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Statue de Déméter British MiiseumV
LONDRES
fouilles de Ximroud et de Xinive. Les deux taureaux colossaux à face humaine, du palais de Kliorsabad, sont célèbres, comme les lions ailés, aussi à tête humaine, de Ximroud. Les plaques de revêtement sculptées en bas-relief, les objets de bronze et d'ivoire sculj^tés, quelques-uns montrant des relations anciennes entre l'art de l'Egypte et celui de l'Ass^-rie, attireront surtout l'attention. La collection des sculptures du palais d'Assourbanipal, racontant la conquête de l'Elam, sont parmi les plus belles œuvres de l'art assyrien qui nous restent. Les tablettes inscrites en caractères cunéiformes sont innombrables, c'est là que se trouve la célèbre série de la Création et du Déluge, racontant l'histoire de la Genèse telle qu'elle était suivant la tradition assyrienne et babylonienne. Il ne faut pas perdre de vue le caractère
Vase de Wedgwood ^South Kensina;ton'!.
avant tout historique et archéologique du British Muséum, qui n'est pas à proprement parler un musée d'art, mais un musée d'histoire de la civilisation. De même que la bibliothèque en est l'organe central, et le bibliothécaire en chef le principal fonctionnaire, dans chaque département on s'est plutôt proposé un but éducatif qu'une simple exhibition. Il y a des salles entières consacrées à l'illustration des grandes religions du monde, le bouddhisme, le brahmanisme, le mahométisme, et aux antiquités chrétiennes, des salles
Le \Mse de PortLuid Rritish Muséum).
MUSHKS ET COLLHCTIONS
ethnographiques et dans les départements plus spécialement artistiques, on s'est encore efforcé de présenter les objets dans leur relation avec les mœurs et la vie journalière des peuples.
La collection de sculpture grecque est la plus belle du monde, non seule-
Apollon, trouvé a Chessy Rhône' British MuseumV
Xeptune. trouvé à Bavai ^N'ord British Muséum' .
ment par la présence des marbres du Parthénon acquis par Lord Elgin en 1801, et achetés par la direction du ^lusée en 1816 pour 135.000 livres sterling seulement (environ 3.875.000 francs), mais pour tant de chefs-d'œuvre disséminés dans toutes les salles, depuis les salles archaïques jusqu'aux délicieuses Néréides, du temple de Xanthos en L^'cie.
Les sculptures du Parthénon resteront toujours cependant le point d'attraction qui retiendra le plus longtemps. On sait qu'on trouvera à Londres,
l^OXDRES
non seulement les groupes des deux frontons est et ouest, ou plutôt ce qui en restait, mais une partie des métopes (15) et environ les quatre cinquièmes de la frise, avec des moulages de ceux qui manciuent. La frise est arrangée en série continue sur la muraille des quatre côtés de la salle, par conséquent à
l'iM.lu Mail-rll.
Caryatide de rErechtheion (British Muséum).
riu.to .M.iii^,-ii.
Treiuham Hall Statue (British Muséum' .
rebours de ce qu'elle était, puisc[u'elle était placée à l'extérieur, les deux frontons occupent le milieu.
Il n'y a plus rien à dire sur ces sculptures, l'école de toute la sculpture moderne et le chef-d'œuvre de l'art ancien. Même sous la froide lumière qui tombe d'en haut, rapprochées du regard comme elles n'auraient jamais dû l'être, dépaysées, attristées, elles font une impression qui n'est pas oubliable.
ML' SKI- s KT COLrj:CTIO.\'S ;9
On a souvent reproché cette acquisition au gouvernement anglais, avec peu de raison selon nous. On avait fait du Parthénon un magasin de poudres, qui avait déjà sauté une fois, il est infiniment probable que si les sculptures n'étaient pas \'enues dans un musée, elles n'existeraient plus. Les dessins du peintre français Carrey, faits au x\ii^ siècle, même les moulages du commencement du XIX*' siècle, montrent un progrès continu dans la destruction.
Des marbres du Parthénon on passera à ceux du temple d'Apollon à Phigaleia, aussi construit par Ictinos. à la salle du Mausolée d'Halicarnasse
l'ImlM .\l.i]i-.,4l.
« La Conversation », terre cuite de Tanagra British Muséum .
<|ui contient les restes découverts en 1837 du monument du roi Mausole élevé par sa veuve Artemisia et enfin au monument des Néréides, d'un art si étonnamment souple et moderne, au iv^' siècle avant notre ère.
