un nom de section celui qui avait fait le nom à titre de genre, ou vice-versa, ou encore de citer comme auteur d’une espèce celui qui avait nommé une variété qu’on élève au rang d’espèce. Par cette négligence on représente mal l’opinion de l’auteur primitif, et on trompe le lecteur sur la date du nom de section ou de genre, ou des noms collectifs d’espèce ou de variété.
52. La règle énoncée était suivie par Linné, de Jussieu, de Candolle, Encllicher, et tous les botanistes jusqu’à ces dernières années. Depuis quelque temps, il y a des botanistes qui se sont mis à abréger en supprimant les voyelles, même dans la première syllabe, et il en résulte : 1° que beaucoup de ces abréviations sont inintelligibles ; 2° que si l’on veut chercher le nom dans une liste alphabétique des auteurs ou dans l’ouvrage classique de Pritzel, qui contient tous les botanistes antérieurs à 1841, on
est obligé de lire tous les noms commençant par la première lettre indiquée, qu’il faut hésiter entre plusieurs d’entre eux, et que souvent on ne parvient pas à découvrir le véritable.
Voici, par exemple, quelques abréviations tirées d’ouvrages
récents ' :
Htzsch.
H. Bn. Brm.
Brghtw.
Bvn. Btt.