L'HISTOIRE ET LE PLAN DE LONDRES
L'histoire de lyondres s'est faite autour de la Tamise, que la marée rendait navigable autrefois même pour les plus grands vaisseaux. Aujourd'hui encore Londres est avant tout un port, et un port de mer. La Tamise avec ses docks et ses navires, c'est la première image qu'on a de Londres et c'est la plus vraie. Jusqu'à la fin du xviii'^ siècle, la Tamise à Londres n'était pas seulement la voie d'accès et la route du monde, c'était dans la ville même le moyen de communication principal, préféré de ceux qu'effrayaient les embarras des rues. « D'autres fois, écrit Antoine Hamilton dans les Mémoires de Granimont, on voyait sur la rivière un spectacle que la seule ville de Londres peut offrir. La Tamise lave les bords du vaste et peu magnifique palais des rois de la Grande-Bretagne [Whitehairj. C'était des degrés de ce palais que la cour descendait pour s'embarquer sur le fleuve, à la fin de ces jours d'été dont la chaleur et la poussière ne permettent pas la promenade du Parc. L^n nombre infini de bateaux découverts qui portaient tous les charmes de la cour et de la
ville, faisaient cortège aux barges où était la famille royale. Les collations, la musique et les feux d'artifice en étaient. »
La plupart des rues perpendiculaires à la Tamise aboutissaient à des Watcigates ou u portes sur l'eau », où l'on prenait ces bateaux pour monter, descendre et traverser le Grand Canal de Londres.
Mais comme l'aristocratie anglaise ne faisait guère sa résidence principale à Londres, qu'il 3- avait même des lois et règlements pour retenir à la campagne
ou dans les county towns tous les nobles qui n'étaient pas membres du Parlement, nous n'y avons plus un seul exemple de maison historique du moyen âge ou de la Renaissance, pas d'hôtel de Cluny, de Sens, de Carnavalet.
Même les grands hôtels du xviii^ siècle sont rares, et de l'architecture la plus insignifiante. Quant aux maisons ordinaires, l'usage des baux à long terme, quatre-vingtdix-neuf ans, par exemple, explique à la fois leur nombre et leur médiocrité architecturale; on ne bâtissait pas pour un avenir indéfini, mais
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l-'orte sur la laniise : lork House). ^ ^
Londres est-elle une ville d'art ? Quand on se rappelle ce qu'on peut apercevoir des fenêtres du wagon ou de la voiture, les longues rangées uniformes de maisonnettes d'ouvriers, les grandes rues momes, le brouillard qui mouille et noircit des monuments sans caractère, la réponse de celui qui n'a fait qu'un rapide voyage à Londres ne sera pas favorable. ^lais si on y a vécu longtemps, si on a su regarder dans les parcs, sur la Tamise, et même dans les rues, si on apprécie l'immensité des trésors d'art réunis dans les musées, surtout si on a assez pénétré le caractère de la plus grande cité du monde pour sentir la poésie qu'elle a, ce frisson d'immensité que Paris ne donne pas, on se dira peut-être que même un jour de brouillard à Londres peut avoir sa beauté.
Sur la Tamise nous retrouverons parfois les sujets de Wliistler, les effets
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de Turner, chez qui la couleur semble toujours voilée de brume comme dans sonpaj-s. Les parcs sont les fonds de tableaux de Reynolds et deGainsljorough, les rues forment parfois de ces extraordinaires paysages de ville qu'on n'ose guère peindre encore, mais qui intéresseront de plus en plus une humanité vivant toujours plus loin de la nature. Londres a quelque chose de dominateur, sinon de séduisant. Il est difficile, après un séjour de quelque durée, de ne pas s'habituer à cette vie rapide, autrefois silencieuse, maintenant encore moins bruyante que dans la plupart des autres capitales.
On visitera Londres avec plus de fruit, si un peu d'histoire a rappelé un monde de souvenirs.
La ville romaine de Lundinium fut bâtie sur la grande route romaine de Douvres à Chester, sur une rivière que la marée permettait de remonter sans peine, mais en un point où il était assez facile encore de la traverser. De légères éminences s'élevaient pour la mettre à l'abri des inondations et plusieurs petits cours d'eau fournissaient l'eau potable, la T3'burn, aujourd'hui disparue sous la ville, et la Fleet, dont le nom seul a été conservé dans Fleet Street, et qui coulait sur l'emplacement actuel de Farringdon rj.. , ^ j^ P !,„„,' "^u.^,;^« ^ ° lete en bronze de 1 empereur Hadrien
Road, sous Holborn Viaduct, et se jetait (trouvée dans la Tamise).
dans la Tamise. Le site avait ses inconvénients, il était marécageux par places, surtout au sud de la rivière. Aujourd'hui, Londres est devenu une des villes les plus salubres d'Europe et sa sécurité vis-à-vis des invasions est assez marquée par le fait qu'une seule fois, dans les temps modernes, elle fut menacée, par les Hollandais au xvii^ siècle.
Au point de vue artistique, on ne peut remonter plus haut que l'importation de l'art romain. La phrase célèbre de Tacite définit très bien Londres comme une ville avant tout de négoce, mais il n'est pas indifférent de remarquer que cette ville de marchands n'était pas tout à fait dénuée d'œuvres d'art. La tête colossale de l'empereur Hadrien que nous reproduisons, de même que le petit archer de bronze trouvé dans Cheapside, attestent cette importation d'œuvres d'art ou d'industries d'art. Le ^lusée du Guildhall conserve un
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INTRODUCTION
beau morceau de mosaïque décorative trouvé à Londres. On parle aussi d'une Diane découverte sur l'emplacement de la cathédrale de Saint-Paul, et perdue aujourd'hui. Les Romains ne s'étaient pas seulement établis et fortifiés là, en entourant la ville d'un mur dont les traces subsistent, ils avaient élevé des monuments, et il est probable que le premier pont de Londres fut un pont romain, car on a trouvé quantité de monnaies romaines dans les piles de l'ancien
pont, refait en bois en 1164, ^^^ pierre de 1176 à 1209, et bien des fois depuis.
La vénérable pierre encastrée dans le mur de l'église de Saint-Swithin, Cannon Street, et connue depuis des siècles sous le nom de la Pierre de Londres, est probablement un milliaire romain.
Londres fut ensuite un centre de l'évangélisation de la Bretagne romaine depuis le iii^ siècle. Il est probable que saint Germain d'Auxerre 3prêcha. En tout cas les chrétiens étaient déjà en majorité au v^ siècle, et Londres était un des trois évêchés d'Angleterre avec York et Lincoln ouCaerleon.
Au moment de l'invasion anglosaxonne des v<^ et vi^ siècles, écrit Bede, Londres devint la métropole des Saxons de l'Est, et la ville fut probablement occupée définiti^•ement vers 570. Au ix^' siècle, vinrent les Danois, qui prirent la ville en 842, en 851, en 872. Probablement chacune de ces dates représente un pillage et un incendie, mais des faubourgs seulement.
Londres fut reconstruit et fortifié dans son enceinte romaine par le roi Alfred, en 886, et à cette date il y avait déjà un château sur l'emplacement de la Tour. Mais les Danois continuaient d'avoir un établissement hors des murs, entre Londres et Westminster, dans ce quartier du Strand dont le nom. qui signifie rivage, peut être danois aussi bien qu'anglais.
Que reste-t-il de ce passé barbare ? Moins encore que du passé romain ; seulement peut-être la pierre tombale du musée du Guildhall, d'un art tout
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Archer, statuette de bronze (trouvée dans Cheapside).