‹ Lois de la nomenclature botaniqueChapitre 7 sur 7 · HK · texte numérisé non relu

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Devine qui pourra!

Nous sommes parvenus à comprendre que, dans certains ouvrages, Ôrd. veut dire Ôrsted ; que Bth veut dire Bentham, plutôt que Booth; que Sz veut dire Schultz, plutôt que Steetz ou Szowitz; mais un jeune botaniste ne peut pas deviner.

Si du moins la dernière lettre du nom était mise en exposant, comme Ôr d , on comprendrait mieux; mais entre r et d, dans Ôrd., on peut chercher une quantité de voyelles ou de diphtongues, et l’on peut croire qu’après le d il y a encore des voyelles.

Ce qui rend ce mode d’abréviation très-obscur, c’est le grand nombre des voyelles ou diphtongues employées dans les diverses langues. Nous n’avons pas à chercher seulement parmi les noms latins ou de langues latines, mais aussi dans les noms allemands, danois, hongrois, bohèmes, russes, etc., qui ont des lettres et des combinaisons de voyelles différentes. Si l’on écrit Hook. pour Hooker, le premier commençant venu comprendra; on trouvera facilement le sens d’après Pritzel, car il y a peu de botanistes dont le nom commence par ces quatre lettres. Mais qu’un novateur s’avise d’écrire Hkr, on pourra croire que le nom commence par les combinaisons suivantes en laissant même de côté quelques combinaisons peu probables : Ha, Hæ, Ha, He, Hi, Ho, Hô, Hœ, Hu, Hü, Hy, Haa, Hae, Hai, Hao, Hau, Hea, Hee, Hei, Heo, Heu, Hey, Hii, Hia, Hie, Hiæ, Hio, Hiœ, Hiu, Hoo, Hoa, Hoe, Hoi, Hou, Hoy, Hua, Huæ, Hue, Hui, Huu, Huy, Hya, Hyæ, Hye, Hyo, Hyô, Hyu (total 47). Entre le ~k et IV

1 Nous pourrions dire quels ouvrages et à quelles pages, mais par égard pour les auteurs nous nous contentons de citer ces espèces de hiéroglyphes.

on peut hésiter entre les mêmes voyelles; enfin après IV, il pourrait y avoir encore 47 espèces de voyelles ou diphtongues, mais s’il n’y a pas de point après IV on pensera que le nom finit à r. 47 x 47 = 2,209. Il peut donc y avoir 2,209 noms, au moins, cachés sous l’abréviation Hkr — Le procédé de citer complètement la première syllabe et le commencement de la seconde est décidément plus clair, sans être sensiblement plus long.

C’est toujours une faute dans une abréviation de ne pas mettre un point quand il y a des lettres omises; de mettre, par exemple, RBr., pour Robert Brown; HBK., pour Humboldt, Bonpland, Kunth.

Quelques abréviations défectueuses se sont introduites dans les livres , et sont devenues si fréquentes que tout le monde, pour ainsi dire, les connaît, et qu’il serait ou difficile ou au moins inutile d’y renoncer. Par exemple, le nom que je porte aurait dû être abrégé ou DeC., ou D.C., ou plus régulièrement Cand., au lieu de DC. qui a prévalu. Si quelqu’un s’avisait d’abréger Du Petit-Thouars par DP., personne ne comprendrait.

Dans les règles d’abréviation, comme pour d’autres, on est obligé d’admettre des exceptions, pour être plus clair ou éviter certains inconvénients qui se présenteraient. Ainsi on a l’habitude d’abréger le mot Saint par S 1 , Sanctus par S us ; par conséquent, il est naturel d’abréger le nom de Saint-Hilaire par S 1 Hil. Quand un nom a été abrégé des milliers de fois d’une manière exceptionnelle, il faut bien que les commençants le sachent. Prendre un mode correct ne détruirait pas ce qui existe, et le même auteur aurait une double désignation, ce qu’il convient d’éviter. Il y a aussi des combinaisons rares de lettres qui rendraient une abrévation incommode et presque nulle si l’on suivait exactement la règle. Par exemple, le nom Decaisne ne serait pas désigné suffisamment par Dec., et il l’est très-clairement si l’on écrit Dcsne, surtout si dans la série des synonymes on ne met pas un point après Ye final. C’est, en effet, une cause d’obscurité très-fréquente dans les livres, que la faute typographique de mettre un point après la lettre finale d’un nom, quand le point n’est pas forcé par une terminaison de phrase ou une suppression de lettres. Les compositeurs d’imprimerie ignorent presque

