‹ Londres et Paris [microforme]Chapitre 2 sur 3 · ER EE · texte numérisé non relu

ER EE

étaient navrants. On se quittait comme si ion ne devait plus jamais se revoir.

Que les temps sont changés ! S'il existe encore, ce dont je doute beaucoup, quelques touristes en quête de merveilleux, ils doivent se hâter. L'imprévu, le pittoresque sont choses du temps passé. La:ligne droite a tué tout céla. Dans les villes, l'implacable progrès a tout nivellé, tout aplani. Des voies spacieuses, de larges artères ont depuis longtemps remplacé les vieux quartiers, derniers restes visibles d’un passé: que l’on aimait à évoquer. Mais, par contre, l'on voyage aujourd’hui bien plus commodément. Nous allens maintenant en Europe comme auparavant nous allions aux Etats-Unis : histoire de se délasser un peu et de prendre le frais durant leschaleurs de l'été. Les périls de la navigation n'existent plus, à proprement parler, dépuis que de nombreux navires sûrs et rapides, sillonnant en tous sens l'Atlantique qu'ils traversent comme en se jouant, nous transportent en dix jours d’un continent à l’autre. A peine, parfois, quelques accidents, quelques sinistres maritimes de plus en plus espacés. Il y aurait bien encore ce gentil mal de mer qui n’est pas sans inconvénients. Oh ! celui-là tiendra bon jasqu’au bout ; il ne lâchera prise qu'au dernier moment. Espérons toutefois que l'on parviendra à le vaincre lui aussi.

Le 18 Novembre de l’année dernière je laissais New-

York à bord du Wisconsin, de la ligne ‘“ Williams et Guion ”, en destination de Liverpool. Je ne vous entres tiendrai pas de la grande métropole américaine. Elle ne diffère en aucune manière, si ce n’est par son étendue et ses mœurs cosmopolites, de ces autres villes des Etats-Unis où les besoins du commerce absorbent et priment tout, Du reste, superbement bâtie, les rues largesét droites, mais sans aucune particularité bien saillante à noter. Devenu l’un des centres les plus populeux et les plus importants du globe, en proie à une activité fiévreuse,

dominé par un besoin unique, celui de faire de l'argent, New-York a vu son commerce prendre une extension énorme sur ces dernières années. Les limites de la ville reculent sans cesse ; l'espace même menace de lui manquer, et elle déverse le trop plein de sa population sur Brooklyn et Jersey City qui ne sont, à vrai dire, que les faubourgs de la grande ville.

: Nous avions laissé New-York à neuf heures du matin. 11 tombait alors une petite pluie fine et froide qui ren- : dait le séjour assez désagréable sur le pont du navire. La ville disparaît peu à peu de nos yeux. Bientôt elle ne forme plus au loin qu'une ligne indistincte, un amoncellement gris et informe de maisons que les nuages chargés de pluie rasent de près,que dominent les pointes acérées des mâts des nombreux Vaisseaux rangés dans le port.

Nous sommes maintenant dans les VNaœrrowrs, étroite impasse qu’il faut franchir avant d'atteindre l'Atlantique. Le temps se gâte de plus en plus et l’on sent que la mer doit être houleuse. Tous pronostics peu rassurants comme vous devez bien le penser. Le navire avance toujours. Un tangage inquiétant en élève et en abaisse l'avant avec une lenteur perfide. Quelques passagers disparaissent à la hâte. Nous dépassons bientôt Sandy : Hook, la dernière pointe de terre ferme du, port de New-York, et l'Amérique s'enfonce peu à peu dans le lointain. L’hélice bat maintenant les flots avec précipitation, et notre navire, comme un coursier longtemps retenu et à qui on lâche la bride, s’élanee, impatient,vers Ja haute mer. drames

Je jette les.yeux.autour de moi... Quel changement en peu detemps !. De tous ces passagers, encore si vail- Jants tout-àl'heure, arpentant. le pont avec tout le sans- #gêne d'un. vieux marin, à peine en reste-t-il quelques intrépides qui.ne tarderont pas, eux. aussi, à être saisis par la cruelle maladie qni va bientôt régner maitresse à

fi

bord. Tous les autres ont fait, un à un, le plongeon dans. leur cabine. De ‘temps à autre quelques-uns, tout pâles, la figure défaite, le chapeau de travers, la cravate en désordre, montent en titubant l'escalier du salon, traversent le pont, puis, s’accrochant aux cordages et se penchant sur la rampe, observent mélancoliquement les flots et ne tardent pas à rendre leur cuisine aux poissons.

Hélas, moi-même j'avais trop présumé de mes forces. Je, dus partager le sort commun et payer mon tribut à Neptune, Oh i comme il avait bien raison ce bon vieux poëte Horace quand il disait que celui qui, le premier, s’'aventura sur l'onde salée devait avoir un cœur de chêne doublé d’un triple airain: M'est avis que cette dou- “lure, si bonne qu'elle soit, ne serait pas de trop. Oh douleur ! tu n’es qu’un nom, s’écriaient les stoiciens de l’ancienne Sparte. (ela peut être vrai dans certains cas. IL arrive quelquefois que des âmes fortement trempées supportent les plus atroces souffrances, sans qu'une contraction de leurs nerfs vienne les trahir, sans qu'une plainte s'échappe de leurs lèvres, : Mais, Ô Spartiates, vous n’aviez jamais été en mer! Allez donc opposer la force de votre volonté à cette maladie, toute de nausées, qui vous terrasse, vous accable en un instant et vous. laisse là comme paralysé sans force et sans le moindre: sentiment.

Impossible de rien imaginer de plus fatiguant, de plus monotone que l& vie à bord d'un steamer. La vie en mer! Mais c’est l’anéantissement de tont sen être,'la. négation de soi-même! Le voyageur ‘asse à l'étrt de colis que telle on telle compagnie s'engage à livrer en bon ordre à une époque plus ou moins fixé: Je conseille le remède aux gens turbulents, qui, agités de trop de pré-occupations; désirent se: retremper dans le calme et la. solitude. Cela-leur fera l'effet de quelques douches gla-cées sur leur cerveau trop bouillant.

rie

Les journées sont donc excessivement ennuyantes. Avis aux esprits trop poétiques qui s'imaginent pouvoir rester durant deux semaines en contemplation devant la majesté de l'Océan. Tous les passagers n’ont plus qu'un désir :! celui de sortir au plus vite de leur prison. Dans ieur va-et-vient incessant sur le pont il y a quelque chose du fauve qui arpente à petits pas saccadés toute la longueur de sa cage et dans l'œil glauque duquel il nous semble voir toute a nostalgie du désert, un besoin d’activité inassouvie. Rien à faire, rien à voir. L’œil ne contemple que le ciel et les flots. Le détail le plusinsi- ‘ gnifiant, un poisson volant, le vent qui s'élève et se cal-

me, le sillage du navire, quelques manœuvres des matelots, forment matière à d'interminables causeries. Je me souviens que deux jours avant d'apercevoir la terre d'Europe, la vigie, de faction au mât de misaine, avait signalé une voile à l'horizon. C'était l’un des paquebots de laligne Cunard.. A peine pouvions-nous le distinguer comme un point noir que dominait un léger flocon de fumée. Et cependant, quelle commotion à bord ! Tous étaient montés sur le pont, passagers, officiers, chauffeurs, matelots. Il en sortait de partout, de tous les coins. Je ne me serais jamais imaginé qu'il y eût autant de monde à bord, tant il y avait de figures nouvelles. Tous regardaient anxieusement le point signalé que l’on savait être habité par des êtres voguant comme nous sur l’immensité -de l'Atlantique. On sinterpellait joyeusement, dés exclamations s'entrecroisaient, lès femmes a£itaient leurs mouchoirs, et le drapeau de l'Angleterre que l'on venait de hisser ‘s’abaissait successivement par trois fois pour ‘donner ‘le salut dé bienvenue au navire voyageur ‘capéyant sous petite vapeur et qui se perdait de plus en plus sous l'horizon.

“Le 98 Novembre au soit, par üne belle nuit froide et ‘étoilée; la lurnière d'un phare situé sur l'extrême limite des terres d'Irlande nous apprit, à notre grande joie, que

nf

notre voyage touchait à sa fin. Peu après nous longions les côtes de la verte Erin dont les rivages se découpaient çà et là en pointes abruptes et accidentées. : À 2 heures du matin il fallut arrêter à Queenstown, à l’entrée de la baie qui conduit au port de Cork, afin d'y déposer le courrier d'Amérique, mais ce ne fut que pour quelques instants et nous étions de suite en route pour Liverpool pour ne plus, cette fcis, nous arrêter qu'à ce dernier port de débarquement. La distance qui sépare ces deux villes, quelque chose comme 210 milles, fut parcourue en 2 heures, et le lendemain, au petit jour, nous arrivions à Liverpool et jetions l’ancre devant la ville. Quelques heures plus tard, et après avoir rempli les formalités d'usage avec la douane, nous mettions pied sur le sol de l'Angleterre.

La première chose qui frappe, en débarquant à Liverpool, ce sont les superbes quais de la Mersey, les plus beaux et les plus considérables du monde entier, qui s’étendent sur un parcours de plusieurs milles. Les rues, propres et bien pavées, contrastent favorablement avec celles des villes de la jeune Amérique, où ces détails secondaires, quoique très utiles, sont encore inconnus. Liverpool est une ville essentiellement commerçante et la plus populeuse de l'Angleterre après Londres. Tout y respire le luxe sans prétention, la solidité tranquille d’une ville parvenue à un âge mûr et qui n’en est plus à ses débuts, Comme c'était le dimanche, on ne voyait partout, de par les rues, se rendant aux églises, que papes et mamans à la tournure des plus respectable, jeunes gens très graves, et blanches et roses misses au maintien modeste, les yeux dévotement baissés sur leurs livres de prières , Tous gens très dignes, je.n’en doute, pas, mais très ennuyeux, aussi. me. hâtai-je, de m'enfuir au plus vite en prenant le train pour. Londres.

