CHAPITRE XLYh Commerce. Négocians, Manufactures
l^ES personnes de la plus haute naissance no croient point déroger , en Angleterre , lors*-, qu'elles s'adonnent au commerce et y bornent toute leur ambition. Le frèfe d'un comte d'Ox* ford mourut facteur k Alep. Celui du duc de Townshend fut marchand à Londres^ et ntilord King , chancelier d'Angleterre , eut un de ses fib en apprentissage chez un riche marchand d'Amsterdam. A joutoui» à ceci que, soit pour en*
courager le commerce et les arts, soit pour acquérir plus de crédit parmi le peuple, plusieurs seigoeurs adoptent un corps de métier ou d'artisans , et s'y font inscrire comme s'ils en faisaient réellement partie. Ainsi l'on voit des comtes et des ducs qui ne rougissent point d'être placés au nombre des épiciers , des charpentiers, des serruriers , des maçons, etc. , etc. On Toit souvent à Londres un marchand millionnaire voisin du frère d'un lord qui cherche à faire fortune par le commerce.
Une des causes qui rendent le commerce plus florissant en Angleterre qu'ailleurs , c'est qu'un négociant , un manufacturier riche reste négociant ou manufacturier; il craint l'oisiveté, déteste le faste, et ne cherche point à quitter là carrière dans laquelle il est né ; il'y fait toujours entrer ses enfans. — Aussi n'est-il pas rare de voir le fils d'un homme qui meurt brasseur , continuer le même métier avec A^ooo.ooo de fortune. On voit ixjtesï fréquemment une ma- Bu£acture transmise avec plusieurs millipns, à un héritier qui* ne connaît pas d'autre moyen de conserver la considération aèquise par son père , que de continuer le même état. Ces insulaires sont persuadés , a^ec raison , que ce ne sont que les grandes fortunes qui peuvent, former de grands établissemens , et embrasser uo coflamerce imm«itse. * *
d' j4ngleterre , d'Ecosse et d'Irlande.
La plupart de cfux qui ont eu le bonheur de s'y enrichir , ne se montrent pas plus fiers , et font souvent éclater les plus grandes vertus.
Un Juif vint offrir à la reine Elisabeth, pour 20,000 livres sterling, une perie d'une bell^ eau , et d'une grosseur prodigieuse ; cette princesse ne voulut point donner une pareille somme pour une chose qui n'était d'aucun usage.
Sur sou refus, l'Israélite se préparait à repasser la mer, pour chercher d'autres souverains qui lui achetassent sa perie. Sa résolution fiiCv sue de Thomas Gresham , négociant de Londres , à qui rAugleterre est redevable de plusieurs établissemens publics; il ii\vita le Juif à dîner » et lui donna du riche bijou le prix que lut en avait refusé la reine. Il se fit ensuite apporter un mortier , y broy^ la perle , et en versSt la poudre dans ttn verre à demi rempli de vitl*, qu'il but à la santé de sa majesté. Puis il dit au Juif étonné : Vous pouvez p«b}ier que la r^ine^ était en état 4'acheter votr^e |^rle , puisqu-e^e a des âuj<^t$ qui peuvent la boire à sa santé. ..
Le conlmerce a j^roduit des fortunes immerises. Une compagnie de marchands anglais est souveraine , dans les ïndes orientales, de plusieurs principautés et royaumes. Le BengâU', qui lui appartient, est un pays peuplé de quinze millions d'hommes / et riche d'un revenu de
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49000,000 de guînëes, avec yn commerce proportionné à ces avantages.
Le parlement s'est toujours fortement occupé de protéger le commerce et les artisans. Indépendamment de la prohibition des boutons de drap, pour favoriser l'industrie du fabricant 4e boutons de métal , la loi fait saisir tous les habits neufs qui arrivent de chez l^tranger. On a vu confisquer à la douane tous les habits d'un duc d'Yorck, lorsqu^on les rapporta à Londre4.9 ^pi'ès sa mort. A la même époque , deux femmes de la première condition , furent condamnées à l'amende pour avoir porté des robes de toile d'Irlande , et l'on confisqua leurs robes, même sur elles; néanmoins cette mesure ne s'exerce plus aussi rigoureusement. On voit daps la capitale ftiéme des femmes porter des robes de soie qui leur sont venues de France y et dont on ne s'avise pas de les dépouiller.
