CHAPITRE XLVIL La Banque d'jingleterre
jLi'foABLissBBipNT des bahques est infiniment utile au commerce : celle d'Angleterre a rendu à la .nation des services inappréciables ; mais it est à craindre que les dettes énormes du gou-> vernement ne soient enfin cause de sa déca-
dençe , et un jour de sa ruine totale. •
Les billets de la banque d'Angleterre , multipliés beaucoup plus qu'on ne le croit communément , sont burinés sur un papier d'une finesse extrême^ presque aussi mince qu'une toile d'araignée; en sorte qu'il parait impossible d'y faire aucune rature ni surcharge : on prend encore la précaution de piquer la somme écrite en toutes lettres. Malgré ces attentions» ils OQpasionnent des friponneries fréquentes ^ qui tombent sur celui qui change le billet pour de l'argent, la banque ne payant que la somme portée sur ses livres , sous le numéro du billet.
Rien n'est plus propre à attirer la confiance
publique , que la manière dont se font les paye-
mens à cette banque. Dès le jour qu'on ouvre
es livre s y c haque fonds particulier se paye dans
d'Angleterre , d'Eàosse et d* Irlande. 9
une. salle différente ; et chaque salle est entourée de barreaux , au-dessus desquels sont disposées par cwrdre les lettres de T alphabet. Un commis est préposé pour chaque lettre, à moins qu!ella ne fournisse pas un assez grand nom* bre de noms: dans ce cas, il ep réunit deux ou trois, mais il paye toujours iodis;tinctemenl le premier Tenu qui. est de sa division. De cette manière, Zamet, par exemple, est payé le même jour que celui qui s'appelle. André. Il n'y a jamais ni confusion ni presse pendant que se font les payemens : certain d*étre payé quand on le .veut, on Ile se.pr^ente que lorsqu'on a besoin d'argent. -:
Les Anglais ont la prétention singulière de vouloir que de toutes es banques de l'Europe , la leur soit la plus solide. Il serait facile de dé* montrer le contraire; mais nousjious contenterons de rapporter uùe anecdote qui prouve t]u^on hk mettrait aisément dans de grands embarras, malgré les. sommes immenses dont on U dit en possession. .
« Un mardiand.de la cité, fort riche y .et récopnu pour être )^uxke. solidité àtoute.épreuve, se trouva, au: moment qu'il s'y attendait le moins 9 obligé de. faire un payjednenJt cpnsidé^ rable. Il ayail dans son porte-feuille de très-bons effets ; s<Ht qu'il n'eut pas le temps de. les négor
f o Londr^ , la cour et les provinces '
cier, soit que comptant sur une prochaine rentrée de fonds , il aimât mieux les garder que de s^en défaire , il eut recours aux directeurs de la banque , dont il était parfaitement connu ; il les pria de lui prêter , pour quelques jours , la somme dont U avait besoin , leur offrant pour sûreté , de déposer entre leurs mains des effets des premières maisons de commerce, et même pour une plus forte somme qqe ceUe qu'il leur demandait. Les directeurs ne Toulurenl point adhérer à sa proposition , et le refusèrent sanf donner: aucun motif plausible* Le marchand se U^ouva piqué du refus , et danS sa colère , il ré^ solut de se venger. Pour le faire avec succès , il escompta ses effets , et de leur produit , ache* ta toutes lés actions de la banque qu'il pt^t se procurer» Comme ces sortes de papiers sont exigibles en tout temps , il en fit demanda le payement; avec Targent qu'il reçut, il prit de ses amis d'autres actions, dont il fit aussi de* mander Le .remboursement. Cette maoo&uvre souvent répétée , jeta la plus grande cooaternation parmi les directeurs , ils virent bientôt d'où le coup partait, et en craignirent les suites. Le danger pressait ; ils cherchèrent à apai- 'Sér celui qu'ils avaiefit irrité par leur refus. Les prières les plus vives , les soumissions même les plus humbles , fureqt employéesv, mais sans succès. 11 leuip £a^ul avQir recours à un moyen
^ Angleterre y d'Ecosse et d'Irlande. ii
plus puissant; ils offrirent 10,000 liv, sterl. à Timplacable négociant. L'offre fut acceptée, et le crédit de la banque conservé ».
II serait néanmoins difficile de renverser cet établissement à la conservation duquel la nation entière est intéressée. D'ailleurs tous les gros négocians de Londres font caisse commune avec la banque y qui rend les mêmes tervices que les autres banquiers. Elle fait les payemens, encaisse les lettres de cbange payables , et celles d'escompte. Les avantages que la banque retire de ces spéculations sont immenses; outre qu^elle fait circuler plus de la mot« tié de l'argent de la citë^ elle fait presque tous ses payeipens en papier.
Otk a calculé que 'la somme, des billets de banque qui se perdent annuelleipent dans les naufrages ou; sur terre , équivaut au payemeût de toutes les personnes employées au service de cette administration. Ainsi elle jouit eÉrtièrement des immenses avantages de son 'eommeree et -de l'escompte. Elle ^it de plus caisse commune avec les plus fortes ibaisons de la capitale.
Les immenses trésors de la banque ne sont gardés pendant la ntlit que par douze personnes que l'on enferme dans la bouv de la banque; et il n'y a point encore d'exemple que l'on %ît tente de )a \oi^:
ist : Londres, la cour et les pro{4ncesi