Le trajet de Liverpool à Londres se fait en cinqheures. La voie ferrée, le Midlund Grand Railway, traverse l’une

Lis

des parties les plus riches et les mieux cultivées de l’Angleterre. La physionomie des campagnes et des villages diffère beaucoup de celle des campagnes du Canada. Point de clôtures en bois, mais de beiles haies régulières, taillées avec soin, s'étendant, se croisant d: tous côtés ; des routes bien entretenues, bordées de beaux arbres ; on dirait un immensé jardin, et tout cela ratissé, peigné avec soin, La régularité de tout ce que l’on voit est telle qu'elle devient.à la longue,d'une monotonie désespérante. On y voudrait trouver quelque chose à reprocher, quelque ruine, quelque accident de terrain, ne fut-ce que pour reposer le regard qu’une uniformité trop longue finit par fatiguer. Tout le caractère anglais est là. Tout est en ordre, propre, correct. Le pittoresque est sacrifié À la commodité, la beauté à l'utilité. Les maisons, construites en briques rauges, ont à l'extérieur quelque chose de renfrogné et de maussade, mais si vous pénétrez à l'intérieur tout ce confortable si apprécié des Anglais, toutes les élégances, toutes les commodités de la vie se présentent à vos yeux.

La grande ville et ses quatre millions d'habitants. — Le repos du Dimanche. — Vue à vol d'oiseau. — Dans le brouillard, — Le Parlement, Westminster. —— La, descente de la Tamise. — La vieille Tour et St. Paul. — Les échos de Londres . — Ses docks, ses usines. — En route pour Paris,

L est quatre heures de l'après-midi. Déjà les sta-

tions plus rapprochées, ies nombreux trains qui

nous croisent et:se succèdent sans relâche, un-certain re-

doublement de vie et d'agitation qui.se manifeste toujours

aux alentours d'une grande ville, tout nous indique l'ap-

proche de l'immense agglomération humaine, de la Ba:

bylone des mers qui a nom Londres, la cité,la ins ins et la pu populeuse du monde entier; :

sd dr

De bollés villas À: à dinegit assez: fee en! à. cobt bat «d'abord les faubourgs, puis, plus loin, la villeiouvrière -aux interminables rangées de petits logements uniformes et bas, les usines, les manufactures, les boutiques, tout cela noyé, enveloppé dans cette brume de Londres à la fois ei célèbre et si désagréable. Peu de temps après le train s'arrête à la gare St. Pancras sur. Euston Road. C'était, je l'ai déjà dit, un Dimanche, et Londres semblait l'observer religieusement. La grande ville, aprèssix jours de travail, sommeillait : chez elle le mouvement était. arrêté, la vie suspendue. Je: ne m’étonre plus que le spleen y ait élu domicile à perpétuité. Qu'il me soit permis ici de signaler cette coutame absurde qui consiste à pousser les choses à l'excès, et qui fait d'un jour consacré au repos un jour néfaste entre tous, un jour que tout étranger dans une ville Anglaise, tout Anglais même me voit pas approcher sans terreur et qui change pour vingt quatre heures toutes les villes, naguère si bruyantes d'activité, en de vastes nécropoles où il ne fait pas bon séjourner. Aussi comme on s’en éloigne bien vite! Vous: croyez peut-être que tous ces gens passent tranquillement le Dimanche dans leurs familles à méditer sur leurs fins dernières et plongés dans la lecture de la Bible. Ah bion ! Mais qui connaîtra jamais messieurs les Anglais Dès que le jour se lève, le remue-ménage se fait, l'exode commence, Tout ce qu'il y a de respectable s'enfuit, se porte dans les faubourgs, et les guinguettes, les cabarets des alentours en entendent de belles.ce jour-là: On'va à Richmond, à Blackwall, à Greenwich, partout, pourvu que l'on sorte. : On s'y rend par les paquebots de la Tamise, à rames:ou à voile; par toutes les voies.de for et de terre, à pied même, l'important est de ne pas rester. C'est là ce que les habitants de page appellent ébeurver le repos du Dimanche. af «0h suolx

La vie ne commence à renaître: que de lundi qmatin. Ce jour-là la ville entière se lève plus à bonne heure.

PA à De

Elle ressent un renouvellement d'activité au oil Jui faut rassasier à tout prix. Le géant va se mettre de nouveau à l’'onyrage pour ne plus s'arrêter que Dimanche prochain. Allons le voir à l'œuvre

Il ne fait pas jour que déjà une e sourde rumeur remplit toutes les rues. Quelque chose, d'indistinct d’abord, puis cela s'avance,. cela grandit, D'innombrables véhicules sil'onnent bientôt la chaussée ; la foule, toujours grossissante déborde de toutes parts. Mille bruits divers se font entendre.

Sortons ensemble du Midland Grand Hotel,sur Euston Road et allons, si vous le voulez bien, faire une promenade matinale,

À part quelques ‘édifices proéminents tels que les gares, les hôtels, toutes les ‘maisons sont généralement très-busses, rarement plus de trois étages ; les rues sont larges et bien pavées. Descendons la même rue et prenons Tottenham Court Road qui se trouve dans l’un des quartiers les plus affairés. Dieu ! que les maisons sont noires ! On les dirait badigeonnées d’une épaisse couche

“de suie, et puis, quel brouhaha, quel grouillement,à perte de vue, de piétons, de voitures, tout cela s'agitant dans le brouillard! Que n'avais-je pas entendu dire sur le fameux brouillard de Londres ! Pour ma part, j'aurais toujours considéré un voyage à Londres comme non avenu £’il n'y eût eu du brouillard, : Je fus servi à souhait. Nous étions alors dans le mois de Décembre, la saison la plus désagréable dans cet aimable pays, et Londres nageait en-plein dans son élément favori:et semblait s'y complaire avec délices: :J'avouerai cependant que tout cela n’est pas sans charmes, : a mon avis, Londres éclairé en plein par unsoleil resplendissant y ‘perdrait beaucour C'est plutôt ane brume qu’un brouillard; quelque-chos. comme les vapeurscondensées s'échappent de ces quatre nillions de poitrines::l@ respiration ‘de l'immense | ville; Les maisons semblent noyées dans une sorte d’atmosphère

vague et indécise qui en arrondit les angles et fait disparaître tout ce qu’elles pourraient avoir de saillant et de désagréable pour l'œil. Les dômes, les coupoles, les clochers des églises et. des édifices publics émergent ça et là et prennent, avec un peu de bonne volonté, des airs d’obélisques et de minarets d’une ville d'Orient. Le pâle soleil d'Angleterre bataille de son mieux contre tout cela mais ne peut que rarement réussir à faire une trouée. Il vous ménage cependant quelquefois des effets de lumière charmants. Les quelques rayons qui s’en échappent alors semblent caresser amoureusement toute cette brume qu'ils dorent et irisent de toutes les couleurs du prisme.

Nous voici sur Oxford Street. Cette rue est à Londres ce que Broadway est à New-York, la rue de Rivoli à Paris. D'élégantes boutiques, de somptueux magasins en bordent les deux côtés, mais rien de brillant, encore moins d’éblouissant. Point de ce luxe criarl comme on en voit tant surtout dans les villes américaines. Ici, les maisons, d’une architecture sévère, aux solides assises, semblent braver les efforts des siècles et narguer les terreurs de la faillite. Dans les magasins, un goût simple et sévère a présidé à l’arrangement intérieur des vitrines dont les étalages, le point de mire de bien des regards féminins, se font remarquer par une grande sobriété d'ornements. Surle trottoir, une foule affairée se presse, se pousse en avant, Je dis affairée-car ici tout le monde l’est ou du moins paraît l'être. Londres est si grand que pour arriver quelque part il faut se hâter, autrement on ‘risquerait fort de rester en chemin. Aussi il faut voir tout ce monde marcher. Les dames même, ces douces et gentilles Anglaises que l’on se plaît à dépeindre avec de grands yeux bleus, de longs chéveux blonds et bouclés, un air mélancolique et rêveur, vous ont un pas gymnastique à rendre un gendarme-jaloux et dont l'une

äe nos élégantes, au marcher si trotte-menu, resterait toute ébahie.

Prenons maintenant Regent Street, une autre rne des plus fashionables, traversons rapidement Trafalgar Square où se trouve la belle colonne de Nelson, puis remontons les quais jusqu'à Westminster Bridge. Ici sont les bâtisses du Parlement, puis la fameuse abbaye de Westminster, l’un des plus purs spécimens d'architecture gothique qu'il existe au monde, Cette église peut être considérée comme le Panthéon de Londres, car c’est là que se trouvent les tombeaux, les bustes ou les monuments de tous les grands hommes, des femmes célèbres, dont l'Angleterre s’honore et se glorifie. Rois et reines, poëtes et guerriers, littérateurs; artistes, tousse coudoient dans la mort ou ont leur place marquée d'avance dans cet édifice superbe, monument impérissable élevé: à la. mémoire de ceux dont les vertus, les exploits et les actions servent d'exemples à la postérité ou qui ont doté leu patrie d'une œuvre de génie.

