LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DR PARIS
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AVIS DU TRADUCTEUR
L'accueil favorable que les Lois physiologiques du professeur Mojon obtinrent en Italie, où elles furent adoptées comme un ouvrage classique, et les éloges qu'en firent les célèbres Moscati , Scarpa , Mas-
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cagni, Tommasini, Borda, et tant d autres illustrations médicales, m'engagea, en 1806, à traduire ces Lois en français. Depuis cette époque, le livre du physiologiste génois a eu plusieurs éditions qui ont été traduites en espagnol parle professeur Ortega , et en anglais par les médecins Skine et Warden. Mais un ouvrage de cette nature devait suivre la marche progressive de la physiologie. Une nouvelle édition, considérablement augmentée, devenait indispensable pour constater d'une manière précise le point de perfectionnement de cette partie de la médecine qui a appartenu si long-temps au domaine de l'imagination. Cette tâche vient d'être remplie par le docteur Mojon. Résidant
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à Paris , il a pu, par ses relations avec nos savans physiologistes, et en consultant nos riches bibliothèques, agrandir son code de physique animale , et l'élever à la hauteur de la science actuelle.
L'auteur a groupé d'une manière concise et presque mathématique tous les faits connus qu'il a extraits d'ouvrages volumineux sur la physiologie : il en a élagué les détails inutiles et les hypothèses vaguement énoncées qui surchargent la mémoire , sans jamais l'enrichir.
J'ai pensé qu'une nouvelle traduction de ces Lois , où les fonctions les plus mys-^ térieuses de notre organisation sont mises à nu , que ce véritable monument élevé à
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l'anthropologie, serait goûté en France, où le désir du progrès est devenu un besoin impérieux et nécessaire à notre esprit avide de choses rationnelles. C'est surtout dans notre art que ce besoin se fait sentir : car la médecine a pris un tel essor, les connaissances qu'elle exige sont si variées, qu'on ne saurait apporter trop d'ordre dans l'étude des sciences qui s'y rattachent.
Profitant de mes anciennes et intimes liaisons d'amitié avec l'auteur, j'ai pu sous ses yeux traduire le texte, en conserver la précision , sans en affaiblir le sens et la pensée. Je rapporte non-seulement les notes que j'avais déjà mises dans la première édition, mais encore j'en ai ajouté
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d'autres qui serviront à Texplication et à rintelligence de plusieurs lois nouvelles déduites de découvertes récentes dont les théories sont peu connues, et de celles dans lesquelles ce physiologiste, voulant éviter la prolixité, est tombé dans un excès contraire.
Le lecteur verra combien il était difficile de présenter autant de faits dans un cadre si étroit. L'auteur a véritablement donné à la connaissance des actes de la vie une marche tout-à-fait analytique, puisqu'il a dit en peu de mots ce qui se trouve délayé dans une phraséologie assommante sur l'existence des êtres animés.
J'ai ajouté à la fin de cette traduction
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un appendice concernant les tempe'ramens et les variétés de l'espèce humaine établies d'après l'opinion d'un grand nombre d'auteurs : car si une foule de circonstances très-variables peuvent modifier de mille manières les tempéramens des individus, et les caractères propres à chaque variété ou race, il en restera toujours assez pour les reconnaître et pouvoir les classer. J'espère qu'en parlant des tempéramens, les phrénologistes, dont j'apprécie dans certains cas les utiles travaux, me permettront d'entrevoir quelques relations sympathiques des viscères sur le cerveau, sans pourtant prétendre tracer une ligne de démarcation entre la psychologie instinctive et l'intelligente.
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J'ai cru devoir aussi rapporter le tableau synoptique de l'homme, dont le docteur Skine a enrichi sa traduction anglaise.
Mon but enfin sera rempli, si je puis, par cette traduction , donner aux gens du monde le goût d'une science qui me semble le complément d'une bonne éducation , fixer l'attention des étudians embarrassés de choisir dans l'immense série d'écrits consacrés aux minutieuses controverses sur la physique animale, et faciliter aux jeunes médecins le classement de faits physiologiques dont l'ensemble constitue la science de l'homme.
