CHAPITRE IIL
FI&URES DE FEiiES.
Les mouches de la gloire. — L'histoire de Mlle de Malcrais de la Vigne. — Les correspondantes anonymes. — Horreur du ridicule.
— Trait commun de la physionomie morale d*Horace Walpole et de Byron. — Le salon. — Les dédicaces. — lanthé. — L'amitié est impossible vis-à-vis d'une femme digne et capable d'amour.
— Amitiés féminines de Byron. — Lady Jersey. — Lady Melbourne. — Mme de Staël. — Relations de Byron avec Mme de Staël. — Neutralité armée. — Sympathie orageuse. — Admiration réciproque, sans nuages. — Une transition. — Le Mémento de Byron. — Lady Caroline Lamb. — Sa jeunesse. — Son éducation.
— Son mariage. — Son mari. — La folie de l'amour- — La passion aigrit l'amour. — Débat scandaleux. — Proscription mondaine. — Côté des hommes. — Côté des femmes. — Byron est un Anglo-Franc. — Le jockey féminin. — L'auteur des Lettres portugaiseSj écrivain public. — La confession de Byron, roi de la mode en 1812. — kemember me, — Réponse foudroyante de Byron. — Glenarvon, — Elle et lui en 1816. — Succès infamant. — La malédiction du poète. — Graham Hamilton. — Si tu savais ce que c'est que pleurer. — Ajournement de l'épilogue de l'histoire de Caroline Lamb. — Vie de Byron après Téclat qui devait inspirer plus tard Glenarvon, — Le Corsaire, — Période satanique. — Une femme serait mon salut! --By ton à la recherche de cette femme.
— Une réflexion de Grimm. — Zuleika. — Souvenir persistant et douloureux de Marie Chaworth. — Les amies. — Mme de Staël.
— Lady Melbourne. — Femme sans nom. — La première passion de Byron adolescent. — Les bas bleus, — L'Ëgérie de Byron.
Le lecteur qui nous a suivi jusqu'ici u'a pas de peine à comprendre de quelles épreuves, de quelles expériences, de quelles déceptions a dû être précédé cet aveu,
si éloquemment multiplié par Byron, de la détresse de son âme, de la misère de son cœur. Ce cœur était né pour Famour. Digne de ressentir cette passion, la plus noble et la plus grande de toutes, un homme comme lui, en cette année 1 81 2, où il régna véritablement en Angleterre, ainsi qu'il le dit lui-même, brillant de* tous les dons de la naissance et de la fortune, paré de la double beauté de l'esprit et du corps, n'était pas moins digne de rinspirer.
Plus d'une occasion dut lui être offerte, dans ces saloirs 4p l'aristocratie — où s^ présence faisait événement, où l'admiration des hommes et des femmes lui faisait goûter à la fois ce que le triomphe a de plus noble et de plus doux, où dans l'ombre où il se cachait le cherchait l'œil provoquant des reines du monde, avide d'une telle conquête jusqu'à l'oubli de la classique pudeur; — plus d'une occasion dut lui être offerte de vivre un de ces poëpies d'amour et d'orgueil qu'il n'avait encore que chantés. Dans ce deuxième volume QÙ Moo?*e nous transporte, guide trop prudent, au milieu de la société anglaise de 1812 à 1814, et n'y démasqua que les personnages qui le lui ont permis, il est, malgré sa réserve, plus d'une figure féminine qui nous attire et nous retient par cette sympathie à laquelle Byron lui-même n'a pas résisté. Si le groupe des héroïnes du roman de sa vie échappe à nos investigations, si Caroline Lapib et la future lady Byron traversent à peine, sous le voile impénétrable de réticences que nous allons soulever, la scène où elles devraient tenir la même place qu'elles occupèrent dans l'existence de Byron, ces irritantes, précautions ont semblé inutiles en ce qui concerne quelques autres figures qui
n'avaient rien à perdre au jour décent de l'hiatoire. Après avoir esquissé, autant qu'il est possible de fixer ' l'image d'un tourbillon, le tableau des relations viriles, mondaines, politiques, littéraires de }or4 Byron à l'apogée de sa gloire, il est essentiel de dire quelques mots des quelques femmes qu'il rencontra sur soi^ passage, capables de l'apprécier ou de lui plaire, et pour lesquelles il éprouva de l'amitié ou parfois des velléités plus tendres, heureusement contenues dans leur bourgeon, et qui n'ont pas éventé leur parfum.
Passons d'abord, non sans un sourire, la revue de ces admiratrices sans nom, de ces prédicantes sans mandat qui s'intéressent dans toutes les gloires naissantes, et prodiguent aux Ganalis arrivés à la fortune ou au pouvoir des effusions sentimentales ou religieuses, dont la poste, proxénète sans le savoir, multiplie chaque jour le banal hommage. Rarement il y a lieu de regretter que ces communications gardent l'anonyme.
Plus d'unq de ces intrigues épistolaires, si elle était poussée au dénoûment, donnerait liep à des surprises comiques ou à des déceptions brutales. Plus d'un grand homme en bonne fortune, qui croirait embrasser galamment Mlle de Malcrais de la Vigne, pourrait bien reculer devant lamoustache de Desforges-Maillard. Byron, qui avait lu Voltaire, ne se soucia jamais beaucoup de pousser à bout ces aventures épistolaires. Il tenait d'abord à connaître les auteurs de ces pieux billets doux où des assurances platoniques cachent des intentions plus profanes, et qui ne demai^deraient pas mieux que de vous intriguer, au risque des conséquences. Les conséquences seraient plus ridicules peut-être que
dangereuses. Or tout Anglais a peur du ridicule. Demandez à Walpole, qui brutalise si égoïstement Mme du Deifand, la plus spirituelle^ la plus délicate petite vieille aveugle de soixante-dix ans qui ait osé aimer un homme de cinquante. Mais écoutons Byron siir ses correspondantes. Une seule dans sa vie, dont il ne connut qu'à travers la tombe le secret touchant, devait le faire pleurer. Il se borne à plaisanter les autres. Il écrit à son éditeur Murray :
. Les autres lettres sont de dames qui seront bienvenues à me convertir quand il leur plaira; et si je puis les démasquer, et qu'elles soient jeunes comme elles le disent, peut-être parviendrai-je à les convaincre de ma dévotion *.
Si, quittant l'antichambre des solliciteuses anonymes, nous pénétrons dans le salon, et cherchons l'élite au sortir de la foule, voici d'abord une enfant, cette Charlotte Harley, aux yeux angéliques, à laquelle plus tard Childe-Harold fut dédié sous le nom de lanthé. Elle était trop jeune pour l'amour et pour Tamitié, fleur qui s'ouvre à peine, enfant qui doucement se métanaorphose en femme. Byron n'était pas homme à attendre répanouissementet la maturité. Son cœur était impatient comme son esprit, et la jolie Charlotte n'eut d'un adorateur paternel qu'un hommage virginal comme elle.
Dans cette revue des relations féminimes de Byron en Angleterre, nous ne suivons aucun ordre, comme lui-même, que celui du hasard et du caprice qui les noua, les resserra, dénoua, etc. Tous les événements