CHAPITRE II
WESTMINSTHR : L'ABBAYE LE PARLEMENT LES PALAIS ROYAUX ET LES PARCS DE L'OUEST DE LONDRES
La Tour de Londres était la Bastille qui gardait la Cité et le Port, le palais de Westminster était le Louvre, la résidence royale, et remplit cet office jusqu'en 1530, quand le palais voisin, Whitehall, fut donné au roi Henry VIII par le cardinal Wolsey qui l'avait fait construire. Westminster est en même temps le siège du Parlement, et les cours de justice s'}' tinrent jusqu'en 1882. L'ancien hall qui subsiste encore a été reconstruit en 1399, la magnifique charpente, qui date de cette époque, est une des curiosités de Londres. C'est le plus beau spécimen de ces grands halls anglais du moyen âge et le plus célèbre. Il a vu les banquets du couronnement de tous les rois, le procès de Thomas More et celui de Charles I*^'', celui des lords écossais rebelles et celui de Warren Hastings. Ce hall est le dernier reste du palais de Westminster.
Mais Palais et Parlement ne sont venus que plus tard s'annexer au monument historique le plus célèbre de Londres, Westminster Abbey. Le nom est un pléonasme, car Westminster signifie déjà Abbaj'e de l'Ouest (Minster = Monasterium), mais il est consacré depuis si longtemps qu'on n'y songe plus.
L'importance historique du moimment est si grande qu'elle a souvent
donné des illusions sur la valeur d'art qu'il possède actuellement. Extérieurement, il est si restauré qu'on peut le dire moderne et quelques-unes de ces restaurations, comme la surélévation des tours par les élèves de Wren, sont si fâcheuses, qu'elles altèrent complètement la silhouette du monument telle qu'elle nous est connue par les anciennes vues.
Intérieurement, le monument, qui est à peu près conservé, est intéressant et original en beaucoup de détails, et c'est autre chose encore, une de ces Mecques qu'on ne peut visiter sans curiosité, le lieu de pèlerinage de tout
Hall de l'ancien palais de ^^'estminster.
une race. Au point de vue artistique, il est très inspiré de la cathédrale de Reims qui fut finie la môme année 1269 où Westminster fut consacré. Le chœur d'Amiens était fini depuis longtemps et la Sainte-Chapelle tenninée. Reims fut le t^-pe suivi surtout dans les baies, les piliers et leurs ])ases. comme M. W.-R. Lethaby l'a montré dans sa monographie, à laquelle nous empruntons presque tous ces détails.
Le chœur seul était complètement terminé en 1269, quand on y transporta le corps d'Edouard le Confesseur, et les vitraux n'étaient pas faits. On travailla lentement, pensant conserver la nef normande de l'ancienne abbaye et les bâtiments monastiques du xii^' siècle, quand, en 1298, un grand incendie détruisit ces derniers. La deuxième moitié de la nef ne fut finie qu'au xiv*" siècle, avec un souci évident de rester en hannonie avec les parties ])lus
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anciennes, car seuls des experts pourraient noter les différences. De 1350 à 1420 on éleva la façade et on construisit les cloîtres en utilisant des cons ■ tructions plus anciennes; de 1500 à 1512 fut élevée la chapelle de Henr>^ VII, dans le st^de anglais peypendiculaire caractéristique de l'époque.
La cathédrale est donc l'œuvre de trois siècles au moins, et jusqu'à la Réforme on ne fit que l'embellir.
ly'intérieur était d'une magnificence célèbre. L'italien Trevisano en 1497 écrivait : « J'ai vu le tombeau du roi Edouard le Confesseur à Westminster et vraiment ni vSaint- Martin de Tours ni rien de ce que j'ai jamais vu ne peut entrer en comparaison. »
En effet, autour de la cathédrale, florissait toute une école de sculpteurs, de peintres et d'émailleurs.
C'est à eux que sont dus les tombeaux comme celui de Henry III, avec son effigie de bronze (vers 1290) et celui de la reine Alianor ou Êléonore de
LONDRES
Provence, son épouse (morte en 1290), l'ancien autel dont il reste un panneau peint, conser^^é à la Deancry, objet peut-être unique en Europe, a écrit Viollet-le-Duc, les stalles du chœur détruites malheureusement en 1775, l'admirable sculpture de la voussure au portail de la salle capitulaire (vers 1250) et
Façade de Westminster.
la belle décoration de la porte qui donne sur le cloître. Les carreaux émaillés du pavé de la salle capitulaire sont anglais, de 1255 environ, et d'un admirable dessin, la plupart d'entre eux très usés. M. Lethaby a fait remarquer que le dessin d'une des roses de la nef, que l'on n'a pas suivi dans la restauration, se trouvait conservé sur l'un de ces carreaux.
Les tombeaux d'Aymer de \'alence (mort en 1324). ceux de la famille Crouchback, celui de la reine Philippa de Hainaut par un de ses compatriotes.