‹ Lord Byron, histoire d'un hommeChapitre 27 sur 104 · Moore, 1. 1, p. 107. — Medwin, 1. 1, p. 136 à · texte numérisé non relu

Moore, 1. 1, p. 107. — Medwin, 1. 1, p. 136 à

de son indépendance au milieu d'une société cosmopolite composée de Français, d'Italiens, d'Allemands, d'Américains, de Danois, de Turcs même auxquels servaient de lien une admiration commune, et la commune hospitalité du ciel grec. Pénétré de cette vérité que l'expérience des hommes vaut mieui que la science des livres, et que la seule bonne manière d'apprendre, c'est de voyager, il sentait avec un mélancolique effroi se raccourcir, anneau par anneau, la chaîne de nécessité qui le rapprochait de cette patrie, où ne l'attirait ni l'appât de l'amour, ni celui de la gloire. Car il se flattait d'avoir renoncé pour toujours aux vanités et aux déceptions du métier d'auteur, et de n'être plus qu'un homme buvant en secret dans la solitude l'ambroisie poétique, et se nourrissant sans les partager des fruits de deux ans de voyages. En attendant, il caressait la chimère d'un séjour dans cette mystérieuse Egypte, dont un firman privilégié lui ouvrait les portes iératiques et désarmait pour lui les inflexibles sphinx. Il demandait impérieusement de l'argent (indispensable viatique), et insistant sur les vœux exprimés par les lettres dont Pletcher, convalescent d'une longue fièvre, qu'il avait envoyé en avant, se retremper dans Taie domestique, était porteur, il optait pour la vente de Rochdale, si elle était nécessaire, plutôt que pour celle de Newstead, qu'il aimait comme tous les lieux où Ton a souflert, et qu'il considérait comme le seul lien qui rattachât à la^patrie un Anglais devenu « citoyen du monde. »

Son voyage en Egypte manqua, sans doute faute de fonds, et il dut revenir à Malte, puis s'embarquer pour l'Angleterre, sur la frégate la Volage, malade et triste

à la fois des douleurs passées et dii pressentiment des douleurs prochaines. Il partait plus fâché de quitter la Grèce qu'il ne Tavait été de dire adieu à TAnglelerre, et revenait au logis « sans espoir, presque sans désir, » pour disputer son bien aux créanciers et aqx hommes de loi et repaWir, aussitôt libre, pour l'Espagne ou l'Orient. Il rapportait, outre Childe-Harold et la Parch phrase d'Horace, quelques échantillons de marbre pour Hobbhouse, quatre crânes athéniens tirésdes Sarcophages, une fiole de la ciguë que but Socrate, quatre tortues, une levrette (morte dans la traversée) deux domestiques Grecs, l'un d'Athènes l'autre de Janina, qui ne parlait que l'Italien et le Romaïque, plus lui-même, par-dessus le marché. ^

Lui-même i Est-ce à dire ce même homme qui était parti, un jour qu'il rougissait de la satiété et de la stérilité de sa vie^ en pensant que peut-être « une fois lancé sur la terre ou la mer, il redeviendrait homme, au lieu de demeurer coureur de tripots ou boxeur, et quoi encore.».? »

Non— qu'il le sût ou l'ignorât, qu'il le voulût ou ne le voulût pas, il ne revenait pas le même homme. Il revenait un homme en effet, c'est-à-dire un être capable de bonté et de grandeur^ destiné à donner un nouvel essor à cette faculté de sentir et d'aimer qu'il emportait blasée et qu'il rapporta vierge ; triste toujours, triste de l'incurable ennui et de l'incurable orgueil, mais triste aussi de cette mélancolie sublime qui est le mal des deux, et sans laquelle on n'y monte pas.

Le 14 juillet 1811, lord Byron rentrait dans Londres, et ses premiers efforts tendaient à délivrer Newstead de c^tte ignominieuse affiche de papier noirci par un

huissier, qui avait fait passer de si mauvaises nuits, depuis un an, au loyal et fier serviteur de Byron, le vieux Joe Murray. Humilié de cette insolente affiche qui mettait Newstead en vente pour une dette de quinze cent louis, le vieux Murray, une nuit, s'était levé, sa lampe à la main, et n'osant pas, dans sa supertitieuse ignorance, déchirer un papier inviolable comme la loi, il avait du moins effacé Taffront en collant sur la feuille légale, une autre, feuille de papier noir, dont le deuil cachait au passant ces mots qui le faisaient pleurer : Vente du château de Newstead. vieux Joe Murray, tu seras immortel, comme celui que tu as tant aimé I Et tant qu'il sera de bons maîtres, tu reposeras tranquille à côté de Byron, qui dort à Newstead entre son serviteur et son chien!

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