Quand on aura lassé ses 3"eux de grande sculpture, s'il reste encore des forces pour l'admiration, on pourra aller voir quelques-uns des vases grecs qui remplissent quatre salles entières, quelques-uns des bronzes d'une salle qui renferme des merveilles d'oiÀ nous avons extrait deux statuettes trouvées en France pour leur beauté singulière, quoique les grands bronzes grecs soient plus admirables encore.
Le département des monnaies et médailles, la salle des objets d'or et des bijoux anti([ues et du moyen âge contient encore une telle profusion
d'objets qu'il est presque impossible de faire un choix. Parmi les plus précieux on peut citer la coupe d'or à émaux translucides dont la si curieuse odyssée a été enfin éclaircie. Faite pour Charles \' de France, mort en 1380, elle passa à Jean, duc de Berri, puis h. Charles \'I et après la guerre de Cent
l'Iiulu lluiil>la>'ii:
Giorgione. Le Jardin d'amour ^National Gallery).
ans, par le duc de Bedford, à Henry \'I d'Angleterre. Henry \'III y fit ajouter la rose des Tudors, James I*^'" la donna à Don Juan de \'elasco, ambassadeur d'Espagne en Angleterre. Celui-ci l'oft'rit à un couvent d'Espagne en 1610. C'est en Espagne qu'elle fut retrouvée et vendue au baron Pichon, le célèbre collectionneur français, et acquise à sa vente parle grand marchand \\'ertheimer, qui la céda au prix coûtant au British Muséum en 1892.
Un autre objet célèbre de la même salle est le vase de Portland, que nous
MUSKES KT COLLKCTIONS
reproduisons, en verre à couches superposées, provenant comme beaucoup des
curiosités de cette salle de la collection Blacas. Il a été brisé par un fou en 1845 et
réparé. vSon influence sur le style de la céramique desWedgvvood est évidente.
Dans la série des terres cuites antiques on verra encore d'admirables
Botticelli. Mars et Vénus (National Gallery
choses, dont nous reproduisons l'une des plus exquises, cette conversation de femmes qui fait penser à l'Anthologie. La collection des verres antiques et des camées est magnifique, ces derniers sont présentés en transparence, ce qui les fait beaucoup valoir.
Piero di Cosimo. La mort de Procris National Gallery).
Les collections du moyen âge de la Mcdiaeval Room ne sont pas spécialement remarquables, du moins pour un musée tel que celui où nous nous trouvons. Il y a cependant quelques pièces admirables dans les ivoires. Mais le Musée possède depuis 1898 une collection unique d'objets de la Renaissance, connue sous le nom de Waddcsdon Bcqucst, du nom de la propriété du baron Ferdinand de Rothschild, qui l'a léguée au ^Musée. C'est surtout la Renaissance
LONDRES
allemande, dans ce qu'elle a produit de plus riche et de plus fini comme sculpture, orfèvrerie et bijouterie, qui est représentée là par des pièces d'une valeur encore plus pécuniaire qu'artistique peut-être, mais la collection comprend aussi des œuvres d'autres pa^^s, émaux de Limoges, lampe de mosquée du xiv*^ siècle, admirable paire de médaillons circulaires à anneaux, formant les poignées d'une litière, bronze grec du iii^ siècle, vase antique de Chalcédoine
Picro délia Francesca. Nativité ! National Gallerv"'.
sculptée et montée en Italie au xvi^ en or émaillé. La collection de bijoux de la Renaissance est d'une valeur inestimable, elle comprend le délicieux bijou anglais appelé Lyte Jewel, donné par James I^'" à Thomas L^'te, avec son portrait en miniature, probablement par Nicholas Milliard , un des meilleurs miniaturistes anglais.
Les sculptures allemandes en bois sont très remarquables, surtout deux bustes, homme et femme, du commencement du xvi^ siècle. Dans l'ensemble, la collection de Rothschild, qui comprend encore de magnifiques manuscrits, est venu apporter une contribution très importante au ]\Iusée.
musp:ks kï collkcïio.vs
Dans la section de la céramique orientale et moderne, qui remplit plusieurs salles au premier étage, la partie la plus remarquable est peut-être la collection chinoise, en partie donnée par Sir Wollaston Franks.
Au rez-de-chaussée, dans la grande salle d'exhibition des imprimés on
l'ii'ilo llaiilsUu-iiïl.
Piero délia Francesca. Bapiciiic au Christ ^National Gallery).
