‹ Longues et brèvesChapitre 3 sur 13 · LA MAISON ABANDONNÉE I · texte numérisé non relu

LA MAISON ABANDONNÉE I

quelques grands arbres laissaient deviner un bout de parc. Ce logis avait dû, jadis, cacher les secrets plaisirs d'un traitant ou d'un grand seigneur. C'était, probablement, une ancienne petite-maison, une « folie », comme on disait au temps de la poudre et des mouches, et devant sa grille aux volutes contournées avait dû s'arrêter, nuitamment, plus d'un carrosse plein de filles d'opéra. Car le quartier ne s'est construit que sous la Restauration, et, au dernier siècle, le joli pavillon devait être presque perdu dans la campagne. De là, sans doute, l'air mystérieux qu'il conservait encore. Ni communs, ni loge de portier. Rien que ce nid dans le feuillage.

On ne pouvait y jeter un regard, dans ce nid, sans songer aussitôt : « Comme on serait bien ici, solus cum sola, avec un grand amour! Quelle délicieuse cachette pour deux amants qui pourraient y enfouir leurs trésors de tendresse et de volupté! » J'étais jeune alors, et, à l'heure où les rayons du soleil tombant, filtrés par les branches du grand tilleul, mettaient un reflet d'incendie aux vitres de la charmante maison, et allumaient, dans les massifs de la pelouse, les taches de cinabre des géraniums, bien souvent je m'étais

Page 1