L'ane des promenades les plus agréables et les plus intéressantes est de descendre la Tamise sur l’un des nombreux bateaux-omnibus qui desservent les différentes stations, de Chelsea à Greenwich., Les Auglais étant essentiellement un peuple maritime, la Tamise est eta toujours été leur route de prédilection. C’est sur ses bords que l’on peut voir Londres sous ses véritables aspects. Nous passons d’abord devant Charing Cross puis sous Waterloo Bridge. Ici, sur la rive gauche, se trouve le bel obélisque connu sous le nom d’‘Aiguille de Cléopâtre,” et dont l'installation a coûté des sommes énormes à la municipalité, De l’autre côté, sur la rive droite, commence le long défilé des usines, fabriques aux hautes cheminées toujours fumantes, Plus loin, le dôme de St. Paul s'élève avec majesté d’un amoncellement de maisons accumulées, étagées les unes sur les autres. À mesure que l’on descend, l’activité se fait plus vive, plus

lé

fiévreuse ; mille embarcations de toutes formes, de toutes grandeurs s'entre-croisent de tous côtés ; l'immense bour-. donnement de l'énorme ruche humaine commience à se: faire entendre: : La vieille Tour -de ‘Londres, : de:sinistre et lugubre mémoire,à laquelle tant de-souvenirs historiques'sont attachés, : découpe ‘au:-loin la noire silhovette de'ses constructions crénelées; tontes garnies de-pontslévis, de fossés. Tout:cela défile. rapidement et comble comme une: vision dal âge depuis th disparu

Nous dhéoietie toujours, Quelle ihamaieutile quantité de vaisseaux; partout, de tous côtés, à l'ancre, le long des quais: !: Il:y en a de: toutes les partiés du monde, Tous:se isont empressés d'apporter léur:tribut à cette orgueilleuse reine des-mers dont la domination s'étend sur toutle:glibe. Tel de ces navires, à la tournure exotique, est revenu chargé des: plus riches produits de l'Inde, et quelque chose du: parfum pénétrant de ces pays ensoleillés semble ‘lui être encore ‘attaché, tandis que tel autre,de retour d’une contrée plus septentrionale n'a pas éncore eu le: temps dé fondre les glaces et lès frimas altachés à ses mâts, à ses cordages. : Et puis, -quel fourmillement, quelle cläameur .'assourdissante !: Mille bruits confus s'élèvent dans:les airs. ‘La vapeut siffle et mubgit;la-matière aux: :abois semble. demander grâce. Ici, Londres $’avance:audacieusement sur la Tamise:;:elle ensetré;, elle embrasse sa:chère:rivière de toutes patts, L’espaie Jui manque sur la terré ferme:et elle étend son domainie:sur les eaux.1:: Les navires longent les/éntrepôts, pénètrent dans les cours;.et; de leurs-:mâts de 'beaupré, éborgnent effrontément les croisées des magasins: qu'ils rasentde trop près. C'est ur nn a un: natures impossible à décrire.:: 240 11: tantaros ,atfos

‘Un peu au-delà! des limites de: Souivos se: énare le bel hôpital del Grernwich} l'asile :des/:marihé: Invalides. Entredeux corpsde logis, !quelqués éclisppées: dever-

arrle OUI arr tot ‘,2 àbty ton’! Drra: 27 f “ol ft) GUIanf I ) ( ti

dure se font voir. Ce sont les jardins, dont les vertes pelouses, : toujours : soigneusement: | entretenués; reposent doucement lé(iregard: |: Le! -contraste:est des plus char: 1mants,:à la suite: des scènes décrites plis haut. : C'est:là -que:les vieux:matelots :se rassemblent dans:la journée. La Tamise; assez:large en cet endroit, baigne; :à l’heute dela mirée harite, les murs de leur demeuré; :et la brise qui-vient dé w:haute mer, leur apporle Îles eflluves marines de ce grand’: Océan :oùi ue ont sas la: plus grande partie de leur:vié. -‘11 "ré A ‘Tly'aurait beaucoup à dire sur Londres, Qui inépuisable:champ d'observations : pour le voyageut, le philosophe,:lé penseur; lhistorien,m'offre pas cette! ville éolos- -säle ! Quelle variété d'aspects, quels contrastes frappants dans la vie de ces quüatra/miHions: d'individus qui:s’agitent:à ‘sa surface:! Je regrette beaucoup que-1l6 court séjour que: y'ai fait ne me permette pas d'en‘donner un . compte-rendu plusdétaillé. Arrivé àIL.ondrésledimanche après-midi, -je iprenais Île :traïn ‘bout Péris ‘le mardi:au soir:0 L'avourai-je, je quittais Ja capitale de l'Angleterre sans regret: À vraidire:jb ne l'avais jamaisconsidérée que commeune étape sûr maitoute! carpeür nous, Canñadiens- Français; c'est vers:tette belle: Frar.ce que: nôus aimons toujours, C'est:vers!ce beau: 'Paris-due:lon: nous a fait si merveilleux, que tendent-taus nos sfforts, que nos pas se portent instinctivement. Il en est de l’affection:comme de la haine. Ces sentiments ne se discutent pas. Nous aimons la France parce que nous sppartenons à la forte et vaillante race qui l'habite. L'enfant ne s’élance-t-il pas tout droit dans les bras de sa mè:e ? Quelque chose du passé glorieux de notre ancienne mère-patrie flotte toujours pour nous dans les plis de ce drapeau tricolore que nous n'avons jamais connu, et ce doux nom de France résonne toujours harmonieusement à nos oreilles. Parti de Londres à 9 hrs. du soir, j'arrivais, deux heures

après, à New-Haven, d’où je prenais le paquebot, au petit

raide

jour, pour Dieppe, sur le continent. La traversée de læ Manche; l'un des trajets les plus désagréables, eu égard à l'affreux mal de mer qui s'y fait sentir plus fort que partont ailleurs, s’accomplitheureusement en sept heures, et à midi je prenais le train pour Paris en passant par Rouen. Le chemin de fer traverse les deux plaines de la Seine et de la Normandie, et, quoique la campagne fût depuis longtemps dénudée par l'hiver, le paysage m'a paru des plus pittoresques et des: plus charmants.

L'après-midi touche .à sa fin. Le train poursuit sa course rapide. . D'élégantes maisons de -plaisance,:toutes ces villas à l'architecture fine et gracieuse dont la campagne de Paris est parsemée, défilent une à une devant nous, premiers jetons avancés de la belle ville dont l’immense ligne grise s’estompe: confusément :à l'horizon. Nous franchissons la Seine. Les usines, presque toutes en dehors des limites de la cité sont bientôt derrière nous. Nous dépassons les fortifications, les premières lignes des faubourgs et peu de temps après le train nous dépose à la gare St. Lazare, à proximité du quartier le plus central de Paris. Au dehors, la ville s’illuminait ; un immense flamboiement de becs de gaz la tenait comme embrasée. Il était cinq heures dusoir. Le Paris du travail, sa journée finie, s’apprétait à fermer ; le Paris du plaisir allait s'ouvrir.

ÆEK PARIS

ms

Ce qu'est Paris. — Le Français et l’Anglais.— Impressions d’une’ première soirée. — Le sommeil de Paris. — Son réveil, son travail. — Les heureux et les prolétaires.

L semble qu'un architecte mystérieux, mettant le

doigt sur l'emplacement de Paris, se soit dit dès les premiers temps : ‘“ il y aura là une capitale ”. En effet. que l'on jette les yeux sur la carte de la France et l'on ne : trouvera nulle zurt d’endroit plus propice, plus favorable. La Seine s'y replie en tous sens comme pour multiplier les bienfaits de son cours ; toute une enceinte de’collines s’en écarte respectueusement comme pour laisser l'espace libre à la glorieuse fourmilière humaine qui l’occupe. Cette vaste plaine est maintenant envahie et Paris a, depuis longtemps, escaladé les collines qui l’enserraient, Il recule sans cesse ses fortifications et projette infatigablement en dehors de ses murs de nouveaux avant-postes sous forme de faubourzs. Où s'arrêtera cet énorme développement ? Qui a fait cette immensité? Parti d’un centre imperceptible, un petit ilôt sur la Seine, Paris rayonne sans cesse dans l’espace et sur le monde entier. (Cela s'appelle la métropole de la science et de l'art, de la mode et du bon goût, de la littérature et de l'esprit. Centre: énorme où vase concentrer le genre humain, où convèrgent à l’envi les cinq règnes de la nature comme vers un pôle mystérieux. L'histoire des siècles s’y estaccumulée. Pas une place publique, pas un pont qui ne nous rappelle .

un grand passé ; pas un détour de rue où ne se déroule aussitôt un fragment d'histoire. Que n’ajoute pas, en effet, aux enchantements déjà si merveilleux le ce beau Paris, le majestueux défilé de toutes ces grandes figures ‘de l'histoire dont le souvenir est attaché d’une manière “impérissable à ces lieux consacrés par leur présence, encore tout vivaces de l'éclat que leur a prêté le prestige. de leurs vertus, de leurs actions, de leur talent ! L’étranger qui pénètre pour la première fois dans Paris. né’ laisse pas que de se trouver quelque peu dépaysé. Tout ‘ést noüvéau, étrange, saisissant. Il en est surtout comme cela pour nous Canadiens,initiés aux mœurs,aux coutumes anglaises. Car, quels êtres plus disparates que le:Krançaisr.et l'Anglais! . Autant l’un .ést vif, animé, spirituel, toujours prêt. à vous: rendre service, autant l’autre est froid, compassé, gourmé. , Demandez un renseignement à un Parisien: il vous saluera d’abord poliment, puis vous -accablera de, politesses, de prévenances. : Interrogez.un ; Anglais: -impertinent . que vous êtes, vous venez. -de dérauger-ce ‘monsieur. qui vous répond'en grognant et poursuit sa, route..en! grommelant.. En: voulez-vous un exemple ? À peine.débarqué. à Paris, comme j'avais des lettres à mon adresse dans cette, ville, . je. demande au premier. passant que:je: rencontre . s’il aurait, l'obligeance de me dire où .se trouvait l'hôtel. des Postes. J'aurais pu simplifier. la chose en-preuant une. voiture; mais-je youlais y aller:à pied et corame au, hasard, par le-dédale de rues, éblouissantes. de. lumières: qui: souvraient. devant moi. -S'apercevant à mor:-accent que: j'étais étranger, et fui. ayant dit moir-même.que c'était! ma première: visite à Paris, ce: ‘monsieur s’offrit de suite pour m’accoxmpagner. J accepte avec; reconnaissance et. nous voilà: cheminant tont,gaiement, côte-à-cbte, et, comme les deux meilleurs anis: du monde. | Laissez-moi ici vous. dérrire (ee impressions. ‘de cette prémière soirée en même temps que résumer en