\-oit aussi l'admirable collection de dessins anciens et modernes légués par M. Salting, et au département des gravures et dessins, qui fait des expositions temporaires, les peintures chinoises de la collection Wegener. Ces dernières seront une révélation pour celui qui ne connaît que l'art chinois de basse époque et on y comprendra pour la première fois que les Chinois aient pu être les maîtres des Japonais, en peinture comme en céramique.
Nous n'avons fait qu'une rapide excursion à travers le British Muséum. Comme il réunit des collections extrêmement variées, la plus simple énumé-
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ration indique assez que presque tous ceux qui s'intéressent à l'art et à la civilisation d'autrefois trouveront à y apprendre. Comme magasin enc^^clopédique du savoir humain, l'édifice est peut-être celui que nous devons considérer avec le plus de respect dans le monde entier, comme sanctuaire de l'art.
Il contient tant d'oeuvres uniques qu'on ne comprend pas qu'on puisse se dire étudiant ou amateur d'art sans l'avoir longuement visité. Le British ^luseum n'a pas la grâce et la noblesse du Louvre, seul entre les musées à montrer des chefs-d'œuvre dans un chef-d'œuvre d'architecture : c'est l'œuvre de volonté et d'intelligence d'un grand peuple admirablement servi par la générosité de beaucoup de ses enfants, ce n'est pas ce que le Louvre semble être pour Paris et la France, son héritage naturel. Il est à remarquer que cet immense musée contient très peu d'œuvres anglaises, parce que l'Angleterre n'a guère brillé dans la sculpture, dans l'art industriel et décoratif. Pour voir l'art anglais dans ce qu'il a de meilleur et de plus exquis, la peinture des xviii^ et xix® siècles, c'est à la National Galler\', puis à la Tate Galler}- qu'il faut aller. C'est après avoir étudié ces deux musées que nous nous demanderons avec étonnement comment un peuple qui a eu une telle école de peinture a pu rester presque négligeable dans les autres arts, et même dans les arts industriels, jusqu'à notre époque, question peut-être insoluble comme celle-ci : Pourquoi n'y a-t-il pas de musique anglaise ?
IM1..I.. ll.MUski.Mi;:!.
Filippiiio Lippi. Ange en prière Xaiional Gallerv".
La National Gallcry, consacrée exclusivement à la peinture, a été commencée en 1824 seulement, par un vote du Parlement pour l'achat de la collection Angerstein. Le triste bâtiment à coupoles noirâtres, un des plus laids de Londres, qui s'élève au nord de Trafalgar Square, a été construit de
LONDRES
1832 à 1838, mais l3eaucoup augmenté depuis. La Royal Academy en occupa la moitié jusqu'en 1869. Elle est logée maintenant dans Burlington House, Piccadilly. Successivement, le legs Vernon qui fit entrer d'un coup 150 peintures de l'école anglaise (1847), l'achat de la collection de Sir Robert Peel avec ses chefs-d'œuvre de l'école flamande et hollandaise, une foule d'acquisitions, faites souvent à des prix considérés encore comme excessifs, jusqu'à
riiolo Uaulslacn^l.
Bellini. La Vierge avec l'enfant endormi ^National Gallery'.
1.750.000 francs pour la Madonna degli Ansidei, le plus haut prix alors (1885) pa\-é f)our un tableau, ont fait de la National Galler\' un des plus beaux musées d'Europe, surtout pour les écoles italiennes. L'école française est aussi mal représentée que l'école anglaise au Louvre, et la peinture espagnole aussi très sacrifiée. La direction fait tout pour combler ces lacunes; des legs comme ceux de la collection Salting, des acquisitions sensationnelles, comme celle de la Vénus an miroir attribuée à \'elasquez, viennent tous les jours enrichir les salles.
Ajoutons qu'un acte du Parlement de 1856 permet aux directeurs ou Trustées la vente ou l'échange, avec toutes les garanties qu'on imagine, et
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qu'un autre acte, de 1883, permet l'envoi des tableaux dans les musées de province, deux exemples peut-être à méditer.
Quant à la sécurité, à l'arrangement, à l'éclairage, à la classification des tableaux de la National Gallery, il est notoire qu'il n'y a qu'à admirer. Les salles sont claires, peu encombrées de tableaux, sobrement décorées. Pourquoi faut-il que le climat de Londres exige, paraît-il, l'odieuse mise sous
l'IiMto llaiilslai
Canaletto. Vue de Venise ^National Gallery).
verre de beaucoup d'entre eux ? Ceux qui ne sont passons verre ne paraissent pas avoir souffert plus que les autres !
