‹ Lord BaconChapitre 31 sur 53 · DU TRADUCTEUR. XLV · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XLV

destal , M. de Liebig vient enfin mettre un terme à tant de tergiversations, en brisant ce buste sans pitié et en en effaçant toute trace dans le Panthéon des sciences.

Si la polémique engagée entre M. de Liebig et M. Sigioart n'a eu rien de trèssatisfaisant pour ce dernier, elle a été très-profitable au public. En effet, dans cette série d'articles auxquels les lecteurs n'adresseront sans doute qu'un seul reproche , celui de n'être ni assez nombreux, ni assez étendus, l'illustre savant ajoute de nouvelles considérations nonseulement à ce que dans son livre il avait déjà dit, eu égard à la véritable position que doit occuper Bacon, mais encore à une autre question beaucoup plus élevée, dont il s'est également occupé, je veux dire à la question de savoir quelles sont les limites qui séparent les sciences ma-

XLYI PREFACE

thématiques , physiques et naturelles des sciences philosophiques. Il est vrai que plus d une fois déjà cette grave question avait été traitée et résolue dans le sens de M. de Liebig. Toutefois, les champions du spiritualisme, si brillamment inauguré en France par M. Cousin, et vaillamment défendu par son école qui compte dans ses rangs des penseurs de premier ordre , seront heureux et tiers de voir leur cause soutenue par Tun des hommes les plus éminents de notre époque.

D'ailleurs, jamais les études philosophiques n'eurent plus besoin qu'aujourd'hui d'avertissements salutaires , qui leur rappelassent le terrain sur lequel elles reposent, le but qu'il leur est permis d'atteindre et les moyens qui y conduisent. C'est pour avoir perdu de vue de tels avertissements que l'histoire de la

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philosophie de notre siècle a présenté les étranges aberrations qui ont fait tant de tort à la science, et qui ont presque porté le découragement dans les rangs de ceux qui la cultivent. Tour à tour exagérant ou dépréciant ses forces, tantôt elle a essayé d'embrasser dans son domaine et de déduire de ses propres principes toutes les connaissances humaines; tantôt, frappée de la différence manifeste qui distingue les vérités métaphysiques des vérités mathématiques, elle a cru pouvoir venir en aide aux sciences philosophiques en leur donnant le cachet des sciences d'observation. De là les rêves de Fécole allemande, parée du titre de Philosophie de la nature, dont les étranges révélations rappellent les oracles les plus ténébreux de la Sibylle de Delphes; mais de là aussi ces excentricités dans un sens opposé, par lesquelles certains philoso-

XLVlll PRÉFACE

plies ont cru imprimer à leurs travaux le caractère de la certitude des sciences physiques, en empruntant à ces dernières des formules et des procédés qui, détournés de leur élément naturel, n'ont plus ni raison d'être ni signification. Loin de renforcer les études philosophiques, c'est les ruiner de fond en comble que de vouloir exagérer soit leur force , soit leur impuissance, en les déclarant tour à tour régulatrices ou esclaves des sciences d'observation ; or, la philosophie

n'a mérité

Xi cet excès d'honneur, ni cette indignité.

En restant sur leur terrain légitime, les études philosophiques conserveront leur véritable valeur à côté des sciences d'observation, et chacune d'elles pourra vivre de sa propre vie. Ce n'est que de

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