“vingt-quatre ‘heutes :mes observations. d’une, semaine. À peine:la nuit descend-elle sur Paris que déjà un jour fdctice, plus chand, plus:pénétrant .que celni que donne ‘la lamièré dusoleil;remplace l’astre du jour Une atmos- -:plère embrasée, due à la réverbération de toutes ces lu- ‘mières/ semble monter au firmament:et planer au-dessus ide‘la ville: comme une immense. aurore. boréale. . De longs: chapelets de feux courent le long des rues, on- ‘dulent lé long des quais et retombent en grappesdu hant ‘des ponts,'se! plongeant dans Ja Seine. et. renvoyant au cièlétoile pour étoile.. Des deux. côtés. des bouleyards, de: spléndides. magasins .étalent, à travers}le prisme de leurs) devantures,les merveilleux produits de l’industrie parisienne: en, même temps que les curiosités: .et, les richesses du monde entier. Les restaurants, les, cafés, étincelants de :moülures,: de dorures.et de glaces, , regorgent dé clients attäblésici et là, partout; sur la trottoir même, oùil ya toujours des. tables et des chaises pour les dégustateurs qui désirent voir défiler la foule., Et «quélle foule !: Compacte;:brayante, elle surgit sans cesse de-tous côtés, alimentée:par. les foyers des faubourgs. ‘allant droit à son'but:lle plaisir ;: possédée, d’un. désir “unique : celui de ‘bien s’eamuser. À: travers les. portes æntr'ouvertes;-des:bruits de: verrus,des cliquetis de billes ‘ie billard sé font entèndre. : Des éclats derrire-se croisent ‘dns l'air. Mille églises du plaisir,théâtres,cafés- chantants, bals, ‘cercles, ::clubs : s'éuvrent à la. fois.,: Des, bruis- “‘sements de bals voltigent dans l'air ; -des:aecords:voilés d'orékestre; des/motifs voluptueux, de valsess ’éehappent hçàl'et là: parc telles :eraisées entr'ouvertes, Tout: Paris #'amuseretjouit. : Cels- dure’ ainsi ia deux on trois Hhréarés‘du matins: : | SA la alors tout à PF un irsbmntst d'sccalmie extra- ‘Gidinaire aprèstout ce tümulte.. ‘Un: sssoupissement,général tombe sur la ville. Les passantsise-sont faits de 1 plus °ens plus irares, ‘les vditurds-splus espaces. : Les

restaurants, les cafés se sont vidés lentement un à un La poussière des théâtres, souléevée par le passage de l& multitude, retombe sur les banquettes. Seuls, les chiffonniérs et les gendarmes de ville errent par les rues deventes tont-à-coup silencieuses et désertes : C’est L'intervalle qui s'écoule entre trois et quatre heures du matin. Puis, de sourds roulements de voitures se font entendre, de plus ‘en plus accélérés et nombreux. Ce sont les. maraîchers se rendant aux halles, et dont les lourds camions ébranlent le pavé. Le Paris travailleur va bientôt s'éveiller: : Mais, auparavant, la. ville coquette fait sa toilette du matin. Des troupes considérables d'hommes, de femmes et d'enfants se sont distribué les différents: quartiers et travaillent avec ‘ardeur: au nettoyage et. ‘balayage des rues, toujours entretenues à Paris d'une: ‘manière irréprochable. Vers six heures tout est fini. Dans la banlieue, sur la lisière de la capitale, les fabriques: haletantes, un moment suspendues, dégorgent de longs: panaches de fumée. : Des escouades d'ouvriers s’y dirigent de tous côtés. Dans le jour sale du matin, les abords des. marchés, des halles présentent une scène des plus animées, des plus pittoresques. Le ciel, d'un blanc laiteux, s'éclaireit peu à peu. Les petits industriels, tous ceux qui ‘exercent les petits méliers des rues, glapissent leur'marchandise, appellent la clientèle d’une voix stri- : dente aux portes des maisons. : Puis la lumière fait toutà-coup irruption: Le soleil levant essaye,ses premiers rayons'contre cétte légère buée transparente qui en- ‘veloppe la ville’ et que :sa chaleur vivifiante va bientôt. : faire évaporer. Il est: sept ‘heures. Tout un côté de: “Paris vient de s'éveiller, c’est-à-dire celui qui achète, qui vend, qui s'occupe, qui travaille en un mot. :Le-Paris du ‘plaisir;:le:Paris frivole et: léger: dort :encore.. Doinons- “lui ‘quatre heures de sommeil en sui Nous Je tetrouverohs! bientôt: 04 #1 1 La: matinée s'écoule. : La süle 8 'est livrée avec leur

à l’ourrage. Paris travaille; il pense, il écrit. Il ne fau- -drait pas conclure de ceci-qu'il ait eu beaucoup de repos: Loin de là, tout ce monde s’est retiré à deux ou trois heures du matin et s'est levé à sept. lie sommeil de Paris est presque nul. On a dépêché hier le plaisir pour ne pas faire attendre le travail, et l’on fera maintenant galoperles affaires pour arriver plus vite au plaisir qui règne enmaître à la nuit tombante. , On pourrait éroire -qu'aufmilieu d'une telle vie, pleine de surexcitations et -d'éteurdissements de-toutes sortes, il n'est nulle personne ‘capable d'y résister bien longtemps. Rassurez-vous,. on y est mieux portant et l'on y vit plus longtemps que partout ailleurs. :On y vit double, voilà tout. Il s’en est xu quelquefois quelques-uns, des étrangers surtout, “accablés par plusieurs veilles successives, s’affaisser, demaunder grâce; mais de vrais Parisiens, des Parisiennes ! Jamais.

Ilest midi Dans tous ces beaux hôtels du boulevard Haussmann, du boulevard Malesherbes et Au quartier des Champs-Elysées, dans ces riches demeures de l'aristocratie et dela finance, à l'air impassible et majestueux, aux lourdes portes cochères, aux persiennes discrètes soigneusementitirées, tout un monde nouveau, interlope, la plupartjétranger de nationalité, mais Parisien d’habitude et d'adoption, vient de s’éveillet : -le monde de là haute gomme. Celui-ci, l’autre: Paris ne'le connaît “pas. ‘ Téné'se rencontrent tous deux'en face qu'aux jours .de révélations. ‘Ce sont deux peuples. L'un travaille, pense et produit ; l’autre ‘dissipe, spécule et jouit. : Jls «sbnt utiles tous deux : leur réunion: a fait Paris.

ne F EL Cite ‘

Le' Bois » A Boulogne o et les Ohernps- Etyedes.

Enboite ‘pour le Bdis. — ES de RER de — Le passe- r PR d'une, PA MT A gr les dar — Scène de.

UT n'a pas entendu sé du Bois de Boalogaset

dés Champs-Elysées ? Quels charmants souvenirs ces deux nows ne nous rappellenñt-ils pas ? On:sait:des, voyageurs enthousiastes, qui, à l'ombre du "Vésuve,sesont écrié “ Voir Naples et mourir": Combien:parminosélé: gantes ne se sont-ellés pas dit en soupirant, toutendénouañt leur chevelure devant léur miroir.à l’heure qui précède le sommeil : “Voir le Bois de Boulogne et... s'y promener ”

Il est deux heures. L’après-midi est belle, De la Place .de la Concorde à l'Arc de l'Etoile, ce que l’on est convenu, d'appeler le tout, Paris défile dans un éblouissement. Donnons-nous le plaisir de.ce spectacle.

Equipages armoriés, landaus,. phaétons passent et repassent continuellement au grand.trot de leurs attelages, Toutes les richesses, toutes les, élégances, se sont ici donné rendez-vous. C'est, ici que-la mode, cet aimable despote; arbore Jes toilettes nonrelles, les chapeaux fraichement éclos que toutes les belles mondaines des autres: pays connaîtront bientôt, Ici que .la.vie. parisienne se. montre: dans .$on plus bel épanouissement, Des deux lions de Marly, gerdant. l'entrée de l'avenue, jusqu'au rond-point des Champs-Elysées, dans.les spacieux.jardins qui bordent la chaussée, le coup d'œil est des plus beaux, des plus animés. L'on rit, l’on cause, l'on discute ; l’on brise avec ses anciennes connaissances, l’on en cnntracte de nouvelles, Telle confidence discrète, ébauchée par: un salut timide et furtif, s’achèvera le soir même, à la lumière des iustres, dans les salons de Madame une telle. Le chiffre représenté par cette cohue d'équipages, s’agi-

tant, roulant joyeusement vers le Bois de Boulogne dans le:clairsoléil:d'hiver, sémit.tont simplement:calossal ; ce: qu'ily: a là de.dettes : ‘entassées, «sufbreit ss clt d'enc. capitale.

Le Bois. de Boulogne.et. le, grand laq;! On, sait. des Perisiennes,qui, le.sojr, en feraient certainement une graye, maladie, si elles n'avaient. paf. fait, dans Ja journée leur. tour du,lag. Pour cela i,n'y,a plus de, maladie qui. tienne: le mal.de tête disparait, la migraine s'enfuit, la. néyralgie succombe, Il faut se montrer coûte que. coûte: ou,se,perdre à tout jamais.. De deux henres à quatre. en: hiver, et..de. cinq à sept.en,été, la grande. promenade du lac est, ençombrée de voitures. Elles ne penyent. bientôt plus aller qu'au, pas. Les messieurs font assaut de politesses et. de galanteries ; les belles promeneuges,. s’observent entre, elles, se regardent, se déchirent. On, a déjè.remarqué, qu'une telle avait porté la même toilette toute une semaine, tandis qu: telle antre en changezit jusqu’à. trois fois dans, la même journée. Uncertain duc se trouve toujours là, par le plus, grand des hazarde, en, même temps que madame la marquise, et ce petit Gaston de M. que l’on savait être très attaché à Mlle, Virginie l’a. laissée depuis deux jours et caracole gracieusement à la portière de Mile Tata Tous ces menus propos, ces can-. cans innocents sont commentés le soir même sur les bou-levards et dans les salons.

