CHAPITRE PREMIER
pris; une nation en deuil pleure sur luil il est Imibé ce ealosse de gloire!
<x Celai de qui la tête au ciel était voisinr
« £t dont les pieds touchaieat à Tempirc des morts. »
Semblable au héros dont parle Moore, « il est
« descendu dans la tombe au milieu des pleurs des a nations étonnées. » 11 est mort au moment où il commençait à vivre; il sentait enfin le prix de l'existence, et Texistence lui échappe.
Doué d'un génie ardent, d'une ftme exaltée, de sensations d'une effirayante énergie, lord Byron ne pouvait être compris de la foule, elle le frois* sait; die l'accablait de sa médiocrité. Il avait un souverain mépris pour les intérêts du monde si puérils à ses yeux; il ne concevait l'activité que pour les glides choses. La vie resserrée dans le cadre étroit des villes et des cours lui semblait un don inutile on foneste ; il fiiyait tout ce qui rapetissait lame. Les passions, ces mobiles des plus belles actions comme des plus coupables égaremens, le transportaient aux deux 'ou aux enfers. Dans son orgueil, les rois n'étaient pour lui que des Pygmées qui s'agitaient à ses pieds pour obtenir ou perdre des couronnes.
Personne n'a jugé Napoléon de plus haut; il s'indigne qu'un si puissant génie n'ait aspiré qu'à la terre; que de si grandes facultés n'aient été employées qu'à amasser de la poussière, puis
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encore de la poussière! Si ces deux hommes eussent été contemporains de gloire, peut-être que la puissance du poète eût balancé celle du conquérant
Le génie est la véritable force , celle devant
laquelle toutes les autres s abaissent ; il mesure les monarques, les trônes, les peuples. Je ne sais si c'est un réve, mab il me semble que Bonaparte eiit voulu conquérir l'estime du seul homme qui fût' à son niveau. J^e dédain de lord Byron pour ses conquêtes lui en eût fait sentir le vide avant que le sort le lui eût dévoilé; il eût compris que la véritable gloire est d'élever les hommes, non de les avilir; au lieu d'offrir, comme un démon tentateur, de l'or à la cupidité, des honneurs à l'orgueil, des couronnes à Fambition, il pouvait développer les plus nobles facultés de la nature humaine^, et lui donner pour récompense 1 estime de la postérité. Il pouvait être le libérateur des peuples^ il a mieux aimé les asservir.
On confond trop souvent l'ascendant magique qu exerce sur notre esprit un pouvoir gigantesque , avec Tadmiration qu'inspire la vertu; rien n'est cependant plus opposé. L'un naît d'une sorte de crainte et du sentiment de notre feiblesse ; l'autre prend sa source dans la conscience de notre supériorité et de la dignité de notre âme ; elle ne nous abat pas, bien au contraire, elle nous relève. 11 y a des ualures qui éprouveut le besoin de se faire
CfUPITJlfi mSMlER. S
un Dieu terrible, de vaiit lequel elles se prosternent et tremblent; mais il en est qvi ne peuvent adorer qu'un Dieu juste et miséricordieux. C'est cette différence qui fait que Bonaparte a plus de partisans que Washington.
Napoléon fut un bien grand génie : il souleva des peuples; il créa des soldats avec une idée; il électrisa les hommes en leur promettant de la gloire; dès quil les utilisa pour lui il ue fut plus qu'un ambitieux égoïste. Il est toujours beau d'éveiller en nous Tenthousiasme et le dévoùraent, nos deux plus nobles £icultés, mais il est ingrat, je dirais presque ignoUe, de les tourner au profit d'un seul , et d en déshériter la niasse. Napoléon employa des moyens immenses pour atteindre à un but mesquin , car dans ses conquêtes, conmie dans ses institutions, il chercha toujours son intérêt personnel , et cet intérêt devait-il entrer en balance avec Thonneur de plusieurs millions d'hommes? On ne peut marcher dans une fausse route sans s'égarer; aussi après avoir eu recours aux idées de gloire et d'indépendance nationale pour créer des armées, Eonaparté ne put cAnsolider sa puissance qu'en faisant la part de la corruption.
