‹ Londres, Hampton Court et WindsorChapitre 16 sur 44 · WESTMINSTER. — LES PALAIS ROYAUX ET LES PARCS · texte numérisé non relu

WESTMINSTER. — LES PALAIS ROYAUX ET LES PARCS

« semblables en forme, manière, bonté, curiosité et propreté aux fenêtres de la nouvelle chapelle du roi à Westminster ». Les stalles de bois de la même chapelle sont très influencées par l'art allemand de l'époque, on y trouve des motifs d'Albert Durer et d'autres graveurs du temps et elles furent exécutées, dit-on, par des Flamands.

Pourquoi est-on obligé d'ajouter que toutes ces œuvres d'art ancien sont comme noyées, pour le visiteur, dans un amas de tombeaux indifférents ou médiocres des xvii*^, xviii'' et xix^ siècles qui encombrent l'église au point de

Cloîtres de Westminster.

nuire sérieusement même à l'effet de ses lignes et de ses proportions, tant ces sculptures ambitieuses s'élèvent haut? Pourquoi surtout la sculpture anglaise est-elle tombée si bas qu'il n'y a pas une œuvre de valeur dans tous ces tombeaux ? C'est un problème qui mériterait l'attention d'un chercheur. Même l'art de composer et de graver les inscriptions s'est perdu au point que celles qui relatent toutes les gloires de l'Angleterre sont aussi banalement tracées que dans un cimetière ignoré.

Quant au choix des célébrités qui ont eu l'honneur d'être enterrées à Westminster, l'Angleterre même reconnaît qu'il a été fait sans discernement au XYiii*^' siècle, et qu'il y a assez de noms à Westminster qui ne sont plus que des noms.

LONDRES

La masse et le nombre imposent, l'idée d'un Panthéon national qui ne tient pas de compte des différences religieuses ou politiques est si belle, le coin des poètes, Poets' Corner, rappelle tant de souvenirs qu'on lui pardonne de n'offrir pas beaucoup plus de beauté aux yeux que le reste. ^Moralement. Westminster Abbey, comme Panthéon, est magnifique.

Mais quelles pleureuses et quelles draperies, quelle mascarade pseudoclassique, et combien éloignée de la majesté de la mort! Il semble qu'on a

Salle capitulaire de Westminster.

oublié en Angleterre, depuis la Renaissance, le culte de la mort tel qu'il est compris par les races latines, qui ont su élever encore de nos jours de beaux monuments funèbres. Peut-être l'Anglais, homme d'action, est-il peu soucieux, au fond, de l'au-delà, et admire-t-il ses morts mais sans les aimer, pour les entasser ainsi dans une cohue si peu respectueuse des vraies grandeurs. Comme l'écrit un artiste anglais éminent, en conclusion de son admirable étude sur l'ancien Westminster, il est urgent de ne pas ajouter de nouvelles tombes à Westminster. Allons jusqu'à dire qu'on pourrait en enlever beaucoup d'anciennes. Est-il vraiment juste et nécessaire que des acteurs et des actrices, ou de petits poètes du xviii'^' siècle reposent à côté de Gladstone et

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de Ruskin ? Ce désordre venu de l'encombrement est sans dignité comme sans beauté et j'aime encore mieux notre Panthéon presque vide, mais où un maître a travaillé.

Le horough de Westminster ne contient pas seulement, en son abbaye, le Panthéon et le Saint-Denis de l'Angleterre en un seul édifice. Le palais royal de Westminster, puis celui de Whitehall qui le remplaça y furent la résidence des rois d'Angleterre à Londres, les Plaisons du Parlement abritèrent les deux Chambres.

Le palais des Chambres (Hoiises oj Parliament) occupe l'emplacement de l'ancien palais royal de Westminster, brûlé en 1834. ^i^ Charles Barr>- en fut l'arcliitecte avec Pugin, un des grands partisans de cette renaissance de l'art gothique qui accompagna en Angleterre le mouvement religieux d'Oxford, de 1830 à 1850 environ. Le palais du Parlement, commencé en 1840 et achevé au prix d'environ trois millions de livres sterling (75 millions de francs) est le monument le plus important qu'a laissé cette école néo-gothique. Il est tout à

fait caractéristique de l'Angleterre que le palais des Chambres soit un monument gothique réunissant les deux Chambres dans un même édifice où tous les détails concourent à donner une impression semi-rehgieuse de la tradition nationale. Rien de semblable à notre Chambre^des députés, classique, faisant dater notre histoire de la Révolution. Les salles tiennent à la fois du cercle, du club moderne et du hall moyen-àgeux, la chapelle de Saint-Stephen. dont le nom sert parfois à désigner les Chambres elles-mêmes, est là pour les cérémonies religieuses qui accompagnent nécessairement l'ouverture du Parlement. L'église paroissiale de Saint-Margaret de Westminster, à côté des Chambres, est l'église de la Chambre des Communes depuis 1549. Ces détails donnent une idée de l'appareil religieux qui entoure encore aujourd'hui le

Trône du couronnement à Westminster.

gouvernement parlementaire en Angleterre. Tout l'extérieur parle ici de ces traditions si fortement ébranlées aujourd'hui par la politique radicale. Quelle que soit la fin du conflit, il est infiniment probable que l'Angleterre, en sacrifiant peut-être le fond, conservera les formes, car tel est son esprit.

Artistiquement, cet amour, cette religion des formes anciennes s'est traduite par un monument non sans noblesse et sans gravité, qui apparaît particulièrement à son avantage quand il est vu de loin à travers les brouillards de

riioUi Wiliutinu.

Le Parlement.

la rivière, immense, et dominé par sa tour et son campanile qui montre au loin son horloge monumentale, d'où résonne la cloche si populaire à Londres, familièrement appelée Big Ben. De plus près, l'emploi vraiment excessif des lignes perpendiculaires, qui donne un aspect si rigide aux monuments anglais de ce st^de, s'accuse, et accentue l'ennui qu'on éprouve à toute imitation d'un style ancien trop caractérisée. Elle est là consciente, et peutêtre justifiée par une idée historique et morale, mais elle n'en rappelle pas moins une fois de plus, si cela était nécessaire, qu'il n'y a pas eu d'architecture publique originale au xix<^ siècle, pas plus en Angleterre qu'en France.

Intérieurement, le luxe extrême des boiseries, des peintures, des plafonds, des carrelages, ne peut nous faire perdre la sensation d'un décor de théâtre,

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