La physionomie du Bois de Boulogne change avec les heures de la journée. Dans la matinée, les amateurs de sport s'en servent pour les chevaux de course. ‘De nombreuses parties de "plaisir y sont aussi organisées, Ce Bois est surtout la terre classique dès duels parisiens. On a beau éxercet la plus extrême vigilance, rien n' ÿ fait. Le duél' est devenu tellement enraciné dans les’ mætrs qu'il ert impossib'> de l'extitper, ‘et, dé temps. immémoriil, le Bois dé Boulogne est rééontiu comme l'endtoit le plus sûr et 18 plus commode pour s'égorger

tranquillement. Que ‘de sang n’a pas: 1ébrilé: dvi les! allées charmantes de c6 parc ! Que de crimes impuhis dont ces ombrages ont été le théâtre!

“Le promeneur attardé qui sé sera laissé surprendre par le nuit dans le Bois de Boulogne n'aura pas lieu der regretter <e retard momentané. La solitude est complète. La foule s'est écoulée depuis longtemps. La grande nappe d'eau du lac, près de la cascade, prend, à la clarté de la lune, des aspects d'une douceur infinie dans lesquels le regard aime à'se plonger. Il y a, dans ! tout cet ensemble, tant d'harmonie, tant de profondeur qu'on oublie la grande villé aux portes du parc et que l'on se croirait en face d’espaces sans limites. Ces promenades romantiques ne sont cependant pas fort goûtées des Parisiens. Quelquefois selement, au fond des allées désertes, il nous semble voir se glisser, plus disparaître de ces couples entrelacés, de ceux qui se parlent bas quoique bien seuls. (C’est l'heure des épanchements bucoliques. Les Parisiens se sont faits tendres bergers. Que voulez-vous ! on trouve de tout à Paris, ever des Roméo et Juliette.

Cette première vue d'ensemble une fois prise, nous allons maintenant examiner en détail, passer en revue, avec autant d’éclaircissements que le cadre restreint de cette lecture peut le permettre,les principaux monuments, Jes églises, les institutions, les théâtres ; nous dirons ce -qu'est l'art considéré sous ses divers aspects : peinture, ‘sculpture, musique; nous parlerons de la mode Parisienne , et de l'influence autocrate qu’ ‘elle exerce ; puis nous terminerons par une, courte esquisse des mœurs de ce beau et grand Faris,trop souvent calomnié à mon:idée,et sans l'intelligence desquelles il est très-difficile de juger impartislement, la capitale de la, France qui, selon la juste expression de l'un do ses écrivains les plus marquants, n'est pas une ville mais un monde.

Le Louvre et le Luxembourg. |

Le”nusée des Antiquités. — LA salle ‘dé sculpture etila Vérius dé | Milo. La galerie d'Apollon, — Le! Salon français et la pein-

ture moderne 4 — Causerie.sur l’art, — Le Luxembourg.

EX parlant des monuments, le Louvre s'impose tout d'abord. Cet édifice majestueux, ce temple des merveilles de l’art, de tont ce qu'a produit l'idéal aidé du génie, dresse sur les bords de la Seine, tout près de lile de la Cité et du Pont-Neuf, son vaste quadrilaière, style Renaissance, Bien des bouleversements, bien des révolutions ont passé sur Paris depuis sa fondation. La barricade, cette forteresse mouvante de la rue, l’a ensérré bien souvent, La fumée du combat s'est envolée, l'émeute s'est dissipée et toujours il est resté intact, ‘sentinelle avancée du beau, du grand et du noble dans là capitale du monde civilisé. La Commune même et les horreurs de 1871 l'ont respecté.

Les musées des antiquités égyptiennes et assyriennes, la galerie de sculpture en occupent le rez-de-chaussée. Ne jetons qu'un regard distrait sur ces colosses de granit,

ces momies, ces hiéroglyphes, derniers restes de la pro-,

digieuse civilisation des Ptolomées et des Pharaons ; sur tous ces sphinx à la figure à la fois si douce et si 1éonine, accroupis dans leurs robes de pierre, non pas qué tout cela soit sans intérêt, mais parce que nous devons avoir

hâte de contempler au plus tot les merveilles qui nous

attendent plus, loin.

Nous sommes. dans la, chambre de Melia Toutes les.

beautés de l'art antique sont ici rassemblées. Donnons

la plage e d'honneur à. cette, belle. Vénus de Mio, dont 44

voit la:statue de marbre se, détacher d'une draperie d'un.

ronge sombre. qpi lui sert, de, fond. On:y va tout droit |

comme poussé par, Un. attrait invincib e.. On. éprouve,

en le regardant, comme une sensation de. sérénité lnmi-…

neuse et de bonheur tranquille. Quelle beauté surhu-

maine ! Quel vague et divin sourire sur ceslèvres entr'ou-vertes ! Quellé puissance dé regard. dans icet.œil sans. pruuelle ! Toutes,les, formes, d'un tour fier et superbe,

se. déroulent. irréprochables.. Une ; draperie; aux, plis moëlleux, retombant sur lés‘hanches, loin:deles:voiler,.

les accuse de-plus..en pi. Quel admirable artiste ce

devait être qne ce Pragitél e, dont, le ciseau enchanté evait

su,rendre; d'une manière si parfaite. et sur,une matière

impérissable J'idéal qni l'obsédait !

Lastatue de, l'Apollon du Belvédère, un, beau modèle du . groupe. de Lapcoon, un. Gludiateur sont ensuite les objets. les pas remarquables Les, Antinoüs, les Faynes, les. Grêces,. les Vénus, les Hercules, les Minervyes fourmillent. de tous côtés, On ne les regarde plus que distraitement. L'œil, encore tout ébloui de'ce qu'il vient de voir-— la. révélation . de la beauté suprême— ne peut plus,se fixer nulle part:

Avant de passer plus loin, admirons, au Musée de la. Renaissance, la superbe Diane de Poitiere, l'œuvre de Jean Goujon, si svelte, si élancée, à la tête si coquette, à la belle main si effilée, posée sur un cerf aux ramures. d’or, puis un autre magnifique groûpe,. dû au ciséau de Michel-Ange— les Prisonniers— qu'il nous semble voir se tordre dans leurs liens avec des cris d'angoisse — sublime personnification de la force impuissante.

Les galeries de peinture sont au premier étage. Quel’ labyrinthe de chefs-d'œuvres ? On traverse d’abord plusieurs salles, au parquet soigneusement ciré, au plsfond, superbementdécoré, toutesrempliesd'étincelantes Vitrines renfermant des bijoux précieux,des coupes d’ür, dés vases d'argent, des onyx, dés jades, des émaux, et toutes sortés dé joyaux où le travail dépasse encore lé matière, quel que ‘précieuse qu'elle soit. Les plus besux échantillons des porcelairiés de Sèvres en ornent lès côtés ; de magnifiques tapisseries des Gobelins sont stispenduss sui tiurs. Nos’ rHivôns bientôt à’ une vaste salle conne sous 1é

nom de. Sulon français. Les plus, grands peintres de l'école française, y, sont ici. représentés ; «David, Gros, Guérin, Girodet, Gérard, Gériganlt, De esamps etplnsienrs. autres... Ce fut, la.première. co lection à dé, perntures qui. s’offrit. d’abord à:mp vue an, Louyre, et, dans mon opinions. c'est la, plus belle que,ce sanctuaire de l'art possède, J'y. suis revenu plusienrs fois, toujours ayec un “plus. grand. plaisir, et si j'en; excepte un tal lean de. Raphaël représeutant Jd'archenge, Michel, terrassant . Je démon, quelques, toiles du Corrège et. de, Léonard de Vinci disséminées dans Je Salon carré et, dans la.Gx ample Galeru, je n’en sais pas, qui m'aient çausé une impression aussi forte, aussi. vivace que les œuvres du génie français, telles. que, par. exemple, les Pestiférés . de, Juffu et,la. Bataille d'Eyluu par Gros, la Scène du Deluge, par, Girodet, et le Radeuu de la. Méduse.par Géricanit.Il y a aussi un tableau représentant. l’'ensevelissement d’Atala, un sujet tout moderne comme l'on, voit, traité avec âme et pureté par Girodet. Rien de plus noble, de plns touchant, de plus poëtiquement beau que. cette tête, d’'Atala caressée. par. un chaste pinceau. J'entends là-dessus quelques personnes me, dire ‘“ mais, lesgranuds maîtres, qu'en faites-vous”? Les grands maîtres, soit, entendons-nous, Je ne suis, pas fanatique de mon temps etje suis tout, prêt, à rendre justice, à admirer même ce qu ‘ont élevé les siècles passés, mais il me semble —mon. opinion, je le sais, n'a .pas grand poids ; elle n'en. est.pas pour..cela moins sincère— il, me semble, dis-je, qu'ilserait grandement temps que la lumière se fau, sur toutes: ces questions... Trop. PIRE ke, culte exc usif de l'antiqnité a.régné : plaçe. à. nos nouveaux maîtres. Tout en, rendant aux, anciens. l'admiration due. Jeur génie, à leurs œnyres immortelles,. ce que du reste personne ne conteste, souFenons-nous anssi fa .contemporains.. Je ne sgis.ponrqnai,nne idée. persistante d'infériorité s'attache à tout, ce, qui est, moderne. Mais je, siècle présent, longtemps frappé, d'ostracisme,, 8 ‘fmpose

maintenant dans l'art et Ja littérature par. la force et le puissance de ses œuvres. On sé souvient encore en - France de la stupeur ressentie lors de la premièrè: apparition des tabloaux de ‘Delacroit ‘let : de! Géricault: Quelles tempêtes de réclamations ces’ deux artistes, que

l'on place maintenant au premier ranÿ:n'ontils pas sou: | levé sur leur passage ! Quin’a pas entendu parler de la première représentation de l'Aernani de Victor Hugo au

Théâtre Français? La lutte entre les classiques et les

romantiques dégénére ce soir là en véritable tumulte et

peu s’en fallut qu’on en vit aux mains dans le parterre.

