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mais le plus triste et le plus laid d'Europe. C'est, je crois, Ruskin qui disait que le seul aspect de Gower Street (une rue d'aspect anglais typique, près du British Muséum) montrait l'honnêteté foncière du caractère anglais et l'absence de tout désir de faire illusion. Il faudrait peut-être aller jusqu'à dire, l'absence de toute prétention artistique. Ces rangées de maisons, ou plutôt ces façades indéfinies percées de portes et de fenêtres, précédées de leurs épaisses grilles en fonte, fermant le fossé de Varca ou sous-sol, ces maisons
Le Londres moderne : Leicester Square.
du type anglais traditionnel ont l'air défendues et hostiles. Quand on entre c'est dans une antichambre mesquine encombrée par l'escalier. On aime encore mieux la maisonnette ouvrière qui, au lieu du sous-sol fortifié, a un ])etit jardin de quelques mètres carrés, qui montre dans son arrangement une ombre de personnalité, la maison des faubourgs ou suburbs qui s'égaye au moins d'une petite pelouse, de quelques fleurs.
Les maisons de Londres sont le plus souvent de briques, de ces briques jaunes encrassées de suie qui ne montrent aucune teinte franche, même lavées par les pluies. Quand les portes ne sont pas décorées de l'éternel portique et plus tristes encore que nues, elles sont, comme les fenêtres, des trous. Rien ne
montre mieux que l'intérieur de la maison anglaise à quel point l'art est en Angleterre une chose étrangère, acquise. Mais précisément parce que le goût est infiniment moins individuel qu'en France, on a pu mieux le diriger, et le mouvement d'art décoratif dirigé par Ruskin et William Morris a pu s'étendre beaucoup, parce qu'il était unique, tandis que notre anarchie de goût prouve au moins une variété de tendances, et peut-être plus de vitalité, un sens personnel de l'art qui fait défaut dans tous ces Jwmcs semblables créés chaque année par milliers dans la ville démesurée.
l'li..l.i V.il.-ntin.-.
Le Londres moùerne : Piccadillv Circus.
On ne peut pas nier que les rues de Londres n'aient leur caractère, mais il faut le voir dans le bariolage des boutiques et des annonces, dans la débauche de couleur d'un peuple peu sensible à la couleur, dans la vivacité prodigieuse du trafiic, enfin dans les eû"ets d'atmosphère particuliers à une ville toujours enveloppée de brouillard et de fumée, effets très pittoresques et d'une beauté très séduisante dans son enveloppement, qui donne une grâce à ce qui n'en aurait jamais si on le voyait plus clairement. C'est cette beauté-là qui flotte à certaines heures sur la Tamise et sur les parcs. Londres n'est pas Paris, mais Londres n'est pas non plus New-York, quoiqu'il tende maintenant à s'en rapprocher, comme Paiis
Vue ancienne de Westminster.
(Hellin, Essai Géographique s/ir /,'s fies ùrilaititi//tirs, IJÔyi-