‹ LoïsaChapitre 22 sur 37 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

M"» DE MORANVILLE, étendue sur un canapé; LOISA, entrant par la porte à gauche du public; elle a une robe blanche très élégante.

AGLAÉ

Ah! c'est vous , Mademoiselle.

Qui attendais iaipatieuinient l'heure où il me serait permis de venir vous remercier.

AGLAÉ , souriant.

Et je me suis levée plus tard pour la fatigue d'un bal, que vous pour celle d'un long voyage!.

Mais moi... je m'étais trouvée si souHrante hier, qu'en entrant ici chez vous je vous avais quittée tout de suite pour me retirer dans l'appartemont que votre bonlé m'avait olFert : mon trouble, ma fatigue, et je ne sais quel malaise m'avaient ôté jusqu'au pouvoir d'exprimer ma reconnaissance!.. Le repos et la solitude m'ont redonné des forces, et ma première pensée est pour vous!.. Je viens, confiante, chercher celle qui, même avant de me connaître, ma reçue... comme on reçoit une amie.

AGLAÉ

Une amie... oui, c'est cela... plus de cérémonie entre nous ! Loisa, mettez-vous ici, (Elle la fait asseoir près d'elle sur le canapé.) et causons. LOIS A.

Je veux vous conlier tout ce qui me regarde.

AGLAÉ

Et moi aussi !.. une amie !.. mais c'est ce qui me manquait, j'en suis sûre; car j'ai d'ailleurs tout ce qu'on peut désirer, et pourtant... je m'ennuie parfois... Et vous?

Jamais.

AGLAÉ

Cependant vous habitiez la campagne; un pays presque désert, où je parie qu'il n'y avait ni bal, ni spectacle ?

LOÏSA , souriant.

On n'y sait pas même ce que c'est.

AGLAÉ

Et l'on n'y meurt pas d'ennui? et vous y avez Vécu?., sans aucun plaisir?., seule?

Seule ! non pas... j'avais une espérance ! elle ne me quittait jamais... me tenait compagnie... et c'est elle sûrement qui empêchait l'ennui d'approcher. (A part.) Je dois tout lui dire. AGLAÉ, souriant.

Je devine... une espérance d'amour !

LOÏSA, vivement.

Oui.

AGLAÉ

tJo jQUQe homtue que vous aimiez ?

Oui.

AGLAÉ

Qui désirait vous épouser?

Oui.

AGLAÉ

Et bien moi... j'en ai trois 1 et, à eux trois ils, ne sont pas toujours de force à repousser l'ennui!

Trois , c'est trop.

AGLAÉ, riant.

Oni, trois! le comte de Soisy, qui n'est plus bien jeune, mais à la mode dans le beau monde... :vi. Hermann Desrivières , jeune homme ayant de la raison... pour deux , et de l'amour comme quatre!., puis , un poète, un écrivain de talent qui peut rendre mon nom célèbre. M, Louis de Kerven... votre frère.

LOÏSA, se levant vivement, étonnée et chagrine.

Ah!..

AGLAÉ, riant.

Cela vous étonne? Quel enfantillage?., oui... votre frère... qui a fait pour moi des vers charmans.

El il vous aime?., il vous... le dit?..

AGLAÉ

Tous les jours.

LOISA, à part, avec douleur.

Ah ! je lui dois tout cacher!

AGLAÉ

Oli ! les deux autres aussi !.. je n'entends que cela !.. Si c'était toute autre chose qu'on répétât ainsi , j'en serais excédée ; mais s'entendre dire qu'on estjolie, qu'on vous aime... c'est toujours amusant.

LOISA, étonnée, se rapprochant.

C'est pour vous un amusement?

AGLAÉ

Excepté lesjours de pluie.

LOISA, très étonnée.

Comment?

AGLAÉ, galment.

Ainsi, avant-hier, versquatre heures, un orage affreux... la promenade est impossible, et me voilà ici seule avec ces trois Messieurs! Chacun, contrarié de la présence des deux autres, montrait une impatience assez amusante d'abord... mais cela s'est trop prolongé. .. car, pour ne pas me laisser seule avec un rival, aucun n'osait sortir... nous avions bien tous lesquatre essayé d'être aimables : maisde l'esprit.trois heures de suite... un jour de pluie... et quand on est de mauvaise humeur... c'est dilQcile. Oh! il y abien quelques inconvéniensàètre adoiHie! pouriaui^oû Des'en lasse pas.

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