Cette pièce forme aujourd'hui partie du répertoire du

Théâtre Français 'et c’est tout dire.

Si l’on jette maintenant les yeux sur les compositeurs de musique, Charles Gounod, que l’on peut appeler le fondateur de l'école française de musique, s'offre tout d’abord à nous comme un vivant exemple de ce que peut le travail opiniâtre, la persévérance aidée du génie. L'immortel auteur de Faust, de Roméo et. Juliette et de bien d’autres chefs-d'œuvre, longtemps honni, longtemps répoussé, s'est vu ensuite accepté, puis admiré. Victor Massé, son élève, continue nobleinent les traditions du maître, et tout Paris applaudit, cette année, son opéra de Paul et Virginie qui est resté son œuvre principale.

Mais, nous voilà loin du Louvre. Reÿenons-y. Si jai été amené à faire ces réfléxions c'est que riéti ne m'a semblé ridicule,pour hé pas dire absurde, ‘comme l’adiniration témoignée à ces tableaux anciens devant lesquels l'on est censé devoir tombér en éxtase. : Sur la foi de ces livres indicateurs, appelés “guides dès étrangers,” et'que tout visiteur conscientieux ‘ne ‘devrait jamais feuilleter, l'on $e pme de plaisir devant telle toile réputée célèbre, qui EY pe avoir été fort bien il y'a détit où trois cents ans, mais d ont le temps, ce grand déstructeur, a maintenant défraïchi les couleurs et jeté uni voile soiibre et impénétrable sur tous les contours à péine pércéptibles. Et

cependant, ce sont toutes sortes d’exclamations, des oh ! Y des ah ! d’admiration, pendant que l’on regarde à peine, que l’on laisse dans l'ombre, tous ces chef-d'œuvres, dus à la nouvelle génération, au coloris si chaud et si brillant, au dessin si ferme et si clair.

Que de choses à dire encore sur le Louvre ! ! Il est inépuisable en richesses de toutes sortes. Il nous#ifärait

des volûmes pour le décrire, et l'on pourrait paksér un mois avec profit] pour le visiter en détail. : Qu'il me suffise de dire, en terminant, que la “collection complète de ce que je viéns d'énumérer et, en sus, le musée de marine et le musée chinois, comprénnént 140 salons qui, mis l'un à côté de l’autre, forméraient une longueur de deux milles, .

De l’autre côté de la Séine, il existe aussi un musée très-intéressant que toute personne, de passage à Paris, ne doit pas manquer de visiter. Je veux parler du Luxembourg. En même temps qu'un musée, c’est de plus le siège des délibérations du Sénat. On y admire ici de beaux échamillons de la peinture ét de la scuiptare

modernes. Ces pièces n’ont pas encore leur place au

. Louvre, mais.elles y arriveront plus tard une à une. La

gloire doit ici faire antichambre avant de passer a la postérité. De beaux jardins spacieux, ornés d'élégantes fontaines, s'étendent devant toute la façade du palais. Ces

jardins sont surtout fréquentés par les étudiants qui, à de certaines heures, descendent en foule du quartier du Panthéon et en font le siège de leurs études, de leurs discussions, de leurs causéries.

Le Panthéon et Notre-Dame.

Te Panthéon et l'Assemblée Coistittante: :22/NôtreDéfhé efison ‘Histoire: ==: L'aséension des tours. —: La vieillé tre an n sbleil couchant. |

AU Luxembourg & au. sk rt a dos Placé au-dessus de Paris qu il domine, ce cr temple, dû à l'architecte Soufflot élève ‘dans les airs sa coupole audacieuse et superbe. “D'abord appelé église Ste. Geneviève et. destiné : au culté catholique, ‘cet EARbe “fut changé en Temple, de la Gloire par ‘T'Assémblée Constituante en. 1791 qui, sur le fronton, fit mettre cétte inscription : “ Âux grands hommès la patrie reéconnaissante ”.. Sûrement le Panthéon, car la voix populaire lui consacre ce nom, n'a jamais été et ne sera jamais une église. Ce ne peut être Jà la demeure: de la j jeune ierge, de Ste. Geneviève, en. mémoire de laquelle il ayait été élevé. Voyez, ce péristyle. Ést-ce bien là le seuil d’üne bergère ?,:Qu'y. viendrait-elle faire ‘an pied ‘ds. ces . colonnes, orgueillenses ? Pénétrez à l'intérieur. Voyez cette colonnade et ce dôme qui se perdent dans la nue. Rien de cette demi-obécurité, de cette pénombre myèterieusesi favorable au recueillement. Un épanouissement de lumière, tombe, du, ciel. Voyez. ces Prin voûtes. : Sont-elles: faites] pour d ‘de chastes Eat ques ! v Etes ‘semblent :plutôf résonner deséchôs du “Ch ni du Départ” ou peutêtre encore, de la Marseillaise”, Et. Sependant l'œ œuvre de Soufflot était menacée de ne jamais recevoir ‘la destination à laquelle elle était affectée. L'architecte, même, en ignorait le secret. Le dix-huitième siècle allait finir. Le Panthéon, relégué au loin, près des murs, semblait <omme perdu dans le désert.

Quel fut l'événement qui révéla le sens de cette énigme de pierre ? Je l’ai déjà dit, ce fut la Révolution Française et ce fut la mort de Mirabeau Le 14 Avril 1791, l'Assemblée Constituante y porta en triomphe les restes

En 1 Len

encore tièdes de‘Sonïgt#ahd iorateur. Mirabeau fat:le premier hommequi reçut eette/sépulture:gloriense, sous “ecgranid/dôche fait pour’ abriter la rensée dertout'ün ‘siècle. ‘Arès lui, la Révolution: déverna les hèonñeurs du! Panthéon: à Voltäire et à J:J.Roussean. | Napoléon ‘ÿ'faitehtrer l'un del ses plus vaillants généraux, Lannes. Reñdu au culte ‘catholique: par -la : Restauration, :desti- “nation qu'il’ perdit de'inouveau sous la Révolution de Juillet, le’ Panthéon est "ajout ul: ‘définitivement consacré à l'Eglise.

“Plus loin, à l'extrémité nôrd de l'ile de 18 Cité, se trouve la vieille église Nôtre-Dame, la cathédrale de Paris. La première pierre en fut posée, ‘sélôn toute probabilité,

vèrs l'an 1100 par Maurice de Sully, archevèque. Il y aurait donc. près de 800 añs qu’elle existe Si les piliérs de Notre-Dame poses parlér, que de ch’ses' ne nous diraient-ils pas ! (Témoins impassiblés dé la vie d'un des | peuples les plus agités de la terre, que d'événements ne “nous racontèntils ‘pas ‘cependant dans léur muëtte éloquence! ‘Üné émotion extraordinaire vous saisit dès que vous en passez le séuil. L'on se transporte guseitôt -par la pensée dats ces temps où, à l’occasion du sacre d’un roi, pour né grande fête’ pôpulaire ou royale, toute “‘üné "mer vivante se répanddit sous-ses larges nefs, Que ‘les clothes Sonnajent 4 toutes volaes, que résonhaient les grandés orgues ; et puis, aux jours kinistres de l'émiénte et de la Révolution, quand! l'artillerie ‘grondait "à ses “portes, que’ 16 tocsitl affolé faisait frétnir ses hautes tours, ‘et qu'une populieé’en fürie- en faisait réténtir l’eltéinte ”d’arathèmes'et de thañts dé deuil. ‘‘Notré-Dame'a été un -abri pour tout cela : pour toutes’les misères et léssplendeurs, les espérances et les malheurs de la population parisienne. Aussi quel respect, quelle vénération le peuple n'a-t-il pas consérvé pour ces pierres séculaires ! . Ce sont, a dit un écrivain, ses titres de noblesse : le lien

visible qui le rattache à un passé toujours plein de grandeur, même pendant la tourmente.

Ceux de mes auditeurs qui se proposent de visiter Paris ne doivent; pas oublier que c’est du hant des tours de Notre-Dame que l’on jouit de l’une des meilleures vues de la ville. On atra soin pour céla de choisir une belle . journée et, si c'est possible, au soleil couchant. La vieille église semble alors s'illuminer ; tonte cette. forêt, de ‘ipierres:.se colore des tons les plus vifset les plus chauds ; les verrières. lancent des étincelles. Les innombrables statues qui en ornent les niches prennent une apparence de vie, etil nous semble qu’elles vont se mouvoir et marcher comme pour prendre part à un mystérieux concert. À vus pieds, l'immense ville, aux sommets estompés par un léger brouillard que dorent les rayons de l’astre sur son déclin, se déroule superbement dans la vallée de la Seine jusqu'aux collines qui l'entourent de tous côtés et qui lui forment comme un rempart naturel.

Parmi les autres églises remarquables, il faut citer la | Sainte Chapelle construite par St. Louis : une merveille de grâce et de légèreté ; la Madeleine, dont l'architecture rappelle celle des anciens temples payens de la Grèce ; l'église St. Germain l’Auxerrois, remarquable surtout par les souvenirs historiques qui, y sont attachés. Ce fut de Jà que, dans la lugubre nuit du 22 août 1572, partit le signal qui détermina le massacre des huguenots, connu . sous le nom de “la Saint Barthélemy.” Puis vient l'église St, Sulpice, renommée pour, l'éclat de ses cérémonies, l'excellence de la musique sacrée que l'on y entend et la grande beauté de ses orgues. | Parmi les temples tout ne modernes, citons encore les deux élégantes églises de la ; Trinité et die St, Aparañse

Les Theûtres.

