I.KS PALAIS ROYAUX ET I.KS PARCS
exécuté à grands frais, mais sans âme. On verra quelques jolies choses dans les plus récentes des fresques qui ornent les célèbres corridors ou lobbies où se fait le vote par division, mais ce ne sont que de jolies choses.
Du palais de Whitehall, près de Westminster, qui était situé entre la Tamise et la grande voie qui porte ce nom, il ne reste plus que le Banqueting Hall ou salle des fêtes, construite par Inigo Jones en 1619 pour remplacer l'édifice provisoire en bois élevé pour la reine Elizabeth en 1578. La façade
La cliambre des Lords.
classique à deux ordres superposés est dans la rue appelée Whitehall. A l'intérieur on voit, très restauré mais encore d'un grand effet, le plafond à caissons décoré par Rubens, esquissé par lui en 1630 quand il vint en Angleterre comme ambassadeur envoyé des Flandres par l'infante Isabelle, mais peint à Anvers.
C'est là que le roi Charles I^"" fut couronné et c'est là qu'il avait sa magnifique collection de tableaux, qui comprenait le célèbre cabinet du duc de Mantoue. C'est aussi par une des fenêtres de cette salle ou du petit corps de bâtiment attenant qu'il fut conduit sur l'échafaud le 30 janvier 1649.
En 1660 Charles II revenait à Whitehall et y entretenait sa joyeuse cour, si légèrement peinte dans les Mémoires de Grammont.
LONDRES
La salle des fêtes contient actuellement le Musée de l'armée et de la marine, qui réunit une foule de souvenirs historiques, plans de batailles, armes et modèles de vaisseaux. On y voit aussi un buste en bronze de James I^^", pour qui la salle fut construite, attribué à Hubert Le Sœur.
C'est au même sculpteur françaisqu'estdue la statue équestre de Charles I*^^ à Charing Cross, la plus belle statue qu'il y ait à Londres, qui fait chevau-
Salle des banquets de l'ancien palais de Whitehall.
cher si fièrement le roi cavalier non loin du lieu de son exécution. Le cheval de cette statue est spécialement remarquable et on dit que Charles I^'", grand amateur de chevaux comme d'objets d'art, avait fait soumettre la maquette du monument à la critique de ses écm^ers.
L'histoire de la statue est curieuse. Elle fut fondue en 1633 pour le comte d'Arundel, mais à l'établissement de la République de Cromwell elle fut vendue à un fondeur pour être détruite. Le rusé commerçant vendait aux Puritains comme aux Cavaliers des cuillers et des fourchettes soi-disant fabriquées avec le bronze de la statue, mais il la tenait en réalité enterrée dans son jardin
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et quand les vStuarts revinrent en Angleterre en 1660, il s'empressa de l'exhumer pour l'offrir à Charles II et la statue fut remise en place avec un piédestal en pierre, trop grêle, par Grinling Gibbons.
Charing Cross est encore célèbre comme lieu d'exécution des régicides sous Charles II. Leur courage et leurs discours impressionnaient tellement la foule qu'on conseilla à Charles II de ne plus permettre les exécutions si près de son palais, et que l'échafaud fut transporté à T^'burn, dans le nord de Londres.
L'ancien palais de Whitehall avait été construit par le cardinal Wolsey, ou (hi moins entièrement refait par lui. Il lui appartenait comme sa résidence à Londres dans sa dignité d'archevêque d'York et s'appelait alors York Place. Il prit le nom de Whitehall quand le roi Henry VIII s'y établit. Quand il br{îla, sous le règne de William III, la cour se transporta dans les palais de Saint- James et de Kensington, et maintenant Buckingham Palace est la résidence royale à Londres.
Le quartier qui s'étend entre Westminster et le Strand est aujourd'hui occupé surtout par les ministères et les grands clubs, dans Whitehall et Pall Mail. Ces deux noms rappellent seuls aujourd'hui avec le Banqueting Hall, le palais et la promenade publique (le ]\Iail) du temps des Stuarts.
Saint- James s Palace, entre Saint- James' Park et Green Park est un vieux
palais à la façade de briques, d'aspect fort modeste et qui ne contient d'ancien qu'une salle d'audience, la chapelle royale et la vieille porte donnant sur Saint James's Street. C'était à l'origineune léproserie que Henn»- VIII s'appropria en 1532 avec le domaine environnant. La cour s'y tient encore parfois pendant la saison et c'est là que le roi Edouard \'II fut proclamé le 24 janvier igoi. On peut visiter les appartements et la chapelle avec une permission spéciale du lord chambellan.
Statue de Charles I*^"" à Charing Cross.
