CHAPITRE PAEMiER. g
génie pauvre, inconnu , n'ait besoin de protecteurs pour sortir de la foule; niais, une fois qu il a pris son rang, il dispense les honneurs, et ne les reçoit * pas. Devenu à son tour le bienfaiteur de celui qui Tencouragea , il lui donne une part k sa gloire et à son immortalité.
L'argent sert de contre-poids à l'aristocratie en Angleterre, mais sa tyrannie est encore plus avilissante. Un grand nom est quel(]uefois la récom* pense d'une belle action : il excite du moins à se montrer digne de le porter; mais la fortune s'acquiert souvent par des voies obliques, ou par des calculs qui rétrécissent Tâme; puis^ en cédant au prestige de la noblesse , on cède à des souvenirs , à une sorte de grandeur morale, à une idée enfin ; tandis que l'influence de l'argent est toute physique. £lle frappe nos sens, elle s'adresse à nos jouissances les plus communes, elle ngus promet des plaisirs £aiciles , elle nous démoralise et nous corronipt. Un noble qui veut se faire respecter , sans autre droit à Te&time que son titre , devient ridicule; un riche qui vous humilie parce qu'il a de Tor, et que vqus manquez de pain, est un lâche insolent et cruel.
De jour en jour , l'argent prend plus d'importance en Angleterre; tout y devient marché ou spéculation; les co£Bres s'emplissent, et les cœurs se desséchent. La nation toute entière semble frappée de la funeste malédiction du roi Midas; elle
lO LORD BY AON.
change en or tout ce qu'elle touche , et au sein de l'abondance , elle s appauvrit des vrais biens, de ceux de l'âme et du sentiment Une femme de beaucoup d'esprit, et d'un cœur uoble et grand, m'écrivait de Londres, il y a quelques jours: «J'ai « passé la soirée avec M. S***; c'est le seul Anglais « que j'aie rencontré depuis mon retour ici, qui ait « ime étincelle d'enthousiasme dans tout son être. Il « a écrit une brochure en faveur des Grecs, et il a « cherché à remuer ciel et terre pour leur cause; « mais le succès dépendra entièrement des chances « de gain que leurs affaires offriront aux spécula- « teurs et aux joueurs de bourse. Nous touchons à «l'époque prédite par Burke, et que, malgré tous « ses préjugés , il nZenvisageait qu'avec horreur ; « cette époque où l'Angleterre, au lieu de gouverner « ses richesses, doit être maîtrisée par elles. L'aris- « tocratie de cette vile poussière menace de rem- « placer toutes les autres. C'est l'unique bien , vu , a senti, compris, désiré, pour lequel nous espérions « vivre et nous osions mourir (*) ».
Ce n'est pas que lord Byron n'eut aussi son aristocratie, mais c'était celle du génie, de la vraie supériorité ; celle qui épouvante le vulgaire et contre laquelle il s'élève par une sorte d'instinct. L'Angleterre ne pardonna point au plus noble de ses en&ns de l'avoir humiUée; cette orgueilleuse
(*) h it the MM sood» mcd, fab, undentood , detired , Cor whicb w« bope to live y «nddare U^dlie.
CHAPlTJi£ PAJLMIZa. II
patrie le repoussa de son sein , et il devint citoyen de Tunivers. Son génie cpii , au milieq de la société, était pour lui une, douleur, une fièvre dévorante, s'étendit sur le monde entier , il en atteignit les bornes, et se replia sur lui-même. 11 n'avait rien trpuvé qui pût remplir le vide de son âme pénétrante.
la LORD BTAON.