Le théâtre : une nécessité. — Ce que l'on est convenu d'appeler des pièces répréhensibles. — Qui va jeter la première pierre — Une vérité appliquée à qui de droit. — Description générale des principaux théâtres.

E tous ces monuments élevés à Dieu, consacrés ”

au culte des arts ou à ia mémoire des grands hommes de la France, passons maintenant, par une transition toute naturelle, à ces autres temples du plaisir élevés à l’art dramatique dans ses personnifications les plus diverses. Le théâtre est un besoin naturel à la population parisienne. Cette institution, dont on a médit bien souvent de par le monde entier, n'est pas au fond aussi méchante qu’on voudrait bien le faire croire. Paris est bon garçon, un peu turbulent, un peu gouailleur même, mais le cœur sur la maïn et ne demandant pas mieux en somme que de bien s'amuser. Les pièces sont peut-être un peu gauloïises, un ‘peu risquées ; dans les. salles d'opéra, les danséuses de ballet sont peut-être un peu insouciantes, portent souvent des robes trop courtes et trop diaphanes, et, tranchons le mot, lèvent la jambe quelquefois très-haut. Mais, en tout cela, à qui la faute ?

Ce n’est pas Paris qui demande ce genre facile, ce sont

les directeurs de théâtre qui trouvent plus facile

d'exploiter ce genre: Qu'on lui donne de bonnes scènes bien jouées : illes écoutera vec plaisir et les applaudira

à outrance. Que l’on donne pour interprètes aux plus

belles pièces du répertoire français, des artistes qui

seraient à ces chefs-d'œuvre ce que fut Mlle. Paola

Mariée dans la “ Fille de Madame Angot ”, et ce qu'est

cette année Madame Judic dans la nouvelle opérette

d'Hervé, intitulée “ La Femme à Papa ”. Vous ne vous imaginez pas que Paris soit fort tenté d'aller entendré estropier les sublimités de OCorheille et de Racine, ét, pour ma part,je conçois plutôt la farce bien jouée que le sublime qui tombe dans la farce, Et puis, de quel droit

voudriez-vous empêcher cet honnête père de famille, la plupart du temps accompagné de sa femme et de ses ‘eñfants, de passer quelques heurés agréables le soir ? ‘Tout ce bruit, cette agitation, ces lumières l'enchantent «et il oublie là les misères et les préoccupations dé la vie ‘matérielle, Que voulez-vous, nous sommes loir d’être des anges. Il n'y a que les puritains quis'abstiennént du théâtre. L’ascétisme que nous, prêche l'Eglise n’est pas notre fort. Je dirai plus, le théâtre!est nécessaire partout, et je ne crains pas de m'avancer trop loin'en soutenant que plusil y a dans une ville de lieux de uivertissements, de délassements, meilleure sera cette ville et plus elle sera morale, Que n'a-t-on pas dit cependant sur l'immoralité de Paris. Je.suis bien aise d’avoir ici une -occasion d'en parler. Vous êtes-vous jamais demandé ce que c'était que ce libertinage, cotte immoralité et quelle pouvait bien en être la cause # La voici.

Depuis longtemps Paris, la ville universelle, exerce une attraction irrésistible sur:le monde entier. Les étrangers + ffluent de toutes parts. Tout ce. qui a un nom, une fortune à dépenser y vient perdre quelques années de sa jeunesse et manger le patrimoine de ses pères. La, réputation d'hospitalité, de.cordialité du peuple de Paris les y a attirés ; la bonhomie, l’exquise .urbanité de: leur caractère ya %es y fixer pour longtemps. , Libres alors de toutes entraves, loin, de Jeur,patrie, de leurs familles; ces. étrangers, hostiles, la plupart à la Françe; laissent déborder tous leurs mauvais instincts, leurs passions. longtemps contenues, : Ce à sn su qui, pose les pren

Ia Ca

ÿetteronten retour que l'insulte à la face ! Oui, encore une fois, ce sont ces étrangers,des Russes, des Allemands des Anglais surtout, ces êtres si naturellemont égoistes et ingrats, tous ces gentlemei à la tenue si froide et si correcte dans les rues de Londres, et qui,. une fois installés à Paris se hâtent à qui mieux mieux d'éclabousser, de souiller le beau nom de la ville qu'ils envient. Puis, de retour dans leur pays, ils prendront la plume et écriront dans leurs journaux de touchantes homélies sur l'impiété de Paris et le libertinage de ses habitants. Qu'une période d'épreuves et de désastres vienne à fondre sur la France, ils lui tournent aussitôt le dos et lui lancent ce qu'ils peuvent avoir d'ignominies et d'outrages de toutes sortes en réserve. La chose s’est vue lors des tristes événements de 1870-71 et se verra encore. ‘Cette courte tirade peut semblér peut-être extraordinaire ; “elle n'en à pas moins ici sa place naturelle. Mais, revenons aux théâtres.

A la jonction des boulevards des Capucines et des Italiens, sur la place de l'Opéra, se trouve l'Académie Nationale de Musique, plutôt connue sous le nom de Grand Opéra. Ce Magnifique édifice, commencé depuis de longues années sous le règne ‘de Napoléon III, et dont .cêt émpereur né devait jamais voir l'achèvement, ne fut. définitivément inauguré que le 5 janvier 1875. Tous les différents arts du sculpteur, du peintre ét de l'architecte ; tous lès marbres et les granits les plus riches ont été : mis à contribution pour, en faire le monument le plus superbe qui ait; jamais 6té élevé à la gloire : de l'art musical. (Le coût'en est énorme : quelque those comme cinquante nillions de francs. L'architecte‘en fut Charles Garniét et le grand escalier, seul, une merveille, suffirait à l’immortaliser. Ilÿ& représentations" les tandis, meércrédis'ét véndredis de Chaque ‘sewisine et le répertoire <cémprend, comte le nom, dureste, l'indique, toute:la Série des:grands opéres. En Fons: db ééla il 1y 8, durant

la saison du carnaval,dé sat bal masqués,de quinzaine en quinzaine.

L'Opéra Comique, sur laplace Boieldieu, vient ensuite. Le répertoire en est très-choisi et très-varié. Tous les opéras qui, sans être opéras-bouffes, sont d'un caractère gai et léger, y sont ici représentés. C'est l’un des théâtres les plus agréables de Paris.

L'Opéra Populaire qui vient de remplacer l’ancien théâtre de la Gaîté, est une entreprise toute nouvelle. On a voulu en faire un lieu d’amusement qui, tout en donnant des œuvres choisies, fût à la portée de tous par la modicité de ses prix. Tout Paris y applaudit cette année l'excellente interprétation du ‘“ Paul et Virginie,” de Victor Massé. :

Si maintenant, de la musique, nous passons à l’art dramatique proprement dit, le Théâtre Français réclame. tout d’abord notre attention. Etre joué au Théâtre Français : telle est la suprême ambition de tout auteur qui écrit pour la scène. S'il réussit, son nom passe à la postérité. C’est sur ce théâtre que s'illustrèrent Talma, Mlle. Rachel et Mlle. Mars, Mille. Sarah Bernhardt, l'actrice si populaire, y remplit aujourd’hui les premiers rôles avec talent, à la tête d'artistes distingués parmi lesquels nous devons nommer Miles. Bianca, Samary, et Croizette ; MM. Mounet-Sully, Delaunay, Got et Coquelin. C’est ici qu'eut lieu la première représentation da Uuniel Rochat de Victorien Sardou, pièce qui a été la cause d'un si grand retentissement il y a à peine quelques mois.

L'Odéon, de l’autre côté de la Seine, est pour cette partie de Paris ce qu'est le Théâtre Français pour la rive droite, et peut se vanter, à juste titre, de faire concurrence à ce dernier sous plusieurs rapports

. Les Variétés, la Renaissance et les Folies Dramatiques sont voués exclusivement à l'opéra-bouffe, Offenbach, Lecocq, Hervé et Planquette y règnent'en maîtres, et

‘toutes leurs fantaisies si désopilantes, si bouffonnes, à la musique si sautillante et si gaie y ont ici tous les soirs deurs fidèles adorateurs.

Le théâtre de l'Ambigu, naguère encore assez obscur, -est en voie de devenir célèbre. Emile Zola, l'apôtre du

naturalisme, y a associé son nom et son trop fameux Assommoir approche aujourd’hui de sa 300ème repré- “sentation.

L'un des endroits les plus charmanis pour passer une “agréable soirée est le théâtre de la Porte St. Martin. Ce théâtre est à Paris ce qu'est “le Niblo’s Garden” à New York. On y donne toutes sortes de fééries avec un grand luxe de mise en scène, des décors superbes, des costumes éblouissants, et des effets merveilleux de lumière.