Les Anglais n'ont presque pas besoin de lois pr<^ibitives coqtre les marchandises françaises 9 c'est l'opinion publique qui les proscrit. Un jour qu'à d^ein d'exciter des plaintes, plusieurs membres du parlement s'étaient revêtus de vestes brodées à Lyon , le peuple les attendit à la sortie ^e la séance, les obligea de se dépouiller de ces vestes, les mit en pièces, et en traîna les lambeaux dans les rues de Lou-
étJngleterre y it Ecosse et d* Mande. 5
dr^. Depuis cette époque , aucun Anglaiîs n'a porté de vestes à la française.
Les Anglais ont une bonne foi très -rigide dans les affaires de commerce. Un banquier, à qui on présentait une lettre de change pouv ^'acceptation , ayant pris la plume et mis au do$ de la lettre les premières lettres de son nom , s'avisa de jeter un coup-d'œil sur ses livres j il y vit qu'il ne devait rien au tireur; il bâtonna le commencement de sa signature , et rendit la lettre non acceptée. L'affaire fut discutée et jugée à la bourse; il fut décidé que le nego* ciant qui avait écrit sur la lettre de change les premières lettres de son nom , l'avait acceptée par ce seul fait ^ et qu'il en payerait le montant. On alla jusqu'à dire qu'il en serait de.mé*m^ s'il avait seulement dit de bouche qu'il l'acceptait , ou qu'en présence de témoins , il eût pris la plume pour écrire l'acceptation , quoi* que ensuite.il eût changé d'avis^ •
C'est pousser bien loin la délicatesse de. la probité. Xe législateur n'est pas moins rigide. La loi y en Angleterre > accorde la prise de.corps, non-seulement pour toutes les dettes du coraimerce , mais encore pour toutes les autres. Le salaire d'un domestique retenu, met son. maître dans le cas d'être empriymné ;. l'artisan , Le fournisseur, J§ manoHvrier , ont le même droit contre tous cevx qui refusent de les s^itisfaire*
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En Angleterre , un créancier qui prive de la liberté son débiteur, ne lui ôte point les moyens de se libérer : la loi qui lui a donn^ le droit de le faire arrêter , ne lui a pas donné celui de a'emparer de ses biens , comme en France. Il peut opter entre ses biens ou sa personne ; mais il ne peut avoir en même temps en sa puis* Sance l'un et l'autre : lors même qu'il attaque les biens ^ il faut qu'il épuise le mobilier avant que de pouvoir toucher aux immeubles.
La classe du peuple qui travaille aux manufactures est très-nombreuse , on la porte au delà de cinq millions.
Les ouvrages des manufactures anglaises sont extrêmement perfectionnés, à cause du haut prix que les entrepreneurs accordent à leurs ouvriers; la main-d'œuvre est payée fort cher, il en résulte que l'artisan s'attache à donner à «on travail une grande perfection.
On aurait tort de juger des manufactures de la Grande-Bretagne par comparaison avec les nôtres ; celles-ci ne semblent quç des essais d'un seul objet , tandis que les premières Réunissent -dans un seul et vaste local tous les genres de travaux qui dépendent de l'entreprise principale. Par exemple, on trouve dans une manufacture de voituri^ de luxe , un atelier de charronage, où vingt-cinq compagnons au moins <sont occupés ; une forge coiriposée de douze
d}Jngk^rrt , d'Ecos$e et â'IrUmie. 7
soufflets en mouvement ; à côté, vingt ouvriers façonnent les cuirs; plus loin^ on travaille les panneaux et les parties sculptées ; ensuite se présente une salle où on frappe les plâteries ;. puis on monte dans celle de^ peintres , qui tient à celle des vernisseurs et doreurs. A que]^ques pas sont de longs établis ou ^se travaiUeot les draps;. au-dessous, les xnélien pour lesigft^ loos , franges et glands , etc. ; en un mot , oa trouve dans la même enceinte la réunîon de tous les aris et métiers qui oonceciretti à la fft^ brication d'un carrosse.
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