Comme au Britisli ]\Iuseum, nous ne nous promenons à la National Gallery qu'en flâneur. Chaque salle demanderait un volume, et un spécialiste pour le faire. Mais il suffit d'aimer la peinture pour sentir, dès la première visite, qu'on rapportera de la National Gallery quelques-uns des souvenirs les plus parfaits que la peinture puisse laisser.
Dans les salles consacrées aux écoles italiennes qui sont, comme nous ra\-ons dit, particulièrement riches, on remarquera le grand nombre de « primitifs » qui ont été acquis, probablement sous l'influence de Ruskin.à une époque où l'admiration pour leurs œuvres n'était pas encore aussi gêné-
MUS Iv !•: s K T C^ O ï , I, V. C T I O \ S
raie qu'aujourd'hui. Il y a six Botticelli, dont la mer\eille (jue nous reproduisons, leMars et Vénus, qui fait pendant à une autre merveille où un peintre de second ordre s'est élevé à créer une œuvre de grand art, le Céphale et Procris de Piero di Cosimo. Les autres Botticelli, surtout la Xativiié du Christ, ne sont pas moins admirables, mais nous avons voulu reproduire des œuvres moins connues et nous avons choisi les deux Piero délia Francesca (sur quatre que possède le musée) comme les plus caractéristiques peut-être de ce maître toujours exquis. La Xatii'ité surtout est une œ*uvre extraordinaire
Cùiardi. Place Saint-Marc à X'enise National Gallerv
par son originalité de conception et d'exécution. Nous regrettons de n'avoir pu donner aussi l'important et magnifique tableau de PoUaiuolo, le Martyre de saint Sébastien.
Les Filippo Lippi sont nombreux à la National Gallery, et il v a jusqu'à trois Adorations des Mages qui sont attribuées à Filippino; nous aimons mieux donner de celui-ci la délicieuse petite figure d'un ange en prière.
Parmi les trésors de ces salles florentines, citons les deux tableaux inachevés de Michel-Ange lui-même, les deux seules œuvres authentiques qu'on puisse mettre à côté du célèbre tableau des Uffizi, la Mise au Tombeau, et la Madone avec l'Enfant. Ce ne sont pas seulement des œuvres sans prix pour l'historien de la peinture, ce sont des chefs-d'œuvre qui font rêver à ce que Michel-Ange aurait pu être comme peintre, et des chefs-d'œuvre moins écrasants, plus près de l'humanité, (lue la célèbre Chapelle Sixtine.
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Les Raphaël, qui formeraient déjà un bel ensemble sans la Madone de saint Antoine de Padoue, prêtée par M. Pierpont Morgan, comprennent, outre une délicieuse petite peinture de jeunesse, la ]'ision du Chevalier, la Madonna degli Ansidei et la Madone de la Tour, une réplique du portrait du pape Jules II qui est à Florence, une sainte Catherine d'Alexandrie.
Dans l'école lombarde, le musée possède, outre une réplique de la Vierge aux Rochers de Léonard de \^inci, une œuvre très célèbre en Angleterre, pour nous froide et sans expression, de Bernardino Luini, le Christ au milieu des docteurs, et les Corrège ne sont pas particulièrement intéressants, sauf le Mercure instruisant l'Amour en présence de Vénus, un des plus beaux connus.
En revanche, les salles vénitiennes sont admirables et présentent relativement peu de lacunes (surtout Tintoret, malgré tout l'excès de l'admiration que Ruskin eut pour lui). Les primitifs vénitiens sont bien représentés par les Vivarini, les Crivelli, l'école de Padoue par deux admirables Mantegna, le Triomphe de Scipion et une Vierge avec l'Enfant, saint Jean-Baptiste et la Madeleine.
Surtout le musée est exceptionnellement riche en Bellini, dont des merveilles comme le portrait du doge Leonardo Loredanu, et Y Enfant Jésus endormi, sur les genoux de la Vierge, dans un adoral)le paysage. Il y a là dix tableaux de Giovanni Bellini, presque tous de premier ordre, une réunion comme on n'en trouve pas même à l'Académie de \'enise.
Parmi les portraits de l'école vénitienne on remarquera trois chefsd'œuvre de Moroni, le Tailleur, tîxé pour l'éternité dans son geste professionnel avec tant de gravité et une vie si intense, le Cavalier, et surtout YHomme de Loi . qui lui fait un si admirable pendant. Mais il y a encore un
l'll..l.. |l,,lllNl„-|lL'l.
X'ebsquez. L'.imiral PuIiJo Pareja National Gallcrv .
