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Lois générales de l'action des diastases

Lorsqu’une théorie cherche à expliquer un ensemble de phénomènes en invoquant l’existence de forces ou de formes d’énergies absolument nouvelles, deux cas différents peuvent se présenter : ou bien ces facteurs nouveaux, dont l’existence est supposée, sont de nature telle que l’expérimentation peut en donner l’analyse et par conséquent peut permettre de pénétrer plus profondément dans le mécanisme des phénomènes étudiés, ou bien au contraire ces facteurs sont inabordables par l’expérience. Dans le premier cas la théorie conduira nécessairement à la découverte de faits nouveaux, elle suscitera toute une série de recherches expérimentales, par conséquent vraie ou fausse, elle contribuera au développement de la science. Dans le deuxième cas, au contraire, elle apportera des réponses d’un caractère purement spéculatif qui deviendront facilement dogmatiques, et pourront dans ce cas arrêter des recherches expérimentales.

Dans l’élude des phénomènes généraux de la vie des organismes deux groupes de théories ont été proposés : les unes considèrent que les manifestations vitales se ramènent aux actions physico-chimiques, les autres renoncent à cette réduction et admettent l’existence de

forces ou d’énergies nouvelles, sui-generis , « vitales » comme on dit. Puisque l’expérimen tation se fonde sur les méthodes et les données de la chimie et delà physique, les théories vitalistes renoncent à la possibilité d expérimentation sur cette force vitale; ellesconstiluent une sorte de frein qui arrête la recherche expérimentale, c’est-à-dire scientifique, et transportent la discussion du domaine de l’expérimentation sur le terrain de la spéculation. L’action de ces théories est donc plutôt nuisible, puisque l’utilité de toute théorie se mesure par le nombre et l’importance des faits nouveaux qu’elle a conduit à découvrir.

Parmi lesphénomènes qui se passent dans l’organisme vivant, les processus de nutrition, de résorption, de sécrétion et de défense des cellules de l’organisme, en somme tout le métabolisme de l’être vivant peut être considéré comme réductible presque complètement à des actions diastasiques; en effet, à mesure que le nombre de recherches expérimentales augmente, le nombre d’actions considérées auparavant comme liées intimement à la vitalité même de certaines cellules diminue ; les recherches de Buchner, E. Fischer et d’autres nous en donnent des exemples aussi éclatants que suggestifs. Par conséquent l’étude des lois des actions diastasiques acquiert un intérêt de plus en plus considérable.

L explication de ces actions diastasiques a soulevé un grand nombre de discussions et de théories que l’on peut

do nouveau répartir en deux groupes : les unes renoncent à classer les actions diastasiques parmi les actions de la chimie générale, elles en font un groupe spécial avec des lois particulières; les autres, au contraire, cherchent à ramener les actions diastasiques aux lois de la chimie générale, et de cette façon ces théories contribuent dans une certaine mesure aux théories qui expliquent les manifestations vitales par des actions physico-chimiques.

Le travail présent a pour sujet l’étude des lois générales des actions diastasiques. Le but poursuivi est d’étudier les actions des diastases en se servant des méthodes et des résultats de la chimie physique ; ces méthodessont rappeléesbrièvement dans l’introduction.

Trois diastases seulement ont été considérées dans ce travail: l’invertine, l’émulsine et l’amylase; ces diastases ont l’avantage de permettre une étude quantitative de leur action plus facilement que pour la plupart des autres diastases. Le travail présent ne contient qu’une première partie de l’étude expérimentale sur les actions diastasiques; c’est ainsi que l’influence de la température et de différentes conditions de milieu n’y est pas comprise. Malgré cela, il nous a semblé possible de présenter une théorie générale des actions diastasiques, qui ramenait complètement ces actions aux lois de la chimie générale.

Les expériences ont été faites au laboratoire de phy-

siologie expérimentale de la Sorbonne; c’est grâce aux encouragements et aux conseils incessants de la part de mon cher Maître M. Dastre, que j’ai pu me mettre au courant des méthodes de la chimie physique, et mener à bout des expériences dont quelques-unes étaient délicates à faire. Je suis heureux de lui exprimer ma très vive reconnaissance.

J’ai fait un certain nombre d’expériences sur les diastases au laboratoire de chimie physique du professeur Ostwald à Leipzig; je profite de cette occasion pour exprimer mes remerciements à Monsieur Ostwald pour la bienveillante hospitalité et les précieux conseils que j’ai trouvé dans son laboratoire.

Paris , le 2 Janvier 1003

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