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L'ÉCOLE ANGLAISE DE PEINTURE DANS LES MUSÉES

DE LONDRES

Ce qu'il y a de plus étonnant dans l'Ecole anglaise de peinture, c'est évidemment son apparition tardive, presque subite, dans un pays qui, jusqu'au commencement du xviii^ siècle, n'avait pas eu un peintre original.

Au mo3'en âge nous avons trouvé des peintres anglais à Westminster, mais nous ne connaissons rien ou presque rien de leurs œuvres. ]\Ième l'école anglaise de miniature, souvent remarquable au point de vue de l'ornementation, ne donne pas une grande place à la figure humaine et, au xv*^ siècle au lieu de se développer dans la grande peinture comme a fait la nôtre, elle perd son originalité. Au xvi*^ siècle, l'Angleterre ne fait plus appel qu'à des étrangers. Henri VIII, Elizabeth, James I''^" successivement font \enir Holbein, les Flamands Lucas de Heere, Van Somer ; Charles I^^' appelle Mytens, Rubens et le grand Van D^'ck, qui laisse en Angleterre une foule de chefs-d'œuvre. D'Italiens on ne cite guère que Federigo Zucchero qui peignit beaucoup de portraits du temps d'Elizabeth. Sans doute ces artistes trou-

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vaieiit en Angleterre des imitateurs et des copistes, mais ils n'eurent aucune influence véritable, ne firent pas naître des peintres.

Holbein, qui fit pour l'Angleterre d'exquis portraits en miniature (vo^^ez le sien par lui-même à la collection Wallace), n'eut rien à apprendre de l'Angleterre. On ne sait pourquoi on a dit qu'il dut y prendre le procédé de l'aquarelle, puisque Albert Durer, dans son pays, en a fait de merveilleuses. Il eut de bons élèves en ce genre, Nicholas Hilliard l'ancien, qui eut un descendant du même nom, après lui vinrent les Oliver et Samuel Cooper, élève de \"an Dyck, de sorte qu'on peut dire que le portrait en miniature ne cessa pas d'être pratiqué avec talent par des artistes anglais. ]\Iais la grande peinture était réservée aux étrangers et ce sont leurs œuvres ou des copies de leurs œuvres qui remplissent les collections de Windsor et de Hampton Court.

Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que le goût anglais imposa certaines caractéristiques à ces peintres étrangers qu'il employait. Parmi tous les Van Dyck il n'y en a pas de plus élégants et de plus colorés que ceux qu'il peignit en Angleterre et pour des Anglais. On peut comparer les portraits si graves, si sévères d'allure qu'il fit pour Gênes et pour Anvers. Le beau Charles 1^^', que nous avons au lyouvre, a déjà presque l'allure de la peinture anglaise du xviii^ siècle, parce que c'est Van Dyck qui a été le maître de cette école.

De même, on demanda à ces peintres un peu lourds. Sir Peter Leh*, Godf rey Kneller les mêmes qualités qu'à Van Dyck. Ils s'en tirèrent comme ils purent, mais ils arrivèrent aux deux buts qu'on leur proposait : ils furent flatteurs, donnèrent à leurs figures féminines l'élégance un peu perverse qu'on leur demandait et ils eurent une palette sinon harmonieuse, du moins gaie, comparée à la sérieuse et forte peinture hollandaise du temps. Ce charme d'élégance et de couleur, n'est-ce pas ce que l'école anglaise devait avoir de. plus caractéristique ?

D'autre part on fait toujours remonter l'origine de la peinture vraiment anglaise à Hogarth et on a raison. Mais il y a deux hommes en lui, et qui ont eu tous deux leur influence. Il y a le moraliste par l'exemple et l'anecdote, le peintre du Mariage à la mode (à la National Gallery), de la Vie du Débauché (au Soane Muséum), de la \^ic d'une Prostituée, le graveur d'une foule de planches satiriques et morales le plus souvent encombrées, mal dessinées et mal gravées, mais pleines de signification, de petits traits qui ne visent qu'à amuser et frapper l'esprit, qui ne sont pas de l'art. C'est celui-là d'où est sorti toute la caricature et la peinture de mœurs anglaise, qui correspond au goût profond de la race pour la prédication.

Il y a aussi en lui un véritable et charmant peintre, plein de grâce et d'es-

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