MUSI'KS l'T COLLKCTIOXS
beau Moretto (portrait d'un gentilhomme), de bons portraits deBronzinoet de Paris Bordone, et le musée, qui ne possédait pas de portraits du Titien, \'ient d'en acquérir un par souscription i)ublique, celui de ce beau gentilhomme si élégamment vêtu, qu'on croit, par comparaison avec les portraits gravés sur bois en tète de ses œuvres, être l'Arioste lui-même.
De Titien, on verra encore à la National Galler^- deux belles toiles mytho-
l'h .1.1 ll,nir>tl.'Jml.
Velasquez. Vénus au miroir (National G.illery)
logiques {Bacchus et Ariane, Vénus et Adonis), mais ni lui ni Véronèse ne sont des mieux représentés.
Au contraire, l'école vénitienne du xviii'^ siècle se montre en des œuvres d'une qualité exceptionnelle, surtout pour un maître aussi abondant et inégal que Canaletto, dont il y a ici des toiles précieuses, aussi de ravissants Guardi, parmi lesquels nous avons choisi les deux vues de Venise que nous reproduisons.
Le musée était autrefois pauvre en peintures de l'école espagnole, dont les chefs-d'œuvre sont si rares en dehors de l'Espagne. Les dernières acquisitions dans ce département, l'amiral Pulido Pareja, surtout la Vénus et Cupidon, ou Vénus de Rokeby Hall, ainsi appelée du nom du château où elle a été conservée longtemps, ont été contestées. On veut y voir des peintures
02 LONDRES
de J.-B. del Mazo, élève et imitateur de \'elasquez. La nouvelle sensatiounelle d'une signature trouvée par un amateur sur ce dernier tableau, après examen, s'est trouvée sans fondement. Il faut avouer que le tableau est seul de son genre dans l'oeuvre de Velasquez, mais il faut avouer aussi que si ce Del Mazo a pu peindre ÏA))iiral et la Vé)ius, il est presque un Velasquez. Les deux tableaux sont en tout cas d'une valeur et d'un intérêt incontestables
l'li..l.. H.iilSI uii^l.
Velasquez. Christ h la colonne (N'.uional Gallerv^.
et de l'atelier de \'elasquez, sinon de sa main. Mais le Christ à la Colonne que nous reproduisons aussi nous paraît un chef-d'œuvre plus saisissant. C'est avec la Vierge du musée du Prado, une des très rares peintures religieuses du maître. Les meilleurs tableaux de l'école flamande et hollandaise de la Galerie Nationale sont peut-être ceux de la collection Peel, entre autres le célèbre Chapeau de Paille (qui n'est pas un chapeau de paille, mais de poil ou de feutre) nom donné par tradition à l'un des plus beaux portraits de Rubens. Le pa\-sage si connu de Hobbema, Yavcnuc de Middelhar)iis, est certainement son chef-d'œuvre, jamais ce maître monotone dans ses effets n'a su donner à un tableau une si pénétrante tristesse. Les Ruysdael sont nombreux, celui que nous reproduisons est d'une qualité exceptionnelle.
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Parmi les Rembrandt on distinguera tout de suite l'admirable Rembrandt vieux, presque aussi poignant que celui du Louvre, et la Vieille Dame, aussi de sa dernière manière, qui est un des beaux portraits qu'il ait peints. Il n'3' a pas moins de dix-neuf Rembrandts au catalogue, ils ne sont pas malheureusement tous de cette valeur, mais constituent cependant un ensemble des plus importants pour l'étude de Rembrandt surtout comme portraitiste. La peinture de genre est très bien représentée
l'iiolo IliinlstionL'I.
Ruysdacl. Paysage (National Gallery'.
dans la collection Peel, ovi nous choisissons un délicieux intérieur de Pieter de Hooch.
Les deux pièces capitales de l'école allemande sont les deux tableaux de Hans Holbein, les Ambassadeurs, et la Princesse Christine de Da}ieinark. ce dernier acheté récemment par souscription nationale. Les A)nbassadeurs. Jean d'Inteville et l'évêque Georges de Selve, sont une des plus extraordinaires peintures de ce maître.
La princesse de Danemark, veuxe du duc de ^lilan, fut représentée dans sa dix-septième année, en 1538, pour le Barbe-Bleue anglais, le roi Henry VIII, qui voulait l'honorer de sa main et à qui on prétend qu'elle fît répondre que si elle avait deux têtes, il y en aurait une au service de Sa Majesté. Cette
LONDRES
admirable peinture a été acquise en 1909 pour 1.800.000 francs par le Xational Art Collection Fund.
