‹ Lord Byron, histoire d'un hommeChapitre 26 sur 104 · Medwin, 1. 1, p · texte numérisé non relu

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MM. Walpole et Fiott que pour les aider à donner à un jeune savant, élève comme lui de Cambridge, et enseveli sous la terre païenne du temple de Thésée, une tombe chrétienne. Il vit et fréquenta même Bruce et lady Estber Stanhope, cette originale sœur de Pitt, type romanesque de Texcentricité anglaise, qui préludait alors à sa vie aventureuse et fantastique, et visitait l'Orient avant de l'étonner. Cette étrange personne, future héroïne de ce qu'on peut appeler le Byro* nisme^ inspira plus de surprise que d'admiration à celui qui allait, par le mélange hardi des couleurs du Midi et des sentiments du Nord, faire en poésie une révolution dont il voulait être le Bonaparte et le Napoléon. L'influence de ses ouvrages et le prestige, un moment vertigineux, de son exemple, allaient aussi produire, dans les mœurs et les caractères de son pays, des changements non moins profonds. Cette religion nouvelle de Torgueil et de l'enthousiasme, ce cercle du moi égoïste, solitaire et passionné, ce prométhéisme de curiosité, ce titanisme d'ambition, ce satanisme d'imagination, inaugurés par Byron, allaient trouver dans lady Stanhope une mystérieuse et extravagante prêtresse, qui trouvant déjà occupé par Byron le trône de l'Occident, alla établir son trépied sous les cèdres du Liban, yoffrani aux voyageurs, de 1812 à 1839, un exemple unique des vicissitudes du sort, depuis la royauté fabuleuse de Palmyre jusqu'à la misère, et un type de toutes les phases de la monomanie jusqu'à la folie épileptique et hystérique qui dévora les derniers restes de son imagination et de sa santé. Lord Byron éprouva en présence de cette future rivale d'excentricité, de cette femme masculine destinée à faire déchoir

jusqu'à la caricature Tapothéose du système qu'allaient inaugurer ses passions, ses erreurs et sa gloire, une répugnance pleine de pressentiments, dont Moore a fait arbitrairement, selon nous, de l'amitié, sans doute parce que malgré sa superbe laideur, les trente-cinq ans de lady Esther l'empêchaient d'en faire de l'amour. II y a plus d'un roman dans les Mémoires biographiques de ce subtil et inventif Irlandais, qui a su trouver à la fois le moyen de plaire au public et de ne pas déplaire à la famille de Byron, de piquer la curiosité des uns sans offenser la susceptibilité des autres, et peut-être de toucher successivement le prix du manuscrit brûlé (ou prétendu brûlé) et celui du manuscrit imprimé, compensant à propos les réticences par les suppositions, les restrictions par les conjectures et l'histoire par la fiction. Aussi, dans son ouvrage, sommes-nous en méfiance chaque fois que Byron ne parle pas. Il est certain que ses relations avec lady Esther, sur lesquelles celle-ci, d'ailleurs, dans ses MémoireSy a jugé à propos de ne pas s'étendre, furent d'une réserve tempérée par la courtoisie, qu'expliquent parfaitement l'état de l'esprit et du cœur du poëte au moment de leur rencontre, et la juste appréhension de ces bizarreries fameuses dont le prestige rival allait atteindre son originalité et dont le ridicule final devait servir à ses ennemis d'arme contre sa mémoire^

1. U y aurait un curieux travail, presque un livre à écrire sur cette lady Stanhope, comme type féminin du hyronisme. Les rapports d'origine et de caractère , les affinités d'esprit, et toutes proportions gardées, les harmonies d'existence sont frappants entre lady Esther et lord Byron , et cependant ont été négUgés jusqu'ici. Ce serait le lieu d'une nouvelle esquisse de cette physionomie qui s'éclaire, au rapprochement, de lumières inattendues. Peut-être l'essaye-

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♦A Athènes, durant ce second séjour, l'esprit de lord Byron fut plus occupé de poésie que d'art, et de fantaisie que d'histoire. Il ne visita plus le Parthénon depuis le jour fameux oii il grimpa, non sans danger, au haut d'une colonne pour y effacer le nom de lord Elgin et y substituer une épigramme flétrissante contre le sacrilège admirateur. Il s'occupa exclusivement de réunir les matériaux des Notes de ChUde-Haroldy à débrouiller et jystifier la sympathie profonde, plus tard héroïque, qui l'attachait, malgré lui, à ce peuple qu'il méprisait encore. Il acheva sa Paraphrase d^Horace, satire des mœurs aristocratiques anglaises à laquelle le ciel de l'Attique n'a pas porté bonheur.

Pour son cœur, toute l'histoire en est renfermée dans l'amitié protectrice et passionnée, comme toutes ses amitiés'de ce genre, qui l'attacha à un jeune Grec qui lui servait de secrétaire, fils d'une dame veuve chez laquelle logeait l'artiste Luzieri, est dont le sort lui inspira toujours une vive et libérale sollicitude. Nicolo Giaud fut FEddleston grec de cet homme tendre et fort, mâle et doux, qui dépensait, en attendant l'amitié véritable qui ne vint pas, l'amour sincère qui vint trop tard, sa sensibilité en menue monnaie, marquée toujours d'un coin d'idéal.