toujours que Re, Blume, Don, Ker, Blytt et autres ne sont pas des noms abrégés, que dans Michx Ta; est la lettre finale, et que, par conséquent, ces noms ne doivent pas avoir à la fin un point qui signifie une coupure, une abréviation.

On a proposé quelquefois des règles précises pour le cas d’abréviations qui seraient identiques en se bornant à la forme ordinaire, par exemple pour deux botanistes de la même famille, ou ayant le même nom, ou des noms qui commencent de même. Il n’y a pas d’inconvénient à laisser chaque auteur faire ce qui lui paraît le mieux, dans chaque cas particulier. Qu’on abrège Gærtner fils par Gærtn. f. et de Jussieu fils par Adr. Juss., c’est bien indifférent, les deux abréviations étant très-claires. Si pour distinguer Michaux de Micheli, on met Michx ou mieux Mich x ; si pour éviter l’incertitude qui résulterait de l’abondance des noms commençant par Reich, on abrège Reichenbach par Reichb.; si pour ne pas confondre Marschall von Bieberstein avec d’autres Marschall, on l’indique par M. Bieb. ou même Bieb., il y a quelques avantages de clarté, et la règle principale n’en est pas moins bonne.

54. D’après Linné, le nom du genre divisé doit rester à l’espèce la plus commune et à celle qui est officinale (vulgatissimæ et officinali), expression équivoque s’il y a une espèce trèscommune et une autre officinale. Les auteurs subséquents disent, en général, qu’il faut laisser le nom aux espèces le plus anciennement connues, à celles formant le type ancien, etc., mais il est impossible de ne pas tenir compte du nombre relatif des espèces. Le Convolvulus sepiiim et Y Erica vulgaris étaient des espèces bien communes, bien anciennement nommées, lorsque Brown a fait de l’une son genre Calystegia, et De Candolle, de l’autre, son genre Calhma. Ils ont pourtant mieux fait que de changer le nom d’une centaine de Convolvulus et de 200 Erica.

59. Un auteur qui regrette d’avoir publié un nom peut-il le changer? Oui, mais seulement dans les cas où le nom peut être changé par tout botaniste. En effet la publication est un fait que l’auteur ne peut pas annuler.

Voir aussi le commentaire sur l’art. 25.

60, 1° Voyez le commentaire sur l’art. 15.

60, 3° s’entend de noms d’une fausseté flagrante, complète,

impossible à tourner au moyen cle quelque interprétation, parexemple une espèce appelée annua qui serait vivace, une espèce portant le nom d’un pays où elle ne croit pas, un genre dont le nom exprime un caractère faux dans toutes ou presque toutes les espèces, surtout un caractère opposé à ceux qui distinguent le genre des genres voisins. — Du reste, l’inconvénient de changer des noms est si évident qu’on recule le plus possible devant l’application de cette règle. Ainsi le Plantago major n’est pas le plus grand de tous, mais il est plus grand que tel autre, cela suffit; le Circæa lutetiana croit dans une grande partie de l’Europe, mais se trouve autour de Paris, cela suffit ; les Crysantliemum n’ont pas tous la fleur jaune, mais presque tous l’ont, cela suffit; beaucoup d’espèces des Andes ou de l’Himalaya ont été appelées alpina, mais le mot Alpes a été pris, mal à propos, dans le sens de hautes montagnes, donc alpina peut passer, etc,

60, 4° On n’est guère autorisé à détruire les noms de section formés d’un nom d’homme avec eu , oides ou opsis, quoique les noms d’hommes soient latinisés et non grécisés. Ils ne sont pas d’origine latine, cela doit suffire, car il faut éviter de changer les noms ; seulement un botaniste attentif évite de faire ces noms bizarres.