L'école française est, nous l'avons dit, la moins bien représentée à la Xational Gallery. Ce sont les deux artistes les plus anciennement appréciés en Angleterre, Nicolas Poussin et Claude Lorrain, qui ont trouvé le plus de
Pieter de Hooch. Iiitcrieur N'ational Gallerv\
faveur. Huit tableaux du premier, douze tableaux du second composent un très bel ensemble qui permet de dire que la peinture française ancienne n'a pas été tout à fait négligée. Quant à l'école moderne, elle n'était pour ainsi dire pas représentée jusqu'au legs Salting, qui a fait entrer à la Galerie nationale toute une salle nouvelle, non encore répartie entre les différentes écoles, mais qui contient des Corot, des ^lillet, des Daubigny, qui complètent très heureusement la collection. Quant à l'école française du portrait il faut aller chercher à la collection Wallace, les meilleurs spécimens que possèdent les musées de Londres. La Xational Gallery a cependant des Rigaud, des
ML'SKKS KT CO 1,1, Iv C T I O \S
Philippe (le Champaigne et un portrait de M'"^' \'igée I^e Brun par elle-même. Le nian([ue d'espace nous oblige à nous borner à cette revue rapide des trésors de l'admirable galerie de peinture. Il faut y joindre la très intéressante collection logée dans un bâtiment attenant qu'on appelle la Galerie Nationale des Portraits. Ce musée, fondé en 1857 sur une motion de Lord
l'U'il'i li.iiii>i.ienïl.
Holbein. Les Ambassadeurs (National Gallery).
Stanhope, ne contient que des portraits d'anglais ou anglaises illustres dans l'histoire, les arts ou les lettres. Aux termes de la fondation il ne doit admettre aucun portrait des vivants, excepté en groupes, exceptés aussi les souverains anglais. L'authenticité des portraits a été recherchée de préférence encore à leur valeur artistique et quoique la collection contienne beaucoup d'œuvres d'art d'un intérêt considérable, elle renferme aussi une foule de portraits surtout documentaires.
L'idée d'une telle réunion, qui comprend des portraits d'anglais célèbres depuis Chaucer et Richard IL jusqu'au poète ou à l'homme d'Etat disparu hier
oS
LONDRES
est si belle qu'on regrette de ne la pas voir reprise en France, où la continuité dans l'art du portrait permettrait de constituer une collection plus admirable encore, surtout si on y joignait les portraits sculptés, si rares en Angleterre. La National Portrait Galler\- ne contient guère en fait de bustes intéressants que ceux de Roubillac. Les portraits peints les plus remarquables sont
peut-être ceux du xv!*^ siècle, beaucoup par ces peintres étrangers que les souverains faisaient venir en l'absence d'artistes anglais, un portrait sans doute français d'Anne Boleyn, un médaillon de Jane Gre}' par Lucas de Heere, les portraits d'Elizabeth par Zucchero et Geerarts, ceux de Xicholas Bacon, de Sir Thomas Gresham par Antonio Moro, celui de Dudley, comte de Leicester encore par Zucchero, avec le magnifique costume du temps. Toutes les célébrités de quatre siècles défilent ainsi devant nous. Parmi les portraits les plus récents il faut citer l'admirable série offerte par G. F. Watts, dont nous parlons dans notre chapitre sur l'école anglaise.
Pour être à peu près complet sur les musées de peinture de Londres, il nous faut parler encore des collections du collège de Dulwich, ouvertes au public, et si facilement accessibles de Londres, qu'on nous reprocherait de les omettre.
Dnluich Collège, au sud-est de Londres sur la ligne de Sydenham, est une ancienne et curieuse fondation du célèbre acteur Edward Alleyn, né en 1566 et mort en 1626. ^ Celui qui avait dépassé tous les autres par son jeu pendant sa vie, se dépassa encore lui-même avant de mourir >) a écrit Fuller, en fondant ce collège, destiné à des étudiants pauvres, qu'il construisit de 1606 à 1619. Les terrains légués au collège ont pris tant de valeur par la proximité de Londres que le revenu annuel du collège est estimé à 425.000 fr. Il a été réorganisé en 1857 et le nombre des élèves beaucoup augmenté. Récemment le magnifique parc a été donné en partie à la municipalité et ouvert ainsi au public.
i'IiMlu UiiutsUrllirl.
Holbein.
La princesse Christine de Danemark :Xational Gallerv .