‹ Londres, Hampton Court et WindsorChapitre 3 sur 44 · L'HISTOIRE ET LE PLAN DE LONDRES · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE ET LE PLAN DE LONDRES

Scandinave avec ses rinceaux fantastiques comme on en voit sur les tombes runiques. Mais le souvenir du passage des Danois est encore dans plusieurs noms, à Saint-Clement Danes, dans le Strand, et dans les trois églises qui portent encore le nom de Saint-Olave (saint Olaf , patron des Danois et Norvégiens). Les Sagas nous racontent l'histoire des Danois massacrés à l'église pendant une fête, et comment ils furent vengés. Comme Paris, Londres vit la barbarie jusqu'à une époque relativement récente. Cnut fut probablement le premier roi qui résida à Westminster. etHarold, le dernier roi saxon, y fut enterré.

Mais nous avons peine à imaginer ce Londres d'avant la conquête normande, il nous paraît prodigieusement lointain, en l'absence de tout monument, de toute description. Il est probable qu'il ne différait pas beaucoup du Londres romain dont il avait hérité. Le pont de Londres se trouvait là où est encore aujourd'hui London Bridge, les murs romains avaient été utilisés ou refaits. Xous ne savons rien d'une église à Londres avant la conquête normande, mais une abba^'e existait déjà dans l'île de Thorney, in Torneis, inloco terri bili quod dicitur Westminster. Au sud de la Tamise, il n'}- avait peut-être que des retranchements pour défendre la tête du pont [Southwark signifie fortification du sud) mais peut-être aussi un autre village danois, car il y avait là encore une église dédiée à saint Olaf. I^ondres (c'est-à-dire la Cité actuelle), Westminster et Southwark étaient les trois \'illes qui, réunies en une seule, devaient constituer la capitale de l'Angleterre après la conquête normande, un centre religieux et politique en même temps qu'une grande ville de commerce.

Ces éléments géographiques, le port de Londres, la Cité, Westminster, Southwark, ne forment pas un ensemble ayant d'autre unité que celle d'être liés parla Tamise, et c'est bien la Tamise qui est le trait principal du paysage de Londres et de sa beauté. C'est de la Tamise et de ses ponts qu'il faut voir Londres. Le Palais du Parlement, Saint-Paul, Westminster même, n'ont tout leur effet que de là, leurs défauts s'atténuent dans la distance, Saint-Paul gagne à faire valoir sa magnifique situation et tous ces monuments ont comme leur atmosphère propre dans le brouillard où ils s'estompent dans leurs proportions géantes.

D'ailleurs, l'absence de quais sur la rive Sud, abandonnée aux magasins et aux usines, fait que les quartiers riches, les hôtels monumentaux, les ministères imposants n'ont en face d'eux qu'un chaos industriel. Rien de plus curieux à ce point de vue que le panorama de la terrasse du Savoy ou des jardins du Temple. Ce sont deux mondes qui se regardent face à face. Tant que VEmbankment n'aura pas été prolongé, et répété sur l'autre rive, Londres n'aura pas l'aspect d'une grande capitale, mais seulement d'un grand entrepôt.

6 INTRODUCTION

Mais cet utilitarisme est profondément dans le caractère du pa^'S. Jusqu'à ces derniers temps, presque rien n'}" était fait pour l'ostentation, pour l'apparence, disons même pour l'art. Richesse cachée d'un peuple de boutiquiers, disait Napoléon, de commerçants tout au moins, mais qui n'ont jamais eu d'autre ressemblance avec ceux de Venise que d'être commerçants. Presque tous les arts industriels étaient étrangers à l'Angleterre jusqu'à la fin du xviii*^ siècle. Il était si facile à ces commerçants riches d'importer et de payer, ly' Angleterre a créé une civilisation morale, elle n'a pas créé une civilisation matérielle, un art de vivre, avant nos jours. Pendant les siècles où s'est élaborée la grandeur de l'Angleterre, la production artistique reste chose d'exception et de luxe. Aujourd'hui, les Anglais se sont donné une éducation artistique, ont tenté de retrouver ce sentiment de l'art qui ne leur faisait pas défaut au mo5-en âge. lycs Ruskin et les Morris leur ont fait comprendre ce qui leur manquait, et que c'était seulement par le fait d'une destruction inouïe des œuvres d'art et de la faculté artistique elle-même, « par la manière barbare dont la Réforme a été comprise en Angleterre », comme l'a dit un historien, que ce pa^'s si favorisé d'autre part ne pouvait prétendre à la gloire artistique.

La pauvreté artistique de l'Angleterre pendant trois siècles est traduite aux 3^eux dans Londres par l'envahissement de la capitale par un st^de classique de pacotille.

