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OBSERVATION IV

Cordillot

Orchi-épididymite droite de la convalescence. — Suppuration. — Constatation du bacille d’Eberth.

(Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, 1907)

Il s’agit d'un jeune homme, âgé de 22 ans, ouvrier d'Etat d'artillerie, venu en permission dans sa famille et ne pouvant rejoindre sa garnison par suite de maladie.

Ce malade est examiné le 12 avril. Il présentait depuis quelques jours de la fièvre ; langue sàle, inappétence, un peu de diarrhée, mal de tête. Température axillaire : 38°. On pense à de l'embarras gastrique fébrile et on prescrit. sulfate de magnésie : 30 grammes ; bouillon, {ait, limonade vineuse. |

Le 13 avril, même situation. Tempéralure matin 38°, soir 38°5. Même régime. Sulfate de quinine : { gramme en 3 cachets à quelques heures d'intervalle.

Le 14, 15, 46 avril, même état. È

Nous ne transcrirons pas ici jour pour jour l’évolution de la maladie. Le malade fut atteint d’une fièvre typhoïde de moyenne intensité. Le sérodiagnostic fait le 12° jour de la maladie, fut positif ; d’ailleurs, tous les signes cliniques étaient bien ceux d'une dothiénentérie.

Le traitement employé fut: purgatifs salins à faibles doses tous les 3 ou 4 jours ; lavements froids 2 fois par

Éd: RS

jour ; lotions froides additionnées de vinaigre antiseptique; antisepsie de la cavité buccale ; quinine : 0 gr. 50 par jour. Bouillon, lait, limonade vineuse ; vin de quinquina. thé, café noir.

Trois semaines après, le malade n'avait plus de fièvre et demandait à manger. L'alimentation fut progressive. Rien ne menaçait d’entraver la convalescence et depuis 2 jours ce soldat se levait, quand brusquement, le 10° jour après la cessation de la fièvre, la température axillaire montait à 39°.

Nous pensions à une imprudence du malade ou de ses parents dans le régime et à une rechute de la fièvre typhoïde et nous remettions notre malade au bouillon et au lait. Un examen minutieux ne nous montrait rien d’anormal du côté de l’abdomen qui était très souple ; pas de diarrhée ; langue sâle, chargée, Pas d’albumine dans fes urines. Rien aux poumons ni au Cœur.

Le lendemain matin 39°6, soir 39°9. Examen très minutieux de notre maladé. Nous ne trouvions rien pour expliquer cette température anormale. Le malade interrogé nous déclarait ne souffrir nulle part.

Le 3° jour, nous ne trouvions encore rien quand le malade nous déclara « souffrir beaucoup dans la partie droite ». « Il n'avait osé nous le dire jusque-là. » Nous examinons l’appareil génital de nctre malade, ce que nous n'avions pas fait les jours précédents, ne soupçonnant nullement que la cause de cette fièvre élevée pût être là.

Nous constatâmes en effet l'existence d'une orchiépididymite droite. L'examen est assez difficile, car la moindre pression arrache des cris au malade. La peau du côté malade est rouge, tendue. Le testicule gonflé est plus que doublé de volume, comparé à celui du côté opposé ; l'épididyme est augmenté de volume, induré dans toute son étendue, sans bosselure et coiffe le testicule ; pas de trace de liquide dans la vaginale.

Les douleurs sont irradiées vers le canal inguinal, l'hypogastre et les: lombes ; le cordon nous semble indemne. Notre soldat nous dit avoir ressenti une douleur très vive et subite dans le testicule droit, il y a trois jours, dou-

leur qui l'obligea à se coucher. « C'est depuis ce moment, nous dit-il, que j'ai de la fièvre. »

Il mie avoir jamais eu de maladie vénérienne ; la pression de l’urèthre n’amène pas de goutte au méat. I n'y à pas eu de traumatisme. Force nous est. bien d'admettre celte orchiépididymite comme étant de nature typhoïdique. Notre malade dit ne ressentir aucune douleur en urinant, ? ,

Nous faisons garder les urines et les examinons chaque matin : rien d'anormal ; pas trace de pus ni de sang ; pas d'albumine.

Comme traitement : repos au lit ; élévation des bourses ; onclions de pommade gaïacolée. Comme il n'a pas dormi depuis 2 jours, potion calmante,

Le 19 mai, même état, même traitement, Notre malade a un peu dormi la nuit. Comme il y a constipation, 30 gr. de sulfate de magnésre.

Le 20, 21, 22 mai, même état. Température (oujours très élevée. Douleurs violentes à la palpation, très légère pourtant. Pas d'épanechement dans la vaginale.

Le 23 mai, en examinant le malade, nous constatons un léger point de fluctuation. Après avoir nettoyé les bourses à l’eau chaude savonneuse, au sublimé, puis à l'alcool, une ponction est pratiquée dans le testicule ; nous en retirons quelques gouttes de pus qui seront examinées directement et ensemencées.

Le 2 mai, la température a un peu diminué : 38°6 au lieu de 39°3 la vieille au matin ; mais la fluctuation a augmenté. Le testicule est moins douloureux. Traitement : enveloppement de compresses humides et chaudes.

Le 25 mai, nous voulions faire une incision au point fluctuant, mais nous constatons une légère ouverture qui s’est faite spontanément ; par cette ouverture s’est écoulée une petite quantité de pus crémeux. Pansements humides. |

L'orifice cutané s'aggrandit peu à peu et les jours suivants apparurent des lambeaux de tissu cellulaire sphacélé et une substance, composèe de filaments enroulés qui n'était autre que la substance séminifère elle-même chas-

RS tie

sée de son enveloppe. Elle s’élimina peu à peu jusqu’à ce que le testicule fut complètement vidé ; il ne restait plus alors qu’une coque constituée par les débris de la tunique albuginée.

La suppuration n’envahit pas l’épididyme qui, pendant longtemps, resta gros, douloureux à Ja palpation.

La cicatrisation fut longue à se faire, l'évacuation du tissu testiculaire ayant laissé une perte de substance profonde, à porois taillées à pic.

L'examen du pus donna-les résultats suivants : « Le pus ensemeneé dans le bouillon a donné naissance à des cultures d’un bacille présentant tous les caractères du bacille d'Eberth. Ce bacille s’est laissé immobiliser et agglutiner par le sérum du malade ; et a été parfaitement identifié par les: colorations et les cultures, »

Le malade a été revu longtemps après sa fièvre typhoïde. Le testicule n'existait plus et l’on sentait seulement une petite tumeur de la grosseur d'un haricot. La cicatrice

:disparaissait dans un repli des bourses. à

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