CORPS
On a souvent décrit l'effet de surprise et d'épchantement que Paris produit sur lès étrangers. Personne n’y échappe. Cetté ville devient de plus én plus la ville cosmopolite par excellence, la capitale du monde civilisé. Londres, Vienne ou Pétersbourg ont beau regimber, Paris s'imposé, comme dans n'importe quel salon où elle se trouve, s'impose une femme jeune, belle, spirituelle et pleine d'imprévu. Un l'écoute avec respect, on lui pardonne ses défauts, on l’admire et puis on l'aime. De cette immensité se dégagent, je le sais, des miasmes délétères. Il y a partout des gens insurgés contre le repos de la société et qui gagnent leur vie à mal faire. Mais le souffle de Paris est si puissant qu'il en assaïnit bien vite l'atmosphère. A deux pas vous ne les sentez déjà plus. Descendez dans la rue, suivez les quais ou les boulevards, traversez les jardins publics : tous ces êtres que l’on nous fait si pernicieux, si malfaisants, font place à une foule polie, courtoise, bienveillante, animée des meilleures intentions. Si l’on jugeait des cœurs par les visages, l’on pourrait dire que c'est la population la plus heureuse. Il nous semble y lire le contntement qu'ils éprouvent d’être Parisiens et de posséder Paris. Car Paris si convoité, si désiré de tout temps, est encore bien à eux. Celui qui est heureux ne peut être méchant. Quel est donc, je ne m'en souviens plus, cet étranger qui disait avoir du plaisir à se jeter dans les foules de Peris, pour s'entendre dire par ceux qui le coudoyaient involontairement ‘ Pardon, Monsieur.”
Il y a dans l'air, dans le son de Paris, si je puis ainsi m'exprimer, une influence particulière ui ne se our pas ‘ailleurs, Cela est inesplisble et cepend dant indiscutable. C'est une sonorité confuse où ‘tout s'harmonise. Ailleurs, le bruit, l'activité se centralisenk;
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à Paris, la vie est partoutet, c'est ce qui le fait si vivant INn'ya pas à en disconvenir,c'est un milieu très bruyant très gai, très'industrieux aussi, mais à ses heures. Il est surtout intellectuel. Ce qu'il se dégage de ce cerveau toujours en ébullition est énorme. A l'Institut il pense à la Sorbonne il enseigne ; dans les lycées et les écoles, il prépare la jeune génération de l'avenir ; par la voie de ses journaux, il dicte ses ordres et ses opinions, et il dissémine tous, les jours sur.le monde entier les innombrables œuvres de ses écrivains. Et toujours il étudie, il produit sans cesse.
. Combien ne devons-nous pas être fiers, nous Canadiensfrançais, d'appartenir par les liens du sang à cette glorieuse nation, dont les forces réunies ont élevé cette ville unique entre toutes les autres. Dans un temps où, sous prétexte de fidélité et de loyauté à l'Angleterre, un grand nombre d’entre nous affecte de ne plus s'inquiéter de ce qui se passe en France, ou bien, sur la foi de rapports plus ou moins mensongers, ne s’en inquiète que pour déverser l'injure et l’ignominie sur leur ancienne mère-patrie, il convient de réagir de toutes nos forces contre ces tendances d’ingratitude et d’égoïsme, Ouvrez quelques-uns de nos journaux, parcourez leurs soi-disant courriers d'Europe, et vousn’y verrezcependant pas autre chose, Ce, n'est qu'un hymne de gloire en l'honneur de l'insignifiante faction légitimiste et. de son semblant de roi enseveli dans un château des montagnes de Suisse ; se n’est qu'un concert de malédictions, pour ces hommes du peuple qui,sur les ruines amoncelées par la monarchie, ont su régénérer la France et doter le pays du gouvernement de son choix. Car, rappelons-nous le, le suffrage universel consulté a proclamé la République, et il me semble que, depuis sa fondation, celle-ci a donné au monde d'assez nombreux exemples de sa vitalité pour que nous lui soyions sympathiques. Libre à tous d'approuver ou non les hommes actuels placés à la tête
des affaires, mais accordons du moins notre appui moral à la jeune République, qui, forte de son droit et ayant à cœur de remplir ses hautes destinées, plane sur toute la France comme une nouvelle aurore, l'envie et l'admiration de l’Europe entière.
Soyons surtout fidèles à cette belle languo française que nous ont léguée nos ancêtres. Veillons toujours avec un soin scrupuleux à ce qu'elle se conserve dans toute sa pureté, et pour cela, gare aux anglicismes “ L’anglicisme, voilà l'ennemi,” s'est écrié, il y a quelque temps, l’un de nos jeunes écrivains, dans un moment de ferveur patriotique. L’anglicisme, c’est l'ennemi qui se glisse sournoisemert et nous attaque en traître. Il s’infiltre partout et nous déborde de toutes parts. C’est une guerre de buissons et de broussailles. Chaque coup porte et chaque coup est mortel. Massons nos forces, resserrons nos rangs et faisons-lui face. Sus à tous ces traîtres et n’ayons pas de repos que l’on n’en ait extirpé jusqu’au dernier.
La belle langue que nous parlons, c’est le lien invisible, quoique tout puissant, qui nous rattache encore, par-delà . l'Atlantique, à cette France que nous voulons toujours aimer. Tant que nous posséderons notre langue, l'élément anglo-saxon qui gronde sourdement à nos côtés et dont les flots toujours grossissants menaçent de nous absorber, sera impuissant à nous entamer. Notre petit peuple, jeté comme par hszard sur cette immense terre d'Amérique, militant contre des forces sans cesse acharnées à sa perte, restera toujours inviolable et intact, et surtout, ne l’oublions pas, Français de cœur et de sentiment.