PREFACE
L'on entend par physiologie la connaissance de toutes les fonctions qui s'opèrent chez les êtres vivans, dans leur état normal. L'analyse de cette science a clairement démontré que les faits soumis à son
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empire sont appuyés sur des expériences exactes , des vérités incontestables , et que les lois générales de l'univers expliquent la plus grande partie des phénomènes qui s'opèrent dans les êtres animés. Quelques savans prétendent cependant encore que la physiologie est entièrement du domaine des hypothèses; d'autres veulent qu'il y ait un principe vital , tout-à-fait indépendant des lois de la physique : la science de l'organisation est ^ d'après eux , dans son berceau, et Fhomme ne parviendra jamais à en découvrir les mystères. Ils répètent de cette manière, à l'égard de la physique animale, ce qui a été dit contre la médecine , depuis Hippocrate jusqu'à nos jours. •
Si les grands expérimentateurs qui nous ont précédés se fussent laissé influencer par le langage de ces stationnaires ,
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la science de la vie n'aurait point éclairé le mécanisme de nos organes ; leurs fonctions seraient encore indéterminées, et tous les faits quelle nous explique, relatifs à la circulation, à la sécrétion, à l'absorption, à la génération, ne seraient encore pour nous qu'un vrai dédale. Les lois fondamentales de la sensibilité et de l'irritabilité, loin d'être réduites en dogme, ne seraient regardées tout au plus que comme des probabilités hypothétiques :
mais, grâce à cette science progressive, les phénomènes de la vision se démontrent la physique à la main; l'œil n'est plus qu'un instrument de dioptrique , l'oreille qu'un appareil d'acoustique. Les forces musculaires et les mouvemens progressifs de l'homme et des animaux sont soumis à un rigoureux calcul ; et la forcç impulsive des humeurs, dans le système vasculaire,
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est Calculée à sa valeur. La chimie, par ses heureuses applications à la physiologie , nous montre évidemment les phénomènes de la sanguification , de la calorification , de la respiration et de la digestion : de sorte que, en plaçant parmi les sciences exactes celle de l'économie animale, on est enfin arrivé à paralyser cette fureur de reporter toutes les actions des corps vivans à un principe unique; principe abstrait et purement imaginaire. En physiologie, rien ne s'explique clairement, aussitôt qu'on a recours aux inconnus , aux inappréciables, aux causes occultes, dont l'action se trouve tout-à-fait hors des limites du pouvoir de nos sens.
L'homme n'est certainement pas né pour être un objet éternel d'énigme à luimême. Si la physique morte nous offre des problèmes encore non résolus, parmi
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les phénomènes qu'elle présente, nous ne devons pas nous étonner qu'il y en ait aussi quelques-uns pour la physique vivante. Mais, quoi qu'on en puisse dire , tous les théorèmes dont se compose l'anthropologie sont assez bien sentis, formulés, démontrés, pourne pas être généralement reçus : l'expérience et la raison nous forcent de les admettre, et de les placer à côté des lois ordinaires de la matière.
La philosophie du dix-neuvième siècle s'est tellement et si sagement émancipée , qu'il n'y a plus à craindre que l'esprit hu main puisse rétrograder. C'est à une physique éclairée de scruter la substance intime des corps, d'en rechercher la nature, les propriétés , et de déterminer l'influence que plusieurs d'entre eux exercent sur les systèmes vivans. Il est bien certain
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que l'œil habitué à fixer les phénomènes merveilleux de la nature , ne se confondra point dans le difficile examen de ceux qui sont dus aux êtres organisés.
On ne doute plus désormais qu il n'y ait une connexion notable entre les lois universelles , et celles qui suivent les corps vivans. Il n'y a pas d'êtres isolés lorsqu'on envisage la nature dans son ensemble.
En réduisant cette science en théorèmes ou en lois, je ne prétends pas mettre dans un parallèle étroit les faits qui appartiennent à la physique avec ceux qui sont du domaine de la physiologie.
Les lois physiques sont immuables, celles de l'organisme au contraire paraissent susceptibles de plusieurs variations , sans pourtant qu'il y ait lutte entre les unes et les autres; et qu'on ne puisse les présenter,
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tîOmme les premières, sous une forme axiomatique.
3'aurai atteint le but que je me suis proposé, si, en exposant avec laconisme les phénomènes de Texistence vitale, vérifiés par l'observation , on reconnaît qu'en évitant les digressions, les hypothèses et les accessoires inutiles à la science de la vie, je suis parvenu à n'exposer que les faits positifs; et à m'arrêter où les faits ont cessé de me servir de guide.
Cette tâche a été pour moi , dans ce moment , d'autant moins difficile , que les différens phénomènes que nous présentent les corps organisés, pendant toute leur carrière vitale, sont presque tous soumis, comme je l'ai déjà énoncé, aux mêmes lois qui régissent la matière inerte.
Quelques auteurs ont senti l'avantage
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qu auraient obtenu les sciences physiques si elles eussent été exposées sous forme d'axiomes , comme le langage qui leur est le plus convenable. Aussi a-t-on vu , en Allemagne, en Prusse, en Angleterre et en France, de pareils codes appartenant à différentes sciences , notamment à la chimie, à la minéralogie, à la botanique, etc. Les maladies furent de temps immémorial, réduites en aphorismes; en déterminant leurs caractères les plus essentiels, oji les disposa en classes dans des nosologies, comme autant d'objets d'histoire naturelle- Une grande partie des passions humaines furent rangées par des philosophes positifs en autant de maximes.
C'est d'après ces exemples que je me suis déterminé à réduire en aphorismes ou axiomes les phénomènes de l'anthropologie, science bien plus connue et moins
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variable dans ses anomalies et ses écarts, que la pathologie et la métaphysique.
Les lois de la physique animale , dont ce volume contient le recueil, n'empêchent pas que tout physiologiste éclairé n'établisse à sa volonté, et selon sa manière de voir, une hypothèse quelconque pour expliquer le mécanisme et les particularités dont chaque fonction organique s'effectue; on pourra imaginer sur chacune d'elles des théories particulières, pour donner l'explication de la manière d'agir soit du système gastrique , soit des systèmes irrigateur , nerveux ou musculaire.