Un parallèle entre Napoléon et Hyron, j)eut sembler d'abord ridicule et disproportionné : cependant, ces deux grands hommes ont plus d'un point de rapprocheuieut. Ce n'est pas sous le rap-
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port de la puissance que j'ai prétendu les comparer , quoique le règne de la pensée soit plus du* rable que celui des bayonnettes, des prestiges, et des séductions; mais tous deux s'isolaient de la foule par leurs immenses facultés ; tous deux planaient sur le monde , Fun pour en faire sa proie , l'autre pour 7 chercher de grands souvenirs, et pour faire revivre d'antiques vertus.
Napoléon a tiré parti de tous les élémens d'indépendance qu'il a trouvés dans la nation française, pour en organiser le système le plus complet de despotisme. Byron s'est joint à une poignée d'hommes pour faire triompher ia plus belle des causes. Celui qui avait été maître de r£urope, redevenu grand à force de malheurs, est mort captif, isolé , sur un rocher stérile. Le poète aussi est tombé, mais au milieu d'un peuple régénéré dont il était Tidole; d'heureuses visions d'avenir ont réjoui son âme. Précurseur de la véritable gloire, il a brillé comme l'étoile qui précède le jour; de sa poussière naîtront des héros, et le sol même sous . lequel il repose s'enflammera pour la liberté.
Dans notre vieille Europe , qui semblait épuisée pour les grandes choses, une nation oubliée, avilie, se réveille tout -à- coup, et dès ses premiers pas, s'élève à la hauteur du plus sublime héroïsme. Ni son dévoument, ni son courage, ne peuvent fléchir la froide et sinistre politique des gouvememens, mais ils ont éveillé la sympathie des âmes
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généreuses. Lord Byron qui avait pleuré sur la Grèce« salua le premier Taurore de sa liberté; il ▼it s'accomplir le rêve chéri de son imaginatloii. Jusque-là, il n'avait reiicoutré que des ambitieux et des esdaves; dans ka Grecs, il trouva des hommes; il leur consacra son génie, sa fortune, sa vie: qiû oserait dire encore qu'il ne. sentait pas la ▼erto ?
Peu de personnes ont été jugées plus diversement que lord Byron. Les circonstances de sa vie aventureuse, ses chagrins domestiques, prêtaient aux conjectures ; aussi la calomnie ne hii fut-elle point épargnée. On Taccusa tour-àlour d'égoïsme, de misaudiropie , d affectation , de dureté d'âme , ou d'une sensibilité qui allait quelquefois jusqu'au délire. Les contes les plus absurdes furent accueillis et répétés dans la première société de Londres, où le commérage s'ennoblit par de grands noms. On désapprouva haulement le noble poète; tous les hypocrites de Tertu se déchaînèrent contre son immoralité; son génie put à peine le sauver d'un anathème général.
Si l'on remonte à la cause de ces clameurs, on la trouvera, je crois, dans le caractère même de lord Byron, et dans les mœurs de sa nation. Placé par sa naissance au premier rang de l'aristocratie anglaise, il en dédaigna toujours les prérogatives, il montra la nullité des distinctions derrière lesquelles se réfugie la médiocrité. 11 attaqua les
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hommes detat, et les combattit corps à corps, jusqu'à ce qu'il eût dévoilé au peuple tout leur machiavélisme. Il les accabla de ce mépris railleur, plus difficile à supporter que les injures directes. Il démasqua la pruderie ches les femmes, l'hypocrisie d'hoimeur chez les hommes; en un root, il révolta l'orgueil de l'Angleterre. Ce peuple, qui se croyait le plus grand peuple du monde, s'étonna de se trouver si petit. 11 ne vit pas que le géant qui l'écrasait, représentait la nation aux yeux de l'Europe, traitée par lui avec le même dédain.
Nous ne pouN ons, en France, nous former une juste idée de Taristocratie anglaise. Cette hydre aux cent têtes dévore tout' : gloire, honneurs, considération , richesses. £lle règne sur l'opinion , et ce genre de despotisme est plus absolu que celui des lois;resprit, le génie lui-même, plient un moment devant cette puissance. On récompense WalterScott par un titre; etplus d'un écrivain distingué doit s'^urer ,pour réussir , le patronage d'un grand seigneur. Ainsi ,8ou6 le règne de Louis XIV , lorsque la cour était toute la France, Molière, par un bizarre contraste,jouait les marquis, et s'ap* puyait du suffrage d'un d'entre eux, pour assurer qu'il avait du mérite. « Je soumis cette idée à une « personne de qualité, dit-il quelque part , et elle « la trouva assez à son gré » Ce n'est pas que le
(*) Yojcs k in^ot d« rSool* des Fcnuna, les Epltrw déaîoK toim, de.