66. Changer les premières lettres, surtout la première lettre d’un nom, a beaucoup d’inconvénients, à cause des tables, catalogues et dictionnaires arrangés par ordre alphabétique. Il est très-incommode, par exemple, que plusieurs noms génériques commençant par E aient été changés en Re. à cause d’un accent rude en grec. Ces noms doivent être cherchés en deux endroits dans toutes les tables. Les accents grecs variaient suivant les dialectes; on ne voit pas pourquoi les botanistes seraient tenus d’être plus rigoureux que les Grecs. — Changer des noms trèsconnus sous une certaine orthographe, a aussi de l’inconvénient. Lors du congrès botanique de 1866, à Londres, il fut proposé de modifier le nom Cinchona, par le motif que le genre était dédié à la comtesse Chinchon, mais la majorité des botanistes présents fut d’avis que l’usage maintenant établi devait prévaloir. Gunclelia est bien éloigné de Gundelsheimer ; mais puisque les anciens botanistes se sont permis cette licence et qu’elle a été consacrée par cent ans d’un usage habituel, pourquoi changer?

Les puristes n’ont qu’à oublier Gfundelsheimer et à prendre le nom Gfundelia pour arbitraire. Dans ces sortes de questions, il faut se rappeler : 1° que la fixité des noms est d’un intérêt majeur; 2° qu’un botaniste a le droit de construire un nom générique d’une manière quelconque, par exemple sous une forme qui se rapproche d’un nom d’homme.

Les noms vulgaires, surtout dans les langues barbares, sont fréquemment incertains, et la manière de les écrire est souvent douteuse. Une fois qu’on en a fait un nom scientifique, il serait trop aisé de changer si l’on veut prétendre à une exactitude rigoureuse. Coffea , par exemple, deviendrait Covea , Cavea , Ccmfea, etc., selon l’idée de chacun sur l’orthographe du nom arabe. Assez souvent la même propriété existe dans plusieurs espèces voisines et leur fait donner le même nom par des peuplades différentes. Un botaniste attribue le nom à une des espèces ; peu importe, sans quoi l’on contesterait et changerait continuellement.

67. Il est à désirer que l’usage du latin se conserve en botanique pour les descriptions, et plus encore pour les noms. Ceuxci, comme nos noms propres, doivent servir dans toutes les langues. Sans doute quelques noms de plantes cultivées ou trèsconnues passent dans le langage plus couramment que des noms botaniques, et ce serait ridicule, par exemple, de dire toujours dans un texte français, Quercus au lieu de chêne. Hormis ces cas, rien de plus commode que les noms latins, employés tels quels, ou légèrement modifiés. Le public les adopte vite, même quand ils sont bizarres. C’est affaire d’habitude. Personne n’objecte à des noms tels que Fuchsia, Rhododendron, etc., devenus communs à tous les peuples.

Il existe dans chaque langue des noms de plantes dont le sens n’est pas bien précis ou dont l’emploi est si rare que la plupart des habitants du pays les ignorent. Mieux vaut ne pas s’en servir dans les livres et habituer le public aux noms de la langue universelle.

68. A plus forte raison faut-il proscrire une fabrication de noms dits vulgaires, totalement différents des noms latins. Le public auquel on s’adresse n’y trouve aucun avantage, car ce sont des nouveautés pour lui. L’ouvrage de Lindley, intitulé

Vegetable Kingdom, aurait été plus goûté des Anglais si l’auteur ne l’avait pas criblé de noms anglais nouveaux, qui n’existent dans aucun dictionnaire, et qui ne dispensent pas d’apprendre de quels noms latins ils sont synonymes. Pour comprendre combien la multiplicité des noms vulgaires est nuisible, il faut se représenter ce que deviendrait la géographie, ou, par exemple, l’administration des postes, si chaque ville avait un nom absolument différent dans chaque langue.

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