Londres, comme la plupart des grandes villes, s'est construit de l'Est à l'Ouest. Ici c'est visiblement parce que les terrains les plus voisins du port furent le plus anciennement utilisés, l'Ouest consistant surtout en grands domaines qui ne furent livrés que peu à peu à la construction. Les squares et les rues de l'Ouest portent souvent les noms des grands seigneurs qui firent construire sur leurs terrains. C'est ainsi que s'adjoignirent peu à peu à l'antique Cité, Great Qiieen Street qui fut nommée en l'honneur de Henriette-]\Iarie de France et construite en partie par Inigo Jones, le grand architecte classique du xvii^ siècle, en 1629. Bedford House dans Bedjord Square, par le même architecte, servit de modèle aux demeures de l'aristocratie. Puis fut bâtie, sous Charles I^'", la place de Covcnt Garden, autrefois rendez-vous de la noblesse, maintenant marché aux fruits et aux légumes. Saint- James Square sous James II, Berkeley Square, Grosvenor Square et Bloomsbury au commencement du xviii^ siècle, et Belgravia sous George IV. Ainsi le West End, ou extrémité occidentale de la ville, rejoignit les parcs, domaines royaux réservés, que la grande ville allait déborder bientôt de tous côtés comme une mer montante. Westminster Bridge fut bâti en 1750 et ouvrit de ce côté le sud de Londres, où il n'3' avait guère, comme monument important, que le palais archiépiscopal de Lambeth ; les autres ponts, bâtis de 1815 à 1820, aclie-

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vèrent l'union des quartiers nord et sud de la Tamise, en diminuant le rôle du fleuve dans la vie de la cité.

L'architecture de toute cette période qui s'étend de Charles l'^^ au commencement du règne de Victoria est si uniforme et banale qu'on a peine souvent à mettre une date sur ce qu'on voit.

Mais à la fin du xviii*^ siècle, Londres n'était pas le tiers de ce qu'il est aujourd'hui. La capitale qui réunit aujourd'hui plus d'un septième de la population totale du Royaume-Uni, un cinquième de la population anglaise propre-

La Tamise près des docks.

ment dite ', augmente chaque année et augmentera encore, finira par absorber des villes entières comme Croydon, Bromley, qui ne sont éloignées de son centre que d'une demi-heure de chemin de fer. Nul ne sait ce que peut faire pour l'avenir de l'Angleterre cet accroissement indéfini. Si son admirable administration a su faire de Londres une des villes les plus saines d'Europe, il n'est pas sûr que moralement la race n'y dégénère pas, ne s'y contamine pas aussi par le contact d'une foule d'étrangers suspects, undcsirahle aliens. C'est une question qui n'a pas à nous occuper ici, sauf pour noter ce fait que Londres, la ville d'Angleterre la plus ouverte aux influences étrangères, est celle qui se modifie le plus rapidement dans le sens continental.

I. Si l'on considère l'agglomération véritable, le Grc\7ter London ou Grand Londres et non l'unité administrative, Londres avait en 191 1 environ 7.250.000 habitants.

t^ INTRODUCTION'

Mais la physionomie spéciale de cette ville si antique et qui parait si moderne tient surtout à ce que les révolutions n'ont pas marqué sur elle comme sur Paris. On peut dire que depuis le moyen âge un seul régime, un régime municipal a gouverné la ville. C'est une ville libre plus encore que la capitale d'un souverain.

Cet esprit municipal était sans grandes conceptions arcliitectvirales, traditionaliste et économe. Londres ne présente pas comme Paris un plan réalisé par une suite de volontés royales ou impériales. Une municipalité indifférente à l'art a permis encore plus de destructions et de restaurations partielles qu'à Paris, mais tout ce qui y est détruit est réédifié à sa place pour remplir la même fonction qu'autrefois, et garde le même nom.

Bien plus, les noms sont conser\'és bien longtemps après les monuments. Sur le papier, le plan de Londres est très pittoresque et décoré des noms les plus vénérables et les plus curieux. Les noms de toutes les portes de la Cité nous permettent de retrouver l'ancienne enceinte, quoique les portes ellesmêmes aient disparu depuis longtemps. Il y a la porte du roi Lud. légendaire fondateur de Londres, à Ludgate Hill, et la porte du saint évéque Erkenvald (Bishopsgate) . L intérieur et l'extérieur de ces limites est même indiqué (Bishopsgate Within et Without).

Au Mur de Londres [London Wall) il ne faut pas chercher le mur de Londres, à la Barbacane [Barbican) il n'y a plus de fortification. Les Frères Noirs, les Minorités, les Frères Croisés n'ont plus de demeures à Londres, mais les noms existent toujours (Blackfriars, Minorics, Crutchcd Friars), Alors qu'il n'y a peut-être pas une rue Shakespeare ou une rue Xewton dans toute la \-ille, il y a peut-être vingt York Street ou George Street. C'est un trait tout à fait anglais et qui conser\"e quelque intérêt historique aux mots, sinon aux choses, que cet esprit conser^'ateur qui ne va pas toujours mallieureusement jusqu'à protéger les monuments eux-mêmes.

Vue de Londres, de la Tour à Westminster.

(ncllin. /-'ssai (S,'o,!;ra/'/iii/iie sur li:s l/c.^ biiiaiiiiiijiif.^, 1757

LONDRES

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