LONDRES
Presque en face, au bout de la large avenue appelée The Mail, qui mène à Charing Cross, se trouve Buckingham Palace, énorme construction élevée sur les dessins de l'architecte Nash, à partir de 1825, dans un style pesant et monotone. La façade sur Saint James's Park fut ajoutée en 1846 et n'est pas plus belle que le reste. Le monument à la reine \'ictoria élevé devant la façade principale est un de ceux dont s'attriste la capitale.
C'est la résidence habituelle du souverain à Londres, depuis l'avènement de la reine Victoria. L'intérieur est somptueux et, ce qui est plus intéres-
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La caserne des Horse Guards.
sant, contient une magnifique collection de tableaux, que les étrangers sont parfois admis à visiter par l'intermédiaire des ambassades, sur l'autorisation du lord chambellan, et en l'absence du souverain.
Pour terminer l'énumération des palais royaux de Londres, nous citerons encore le vieux palais de Kensington, dans les jardins du même nom, qui sont la continuation de Hyde Park du côté de l'ouest. C'est une construction sans prétention aucune, populaire en Angleterre comme le lieu de naissance de la reine \'ictoria et la maison où elle passa ses premières années. Les jardins, à l'ancienne mode, sont charmants et la situation retirée à l'extrémité de l'immense parc est la plus paisible qu'on puisse rêver à Londres. On comprend là mieux que partout ailleurs le caractère familial de l'ancienne cour anglaise, car ce palais ressemble surtout à une grande maison de campagne.
Le vieux palais de Kensington contient maintenant le London Musciitn
WESÏMTXSTKR
LES PALAIS KOYALX KT LLn PARCS
OU Musée historique de la ville de Londres, fondé en 191 1 à l'imitation du Musée Carnavalet et que de nombreux dons ont rendu déjà intéressant. On s'étonne même qu'une institution de ce genre n'ait pas existé plus tôt dans une des plus anciennes capitales d'Europe, où les restes du passé doivent être d'autant plus religieusement conservés qu'ils sont moins nombreux'.
Les jardins de Kensington furent à la mode surtout à la fin duxv^ii^ siècle et au commencement du xix*^, et c'est là, assure-t-on, que François-René de Chateaubriand se promenait de préférence quand, émigré et mourant presque
Porte du palais de Saint-James.
de faim à Londres, il écrivait, pour se consoler ou s'attrister plus noblement la première esquisse de René sous le ciel de Londres.
Nous ne quitterons pas Westminster et les quartiers de l'Ouest sans une visite à la nouvelle cathédrale catholique, ce colossal édifice bâti en sept années par l'architecte écossais Bentley et non encore complètement achevé intérieurement. C'est une grande basilique de style byzantin, en briques rouges et pierres blanches alternées par couches à l'extérieur, à l'imitation des églises du nord de l'Italie et destinée à être revêtue de marbres et de mosaïques à l'intérieur. Les lignes extérieures de l'édifice, avec son grand campanile séparé, sont peut-être discutables mais l'effet de l'intérieur dans son émouvante simplicité est un des plus beaux que nous connaissions dans l'architecture moderne. L'ornementation des chapiteaux, la sculpture du
I V. Old Kensington Pahuc anJ thc LonJon Mii<.eiini. par Ivriu-st Law . loi.
portail est sèche et pauvre, mais les colonnes sont faites de si admirables matériaux, les proportions sont si belles que l'églisenon terminée paraît assez ornée comme elle est et perdra peut-être à recevoir son revêtement intérieur.
Le tabernacle, dessiné à l'imitation de celui de Saint-Ambroise de ]\Iilan, cache un peu trop les fenêtres de l'abside et une immense croix suspendue dans le transept, trop grande, tend à réduire les proportions de l'intérieur, mais aucune des critiques de détail qu'on peut faire ne touchera à l'essentiel de l'œuvre.
L'immensité de l'édifice, les foules qui arrivent à le remplir, attestent la
l'iiol.. Ni-ur.li'in.
Buckinoham Palace.
vitalité du catholicisme à Londres, la tolérance et le tact qui ont guidé le gouvernement et l'Église anglicane pour leur faire admettre une cathédrale catholique à \\>stminster sont à l'honneur du libéralisme anglais.
Xous quitterons la cathédrale catholique et, par le pont de Westminster ou celui de Lambeth, nous arriverons à Lanihcth Palace, palais archiépiscopal anglican, qui est la résidence officielle à Londres des archevêques de Canterbury, primats d'Angleterre, depuis six siècles. Les bâtiments les plus anciens contenus dans cette vaste enceinte remontent aux xiii^' et xiv^' siècles. La chapelle, bâtie par l'archevêque Boniface de Savoie, est de 1249 à 1270. La K tour des Lollards », bâtie de 1434 à 1445, n'a peut-être pas servi de prison aux réformateurs religieux qui lui ont donné son nom, mais en tout cas de prison ecclésiastique. Wyclif fut examiné sur ses opinions dans la chapelle, et les évêques anglicans furent enfermés à leur tour dans leur ]irison parCrom-
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well. Le Hall, bâti en 1663 par l'archevêque Juxon, qui assista Charles I^'" sur l'échafaud, est sur l'emplacement et clans les proportions de l'ancien hall, et renferme la bibliothèque, très riche en manuscrits et anciennes impressions.