C'est à ce voyage que se rapporte un épisode amoureux ou seulement galant, perle unique de ses souve- • nirs, enchâssée dans l'or pur du Giaour^ et que Moore n'a pas jugée digne de son sertissage.

rons-nous un jour, en suivant page par page la trace de la filiation morale commune dans ces curieux Memoirs et Travels de lady Ksther, publiés en 1845 et 1846, et qui vaudraient bien une traduction.

Nous abrégeons le récit de lord Byron lui-même, un peu décoloré sans doute par le capitaine Medwin, mais qui, même à travers cette altération involontaire, garde un puissant parfum.

Ali-Pacha avait, un jour de mauvaise humeur, donné ordre de mettre à mort toute femme turque convaincue de commerce avec un chrétien. Cet édit d'uç Dracon qui ne menaçait pas en vain fut aussi impitoyablement exécuté qu'il était parfois intrépidement bravé par l'amour, qui n'a pas peur de la mort. Byron fut un jour le témoin impuissant d'une de ces exécutions.

Pendant son séjour, une jeune fille turque de seize ans, d'une beauté idéale, soupçonnée, non sans motifs, d'avoir une intrigue secrète avec un noble Napolitain de passage à Janina et que l'amour y retenait, fut suivie par une police fanatique, saisie dans les bras de son amant, sommée comme lui d'abjurer, et tous deux ayant refusé un pardon payé d*une lâcheté, la loi barbare eut son cours. La jeune fille fut lapidée avec l'enfant qu'elle portait dans son sein. Le jeune étranger fut relégué dans une ville empestée où il languit et mourut.

Dn des principaux éf^isodes du Giaour est inspiré du souvenir frémissant d'une scène du même genre où Byron fut acteur et joua heureusement et intrépidement le rôle de libérateur.

Le nouveau vayvode d'Athènes, dont le commerce^ avec les nations chrétiennes n'avait pas encore émoussé les intolérants préjugés, se fit un point d'honneur de saisir la première occasion de manifester son zèle farouche et d'imiter Ali. Byron le savait, et c'est sous le voile du mystère le plus épais qu'il cacha ses relations

« avec une jeune fille turque dont il était très épris, aussi épris même, disait-il, qu'il le fut jamais d'aucune femme. » Tout alla bien jusqu'à l'implacable ramazan, carême musulman, plus rigoureux que le nôtre, puisqu'il suspend tout plaisir charnel, et jusqu'au tranquille usage des droits conjugaux.

fiyron ne prenait pas en philosophe ce jeûne impos^ teur qui le privait même de la vue de sa sultane, et réduisait ses communications avec elle au langage muet du selam. Un jour, croyant avoir déjoué toute surveillance, il se risquii^ est suivi, et conduit pour ainsi dire lui-même à la découverte de son secret. Les Turcs d'Athènes ne s'étaient pas pour rien frotté à des Grecs. Ils résolurent d'assurer par la ruse la vengeance de la loi outragée. Byron sortit impunément de ces délices de contrebande, mais sa belle disparut sans qu'il pût faire autre chose qu'attendre et gémir.

Un soir, il se promenait à cheval, suivant sa coutumei sur le bord de la mer, accompagné de loin de sa petite escorte albanaise, lorsqu'un bruit et bientôt une foule également inattendus en ces lieux silencieux et solitaires, attirèrent son attention. On portait au milieu d'un groupe de soldats une sorte de paquet difficile à préciser. Ce qui était plus facile à voir, c'est qu'on allait, au milieu de spectateurs encore plus curieux qu'émus, jeter au sein des flots cette sorte de sac de cuir, d'où il sembla à Byron qui se rapprochait, attiré par une sorte d'irrésistible pressentiment, qu'il sortait des soupirs et des gémissements étouffés. Byron fond au niilieudela foule, pique droit à l'officier qui commandait l'escorte et s'informe de sa mission. La pâleur de l'étranger, sa grande mine, les pistolets qu'il tire de ses fontes, ses

Albanais qui accourent, tout cela intimide le chef interrogé d'une voix hautaine, et rallie dans la multitude quelques protestations généreuses. A la suite de laconiques pourparlers, appuyés de la menace d'empêcher par la force ce qu'il considérait comme une lâcheté indigne d'une nation civilisée, l'officier se décide à rebrousser chemin, accompagné de Byron, et à aller implorer avec lui la grâce de la victime qu'on tira de s'on tombeau ambujant, respirant à peine, et dans laquelle Byron reconnut, par une douloureuse récompense de sa générosité, celle que perdait son amour. On devine le reste. L'éloquence émue du seigneur anglais, soutenue de l'argument encore irrésistible en Orient d'un riche présent, firent sur le magistrat de police une impression décisive. Seulement il imposa pour condition de cette grâce une séparation immédiate et l'éloignement de la jeune fille, qui fut envoyée auprès de parents qu'elle avait à Thèbes. Ce châtiment si cruel et si doux cependant, en comparaison de l'autre, ne sauva pas l'infortunée du sort à laquelle elle croyait avoir échappé. A peine arrivée, une fièvre maligne courba à jamais sur sa tige cette fleur languissante, privée du soleil de l'amour, et l'absence fit ce que le fanatisme n'avait pu faire*.

Tels furent les seuls incidents dramatiques d'un voyage dont les émotions et les événements sont surtout intérieurs. Endormi dans une insoucieuse quiétude, à laquelle l'enlevait seul l'aiguillon de plus en plus pénétrant de ses soucis d'afiaires, Byron savourait lentement, avant d'arriver au poison amer, la volupté

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