Il y aurait encore le Gymnase où l'on joue en ce moment la nouvelle pièce si émouvante d'Albert Delpit, “ le Fils de Coralie” ;le Vaudeville, où l’on vient de monter avec succès cette charmante esquisse de la vie parisienne, “le Nabab,” due à la plume de l’un des écrivains les plus délicats ct les plus populaires, M. Alphonse Daudet ; le Théâtre Lyrique, le Châtelet, deux immenses salles, célèbres pour leurs grands spectacles militaires et les eoncerts-monstres que l’on y organise. Nous n’en finirions pas, si nous devions tous les nommer. Il y en a 4e toutes #ortes, de tous grades: pour tous les goûts, pour toutes les bourses. Disons cependant un mot de quelques autres scènes de second ordre, devenues très populaires à Paris depuis quelques années : les cafés chantants. Parmi les mieux connus sont les Folies-Bergère, l'Alcazar, le Tivoli, l'Eldorado et quelques autres. Dans ces théâtres, chacun peut se lever, s'asseoir, circuler librement, partout et quand il lui plaira. Il y a toujours un jardin couvert, attenant à la salle du spectacle, où de nombreux jets d'eau entretiennent une délicieuse fraîcheur. Une foule élégante s'y coudoie continuellement ou est assise sous les arbustes qui en ornent les allées, Le service

des consommations y est bien organisé et de nombreux’ garçons circulent, affairés, avec leurs plateaux de bières, de. vins, de glaces, de sorbets, Il est aussi permis defumer. On donne sur la scène de petits vaudevilles en an acte, des fééries, des pantomimer;, des danses et jusqu'à . de la ççyymnastique. La musique y est toujours e>.cellenteet quelquefois la meilleure qui se puisse entendre à Paris.

Ces cafés-concert que l’on a déjà traités avec rigueur et même persécutés quelquefcis ne méritent cependant pas tout ce dédain. Ils resteront debout malgré les attaques réitérées de ces esprits rigoristes et timorés pour qui tout est matière à scandale. Et où est le mai, je vous le demande, si quelques-uns préfèrent aux lourdes salles mal aérées de certains grands théâtres, ces petites salles coquettes et pimpantes où l’on est du moins. confortablement assis et où l’on peut, tout en causant et en fumant son cigare, passer une bonne et agréable soirée. Ces cafés-concert ont, de plus, rendu de véritables services. aux grands théâtres, en ce sens qu’ils ont favorisé les: talents timides et naïssants. (C’est de là que se sontélancés, d’un seul bond, vers des scènes de premier ordre, des artistes aujourd'hui renommés.

Quel monde charmant que celui'de tous ces gens de théâtre, et cependant que ne dit-on pas contre eux® Quelque soit le genre auquel ils s’adonnent, on observera . toujours parmi eux la presque similitude de leurs mœurs, de leurs habitudes, de leur condition :"ciale. Lea pluscharmante cordialité règne dans tous leurs rapports ; il existe entre eux comme un redoublement de politesseaffectueuse et de serviabilité. Ils sentent le, besoin deconcentrer, de masser leurs forces pour faire face àl'ennemi commun : le monde et ses préjugés. La société, . toujours défiante envers ceux qui l’instruisent, l'amusent ou le charment, et qui ne se livre aveuglement qu'à ceux qui l'ezploitent ou la volent, garde encore contre les gens.

de théâtre tous ses préjugés d'autrefois. Elle leur ferme ses portes et continue de leur réfuser ses filles, Elle x ne leur a fait qu une seule concession, et cette concession c'est l'Eglise qui s’en eet chargée : L'Eglise les eute *re dans le même cimetière.

La Mode et la Parisienne.

En quoi consiste la Mode, et pourquoi ses fantaisies nous sontelles dictées par Paris ? — Une esquisse de Parisienne.

M: il me semble entendre quelques-unes d’entre ASS vous, Mesdames,qui me faites l'honneur d'assister à cette lecture,me demander de bien vouloir vous entretenir de la Mode Parisienne. Je conçois tout ce que cette impatience doit avoir de légitime et je me hâte de me: rendre à vos justes désirs, non, toutefois, sans un fort sentiment d’appréhension. Car je ne me suis pas dissimulé les dangers et les difficultés de ce sujet délicat, et je sollicite d'avance pour cela la plus grande somme d'indulgence possible de votre part.

La Mode et la Parisienne ! Ces deux mots se complètent l'un par l’autre. Impossible de les séparer sans en tronquer le sens. Avec la Mode, la Parisienne a réalisé le rêve poursuivi en vain par les plus grands conquérants:. elle est maîtresse du monde. Elle lui a donné des chaînes de fleurs et l’a asservi pour toujours à ses lois.. La chose est indiscutable. Il y aurait folie à la nier, folie surtout à ne pas s'y soumettre de bon cœur. Ausurplus,. la chose serait inutile et, le dirons-nous, ce doux servage ne nous déplaît pas. Il y a déjà longtemps que le mondeest gouverné de par la volonté de la mode et la grâce desjolies ferames, et le monde ne s’en porte pas plus mal. Longtemps encore, à l'époque du printemps surtout, les

factures des fournisseurs continueront à pleuvoir chez le père de famille. Ii fronçera d’abord le sourcil, il fera mine de se récrier, puis, vaincu par les couleurs chatoyantes de telle toilette, la coupe incomparable, la haute nouveauté de telle autre, ahuri, ébloui, fasciné, il abandonnera, de guerre lasse, les armes aux mains de ce sexe faible qu'il croit avoir sous sa dépendance. La force désarmée par la grâce et le sourire, cela s’est déjà vu.

On ne saurait donc étudier Paris sans reconnaître que les goûts féminins ont contribué pour une large part à la suprématie qu'exerce cette ville. Quelques-uns ont appelé cela les fadaises de la mode. !1 n’en est pas moins vrai que c’est un pouvoir occulte, mystérieux, impénétrable avec lequel il faut compter. Je viens de dire impénétrable : est-il bien vrai qu'il le soit? Certain sage n’a pas craint de dire que l'empire de la Mode était accepté parcequ'il s'appuie sur un défaut et une aspiration inhérents à tous les cœurs humains : la vanité et un insatiable besoin de changement, À mon avis, il n’était pas loin de la vérité. Ce n’est pas parceque telle mode nouvelle lui sied mieux, qu'une femme se hôte de se l'adapter, mais parceque l'achat de cette toilette implique la dépense qui, à son tour, veut dire richesse, bien mensongère quelquefois.

Le besoin de changement n'est pas moins fort, Tant qu'une femme est jeune et belle elle espère toujours s'embellir en variant ses atours. Si elle commence à être sur le retour de l'âge c’est encore bien pis. C’est alors une lutte de tous les inétants, une véritaile course au clocher pour échaprer aux atteintes de cette Furie, appelée bien à tort un âge raisonnable, et qui se dresse derrière elle et qui projette sur son miroir son ombre triste et pâle, Et puis, qui sait! Cette coiffure va peut: être modifier l'aspect de cette figure, masquer ces tem pes dégarnies, donner tout un redoublement de jeunesse à cette physionomie. Demain cela se verra sans doute.

PEUT pen

‘Oui, mais aujourd’hui, cela échappera à l'observation sous da nouveauté, l’étrangeté de la chose, ‘Bienisouvent il ne faut pas chércher d’autres motifs à l'empressement que l'on témoigne à adopter toutes ces modes nouvelles, produits plus ou moins fantaisistes dûs à l'imagination des Parisiennes, car c’est à celles-ci que nous les devons.

Et pourquoi à elles plutôt qu'à d’autres ? Pourquoi, au lieu d’être nées à Paris, ne nous viennent-elles pas de Londres, New-York ou Berlin ? La Mode est française ‘uniquement parcequ’elle ne peut se passer du concours de le Parisienne, un être des plus étranges, formé des éléments les plus disparates et échappant à l'analyse et à l'observation. Chez elle, une certaine finesse native supplée à l'instruction qui lui manque généralement. Elle n’a rien appris et cependant elle sait tout. Elle excelle à saisir au vol tous ces enseignements si variés que l’on recueille en traversant Paris : les mille et un échos des boulevards, des théâtres. Prise au dépourvu, elle vous avouera son ignorance avec un charme indicible, persuadée qu'elle est que le défaut d'éducation est toujours celui que l’homme excuse le plus chez la femme. La sentimalité n’est pas son fort” les livres la fatiguent ceux de la littérature actuelle surtout où il y a trop, selon elles, de réfeæione, Dans un théâtre elle est distraite préoccupée; elle observe, elle lorgne les toilettes de ses voisines et la chose qu'elle y fait le moins c’est d'écouter ce qui se passe sur la scène. Vous connaissez ce mot d'une Parisienne à qui l'on reprochait un soir son inattention ‘“ Eh ! bon Dieu, répondit-elle, s’il me fallait écouter quelque chose, je n'irais jamais nulle part.” Une seule passion prime tout: le culte qu'elle professe pour elle-même. Elle ne se borne pas à se préférer à toutes choses; elle s'érige en divinité. Elle veut être belle et elle le sera à tout prix. La Parisienne veut surtout briller ou du moins attirer l'attention et c’est là le but, l'origine de toutes ses pensées et de toutes ses actions

LP sde - dl

Pour parvenir à ça résultetaucun obstacle ne la rebutera, anqun:eflort-ne lui coûtera! Qnme dira que ces traits, loin .d'âtre particuliers, su type parisien; se rencontrent pattont. :Sans doute les. Parisiennes RS elles le sont plus que lesiantres femmes, Chez elles, les qualités et les: défants, arrirent, à leur. paroxysme, conséquence inévitable de la. vie de Paris, au milieu de tontes.les recherches d'une civilisation effrénée, efféminée, poussée à l'excès. C'est donc dans l'analyse de ce défaut qu'il faut chercher l'explication delempire exercé par la ns au nom de Ja Mode, Elle possède l'organisation nécessaire pour cela. Elle sait choisir, avec un artinfini, précisément, la modification la plus propre à rehausser l'éclat de.sa beauté, toujours un pen artificielle. Elle vent être belle, nous l'avons dit, — ce à quoi, du reste, vous aussi, mesdames, vous paryenez avec si peu d'efforts — la Parisienne, dis-je, veut être belle, et elle déploie pour arriver à ses fins, un génie qui repose sur le don d'observation inné ou acquis et développé par le séjour de Paris. La Parisienne est et sera longtemps encore, espérons-le, le missionnaire de la Mode, car elle a prouvé au monde qu’elle s'était toujours montrée digne de conserver le ponvoir qu’elle exerce depuis si longtemps.

Page 1