C'est un des lieux les plus anciennement habités dans le sud de Londres, un îlot historique dans cet océan de maisons sans caractère et sans passé, qu'on fera bien de voir. Le palais archiépiscopal proprement dit est une construction moderne, avec un grand jardin ouvert au public.
Palais des archevêques de Canterbury à Lambeih.
Pour compléter notre rapide promenade à travers les monuments de Londres qui ont un intérêt historique ou artistique, il faut revenir de Westminster à la Cité par Whitehall, Charing Cross et le Strand, suivant ainsi la route qui a toujours relié les deux villes. De Charing Cross nous jetterons un coup d'œil sur le monument de Nelson et Trafalgar Square, dominé au nord par la morne Galerie Nationale qui contient tant de chefs-d'œuvre. Jusque dans la cour de la gare de Charing Cross nous trouverons un souvenir du passé, car le monument gothique qui y est élevé n'est que la copie d'une des « croix d'Eléonore », c'est-à-dire de ces monuments élevés par Edouard I^"" à la mémoire de sa femme Eléonore de Provence, sur la route suivie par le cercueil pour être déposé à Westminster, et c'est à cette croix élevée en 1296 que le lieu doit son nom. Deux des croix originales subsistent, à
LONDRES
Waltham et à Northampton, mais Charing Cross, la dernière avant d'arriver à Westminster, était la plus belle.
Dans le Strand et Fleet Street, Somerset Ho use et les Cours de justice (Laiej Courts) sont les deux édifices qui méritent le plus Tattention. Le premier, qui contient tous les services de l'état civil et de l'enregistrement, et King's Collège, a été construit de 1776 à 1786, avec deux ailes ajoutées au
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Trafalgar Square et la National Gallery à gauche.
xix*^ siècle. La façade sur la Tamise est la meilleure œuvre du xv!!!*-' siècle qu'on puisse voir à Londres.
Les Cours de justice, élevées pour abriter les divers tribunaux autrefois à Westminster, forment un ensemble d'édifices assez disparates, dans le syle gothique, par G. E. Street, un savant architecte, historien remarquable de son art, mais qui ne sut réaliser qu'une œuvre sans unité et sans charme. L'intérieur est un dédale et les dix-neuf salles d'audience, si fréquentées par les amateurs d'esprit judiciaire, n'ont pas grande apparence. Les Cours de justice se trouvent en face de l'ancien emplacement de Temple Bar et nous sommes ainsi revenus à la Cité, où nous nous abstiendrons de donner une opinion sur la Bourse, la Banque, Mansion House et autres monuments exclusivement utilitaires. Nous aimerions mieux continuer notre promenade jus-
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qu'aux docks, tout un monde qui commence à Srtù// Katharine s Docks, derrière la Tour de Londres et va jusqu'à Milhvall, en face de Greenwich, où se trouve l'hôpital maritime. Mais ce monde dun pittoresque spécial, qui a tenté plus d'un artiste, entre autres Whistler dans ses admirables eaux-fortes de la Tamise, un artiste seul pourrait en rendre les étranges aspects que d'ailleurs Anvers ou Hambourg, ces deux grands ports rivaux de Londres, fourniraient aussi bien que Londres. Ce qu'il y a de particulier au port de Londres, les effets d'atmosphère de la Tamise, nous avons dit que c'est des bateaux qu'on en jugera le mieux.
Somerset House.
Xous ajouterons ici quelques notes pour les flâneurs qui aimeraient à savoir, quand ils parcourent les célèbres parcs de Londres, comment la grande ville a pu réser\-er en elle tant d'espaces libres dont certains, comme H\'de Park, sont véritablement des morceaux de campagne, des parcs au sens anglais du mot, c'est-à-dire des prairies semées d'arbres, plutôt que des jardins. Les parcs sont pour ainsi dire le seul endroit de Londres où l'on puisse flâner, ils sont précieux à ce titre, et aussi pour les perspectives qu'ils conservent dans une ville où les voies ne sont pas très largement ouvertes, et où manquent les accidents de terrain.
L étendue du Londres soumis à l'administration du London Coiinty Concil est de 75.000 acres carrés (environ 30.000 hectares), dont 5.000 acres d'espaces libres (2. 000 hectares), sans compter les Parcs Royaux qui ne sont pas administrés par le Conseil de Comté. Les jardins étaient aussi nombreux dans