Dans cette physiologie analytique, je me suis appliqué à rapporter exactement tous les faits qui constituent le matériel de la science de l'homme , j'ai exposé ce que les fonctions des êtres vivans ont d'indivi-
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duel , et ce que présente leur union avec d'autres phénomènes généraux ou partiels.
Il est reconnu que les classifications des différens objets de la nature, ainsi que des diverses fonctions qui s'opèrent dans les corps organisés, ne sont adoptées que pour en faciliter l'étude, et pour en éviter la confusion; mais, toutes sont plus ou moins arbitraires, car même les meilleures ne sont en dernière analyse que les moins défectueuses. Ainsi, je ne m'arrêterai pas à exposer les raisons qui m'ont fait donner la préférence à la classification la plus généralement reçue par beaucoup de physiologistes.
Le mérite d'un ouvrage quelconque repose bien moins sur la division des matériaux, que sur les discussions et la manière dont il les traite. Dans la classification que j'ai adoptée, toutes les fonctions
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de la machine animale sont divisées en deux grandes classes , dont Tune comprend les fonctions conservatrices de la vie , et qui sont relatives à Findividu; lautre celles qui la propagent et qui ont rapport àFespèce.
Les fonctions de l'individu commencent avec lui , et se divisent en deux ordres ; le premier, qu'on est convenu d'appeler "vie interne^ organique ou nutritwe ^se rapporte à la digestion , à la circulation , à la respira^ tion , à l'absorption , à l'exhalation , à la nutrition et à la calorification. Les fonctions du second ordre peuvent être désignées sous le nom de relation de vie animale o\i externe : elles comprennent toutes celles qui nous mettent en rapport avec les corps environnans, telles que les sensations , les fonctions intellectuelles , locomotives et la voix.
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A l'exemple de plusieurs de mes confrères, j'ai fait précéder les fonctions de relation par celles de la vie organique ou interne, ayant voulu passer du connu au moins connu , du simple au composé ; des fonctions les plus essentielles à la vie , qui commencent et cessent avec elle , à celles qui nous mettent en rapport avec les objets extérieurs.
La seconde classe qui comprend les fonctions génératives, qui n ont lieu qu'à l'époque de la puberté, se divise en trois ordres : deux relatifs à chaque sexe en particulier , et le troisième à leur union , ainsi qu'au produit qui en résulte.
Bien des lois que j'établis s' éclair cissent les unes par les autres. Ainsi, j'ai cru devoir souvent en grouper plusieurs qui auraient dû, d'après l'ordre adopté, être séparées; j'ai mis par-là en évidence leurs
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liens réciproques d'action. Si parfois l'on trouve dans ces lois quelque répétition , on le doit à l'inévitable inconvénient de toute classification physiologique; car comment parler, par exemple, de la digestion, sans dire, sur la salive, la bile et autres humeurs, ce qu'on doit répéter à l'article sécrétions? La respiration exige bien quelques mots sur la chaleur animale, qu'il faut redire à l'article calorification , etc.
La science de l'homme n'est basée que sur des conséquences exactes et rigoureusement déduites de l'anatomie humaine et comparée. Ainsi je ne me suis point borné à rapporter les opérations qui appartiennent exclusivement à quelques espèces d'animaux; mais j'ai comparé les fonctions de plusieurs classes et de plusieurs espèces, et j'ai rapporté de même les bases de leur composition
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organique ; puisque, pour établir des principes fondamentaux et des lois générales sur les fonctions des êtres vivans , il est nécessaire de porter l'analyse dans une quantité immense de faits déduits principalement de l'anatomie comparée, comme la source la plus riche du perfectionnement de la physiologie. Un grand naturaliste disait avec raison que s il n existait point d'animaux, la nature de l'homme serait encore plus incompréhensible.
Ce n'est pas certainement rabaisser notre espèce que de la comparer avec les animaux, dans ce qu'elle a de commun avec eux ; la loi des analogies nous indique ce rapprochement. La nature dans la conformation des animaux paraît s'être asservie à un seul plan général. Il y a des faits qui demandent des faits et dont l'omission d'un seul pourrait peut-être dé-
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truire l'ëdifice de plusieurs lois établies.
Je conviens que séparer entre elles, les fonctions d'un être vivant, c'est le réduire à la condition des corps morts. Toutes les parties d'une machine vivante se tiennent tellement entre elles , que chaque fonction réclame l'aide et le concours des autres. Il y a un consensus qui unit toutes les molécules , tous les tissus , tous les appareils, tous les organes des animaux, ainsi que toutes les fonctions qui en dépendent. De cette connexion réciproque, de cet enchaînement de phénomènes, il en résulte une dépendance de chacune pour toutes , et de toutes pour chacune en particulier : elles se prêtent ainsi continuellement , pendant tout le cours de la vie, des secours mutuels; néanmoins, j'ai fait en sorte de les sépa-