Moore, t. III, p. 294 à 299. (27 janvier
n'avait été à la fois pltis poëte et plus homtne. Shelley, qui le vit à cette époque, et qui le peint sous le nom de Maddalo, atteste que l'idéal avait gardé tous ses droits sur cette piquante nature qui ne souilla jamais que ses pieds aux fanges de la réalité. Ni SheUey, ni Hobbhouse n'ont parlé de Margarita Gogni. Mais les lettres recueillies par Moore et les conversations reproduites par Medwin ne suffisent que trop au tableau de cette époque d'égarement, dont Byron garda toujours deptiis un souvenir amer cotnme un remords, et au portrait de la fardticHe beauté qui la personnifie avec une vtilgarité presque tragique.
Byron ne pouvait pas rencontrer un type plus vivant et plus complet dii bel sangué Véilitiëil qtlë cette Pornaritiâ à iétë de Médée (vraiment boulangère de son métier), dont l'éloquetlce énergique, la fruste élégance, la tyratmie naïve et lés tlgt*erieâ superbeSj varialeîit la monotonie dé sôtl existetlce totît en relevant la vulgarité de Éùn choix. Cette prédilection n'avait du reste rieti d'exclusif, et les orages du palais Modenigo^ ces hurlements de jalousie frénétique et de colère sauvage qui s'y mêlaient aux grognements des bêtes donlestiques et aux cris des oiseatix familiers provenaient presque tous d'une atteinte â des droits qui n'admettaient pas vôlotitiefs l'usurpation. Parfois Dyrotl aVait graiid'peine à séparer à temps Margarita Gogni et quelque habituelle Hvale, et à les empêchel* de se fkire ce qu*elles appelaient dans leur énergique langage * una guerra di Candia. » Toutes deux avaient cinq pieds dix pouces anglais, de grands yeux noirs, de belles tailles, faites pour servir de souche à une race de gladiateurs, et un caractère à ne pas jouer innocemment avec le
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pottteau de leur pocbe qu TépinglQ 4e leurs cbe^ veux.
Le peintre Harlowe avait fait de Marge^it^ Gpgni u[) portrait que Mujrray 8t graver et où il est facile de trouver le 3ecret de sa faveur et de sa disgrâce. I^a première s'explique, de l'aveu de Byroû, par une influence physique facile h comprendre devant ce teint cbaud> ces yeu^ flamboyants^ ces formes opulentes et sveltes k la fois. Ajoutez à cette fascination vulgaire, mais puissante, à cet attrait inférieur, mais vivace, la perpétuelle surprise de son langage naif et coloré, de sa gaieté pantakniMy de son ignorance superbe, de ses lettres, quand Byron était malade et invisible, graver ment dictées pour douze sols, à l'écrivain public de la place. Quant h sa di|sgr&ee, il est plus facile encore de l'expliquer et surtout de }a justifier. Margarita ne connaissait pas d'obstacles, ni de nuances. Elle abattait d'un coup de poing toute femme suspecte qu'elle reur contrait sur sa route. Marianna S.... la belle marchande de la rue delà Spezieria, qui l'avait provoquée, fiillit être immolée par elle sans façon sur l'autel de la discorde, et cette dernière mésaventure, qui fit rire les voisins de la villégiatura^ à La Mirm^ peqt ]3ien avoir été la cause de son renvoi définitif. Ce qui gâta aussi les affaires de Margarita, ce fut son esclandre à la Cavalchina^ bal masqué de la dernière nuit du carnaval, où elle arracha son masque à un domino vertueux auquel lord Byron avait oflert respectueusement le bras, et fit scandale autour de la réputation sans tache de la signera Gantarini.
Bientôt, ayant rompu avec son mari, son beco, comme elle l'appelait sans façon, à la suite d'une querelle où
ses ongles durent faire rage, elle se sauva à minuit, mi-yôtueetfrissonnante,chezlordByron.LelendemaiD, il n'y eut plus moyen de la faire déguerpir. Le mari vint la redemander, rugissant, criant, suppliant, pleurant, et sur son refus de rentrer avec lui, malgré les instances de Byron lui-même, se plaignit à la police, qui la contraignit à réintégrer le domicile conjugal. Au bout de quelques jours, elle échappa de nouveau au joug de cet ettico, et se fit un domicile de son refuge trop hospitalier. Elle s'y maintint, par ce mélange de prière et de menace, de lazzis et de larmes, de colère et de souplesse, de finesse et de naïveté, dont le contraste, parfois brutal, la rendait irrésistible. Caressante comme une chatte avec des bonds de tigresse, elle avait, par sa douceur, captivé jusqu'à Mme Benzoni, et par son énergie subjugué jusqu'à lord Byron.
« C'était, dit-il d'elle, avec la force dSme Amazone, le caractère d'une Médée. Bel animal, mais tout à fait indomptable.»
Ce bel animal, tour à tour apprivoisé et féroce, ne mit bientôt plus de bornes à ses fantaisies. Il lui fallut d'abord le chapeau à plumes, puis la robe à queue, et dans cet apparat elle battait les femmes de la maison, gourmandait les valets, et apprenait résolument l'alphabet, pour parvenir à lire les lettres de son mattre qu'elle interceptait sans scrupule.
Du reste, sous le règne de cette « donna di govemo » le palais Mocenigo et les affaires de son hôte rendirent témoignage d'une surveillance vigilante et économique. Byron était alors dans la ferveur d'un régime diététique et il cédait, par suite du dérangement de ses affaires, à un de ces accès de parcimonie envers lui-
même qui ne coûtaient rien à sa générosité envers les autres. Son ordinaire se composait alors de quatre becfigues dont Margarita, avec son appétit d'Hermione, mangeait trois, lui laissant à regret le quatrième dont il se contentait. L'estomac murmurait, mais le budget était en excédant. Margarita, qui ne savait pas lire, calculait à merveille. Elle était attachée à Byron par une admiration ingénue et un rude dévouement, capable d'héroïsme. Elle priait pour lui devant la Madone, avec sa dévotion au besoin superstitieuse, quand il était en mer; et un jour d'orage et de crainte, elle demeura accroupie sur les degrés de marbre du palais, les yeux pleins de larmes, ne sentant ni la pluie, qui glaçait ses os, ni le vent, qui lui fouettait le visage de ses cheveux dénoués, prêle à mourir, si la gondole n'était pas revenue.
Cependant, à force d'algarades et de frasques de sa façon elle finit par perdre, non sans conspiration des parents et des valets, déconcertés par sa vigilance et son incorruptibilité, le crédit qu'elle devait à sa beauté, à son dévouement et à .ses services. Congédiée, elle se jeta sur le couteau que Byron, à table en ce moment, tenait à la main, dans l'intention de l'en frapper, ou plutôt de s^en frapper elle-même. Peut-être ni l'un ni l'autre, car la virago était naturellement comédienne. Emportée par les gondoliers, chargés de la ramener dans son logis, elle se jeta dans lesflotsparune soirée sombre et froide. Rapportée ruisselante à Byron, elle le trouva justement inexorable. Et pour jamais, le palais Mocenigo cessa de retentir de celte voix rauque de Margarita, de ces ;rugissements
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à^ K^nne jaloasc, de ces litanies mzîrniarêes à la Vkrr?e, de ces oa-veté* impulmt», de ces imprécations contre c« « Can dillâr Ma/iamms • qui s*attajrdait aa Lido, mali^ T'x^ge, oa qui courait la gondole arec une rifale dont le nom la fusait grineer des dentf *•